DU RAMOLUSSEMENT DES TUMEURS
un ramollissement véritable, puisque les parties qui en sont le aiége n'ont jamais été plus dures qu'elles ne le sont aujourd'hui.
Le mmolUssement réel est d'une tout autre nature. U se manifeste surtout dans les parties les plus anciennement formées; au lien d'occuper la périphérie des tumeurs, il en occupe presque toujours les couches centrales. Il est dû, non à la formation d'un tissu nouveau, mais à l'altération d'un tissu qui perd à un moment donné sa consistance primitive.
Dans les tumeurs où ce phénomène est assez fréquent pour être considéré comme faisant partie de leur évolution naturelle, on dé* signe sous le nom de période de crudité celle qui précède l'époque du ramollissement.
Ce ne sont pas seulement les tissus pathologiques qui peuvent se ramollir : on sait que plusieurs tissus normaux, et notamment la substance de certains viscères, sont exposés à subir des altérations analogues. Cela permet déjà de soupçonner que le ramoUissemenl n'est pas toujours dû aux mêmes influences. Nous n'avons à nous occuper ici que de celui des productions accidentelles, et pour montrer combien sont diverses les causes qui y président, nous examinerons d'abord les deux mécanismes essentiellement différents qui font passer le tubercule, et le cancer encéphaloîde, de l'état de crudité à l'état de ramollissement.
Le tubercule cru, dont nous n'avons pas à décrire ici la formation, ne renferme ni flbres ni vaisseaux. Les seuls éléments organisés qui rentrent dans sa structure sont des corpuscules spéciaux, plus petits que les globules du pus, situés au sein d'une substance amorphe qui les cimente, comme le mortier cimente les pierres d'une muraille. C'est à la cohésion de cette substance que le tubercule cru doit sa dureté. Dans le tubercule ramolli, les corpuscules organisés deviennent libres comme les globules du sang, de la lymphe ou du pus; la substance qui les unissait s'est dissoute; la couleur et la consistance se sont modifiées; mais les éléments anatomiques sont restés les mômes. Plus tard, ces éléments s'altèrent à leur tour comme par une sorte de dissolution imparfaite; ils se réduisent en débris in* formes qui n'ont plus rien de caractéristique. C'est ce qu'on appelle la fonte tuberculeuse. Je passe sous silence l'inflammation suppurative qui survient presque toujours dans les parois du foyer, et qui le transforme en abcès tuberculeux; je passe également sous sUence les autres modes de terminaison du tubercule : je ne veux parier que de son ramollissement.
Quelle est la cause de ce dernier? C'est la décomposition et la dis-
RAMOLLISSEMENT DU TUBERCULE ET DU CàNCER, 193
solution de la subsiunce amorphe iDlerglobulaire qui» n'étant ni vasculaire, nî vasctïïarîaable, ne possède qu'une obscure vitalité, el reiiti^e loi ou lard sous Fempire des lois physiques. On lui a même conteslé cetle vitalité obscure; on a dit que le tubercule n'était qu'un produit de sécréliou tout à fait inerte; on est allé jusrqu'à dire, dans ces derniers temps, que les corpuscules tuberculeux n'étaient pas des élêmeat^ oi^anisés.
Ce sonl autant d'erreurs provenant de cette idée préconçue, qu'il n*y a pas de vie sans vaisseaux. La vie a ses degrés comme Forganisalion. Les manifestations de la vie supérieure ne s'observent que dans les tissus vasculaires; mais entre cette vie parfaite el Tinertie absolue de la matière, il y a, dans la série des tissus comme dans la série des êtres, divers degrés de vital île. Le tubercule occupe sans doute la situation la plus inférieure dans cette échelle de la vie; il est bien au-dessous des cartilages articulaires qui, privés devaissmux comme laij ne se nourrissent que par îmbibition, aux dépens des sucs formés par les vaisseaux adjacents, et qui se composent comme lui d*éléments globulaires ci mentes par une substance amorphe. Ceux qui nient la vitalité des cartilages, doivent nier, à plus forte raison, celle du tubercule cm* Mais si le tubercule ne vivait pas du tout, il devrait, dès le premier jour, se comporter comme un corps étranger, el se putréfier presqiie aussitôt. Au lieu de cela, il se maintient longtemps à la pcriode de crudité; cl certes ce oe sont pas les conditions de la putréfaction qui lui manquent dans le poumon, ou abondent la chaleur, Thumidité et l'oxygène. Toutefois, celte vie imparfaite a un terme inévit;ible; la substance amorphe qui cimente les globules ne parait pas se renouveler pur un travail de nutrition. Dés lors elle n'a^ comm<^ la plupart de*s Mibstances organiques de réconomie, qu'une durée limilée; et tôt ou ttird, au bout d'un temps variable, elle se dissout inévitablement
Il est impossible de fixer Tépoque de cette dissolution; certains malades présentent pendant plusieurs années les signes de la tubertutisation pulmonaire au premier degré^cL à Tautopsie, on ne trouve dans leurs poumons que des tubercules crus, sans aucune trace de cavernes cicalrisées; la période de crudité peut donc durer trèslongtemps; mais ordinairement, la dissolution de la substance inlerglobulaire s'effectue en quelques mois; elle peut même, dans leh cas aigus, sur\enîr plus rapidement, surtout si les parties adjacentes sont le siège d'une inOammalion concomitante. Celle-ci favorise et accélère te ramollissement; maiâ elle n'en est pas la cause déterminmUip comme on Ta dit, puisqu*un lrès*grand nombre de tuber-
It