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INFLAMMATION ET GANGRÈNE DES TUMEURS

Les tissus accidentels, une fois formés, vivent et se nourrissent comme les tissus naturels. Les phénomènes de la nutrition sont les mêmes dans les deux cas, et on conçoit aisément que des troubles nutritifs, analogues à ceux qu'on observe dans les organes normaux, puissent se manifester quelquefois dans la substance des tumeurs.

J'ai déjà parlé de Tulcéralion et du ramollissement ; on a pu voir que ces phénomènes présentent, dans certaines tumeurs, des caractères particuliers en rapport avec la structure de leur tissu et avec la nature de leurs éléments. Ceux que je vais étudier maintenant sont moins spéciaux; ils sont d'ailleurs moins fréquents, plus éventuels, et c'est pour cela, sans doute, que les auteurs ne leur ont accordé que peu d'attention. Il m'a paru, toutefois, qu'ils devaient trouver place dans l'élude générale des tumeurs.

§ L — luflammaUon des tumeurs.

L'inflammation joue un certain rôle dans la production de certaines tumeurs. Gela est beaucoup plus rare qu'on ne le croyait au temps de Broussais, mais je n'ai pas à discuter maintenant cette question aujourd'hui jugée.

L'inflammation dont je veux parler ici, n'est pas celle qui, quelquefois, précède ou accompagne le début des tumeurs; c'est celle qui survient consécutivement, à titre de complication, dans les tumeurs déjà formées, et qui en modifie la marche et les symptômes d une manière notable.

Cette complication peut présenter deux sièges bien distincts : elle occepe tantôt la substance môme de la tumeur {inflammation parenchymateusé)^ et tantôt les tissus environnants {inflammation périphérique ou de voisinage).

A proprement parler, la plupart des tumeurs provoquent, dans les tissus qui les avoisinent, un travail d'inflammation plus ou moins

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chronique, dont on retrouve fréquemment les traces à l'autopsie, alors môme qu'aucun symptôme observé sur le vivant n'en a révélé l'existence. Lorsqu'on examine la périphérie d'un cancer ou de toute autre tumeur en voie de propagation, on constate très-souventi entre les limites des éléments autogènes et celles des tissus sains, une zone plus ou moins épaisse où ces tissus ne sont encore qu'iih dures, et où le microscope ne découvre que les produits ordinaires de l'inflammation chronique. Mais celle-ci ne peut être considérée comme une complication, elle ne présente rien de spécial, et elle ne mérite quelque attention que lorsqu'elle acquiert une intensité sul^ flsante pour donner lieu à quelque symptôme.

L'inflammation de voisinage peut présenter tous les degrés, depuis la forme la plus chronique jusqu'à la plus aiguô. Elle peut être spontanée, c'est-à-dire due à la seule présence de la tumeur, ou provoquée par des causes extérieures, telles que les chocs, les pressions, les frottements, etc. Elle peut se terminer par suppuration, par induration, par gangrène même. Celle qui se développe autour des tubercules ramollis est ordinairement suppuralive, et, plus lard, suivie de l'élimination du produit accidentel. Celle qui nait à la su^ face d'une tumeur volumineuse dont le sommet est froissé par les vêtements, se termine souvent par ulcération, et on n'a pas oublié que telle est souvent la cause de Vulcération accidentelle des tumeurs. Tout cela est trop simple pour mériter de nous arrêter plus longtemps. Mais je dois mentionner plus parliculièremenl l'engorgement ganglionnaire qui est quelquefois la conséquence de ces inHammations de voisinage, et qui peut donner lieu à de grandes difficultés de diagnostic.

On verra, dans le chapitre suivant, que les cancers, les épithéliômes, et plusieurs autres espèces de tumeurs fort graves, déterminent fréquemment dans les ganglions lymphatiques correspondants la formation de tumeurs secondaires, de même nature que la tumeur primitive. Ce caractère est un de ceux qui forment le cortège de la malignité; lorsqu'il existe, il préoccupe toujours et désarme souvent le chirurgien, qui renonce à l'ablation de la tumeur principale, faute de pouvoir atteindre et extirper en même temps les ganglions engorgés. Le diagnostic de ces engorgements spécifiques est donc de la plus haute importance, sous le point de \'ue du pronostic, comme sous le point de vue du traitement.

Or, les adénites chroniques simples, symptomatiques des infianh malions de voisinage dont il est ici question, simulent quelquefois de la manière la plus trompeuse l'engorgement spécifique des

INFUUnîATIONS DE VOISmAGE* — ADÉNITES. 24!)

ganglions. Pour faire compreodre la gravilé^des erreurs qui peuvent en résulter, nous avons plusieurs cas à examiner, Suppo?^ons dVibord que les ganglions eui^orgés occupent une situation telle qu'on ne puisse les enlever sans imprudence* Le chirurgien, n'osant ni les exlirper ennoôrae temps que la tumeur primitive^ ni pratiquer une opération incomplète en n'emportant que cette dernière, refuse son intervention à un malade qu1l aurait pu sauver. Supposons mainlenanl que les ganglions engorgés soient accessibles h la chirurgie, comme le sont par exemple les ganglions axillaires qui compliquent les carcinomes du sein. Au lieu d'une opération relativement légère, limitée à la région mammaire, on pratiquera une opération beaucoup plus grave, en prolongeant l'incision jusque dans le creux de Taisselle* Supposons enfin que la tumeur primitive soit de la nature de celles qui n*ont aucune tendance à déterminer Tengorgement sjt?éci- ^^ue des gang] ions. Il s'agit, par exemple, d'un adénome de la mamelle. Si l'aisselle était libre d'engorgement, on porterait un diagnostic exact; mais rélatdes ganglions fait croire à rexistence d*un cancer, et^ par suite de cette erreur, on pratique une opération qu'on aurait pu éviter. On voit combien il serait important de pouvoir diagnostiquer les adénites simples consécutives à rinflaramation périphérique des tumeurs. Ce diagnostic, malheureusement, est presque toujours extrêmement incertain. Déjà Vacher avait cité deux cas où Ton avait extirpé la mamelle cancéreuse, ou réputée telle, sans enlever les ganglions axillaires engorgés, et où ces ganglions étalent entrés en résolution peu de temps après {!), Zinn avait produit une obsen-ation semblable {t). La connaissance de ces faits engagea quelques praticiens à laisser en place les ganglions engorgés dans rop4ia*^on du cancer, et celte pratique, qui dut échouer bien des fois, compta pourUmt quelques succès. Ainsi Louis, au dire d'Assalini, enleva une mamelle cancéreuse, laissant dans Faisselle des ganglions tuméfiés qui entrèrent bientôt en résolution. Le même Assalinî rapporte que Desault amputa Tavant-bras pour un ulcère de mauvaise nature, compliqué de glandes axillaires» persuadé que Ten- ^ gorgement de ces glandes n'était pas spécifique, et qu'il disparaîtrait

(t) Vacher, Dissertation sur le cancer des tnameîles, Oesançon, 1740, in -13, p. iUH 113.

(î) Ceît* observa Uon, «i lOUTent citée, est ettraiîe du premier volume dea Jtft'-

ptoifeâ de Gt'tlmgue, p. 306 €t 367* Ceit 11 que l'a prise VJcq-d'Aïyr, auteur da

^TarUde Asaiomie PATBOLOCifttiE tle i'Enctjdopédie méthodtquê, t. H, p, S3î. Parift,

IÎ80, in-**'. Maiâ J'ai lieu de aoupçonacr quelque erreor^de citation qu^eïptiquerait

' d*âilieura l'abaurde dispoiiUoQ dei pat^inalions dans les diverse! séries des Menton ef

de Gùttînçue,

2i4 INFrAMMATION DES TUMEURS.

après Topération. C'est ce qui eut lieu en effet; mais pour que cette obsenalion, qu'on a si souvent citée, fût démonstrative, il faudrait savoir si l'ulcère en question était considéré par Desault comme un ulcère cancéreux. Or, Assalini ne nous fait pas connaître le diagnostic de ce chirurgien ; il dit simplement que l'ulcère occupait le dos de la main, que les os du carpe et de Tavant-bras étaient ramoUis; il ajoute que Desault fit l'amputation contre l'avis de tous les autres chirurgiens, lesquels croyaient que le mal était dû à une cause scrofulcuse, parce que les ganglions du bras et de l'aisselle étaient engorgés (i). C^est donc tout gratuitement que Sœmmering, et, depuis lui, beaucoup d'autres auteurs ont donné cette observation comme un exemple d'ulcère cancéreux, compliqué d'adénite simple. Je dois dire que dans les publications de Desault ou de ses élèves sur l'opération du cancer, je n'ai trouvé aucune ^lusion à ce tût, ni h aucun autre fait analogue. Quoi qu'il en soit, Assalini ne noos dit pas sur quels caractères Louis et Desault s'étaient basés pour reconnaître que les ganglions tuméfiés étaient le siège d'un engorgement simplement inflammatoire. Sœmmering, parlant de ses propres observations, n'est pas moins laconique. Il se borne à dire que plus d'une fois il a opéré avec succès le cancer de la mamelle sans enlever les glandes engorgées de l'aisselle. Plus unâ vice carcinama mamm& cvltro féliciter sanavi^ relictis glandulis axillaribus non parum /■midis (2). Depuis lors, beaucoup d'auteurs ont mentionné des bits semblables. Dupuytren, en particulier, en parlait quelquefois dans ses leçons cliniques. Mais, lorsque j'ai voulu étudier de plus prés cette question, je n'ai trouvé, dans les ouvrages que j'ai pu consulter, que des assertions vagues, ou des observations superficielles dans lesquelles on n'indique pas les caractères différentiels qui ont pen&is de reconnaître avant l'opération la nature purement inflammatoire des engorgements ganglionnaires.

La difficulté de ce diagnostic est d'autant plus grande, que les adénites chroniques simples sont ordinairement indolentes, sans adhérences, sans chaleur à la peau, comme les engorgements gan-

(1) Assalini, Essai médical sur les vaisseaux lymphatiques. Turin. J787, MX, p. 63 pour robaervation de Louis, el p. C2 pour celle de Desault. J'emprunte à Son* mering cette citation de Touvrage original d'Assalini, que Je n'ai pu me procmcr. Dans la traduction allemande que J'ai consultée, l'ulcère du malade de Desault ot désigné sous le nom de bôsartiges^ ce qui n'implique nullement l'idée d'une alMlM cancéreuse. Voy. Assalini, Veher die lymphatischen Ge fasse und deren Krankhnt0t% dans Sammlung auserlesener Abhafidlungen, Bd XV, s. 137-139. Leipzig, 1792, ifrt

(2) Tli. Sœmmering, De morOis vasorum absorbentium. Tn^ecU ad lIcniM (Francfort), 1794, in-8,p. 11.

INFLAMMATIONS DE VOISIKAGE. — ADÉNrTES*

lionnaires spécifiques rapprochés de leur début, La marche itlté* rieure du mal en ferait aisément connaître la nature; mais on aurait perdu un Icmps précieux, et il pourrait se faire que Popf ration ne fût plus praticable au moment oîi ie diagnostic serait fixé.

Lorsque la tumeur ganglionnaire présente des caractères înflammaloircs plus ou moins évidenis, tels qne de la douleur» de la chaleur, de la rotigeur» il est permis d'espérer qu'elle n*esl pas spécifique, et

' de cherchera en obtenir la résolution par des applications antiphlogistiques émollientes ou résolutives, Sî les résultats de ce traitement sont avantageujÊ, si Tengorgemcnt entre en résolution, on a quelques probabilités en faveur du diagnostic d'une adénite simple. Mais ce diagnostic n'est assuré que dans les cas où la résolution est tout à fait complète. Il n'est pas rare, en effet, que les ganglions cancéreux ou épithéliaasc deviennent le siège d*une complication infiammatoire; la tumeur, qui s'était accrue pendant quelque temps, peut diminuer sous l'influence d'un traitement local, redevenir indolente, et se comporter d'abord comme une adénite en voie de résolution; mais celte marche rétrograde n'est que passagère; rengorgement ganglionnaire spécifique persiste, et sî on ne l'opère pas, il ne tarde pas à s'accroître, k se propager, â gagner les ganglions adjacents. On commettrait donc une grave erreur, si Ton croyait qu'une tumeur

1 ganglionnaire, développée au voisinage d'une tumeur, fût de bonne nature par cela seul qu'on aurait pu en obtenir la résolution partielle. Le chirurgien, je le répète, ne peut être rassuré a cet égard que lorsque les ganglions sont revenus h leur état oatureL

M, Velpcau, pariant des cancers du sein compliqués d'engorgements axill aires, dit : «J'ai souvent vu des engnrgeraent& pareils diminuer notablement avant Topé ration, sous l'influence d'applications répétées de sangsues ou de topiques soit émollients, soit résolutifs. J'ai vu aussi un petit nomlfre de foiSj ii est vrai j les ganglions lymphatiques de l'aîssetle se dégonfler après l'opération, par le fait de la môme médication (l). » Il existe entre ces deux phases un contraste qui n'échappera à personne. L'auteur a essayé, avant l'opération, de faire résoudre les glandes lymphatiques engorgées, il a réussi souvent à les faire diminuer. D'après cela^ it a pensé que ces engorgementi n'étaient qu'inflammatoires, il a donc opéré les tumeurs cancéreuses

I sans toucher aux ganglions axillaires, mais, ici, au lieu de réussir souvent» il n'a réussi qn^un petit nombre défais* Le moyen de diagnostic qui consiste à étudier les efl'els d'un traitement résolulir, n'est donc

^1^ Vclpcaii| Traité ûti mulmlit s tfu i^tn. Pari», tBà4 Jn 81 p. &0C,

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valable que lorsqu'on arrive à faire disparaître l'engorgement d'une manière complète.

J'ai recueilli, en 4849, à l'hôpital Saint-Louis, dans le serrice de M. Nélaton, l'observation d'un enfant de 13 ans, atteint d'une énorme tumeur encéphaloïde du fémur, qui ne comportait d'autre opération que la désarticulation coxo-fémorale. 11 y avait dans l'aine plusieurs ganglions engorgés, gros comme des noisettes et à peu près indolents. Il paraissait probable que ces ganglions étaient cancéreux, et, dans ce cas, la tumeur aurait été tout à fait inopérable. Toutefois, avant de renoncer à l'opération, M. Nélaton essaya de faire résoudre Tengorgement inguinal. Des applications émollientes, continuées pendant quelques jours, amenèrent une résolution complète. Le chirurgien se décida alors à désarticuler la cuisse. L'enfant vécut trente-huit jours, et, à l'autopsie, je constatai que les ganglions inguinaux étaient revenus à leur état naturel.

Je viens de montrer que la résolution partielle des engorgements ganglionnaires ne suffit pas pour en déterminer la nature. Il semble, au premier abord, que la suppuration devrait fournir des données plus certaines. Il n'en est rien, cependant, car j'ai vu deux fois des abcès se produire dans des ganglions cancéreux ou épithéliaux. J'ai cité l'un de ces faits dans mon Mémoire sur Vanatomie pathologique du cancer (1) : Un engorgement ganglionnaire très-volumineux, consécutif à un cancer ulcéré du testicule, occupait le pli de l'aine, la fosse iliaque interne et la région lombaire. Un grand nombre de ganglions étaient tuméfiés; tous étaient exclusivement cancéreux, à l'exception d'un seul qui était gros comme une petite pomme et4iii renfermait une collection purulente. J'ai fait l'année dernière, à Bicôtrc, l'autopsie d'un vieil idiot qui avait succombé à un épithéliôme des paupières et de la conjonctive. Une large tumeur ganglionnaire s'était formée dans la région parotidienne; tous les ganglions étaient pleins de dépôts de cellules épithéliales ; mais Tan d'eux était devenu le siège d'un abcès volumineux qui s'était ouvert, sous mes yeux, pendant la vie. Ces deux faits prouvent qu'il ne suffit pas de constater de la suppuration dans les ganglions engoi^és au voisinage d'une tumeur de mauvaise nature pour en conclure que ces ganglions soient simplement enflammés.

Ainsi, d'une part, l'absence des signes locaux de l'inflammation ne prouve pas que l'engorgement des ganglions ne soit pas simplement inflammatoire ;

(I) Mém. de PAcad. tU méd., 1861, t. XVI, p. 67S, in-4«.

INFLAMMATIONS DE TOÎStNAGE. — ADÉNITES, 247

Et, d'une autre part, )a présence des signes Joeaux de l*inf1aninia« lion ne prouve pas que cet engorgement soil simplement inflammâ' toïre*

Ce D*est donc pas sur Texamen direct de la région ganglionnaire que peut reposer le diagnostic de la nature de Padénopathie, et il est permis de se demander si les chirurgiens qui ont réussi à faire résoudrcs après l'ablation d'une tumeur cancéreuse, des ganglions engorgés dans le voisinage de cette tumeur, ont été guidés par un dîagnoslîc légitime, ou s'ils n'ont pas été plutôt servis par le hasard. Je pense, pour ma part que, dans Télsit actuel de nos connaissances, le diagnostic de ces engorgements ne peut découler avec certitude de l'examen des ganglions malades. L'examen de la tumeur primitive est plus concluant, au moins dans quelques cas. On s*efforcera de déterminer si cette tumeur est ou n'est pas de la nature de celles gui ont de la tendance à produire rengorgement spécifique des ganglions, et, dans ce diagnostic, on ne se laissera pas influencer par Tétait des glandes lymphatiques, on procédera comme si ces glandes étaient saines. Si l'on arrive à reconnaître qu*il s'agit d'un cancer, ou d'un épitbéliôme, ou de toute autre tumeur disposée à se propager par la voie du système lymphatique, ii sera très-probable que Tengorgemenl est spécifique, et il sera prudent de le traiter comme teL On pourra, si Ton veut, essayer quelques applications locales, mais on n'y insistera que si la résolution commence à s'effectuer d'une manière bien manifeste au bout de peu de jours, car il est essentiel de ne pas perdre de temps, et, pour peu que la résolution s'arrête!, on devra se conduire comme s'il était démontré que l'engorgement est spécifique, — Si Pon reconnaît, au contraire, que la tumeur primitive est de celles qui ne tendent pas à gagner les ganglions» Tengorgemenl, quels qu'en soient les caractères, sera considéré comme inflammatoire; et c'est dans ces cas seulement que je conseillerai d'enlever une tumeur sans toucher aux ganglions engorgés dans le voîstnage.

n y a des circonstances particulières qui peuvent quelquefois ajouter quelque certitude à ce diagnostic difficile. Chez le malade dont j'ai parlé plus haut {page 2^0, en note), et à qui J'ai amputé la jambe pour un épitîiéliôme développé sur un vieil ulcère, il existait dans raine une masse ganglionnaire indurée, du volume d'un œuf de pigeon, et tout à fait semblable à un engorgement épithéliaL J'aurais donc reculé devant l'opération si j'en avais été réduit à l'examen de l'état du malade. Mais cet homme, qui était fort intelligent, m'affirma que les glandes inguinales s'étaient développées

depuis plus de quinze ans, c'est-à-dire un grand nombre d'années avant le début de répilhéliôme de la jambe. J'en conclus qu'il s'agissait d'une adénite chronique symptomatique de l'ulcère de la jambe, et non d'une adénopathie épithéliale symptomatique de Tépilbéliôme. L'événement justifia cette opinion, puisque la tumeur ganglionnaire se dissipa d'une manière complète dans les huit jours qd suivirent l'amputation. A l'autopsie, qui a été pratiquée trois semaines après l'opération, nous avons trouvé les ganglions de l'aine encore rougeâtres, mais petits, flasques, et entièrement libres de dépôts d'épithélium.

J'ai parlé des adénites symptomatiques h l'occasion de l'inflammation périphérique des tumeurs. J'y ai insisté quelque peu, parce qu'il m'a paru utile de montrer le peu de certitude des connaissances actuelles sur le diagnostic qu'il serait si important d'établir entre les adénites et les engorgements ganglionnaires spécifiques.

Occupons-nous maintenant de l'inflammation parenchymateose des tumeurs.

En théorie, il est permis de croire que toutes les tumeurs vasculaires peuvent s'enflammer, et que, dans les tissus pathologiques, comme dans les tissus normaux, la susceptibilité inflammatoire est subordonnée h deux conditions principales, savoir : l'abondance des vaisseaux capillaires et la laxité de la trame. Il semble donc que les tumeurs devraient s'enflammer très- fréquemment, puisque beaucoup d'entre elles, réunissant les deux conditions anatomiques qui &¥0risent le développement de l'inflammation, font, en outre, à l'extérieur, une saillie qui donne prise aux frottements, aux pressions, et, en général, à toutes les causes irritantes mécaniques.

Mais, en fait, les cas où il est possible de constater par la clinique ou par l'anatomie pathologique, les symptômes ou les lésions de l'inflammation des tumeurs sont beaucoup moins communs qu'on ne pourrait s'y attendre.

Au point de vue anatomo-pathologique, il est souvent bien difficile de déterminer si certains accidents de structure qu'on observe dans le tissu des tumeurs dépendent de l'inflammatioii ou de quelque autre trouble de nutrition, à moins que ce tisso ne soit, de sa nature, parfaitement homologue. Dans ce dernier cas, on est autorisé à considérer comme inflammatoires les lésions semblables à celles que l'inflammation produit dans le tisso normal correspondant. Ainsi, on trouve quelquefois, au centre des lipomes anciens et volumineux, des foyers d'induration friables, comme lardacés, diCfus, marbrés de jaune cl de gris, qui

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rtippellenl tout à fait TaspecL du lissii adipeux ordinairet atteiot d'iûilaruiDation chronique, et on n'hésite pas à altrihuer ces lésions à iiu Irayaîl iiiflammaloire* Mais dans les tumeurs hétéromorphes, ou dans les tumeurs horaœomorphes qui ne sont pas homologues» on manqua de terme de cornparaison, et la déterminalloa des lésions de rînflammation devient beaucoup plus délicate. Il y a une quin* zaine d'années» ïorsqu*on eut découvert que les produils de TinflammatioQ s'organisent fréquemment en éléments (îbro-plasiiques, on put croire que Texamen microscopique lèverait la difrieuité; lorsqu'oïi trouvait, par exemple , des éléments fihro-pîasliques adventices au sein d'une tumeur cancéreuse, on était disposé à admettre qu'ils éîaient nés sous Tinfîuence d'une inflammation chronique du tissu raneéreux. Mais il est cerlain aujoiird'hui qnc les éléments fibro-pïasliques adventices peuvent se développer sans le concours de rinflammation. L*examen mieroscopîqne ne fournit donc qu'un seul caractère concluant, c'est la préî^ence des globules purulents qui atïesteut rexisteneed'un travail inllammaloire; et ce carac* r tcrc p«ul^^*lre constaté le plus souvent sans le secours du micro* I scope.

Au point de vue clinique, l'inflammation des tumeurs est facile à constater lorsqu'elle est phlegmoneuse; mais lorsqu'elle est moins aiguC et moins intense, le diagnostic en est beaucoup plus incertain. Une douleur, une chaleur, une tension modérées peuvent à certains moments se produire dans l'évolution naturelle de la plupart des I tumeurs. Nous citerons pourtant encore, ici, l'exception du lipdme, Le lipome ne présente ces caractères, même à un faible degré, que sous rinltueuce de l'inflammation , } Noua laisserons donc de côté les inflammations chroniques et les inflammations subaïgues dont l'étude c^^t encore trop peu avancée, pour ne nous occuper que de rinflammalion aiguë phlegmoueuse, suppuratïve ou gangreneuse, des tumeurs.

Les signes locaux ou généraux de cette inflammation ne dîtfèrent pas de ceux qui accompagnent Tinflammation aigué des tissus phy- I siologîqiies, et il serait waiment superflu de les énumérer. Ses causes sont tantôt traumatiques, tantôt spontanées. Je n'aurai pas à m*occnper de celles-là, et je ne dirai qu'un mot de celles-ci : c'est que, dans certaines tumeurs qui ont la propriété de se propager aux paroi.s des veines, roblîlération des troncs veineux donne lieu à des congestions qui favorisent le développement de Hnllammation.

L'inflammation des tumeurs peut se terminer par résolution, par suppuration ou par gangrène.

Là résolution est annoncée par la cessation de la douleur, par la diminution de la tuméfaction, de la tension et de la chaleur; cette résolution est quelquefois complète, c'est-à-dire que la tumeur revient au volume qu'elle présentait avant le début de la complication inflammatoire; quelquefois mémo, mais cela est beaucoup plus rare, le tissu de la tumeur s'est modifié de telle sorte, pendant la durée de l'inflammation, que la résorption de ce tissu s'effectue en même temps que celle des produits inflammatoires. Cette terminaison bvorablc, qui peut aboutir tantôt à une guérison complète, tantôt! une amélioration plus ou moins notable, ne s'observe guère que dans quelques tumeurs spéciales. On sait que plusieurs méthodes thérapeutiques, qui ne sont pas les moins efflcaces, agissent sur les tumeurs ércctiles en y provoquant une inflammation qui modifie leur tissu, et qui le rend apte àûlre résorbé. Les kystes peuvent, jusqu*! uncertain points être comparés, sous ce rapport, aux tumeur érectiles; car l'inflammation, spontanée ou provoquée, d'un kyste, ne produit pas seulement loblitération de sa cavité; la paroi, quelquefbis asseï épaisse, qui entourait le liquide, s'amincit et se résorbe peu à pea après l'oblitération. La méthode du broiement ou de l'écrasement, qui a donné quelques succès dans le traitement des hypertrophies ganglionnaires et de quelques autres tumeurs, agit également en provoquant la sécrétion d'un blastème inflammatoire interstitiel qui se combine avec le tissu divisé, et qui, en se résorbant plus tard, le fait résorber avec lui.

Mais les espèces de tumeurs dans lesquelles l'inflammation peat avoir des suites aussi avantageuses sont en petit nombre. Le plus souvent, la résolution s'arrête môme avant que la lumeursoit revenue à son volume antérieur. Dans les tumeurs qui, comme les cancers, ont une grande tendance à l'accroissement, les inflammations intercurrentes ont souvent pour conséquence d'accélérer la marche du mal, et il est probable qu'en pareil cas le blastème exhalé sous l'influence de l'inflammation est en quelque sorte assimilé par la tumeur, qu'il s'organise en éléments semblables aux éléments autogènes. C'est ce qui m'a permis de dire que les causes qui, dans les tissus physiologiques, provoquent l'inflammation, accélèrent l'accroissement des tissus pathologiques.

La terminaison par suppuration peut se présenter dans les tumeurs les plus diverses. On trouve quelquefois des abcès parfaitement caractérisés dans les adénomes volumineux de la mamelle. J'en ai tu plusieurs exemples, et je me souviens en particulier d'avoir trouTé deux ou trois abcès assez gros dans une de ces tumeurs qui m'avait

SUPPUBATION DES TUMEUnS*

élé eoToyée par M, Robert. J'ai recueilli, Tannée dernière, l'observation d'une petite fîlle de neuf mois, cbez laquelle un abcès se forma spontanémenL dans une tumeur érecUlede Tavant-bras, Celte tumeur qui, au moment de la naissance, était grosse comme un haricot, s'était accrue graduellement; à la lia du huitième mois, elle était grosse comme une noisette; dans le courant du mois suivant, elle devint douloureuse, sans cause connue, etût des progrès rapides, si bien qu'à la fîn du neuvième mois, elle avait le volume d'une grosse noix. Je vis Tenfaut pour la première fois, le 4 novembre 1861 , à la consultation de lliospice de Bicêlre, La tumeur présentait de la nuctuation, mais je n'osais pas croire à Texistence d'un abcès. Je me proposais d'attaquer cette tumeur par la cautérisation et je donnai rendez-vous aux parents pour le surlendemain. Mais, dès le lendemain, on vint de nouveau me présenter la pelile fille; la tumeui- s'éUit vidée le malin même, pendant qu'on habillail renfanl, et il s*en était écoulé une demi-euiJlerée à bouche de pus. Je supposais que la cicatrisation de cet abcès serait suivie de la guérison de la tumeur érectile; cet espoir ne se réalisa pas. Je dus pratiquer deux eau lérisations, et la guérison ne fut obtenue qu*au mois de mars 18l>2, J*ai revu l'enfant, il y a quelques jours (décembre 186Î), elle est lonjours parfaitement guérie.

La suppuration du lip6me a été observée plusieurs fois. On eo trouve quatre observations dans la liièse de M* Hébert (1).

J*ai cité plus haut {p. 546) Tobservation d'un malade chez lequel un alicés se produisit dans un épiihélidme ganglionnaire.

La suppuration des tumeurs cancéreuses est assez rare, et les quelques exemples qu'on en aciléssonl loin d'être concluants. Ainsi, robservatioû de Desault, intitulée Sipr un cancer occulte du sein, et publiée par Boulcy dans le Joamai fie chirurgie (2)^ est relative à une tumeur mammaire qui avait débuté dix-neuf ans auparavant sous la forme ûe plusieurs petites glandes dures et indoleniçs. Cette tumeur, devenue très-grosse, n'était ni adbrrcnle, ni ulcérée, eties ganglions del'aisselte n*éiaient pas engorgés, Deux ans et demi après l'opération, il n*y avait aucune récidive* A tous ces caractères, il esl permis de reconnaître aujourdTiui un adénome de h niamelle* Un autre cas de suppuration du cancer, emprunté par M. Walsbe à la thèse de Lévôque-Lasource, ne mentait pas tant d'honneur, car il esl bien dit que le malade eut un abcès, mais il n'est pas dit que cet abcès existât dans la tumeur; tout permet de croire, au contraire, qu'il s'était formé loin de la tumeur. J>i analysé et réftité ailleurs cette

(1} MébmU tk tinflamm&iion du tiiAtu^. Tarts, ISiDp tn-i^*

(3) Jaumai de chirurgie de BtmuH, L Ul, V* ÏU- Tarii, IT^Z, in-l.

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