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CHAPITRE XI

INVASION DES GANGLIONS LYMPriATlQUES*

Jusqu'ici nous nous sommes occupés de Févolulion purement locaJe des productions accîdenleOes. Noos verrons bienlôt qu*uii ceiUin nombre d'entre elles peuvent déterminer consécutivement le dévdoppement de certaines lésions dans des parties phis ou moins éloignées, qtii n*ontavec elles aucune connexion analomique. Entre res phénomènes, qui impliquent lldée d'une affeclion géné^ raie de réconomie, et les phénomènes entièrement locaux que nous venons de décrire^ se placent cer laines lésions qui sunienncnt à quelque distance de la tumeur, mais qui se produisent néan* moins en vertu de racUon locale qu*elle exerce sur Tap pareil lymphatique.

Plusieurs espèces de productions accidentelles ont ta propriété de déterminer dans les ganglions lymphatiques correspondant la formation de tumeurs de même nature qu'dkt, sans qu'il y ail continuité de tissu entre les deux masses morbides.

On a vu dans le chapitre précédent que toute tumeur, surtout quand elle est ulcérée, peut s'accompagner d*un certain degré d'inflammation chronique, à la suite de laquelle les ganglions voisins deviennent le siège d'un engorgement en général indolent, plus ou moins dur, plus ou moins volumineux. Il n'y a alors absolument aucun rapport entre la nature de la tumeur primitive et celle de (a tumehr de$ gangliom.

Les engorgements ganglionnaires dont nous allons nous occuper sont au conlraire spécifiques, c'est-à-dire de même espèce, ou plutôt de même nature que la tumeur primitive.

Les espèces de tumeurs qui peuvent se compliquer d'engorgements ganglionnaires spécifiques sont en général plus graves que les autres. Ce caractère fait partie de ce qu'on appelle le cortège de la malignité, mais ne peut senir à établir un groupe nosograpbîque.

En eiret, il peut faire défaut jusqu'à la fin, môme dans le cancer, qui est de toutes les espèces de tumeurs la plus exposée à cette complication, et il peut se présenter môme dans le chondrôme, qui en est exempt peut-ôtre plus de quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent C'est donc un caractère qui n'est absolu dans aucun cas, et qui, suivant les espèces, est tantôt commun, tantôt rare, tantôt très-rare. Lorsqu'il existe, on n'en peut rien conclure de positif sur la nature de la maladie ; lorsqu'il fait défaut, on n'en peut rien conclure encore.

Les cancers, comme nous venons de le dire, sont de beaucoup les tumeurs qui sont le plus souvent compliquées d'engorgement ganglionnaire; toutefois les cancers colloïdes y sont moins exposés que certaines tumeurs non cancéreuses. Ce symptôme est en général plus précoce et probablement aussi plus fréquent dans i'encéphalolde que dans le squirrhe. Mais certains cancers tquirrheux et mdme encéphaloïdes peuvent parcourir toutes leurs périodes, durer piasieurs années, déterminer l'infection et la mort, sans que les ganglions deviennent le siège du moindre engorgement, et ces différences ne doivent pas ôtre attribuées seulement au siège de la tumeur primitive, puisque deux cancers de môme variété, occupant les mômes tissus et la môme région, peuvent se comporter h cet . égard de deux manières différentes.

Après les cancers, les épithéliômes des membranes muqueuses sont les tumeurs qui donnent lieu le plus souvent à Tengorgement spécifique des ganglions. Les épithéliômes des surfaces cutanées en sont au contraire presque toujours exempts. M. Michon a vu toutefois un épithéliôme de la main, consécutif à une brûlure et traité par l'amputation de l'avant-bras, récidiver dans le moignon, puis dans deux ganglions, l'un brachial, l'autre axillaire. H enlera d'abord les deux ganglions, et, lorsque les plaies furent cicatrisées, il amputa le bras. Son malade, six mois après cette dernière opération, était encore exempt de récidive (i). A la peau de la face, oft le réseau lymphatique est très-riche, mais où les troncs lymphatiques sous-cutanés sont bien moins volumineux qu'ils ne le sont à l'avant-bras, l'épithéliôme peut durer un grand nombre d'années sans porter atteinte à l'intégrité des ganglions. Mais lorsque cette affection, eu se propageant, gagne une membrane muqueuse, comme on le voit fréquemment à l'ouverture buccale, les chances de l'engorgement ganglionnaire deviennent à peu près les mêmes

(1) Bulletins de la Société de chirurgie, 30 août 1864, t. Y, p. 95, in-B.

ÉPITHÉLÎOMES, FIBROIDES, CHONDROMES* 265

ijiie si le mal eûl débuté primitivement sur la muqueuse. L'influence du siège anatomique ne peul donc <?tre méconnue ici.

Les fiùroifies ou tumeurs fibroplastiques prennent place, sous le rapport de la fréquence de ce symptùmc, après les épilhéliômes des nriuqueuses. Lesfibroides cysto-nucléaires diffèrent notablement, à cet égard, des Obroïdes fibrillaires; ils ont beaucoup plus de tendance que ces derniers à envahir les ganglions, •Le fait de rengorgemeul ganglionnaire est encore douteux pour tes fibromes; mais, quoique je n'en connaisse aucun exemple bien positif, je considère comme assez probable qu'il s'en présentera tôt ou tard quelque observation, car le Gbrôme peut revêtir par exception tous les caractères de la malignité ; il peul infecter l'économie et se généraliser dans les viscères. Cela est aujourd^bui bien établi, et il y a des raisons théoriques de croire qu'il peut également gagner les ganglions. On a nié le fait en se basant sur les innombrables observations qui prouvent que les tumeurs dites fibreuses de Tulérus ne se compliquent jamais d'engorgements ganglionnaires. Mais ces tumeurs ne sont pas des ûbrômes proprement dits; elles en dilTérent assez, sous tous les rapports» pour justîQer le nom d*hystérômcs que je leur ai donné en me basant sur la nature de leurs éléments autogènes.

On aurait pu nier, îl y a quelques années, rengorgement spécitiqne des ganglions qui reçoivent les vaisseaux lymphatiques d'une région atteinte de chondrdme. Mais une observation remarquable publiée [ en I85S par M. Paget (1), a prouvé sans réplique que le chondrôrae, malgré sa bénignité ordinaire, peut donner lieu à la formation de tumeurs cartilagineuses dans les ganglions correspondants. M. Dauvé a présenté, le 6 mars 1861, à la Société de chirurgie, un chondrôme du testicule qui avait été enlevé la veille par M. Godard, de Thôpipital militaire de Versailles. On apercevait sur la coupe des tubes tortueux remplis de matière cartilagineuse, et on supposait que ces tubes étaient les conduits séminîfères. Toutefois il me parut que cette tumeur était exactement semblable à celle qui est représentée sur une belle planche coloriée annexée au mémoire de M. Faget, et* sachant qtie dans Tobsenation de ce chirurgien, les tubes en question étaient des vaisseaux lymphatiques, j'émis ropiiiion que le système lymphatique était probablement envahi chez le malade de M. Godard. L*évéifement ne jusliûa que trop celte crainte. Le 26

(tj I. r*a|£el, Àccouuhùfn Gt^wih ofCartiiayê in a TÉstùk and iU Lifmphoik^ and m Qthn- l*arii. UndoD. I85&, ln-8, pi. -* tlxlraît dti l-XXXVJIl det M^teo^ China^gkal TransactiotfS,

juin suivant, M. Dauvé présenta la fin de robservation. Le chondrôme avait récidivé dans la partie supérieure du cordon, el une tumeur ganglionnaire, où le microscope découvrit des éléments de cartilage, s'était formée dans les ganglions lombaires (i).

L'engorgement spécifique des ganglions de Taisselle a été conslité dans un cas de tumeur à structure glandulaire de la région mammaire. L'observation microscopique a été faite par M. Robin; il a trouvé des culs-de-sac glandulaires bien manifestes dans la tumev des ganglions axillaires. Le tissu glandulaire accidentel peut donc donner lieu à l'engorgement spécifique des ganglions. Mais Tintcf» prétation de ce fait peut faire naître quelque hésitation. II y a lien de se demander si la tumeur primitive de la région mammaire et latameur secondaire de l'aisselle étaient de vrais adénomes ou des pseodadénômes. Ces deux espèces de tumeurs renferment des élémenti glandulaires, et, quoiqu'il soit en généra/ facile de les distinguer Tane de l'autre, il y a entre elles une analogie de structure qui peut, dans quelques cas, rendre la distinction difficile. M. Robin, qui a examiné seulement la tumeur axillaire, a pensé que c'était un adénome véritable, et cette opinion émise par un homme aussi compétent, par celui précisément qui a découvert le groupe des pseudadénômes, a sans doute une très-grande valeur; mais, d'un autre côté, si les adénomes de la mamelle pouvaient réellement produire l'engorgement spécifique des ganglions axillaires, ce serait tout à fait en désaccord avec tout ce qu'on connaît d'ailleurs sur la marche de cette affection. J'ai eu l'occasion de traiter plus de vingt femmes atfeinlei d'adénomes de la mamelle; j'en ai \tl un très-grand nombre dte très dans les cliniques et les consultations du bureau central et dei hôpitaux; M. Lebert a rassemblé trente observations complètes de i cette afi*ection; M. Velpeau a publié un tableau de soixante obserf»* tions recueillies à l'hôpital, sans compter les faits très-nombreux de sa pratique particulière ; — et dans aucun de ces cas l'adénome n'était accompagné d'engorgement ganglionnaire spécifique. Si rinterprélation de M. Robin est exacte, le fait qu'il a observé devra donc to compté au nombre des plus exceptionnels de la pathologie. VaiU pourquoi je me suis demandé s'il ne s'agissait pas d'un pseudadénôme. Cette dernière tumeur, en effet, dans les cas connus jusqu'ici* a affecté une marche cxtrômement grave. Elle se développe et se propage avec autant d'activité que le cancer, et personne ne seia surpris d'apprendre qu'elle puisse faire invasion dans les ganglions

(1) Bulletins de la Société de chirurgie, 1861, p. ICO et 395 (2« série, I. II).

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