PHÉNOMÈNES DE L ACCROISSEMENT
Les productions accidenleJles peuvent donc s'accroître de deux manières : 1° par ia persistance de leur cause; 5" par une propriélé parÉicnlière de leur lissu. Ces deux causes d'accroissement s*allieïit de la manière la plus fâcheuse dans le cancer el dans plusieurs autres espèces de tumeurs plus ou moins diathésiques.
La propriété d'accroissemenl pej- se, qu'on appelle encore, dans un langage moins exact, le pouvoir d'accroissement, parait inséparable de certaines productions accidentelles; mais elle ne dépend pas loujours exclusivement de la nature de leurs éléments, car souvent deux tumeurs de même nature se comportent très- diversement sous c« rapport. L'une reste slationnaire sous un petit volume; rautrt^ s'accroît indéfiniment. Ainsi, quoique les lip<Vnies, les chondrômes, les adénomes de la mamelle s'arrêtent ordinairement à un volume peu considérable^ on les voit quelquefois acquérir des dimensions monstrueuses. La propriété d'accroissement per su n'est donc pas inhércnle au tissu de ces tumeurs* D'où viennent donc les variétés que nous venouîi de signaler? Dépend ent-el les de la constitution particulière de Tindividu? C'est fort probable dans beaucoup de cas; mais il 5' en a d'autres qui ne se prtHent pas à cette explication. Lorsqu'on trouve sur le même malade plusieurs tumeurs de même nature, plusieui^s lipomes par exemple, que toutes ces tumeurs sont petites et stationnai res, à rexception d'une seule qui est énorme el qui s'accroît continuellement, on ne peut attribuer ce résultat ni à la uaturedn tissu pathologique, ni k Ildiosyncrasie individuelle. H y a donc là une inconnue qui nous échappe.
L'accroissement idiopalhique des tumeurs est réglé par la loi «ranalogie de formation, comme Tac croisse ment des tissus normaux; la présence des éléments pathologiques déjà formés provoque Texbalatîon du btastéme, qui s'organise, à leur contact, en éléments de même nature.
L'action de la loi d'analogie devient évidente dans les cas où une tumeur depuis longtemps slationnaire s'aceroU rapidement sous rinfhience d'une cause irritante. Les congestions» les intlammalions, les engorgements divers qui produisent dans les tissus normaux une Uuméractton passagère, produisent souvent'dans les tissus accidentels im accroissement définitif. La lymphe plastique, ou blastème inilammatoire, au lieu de se comporter alors comme elle le fait d'habitudc, s'organise en éléments analogues à ceux qui existaient déjà dans la tumeur.
L'accroissement des tumeurs ne s'efTectne pas toujours uniforméîiient dans toules les parties de leur subslanee, parce que le blas-
tème pathologique où naissent les éléments nouveaux ne s'épanche pas partout avec la même facilité. On ne saurait méconnaître ici linfluence des résistances mécaniques. Le blastèmc exhalé est obligé de se faire place, et il doit pour cela refouler les parties adjacentes. Dans les couches superficielles de la tumeur, il ne rencontre d'autre obstacle que la résistance des tissus environnants, muscles, tissu cellulaire, aponévroses, peau, etc. Dans les couches profondes, il doit vaincre, outre cette résistance extérieure, celle des couches superficielles de la tumeur; car celles-ci ne peuvent ôtre refoulées de dedans en dehors, sans refouler à leur tour les parties circonvoisincs. L'exhalation et l'organisation du blastème trouvent donc des conditions plus favorables à la périphérie de la tumeur qu'à sa partie centrale. La difTérence est considérable dans les productions accidentelles dont la trame est très-serrée; elle est moindre quand la trame est molle; mais elle est rarement tout à fait nulle. On doit donc s'attendre à voir un grand nombre de tumeurs s'accroître principalement par leurs couches superficielles; et c'est ce qu'on vérifie chaque jour au lit du malade.
Il y a une autre circonstance qui concourt sans doute à produire le môme résultat. Toutes les parties d'une même tumeur ne sont pas toujours également vasculaires, et ce sont ordinairement les couches superficielles qui possèdent les vaisseaux les plus volumineux et les plus abondants; quelquefois même les vaisseaux ne pénètrent pas jusqu'au centre. Or, il est naturel que les phénomènes de nutrition et d'organisation soient proportionnels à la vascularité.
11 est superflu de dire que les tumeurs peuvent changer de forme en s'accroissant. Elles se prolongent surtout dans les directions oii elles rencontrent le moins de résistance. On les voit souvent s'étaler sous un muscle ou sous une aponévrose, contourner un os, se mouler sur un tendon, se recouvrir de bosselures, prendre une forme lobulée suivant la disposition des parties où elles se trouvent placées. Celles que limite une enveloppe fibreuse ne peuvent s'accrottre qu'en la dilatant, et lorsque cette membrane, dont la résistance est rarement uniforme, vient à céder sur un point, la masse morbide y trouve une expansion plus facile, et s'y développe en formant un mamelon plus ou moins saillant.
Ce n'est pas seulement la forme des tumeurs qui peut changer pendant leur accroissement, mais encore leur structure. Beaucoup de productions accidentelles renferment, outre leurs éléments autogènes, des éléments adventices en proportion variable, et on conçoit très-bien que les proportions de ces deux ordres d'éléments puissent