‹ Traité des tumeursChapitre 48 sur 140 · CHAPITRE VF · texte numérisé non relu

CHAPITRE VF

ACCBOISSEMENT ET MAUCHË DES PaODUCTIOKS AGCIOEKTELLES

Lii plupart des productions accidentelles tendent à s'accroître uu moins pendant les premiers temps de leur eiiîâtence. Le blaslème |)âihologique au sein duquel elles naissent ne s'exhale pas tout à coup, en une seule fois, mais d'une manière graduelle. Les élémenti nouveaux oe se forment pas simultanément^ mats les uns après h% îiutrcs, et la tumeur qu1U constituent augmente ainsi peu à peu.

Celle règle souffre pourtant de nombreuses exceptions. Il arrive assez souvent qu'un blastème d'origine traumatique ou inflammaloire s'épanche d*enjblée* c'est-à-dire en quelques heures ou en quelques jours, duns toute Tétendue qu'occupera bienf 6 1 le tissu accideuïeL Aucun nouveau b las té me ne vient ensuite s'ajouler à celui qui est déjà exhalé et les éléoïents du néoplasme se forment tous à peu prés h la fois. C'est ainsi que s'organisent le cal, les fnusses membranes, la substance plastique qui unit les deux bouts d'un tendon divisé par la méthode sous-cutanée, etc. L'induration fibreuse qui sunità rinûammaiion de certains organes reconnaît une origine analogue. Ces diverses productions accidentelles ifont point de tendance à s'accmltrej plusieurs même tendent plultd k diminuer de lolume^ les unes par voie de résorption, les autres par suite de la rétraction de leur lisMi. Aussi arrive-t-îl rarement qu'elles soient rangées par les chirurgiens dans la classe des tumeurs. Il y a donc presque toujours, à rorigine des tumeurs proprement dites, une période pendant laquelle elles s'accroissent avec plus ou moins de lenteur, avec plus ou moins de rapidité. Pour beaucoup de tumeurs cette période est sans limites et raceroisseraent est pour ainsi dire indéfini. D'autres fois la production accidcnlelle, après avoir acquis un certain volume, reste à jamais stationnaire, et les deu\ lempsde la nutriliou s*y font exactement équilibre comme dans un organe normal. Enfin, il n'est pas rtire qu*une tumeur, après avoir pci-sistè

quelque temps sans changement de volume, diminue spontanément ou à la faveur d*un traitement convenable, et le travail de résolution peut môme aboutir à la résorption complète du tissu accidentel.

Ces diversités de marche ne sont pas sans liaison avec la nature des tumeurs. Il y a des tumeurs qui ne se résorbent jamais ou presque jamais : tels sont les cancers, les épithéliômes, les fibroîdes, les chondrômes, etc. D'autres, comme les exostoses, les hypertrophies ganglionnaires et même les adénomes, peuvent souvent se résorber en totalité ou en partie. Il en est qui restent toujours assez petites, comme les tubercules, les kéloïdes simples, beaucoup d'hypertrophies partielles de la peau, etc., tandis que les chondrômes, les cancers encéphaloïdes, les hystérôir.es, les goitres, les hypertrophies générales des mamelles, les éléphantiasis, les lipomes même, peuvent s'accroître sans limites et acquérir des dimensions excessives. 11 faut se garder de croire néanmoins que le volume et la croissance des tumeurs soient propres à fournir des données certaines sur leur nature. Ces caractères doivent sans doute être pris en considération dans le diagnostic, mais ils n'ont qu'une valeur restreinte, et ce qui le prouve, c'est que la même espèce de tumeurs, suivant les cas particuliers, affecte des marches très^différentes. Certains cancers désignés par les cliniciens sous le nom de cancers aiguSy s'accroissent d'une manière rapide et continue, et peuvent en quelques semaines acquérir un volume énorme; d'autres cancers restent stationnaires sous un très-petit volume pendant plusieurs années, et déterminent la cachexie et la mort sans dépasser des dimensions très-médiocres; d'autres enfin peuvent décroître pendant quelque temps, et faire naître l'espoir d'une guérison spontanée, espoir toujours déçu, car tôt ou tard la résorptions'arrêtepourfaireplaceà un accroissement nouvc^au. On voit, d'après ce seul exemple, auquel il serait facile d'en joindre beaucoup d'autres, combien serait incertain un diagnostic basé uniquement ^ur les caractères du volume ou de l'accroissement des productions accidentelles.

Les tumeurs peuvent s'accroître, décroître ou rester stationnaires: nous aurons à étudier ces trois phénomènes sous le point de vue de la physiologie pathologique.

L'état stationnaire, tantôt passager, tantôt définitif, est comparable à celui d'un tissu normal où s'effectue la nutrition normale. Ceiv tains éléments sont dissous et absorbés, d'autres se forment aux dépens d'un blastème exhalé des vaisseaux; il y a équilibre entre -ces deux effets inverses et la structure de la production accidentelle se maintient sans changement. Il n'est pas impossible toutefois

CAUSES DE LACCllOiSSEMEKT. 18^

qu'une (umeur, sans changer de volunie, subis^se des modincaUons' rîe slnicture. Cela s'ubserve principalenient, mais non excliisivcnienj, dims celles qui, comme les tubercules el les gommes syphililiques, sonl dépoun ucs de Tuisi^eaux propres el ne jouissent que d'une vitalité obscure, enlretenue iFune manière insuffisanle |iar rimbibîlion des sucs nourricier* du voisinage. Les tumeurs de celte catégorie ne s*aceroîssenl pas comme les aulrcs par rcxpausion de leur suhstAùee, mais seulenicut par raddition de nouveaux l'iémcnls juxlaposés à ieiu* surûice. Elles sont urdinairenienlassczpetiies, et pas-|J sent trés-fréquemaiciit de lélal de crudité k Télat de ramollis^emmi sans aucun changement de volume. Nous dirons dans le procbaii^ chapitre, comment s^eQ'ectne te ramollissement, el en quoi il nio- ' dilie la structure des prodncUous accidenlellcs non vasculaircs,,] Quant aujr productions vaseubires, elles peuvent aussi se ramoUir|] sans s*aceroîlre, mais cela est beaucoup moins ordinaire.

Le phénomène de raccroissemeal des tumeurs vascukires peuU être comparé à rhypertmpbie des tissus normaux. LVpaisseur des^] parois d'uo cœur hypcrtitïphié est souvent doublée ou triplée quoique le volume des fibres musculaires soil i^eu ou point niodiJié, eL^ ] on en conclut avec certitude que le nombre de ces fibres s'est ootablemeut accru. De munie, raccroisscmeat d'une tumeur est diî à la, multiplication de ses éléments, bien pins qu7i leur ampliation, Celte anipliation ne s'observe jamais dans les lumeurs comi osées de libres. Les libres du plus gros fibrome sont tout aussi déliées que celles d'un fjbrOme naissaul. Dans les cancers, les épitbéliômes, les diondrt^mesjci adénomes, el dans les autres productinns accideniéUesqui renferment des cetlules, le volume de celles-ci n'est miUcment en rapport avec le volume de la tumeur; le plus souvent, leurs dimensions sont à peu prés les mêmes dans des iu meurs de jnéme uature, dont le volume varie de l à iO, de 1 à iOOj et même davaiita9e;et s'il arrive quelquefois de trouver ces cellules uu'peu plus grandes dans une tumeur ancienne quVlles ne le sord babilucllement dans les tunieurs plus récentes, il est bien plus fréquent d'obsener précisément le contraire* C'est ainsi que dans les encéphaloïdes qui ont pris en peu de temps un accroissement considérable, les cellules sont en génénd beaucoup plus petites que d;uis les cu- ( épbaloides k Télal de nudité. Souvent même, la masse morbide est entièrement composée de noyaux^ comme si la substance du blastéme manquait de leujps ou d'espace pour s'organiser en cellules* On peut dire par conséquent que raccroissement des tumeurs ^ est dû presque evrlusivement à la multiplication de leurs éléru^ut^

microscopiques. C'est là du moins le mécanisme le plus ordinaire. Des hémorrhagies intérieures, sous forme de foyers circonscrits, ou sous forme d'apoplexies, des kystes accidentellement développés au sein du tissu pathologique, peuvent, par un autre mécanisme, déterminer l'accroissement des tumeurs; mais ce n'est qu'un accroissement apparent, qui ne modifie en rien la masse du tissu accidentel proprement dit.

Ce qui fait croître une tumeur, c'est d'abord la persistance de la cause, locale ou générale, qui a présidé à son apparition. Le même trouble nutritif qui avait produit le premier blastème, où s'étaient formés les premiers éléments, continue à produire ce même blastème, où des éléments de même. nature continuent à se former. Mais ce n'est malheureusement pas le seul mobile de l'accroissement de toutes les tumeurs. Il en est qui paraissent porter en elles-mêmes une propriété d'accroissement idiopathique , indépendante de toute influence étiologique, qui font des progrès, par cela seul qu'elles existent, et malgré la suppression de la cause qui les a fait naître. Celles qui, comme les cancers, sont évidemment diathésiques, ne doivent pas être prises ici pour exemple, parce qu'on pourrait, à la rigueur, être tenté d'attribuer purement et simplement leur accroissement indéfini à la persistance indéfinie de leur cause; ce serait, à mon sens, une interprétation beaucoup trop exclusive; il ne serait pas impossible de prouver qu'une masse cancéreuse, une fois constituée, tend à se développer ensuite par elle-même; mais il vaut mieux choisir des cas plus simples. Il y a un grand nombre de tumeurs dont la cause est passagère, et dont l'accroissement est pourtant continu. Certaines tumeurs d'origine traumatique, dues par exemple k une contusion, peuvent grossir pendant plusieurs années; d'autres, dues à des irritations purement locales, continuent à se développer longtemps après la suppression de toute action irritante. Ainsi j'ai vu, sur le dos d'un ancien portefaix, plusieurs lipOmes qui s'étaient formés dans les points soumis à la pression des fardeaux, et qui avaient continué à s'accroître, depuis que cet homme avait renoncé à sa profession. Les noli me tangere du visage, qui, dans l'origine, ne sont que de petites excroissances cutanées, de petits boutons inofi'ensifs, sont, comme on sait, exposés à donner naissance à l'épithéliôme, sous l'influence d'écorchures répétées, de cautérisations intempestives, ou de toute autre cause irritante; l'épithéliôme une fois formé, c'est en vain qu'on protège la partie contre toute irritation nouvelle; le mal s'aggrave et s'accroît sans limites, quoique sa cause n'existe plus, etc., etc.

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