‹ Traité des tumeursChapitre 66 sur 140 · CICATRISA.TION · texte numérisé non relu

CICATRISA.TION

piiraiity assez régulier, de la forme et du volume d'oo œuf de pigeon, faisait saillie à travers la plaie.

Du reste, cette hernie de la tumeur intérieure à travers la perfora* llûQ du derme ulcéré, peut se produire soit du côté de la peau, soit du côté des muqueuses. Elle n'est pas propre au caucer ; les tumeurs flbro' plastiques en deviennent quelquefois le siège; Tissue d'un ou plusieurs lobes de la otumelle hjpcrtropliiée n'est pas très-rare lorsque la p6au aété ulcérée accidentellement par Tnn des mécanismes que nous avons décrits plus haut* Les tumeurs désignées sous le nom de fongus bénins du testicule, tumeurs complexes, dont nous n'avons pas à discuter ici la nature, peuvent Cire également, àceriains égards, rapprochées des végétations en champignon. Nous avons dit que celles-ci s'observent également du côté des muqueuses. Les cancers encéphaJoïdes du col ou du bas-fond de la vessie en ûtErent de fréquents exemples.

La surface des végétations en champignon se comporte eonmie celle des autres tumeurs ulcérées. Elle fournit une suppuration plus ou moins ichoreuse; elle peut devcoir le siège d'hémorrbagies; elle peut donner naissance à des végétations en chou-lleur. En un mot, elle ne diffère de celle des ulcères ordinaires que parce qu'elle est convexe au lieu d'être plane ou concave*

La marche et la terminaison des tumeurs ulcérées varient beaucoup, suivant que rulcéralion a été accidentelle on naturelle* Les tumeurs qui n'ont pas de tendance h s'ulcérer naturellement, et dont une cause locale occasionnelle a délcrminé Tuleération, peuvent ^ souvent se cicatriser à la faveur d'un traitement convenable. Au lieu i da chercher à les faire cicatriser, onpréfère ordinairement lesenlever [Uë cela est possible sans danger sérieux. On a raison ; mais squê le volume ou le sîége de la tumeur s'Oppose à rablâ* itioii, des pansements bien dirigés peuvent amener la cicatrisation. [Abandonnés à eux-mêmes, ces ulcères peuvent s'accroître beaucoup^ jlDaUils restent souvent à peu près stationnaircs^ et quelquefois le ils se cicatrisent spontanément, sans rintervention de l'art*

tumeurs uaturellement ulcérées, ou celles qui, bien qu'oulaecidentellemeui, ont une tendance naturelle à Tulcération, j soQt beaucoup plus rebelles aux traitements, U est môme douteux ' qu'aucun trailemenl ait le pouvoir de les faire refermer. Dans les jcas, d^âilleurs irès-exceptionnels, où ces ulcères se cicatrisent pour [quelque lemps, les praticiens sont disposés à attribuer ce résultat à {refûcacité du dernier médicament ou de la dernière pommade qu'ils al mise en usage; mais comme les ulcères abandonnés II eux-mCmes

ne guérissent ni plus ni moins souvent que ceux qu'on soumet i des traitements plus ou moins méthodiques, on ne peut guère consenrer d'illusion à cet égard.

C'est une question de savoir si une tumeur naturellement ulcMe peut réellement se cicatriser, ou plutôt si une membrane de cieatrice reposant directement sur le tissu accidentel peut s'organiser et se cicatriser. Il n'y a aucune raison théorique pour rejeter la posnbilité de ce phénomène; certains ulcères reposant sur des tumenn très-malignes, peuvent, à un moment donné, se recouvrir d'une membrane granuleuse; or, la membrane granuleuse est le premier degré de la membrane inodulaire. Mais si la théorie permet de concevoir cette cicatrisation comme possible, les faits, il faut bien le dire, n'en ont pas encore suffisamment démontré la réalité. Lorsqu'on analyse les observations qui en ont été publiées, on trouve que h plupart d'entre elles sont défectueuses ou étrangères à la question. Tantôt le diagnostic n'est pas sufiîsamment établi, et comme il est facile de confondre certaines tumeurs bénignes accidentellement ulcérées, avec celles qui nous occupent, les observations qui ne sont pas accompagnées de détails bien précis laissent nécessairement do doute dans l'esprit. D'autres fois le diagnostic est bien certain, mab alors on ne trouve pas de détails relatifs à la nature des parties sur lesquelles la cicatrice s'est formée, ou bien on trouve des détails propres à établir que le tissu accidentel avait été entièrement détruit avant la cicatrisation.

Ainsi, M. TValshe a cité, comme un exemple probant, le cas dHine tumeur encéphaloïde ulcérée de l'aine qui se cicatrisa sous les yen d'Abemethy. Mais lorsqu'on étudie l'observation, on y trouve ce qui suit : il s'agissait d'un énorme cancer des ganglions de l'aine gauche, consécutif à un encéphaloïde du tubercule. Les ganglions distendirent la peau qui, incapable de les contenir plus longtemps, s'amincit, s'enflamma et s'ulcéra. La plus saillante des masses ganglionnaires se trouva ainsi mise à nu, et un travail de mortification ne tarda pas à s'emparer de la tumeur : a La tumeur enflammée, dit Abemelhy, se gangrena progressivement jusqu'à ce qu'elle fui etUièrement détruite, La peau ne s'était ouverte que sur le point le plus proéminent de la tumeur, et n'était d'ailleurs pas malade. Elle perdit alors son aspect inflammatoire, des granulations se développèrent, et une cicatrice se forma (1). »

Une autre observation, tout aussi célèbre, est celle-ci de P. Bérard,

(!) J. AberneUiy, Su/gical and Phjsiological Works. London, 1830» in-S, vol. I. pag. 57.

CtCATmsATION.

mais elle est si courte, sî încomplètet qu'U est difficHe et la coasidérer comme concluante. « Il arrive quelquefois, dit-îl, que la cicatrice K s*éUibïit sur la matière encéphaloïde même. J'ai constaté ce fiiit a sur une femme dont les principaux viscères renfermaient de la ma» a tière encéphaloïde (1). n II manque ici un renseignement; on ne dît pas à quelle époque cette cicatrice s'est formée. Si c'est dans les derniers jours de la vie, on a très-bten pu prendre pour une cicalrice une membrane granuleuse, desséchée faute de sécrétion. II arrive quelquefois que dans la période ultime de la cachexie cancéreuse^ récoulementde l'ichor se supprime entièremenL J'ai vu, chez uni* femme de cinquante ansj un cancer ulcéré delà mamelle» recouvert de petites végétations, se dessécher complètement dans la semaine qui précéda la mort; les végétations pâlirent, se flétrirent, se desséchèrent, et si iiû pareil phénomène se fût produit à la surface d'un ulcère non couvert de végétations, il eût été difficile de ne pas croire à une cicalnsatlon. L'obsen'âtion de Bérard était peuL-étre relative i un cm de ce genre; et, en tous cas, on reconnaîtra qu'elle est trop laconique pour être acceptée sans réserves.

Les ulcérations des tumeurs les plus incurables peuvent cependant se cicatriscn La cicatrisation partielle sur Tun des bords de Tulcère s*observe assez fréquemment, et on peut s'assurer alors que la masse morbide ne se prolonge pas, ou plutôt ne se prolonge plus sous la couche cicatricielle. On n'a pas oublié que la surface ulcérée €st le siège d'un travail de destruc Lion, et que dans les tumeurs qui renferment des noyaux ou des cellules, on retrouve chaque jour un certain nombre de ces éléments dans Tichor; mais, pendant que la couche superficielle se détruit, les couches subjacentes s'accroissent parlamultiplicatton de leurs éléments, 11 y a donc deux actes inverses, l'un de destruction, l'autre d'accroissement. Si celui-ci remporte» la tumeur augmente de volume malgré Tulcéralion, et c'est ce qui se présente le plus souvent; si les deux actes se font équilibre, le volume de la tumeur reste stationnaire; enfin, si le travail de destmc" tîon remporte, l'épaisseur du tissu accidentel diminue progressivement. Il est fort rare que ce dernier résultat se manifeste à la fois dans toute retendue d'une tumeur ulcérée; mais it arrive assez fréquemment que dans une partie de î'ulcére, principalement sur l'un des bords, toute répaisseur de la couche morbide est détruite, et alors Tulcère, reposant sur des tissus sains, peut se cicatriser en ce point, J'at présenté» en f855, à la Société anatomique, despiècef;

llj ÙÉetimn, 4k métî£dne eo 30 vof., art. C^nceh, I. V), p. ïSS.

240 ULCÉRATION DES TUBfEURS.

provenant d'une femme cancéreuse, de soixante-neuf ans, morte i la Salpétrière. II y avait dans le foie un cancer secondaire bien canelérisé. Cette femme était entrée à l'hospice pour un cancer du seio depuis longtemps et largement ulcéré/A Tautopsie, qui fut faite par M. Topinard, interne du service, on trouva que cette large ulcératioo reposait sur un fond induré, où le microscope ne montra aucune trace d'éléments cancéreux, excepté vers le centre, où eidstait une masse grosse comme une petite noisette, dont la structure était celle des productions encéphaloïdes. L'ulcération avait donc détruit toute la tumeur cancéreuse, à l'exception d'une très-petite partie qui n'aurait pas tardé, sans doute, à être détruite elle-même ; et l'ulcàre, qui avait déjà commencé à se cicatriser sur les bords, aurait pu se cicatriser entièrement, au moins pour quelque temps» si la malade avait vécu quelques semaines de plus (1). Ce fait donne une certaine valeur à une observ^ation, d'ailleurs très-incomplète, que j'ai recueillie en 4852. Je fus consulté par une dame qui avait dans la régû» mammaire une cicatrice irrégulière. Une tumeur, dont le début datait de quinze ans, s'était ulcérée, puis cicatrisée au bout de quelque temps sans opération. Une récidive avait eu lieu sous la cicatrice qui s'était rouverte, puis refermée une seconde fois. Lorsque la malade me consulta, il y avait sous la cicatrice une nouvelle récidive qui le montrait après une guérison apparente de quelques mois. Je proposai une cautérisation qui ne fut pas acceptée, et je n'ai pas rêvait malade, mais j'ai appris que la récidive avait fait des pi;ggrès n^des, et que la mort était survenue au bout de peu de tônq» (S).

Il me parait donc certain que des tumeurs ulcérées, inémecdles qui appartiennent aux espèces les plus malignes, peuvent se cicttriser par suite de la destruction graduelle et complète de leur tissa. Ces guérisons ne sont ni plus ni moins durables que celles qui s'ef* fectuent à la suite d'une gangrène générale de la masse morbide» oo à la suite d'une opération. Mais ce qui est encore douteux pour moi, c'est qu'une cicatrice solide puisse s'organiser à la surface des tumeurs ulcérées naturellement^ comme les cancers, les flbroldes et les épithéliômes.

(1) Bulietins de la Société anatoniique, 1855, t. XXX, p. 38.

(2) Idem. 1853, t. XXVIH, p. 9.

Page 1