‹ Traité des tumeursChapitre 62 sur 140 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Certaines tumeurs de la peau sont ulcérées dès le moment de leur apparition; mais les cas de ce genre, qu'on croyait fréquents autre- Ibis, formentï à mesure qu'on y regarde de plus près, une catégorie de plus en plus restreinte* On a désigné longtemps sous le nom d'w/ch-es çhancnux ou rmigêùnUj des ulcères qui, au dire dtîs auteurs andens, commençaient par être simples et devenaient cancéreux plus tard. Je ne fais que mentionner ici cette afl^ction, qui n'a aucune analogie avec le cancer, et qui se trouve plutôt rapprochée de certaines variétés d'épi théliômes. J*en dirai quelques mots dans le chapitre de répilbéliômc. Il résulte d'aîlieurs, des observations de Sir B. Brodie^ que Tulcère rongeant, à son début, repose habituollement sur une petite tumeur ou excroissance de la peau. J'ai vu pourtant débuter une fois sur une petite cicatrice de brûlure, dans la région temporale j un ulcère rongeant qui n'avait été précédé d'aucune tumeur, d'aucune saillie appréciable : mais le tissu de ci* calrice sur lequel il reposait était une productitm accidentelle, et cet exemple ne prouve pas qu'un ulcère rongeant puisse débuter prirairivemeut sur une peau jusqu'alors saine. On a cru longtemps que t'épilhéliôme était fréquemment ulcéré dès le moment de sou apparition; mais si. au lien de s'en rapporter au témoignage des malades, on s'en rapporte à rolïservation directe, on reconnaît que Tidcéralion est toujours c^onsécutive.

Il n'en est pas moins vrai que certains ulcères simples peuvent devenir le point de départ de productions accidentelles plus ou moins volumineuses et plus ou moins graves. On sait que les bords des vieux ulcères de la jambe finissent souvent par se tuméfier et s'indurer d'une manière notable (ulcères calleux)* D'autres fois, les bourgeons charnus de la membrane pyogénique s'hypertropbient assez pour former au-dessus de la surface de l'ulcère une saillie mollasse et saignante (ulcères fongueux). Ces deux lésions ne rentrent pas dans la classe des tumeurs* Mais lorsque le bourgeonnement

devient très-considérable, il peut donner lieu à une tumeur véritable. J'ai été consulté, il y a quelques années, pour une tumeur, grosse comme un œuf de poule, qui s'était développée au bras sur un cautère en suppuration. On avait depuis longtemps déjà supprimé les pois; plusieurs cautérisations avaient élé faites inutilement; une excision, probablement incomplète, avait élé suivie de récidive, et je conseillai d'enlever de nouveau la tumeur, en empiétant de quelques millimètres sur la peau environnante. Voilà donc un cas où une tumeur véritable a eu pour point de départ un ulcère primitivement simple, et la plupart des praticiens ont pu voir des exemples analogues. D'un autre côté, l'induration des chancres syphilitiques constitue une tumeur qui peut persister très-longtemps après la cicatrisation de l'ulcère; tumeur assez considérable quelquefois, surtout lorsqu'elle occupe la langue ou les lèvres, pour donner lieu à des méprises graves. C'est ainsi que j'ai \ii, dans un hôpital de Paris, un chirurgien célèbre enlever, comme un cancroïde, un chancre induré de la lèvre inférieure. Les tumeurs dont je viens de parler ont été précédées d'une ulcération qui en a été la cause déterminante; mais elles ne constituent pas une classe particulière; elles ne renferment dans leur structure que les éléments qui se développent habituellement dans la lymphe plastique inflammatoire, savoir : du tissu conjonctif plus ou moins dense, et des éléments iibro-plastiques. D y a loin de là à l'ancienne histoire des ulcères chancreux, c'est-à-<Ûre des cancers qui, disait-on, se manifestaient primitivement sous forme d'ulcération, et qui entamaient les tissus avant de produire une tumeur.

J'ai mentionné, dans le chapitre précédent, un malade dont j'ai récemment fait l'autopsie, et chez lequel un épithéliôme a débolé sur un ancien ulcère de la jambe. Cet homme reçut, en 1811, on éclat de mitraille au tiers inférieur de la jambe droite. Il en résulta un ulcère qui resta ouvert pendant six ans. En 1817, le malade entra dans le service de Dupuytren. Après quelques mois de traitement, l'ulcère se cicatrisa; mais il se rouvrit en 18^4, et ne se refenna qu'au bout de plusieurs années. Ënfln, au commencement de 1850^ la cicatrice s'ulcéra encore, l'ulcère s'agrandit promptement, devint plus large que la paume de la main, et le malade, qui était déjjà avancé en âge (72 ans), fut admis à l'hospice de Bicôtre. Au mois de décembre 1861, chargé, par le directeur de l'assistance publique, de faire la statistique des vieillards et infirmes de l'hospice, je vis cet homme dans sa division; son ulcère, stationnaire depuis deuxaosi était un peu fongueux, mais était encore parfaitement simple. Dam

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