‹ Traité des tumeursChapitre 71 sur 140 · G/\USE DES TUMEURS GANGLIONNAIRES · texte numérisé non relu

G/\USE DES TUMEURS GANGLIONNAIRES

^ lYinpbiltiqties. Je me hàf c d^ajouter Cfue dam les neuf observalions de pseud adénomes q ni sont venues à ma connatssanee* il n'est fait aucune mention de rcngorgement ganglionnaire, L*observationqueje L discute, quelque titre qu'on lui donne, est donc tout à fait insolite, B Quoi qu'il en soit, il est démontré qu*il y a au moins une espèce de " tumeurs à structure glandulaire qui peut donner lieu à Tengorge- ^ ment spécifique des ganglions.

B Ainsi, Fengorgement spécifique des ganglions n'esl pas un s}mp-

H tome propre au cancer. Il se montre égîïli'menlavec plus on moins

H de fréquence dans répithéliôrae, le Bbroïde et le chondrôme. On

H Pa observé dans une espèce de tumeur du sein à structure glandu-

^ taire; on le découvrira probablement, à titre de fait exceptionnel,

dans d*autres tumeurs encore; nous ne pouvons pas raisonner sur

ces probabilités; mais en nous restreignant aux faits acquis à la

science» en considérant surtout que le cbondrôme est presque tou-

I jours» plus de dix-neuf fois sur vingt, d'une bénignité absolue, nous

H sommes autorisés à affirmer que cet engorgement, loin de constî-

^ tuer un caniclére pathognomonique, comme quelques chirurgiens

Il'onl cru, n'a dans le diagnostic qu^une valeur relative, et ne peut senir de base à une classiûcation rigoureuse. Étudions maintenant l'origine et révolution de ces tumeurs ganglionnaires.

Elles se montrent exclusivement dans les ganglions qui reçoivent tes vaisseaux Ijmpïiatiqnes de la région envahie par la tumeur primitive, A, Cooper, Scarpa et quelques autres auteurs ont vu des tumeurs ganglionnaires dans des régions qui n'avaient aucune connexion anatomique avec la premiùre lumcur, par exemple dans Taisselle gauche, quand le cancer occupait la mamelle droite, ou réciproquement. Mais c'est seulement dans les cas de vrai cûncer q\ïe les faits de ce genre, très-exceptionnels d^ailleurs, ont été observés par les modernes. Et y Ton songe que le cancer, à une certaine période, détermine une infection générale fréquemment suivie de la formation de cancers multiples dans un grand nombre ûa lissus et d'organes^ que les ganglions lymphatiques peuvent, comme lous les organes vasculaires, devenir le siège de ces tumeuTÈ par infecthn^ fin arrive à penser que les faits mentionnés par Scarpa et A. Cooper ont été mal intcrprélés*

C'est donc exclusivemeni dans les ganglioss correspondant à la tumeur primitive, que Tengorgement que nous étudions se manifeste, L'obsenalion établit en outre que ce sont les ganglions les plus rapprochés de la lumcur qui s'engorgent les premiers: sous re

nom de ganglions les plus rappt^Khés, nous désignons ceux qui reçoivent direclemcnt les vaisseaux lymphatiques de la tumeur; en d'autres termes, nous parlons de la distance anatomique, et non de la distance mesurée en millimètres. Une tumeur de la paroi abdominale antérieure peut être plus voisine des ganglions lombaires que de ganglions inguinaux ou axillaires; c'est cependant dans raine oa dans l'aisselle (suivant le siège de la tumeur au-dessous ou au-dessus de Tombilic), que l'engorgement se manifeste.

Après avoir gagné d'abord les ganglions les plus rapprochés, lemal peut s'étendre de ganglion en ganglion jusqu'à une grande distance, mais en suivant toujours la chaîne ganglionnaire parallèlement au oom» de la lymphe. C'est ainsi que dans les cancers du sein les ganglions inférieurs et internes de Taisselle s'engorgent les premiers; plus tard, l'engorgement gagne les ganglions situés plus profondément autour des vaisseaux et nerfs de l'aisselle, jusque sous la clavicule; plus tard enfin, il peut s'étendre jusqu*aux ganglions de la région soosclaviculaire.

C'est donc sur le trajet de la lymphe qui vient de la région malade que se montrent les tumeurs ganglionnaires, et les ganglions qui sont les premiers traversés par cette lymphe sont aussi ceux qui s'eogor gent les premiers.

Les tumeurs ganglionnaires, une fois formées, sont de même nature que les tumeurs primitives et se comportent comme elles, pouvant comme elles acquérir un grand volume, se ramollir, se propiger et s'ulcérer. Lorsqu'elles prennent un grand développement, ellet peuvent rencontrer sur leur trajet des ganglions appartenant à une autre circonscription lymphatique. C'est ce qui a lieu quelquefois dans la région de l'aîno à la suite des cancers du testicule. Les vaisseaux lymphatiques de cette glande vont se jeter dans les ganglions iliaques, et c'est dans la fosse iliaque interne, immédiatement au-dessus de l'arcade de Fallope, que débute l'engorgement ganglionnaire; mais celte tumeur secondaire peut, en s'accroissant, se propager au ganglion de l'anneau crural, de là aux ganglions inguinaax profonds, et enfin aux ganglions inguinaux superficiels. Gela s'observe quelquefois, mais je me hâte d'ajouter que le plus souvent les ganglions inguinaux s'engorgent directement, la tumeur testiculaire s'étant propagée aux enveloppes des bourses, dont les vaisseaux lymphatiques vont se«rendre dans ces ganglions.

Nous venons de déterminer la cause des engorgements spécifiques des ganglions : cette cause, c'est le contact de la lymphe de la région malade avec le tissu ganglionnaire. Cela est si vrai, que les tumeurs

EXAiMEN DKS TUtoRIES.

développées clans les organes privés entièrement ou presque enticremeot de vaisseaux lymphaliques, ne s'accompagnent pas d'engorent ganglionnaire lant qu^elles restent limitées h ces organes. 1, les encéphaloïdes des os» de rœil, du cervean ne présentent cette complieation qu'après s'èlrc propagés aux organes environnanls. On peut dire que, toutes choses égales d'ailleurs, Tengoi^emenl est d'autant plus prompt et plus faeiïe que la région alfectée possède un appareil lymphatique plus développé, non-seulement quant au nomàre, mais encore quant au volume des réseaux ou des troncs qui transportent la IjTnphe.

Ll résulte de ce qui précède que tes tumeurs consécutives des ganglions sont dues au transport dune matière particulière qui est charriée par les vaisseaux lympliattques, qui s'arrête dans les ganglions et qui y détermine un travail pathologique. î/eugorgement ultérieur des ganglions superposés est dû à la môme cause.

H reste k déterminer la nature de cette matière qui se trouve mêlée à la lymphe delà région n^alade, et la nature du travail morbide qu'elle suscite dans les ganglions.

Et d'abord, cette matière est-elle solide ou liquide ? Des faits bien connus permettent, par analogie, de considérer les deux hypothermies sinon comme également probablcsi du moins comme possibles l'une et raulr^.

La poudre de vermillon ou de bleu de Prusse^ dont on se sert dans le tatouage, peut être transportée par les vaisseaux lymphatiques de la u jusqu^au prochain ganglion, s'y arrêter et y séjourner un grand nombre d*années. M, Fotlin a rencontré ces corps étrangers dans les ganglions de Taisselle, chez des ouvriers avancés en âge qui portaient depuis leur jeunesse des tatouages sur lavant-bras* J'ai vérifié [ilusieurs fois Texaclitude de cette observation.

Ce fait se comprend parfailcmient» si Ton songe que Topération du tatouage se pratique avec des aiguilles qui déchirent le réseau lymphatiqne de la peau, que la matière minérale impalpable se trouve ainsi introduite dans certains vaisseau-x, qu'elle peut ôtrc^ensuite entraînée avec la lymphe, et qu'enGn les vaisseaux afférents des ganglions, avant de se conlinner avec les vaisseaux elTérents, se divisent et se subdivisent en capillaires lymphatiques dont le calibre est inférieur au diamètre des grains de vermilïou.

Des éléments microscopiques, noyaux ou cellules^ quiejditeraient dans la lymphe, pourraient donc et devraient même s'arnlïar dan^ (es ganglionSj s'ils étaient aussi gros que les grains de vermillon ou de leudgj'russe ; oi^, les noyaux du cancer sont dans ce cas. Le tamis

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qui arrête les uns devrait à plus forte raison arrêter les autres. La première hypothèse mérite donc une sérieuse atlention. D'un autre côté, il n'est nullement nécessaire qu'une substance soit solide pour s'arrêter dans les ganglions, ou du moins pour y faire naître un travail morbide. Les ganglions de Taisselle se tuméfient et s'enflamment quelquefois très-promptement à la suite des piqûres auatomiques. J'ai vu à l'École pratique cet accident survenir au bmt d'un quart d'heure sur un de mes élèves qui faillit en mourir. C'est au transport d'une matière seplique venue de l'extérieur, et évidemment liquide, que ces accidents sont dus. Toute cause qui trouble profondément la nutrition locale et qui altère la lymphe, peut donner lieu à des résultats plus ou moins analogues. On sait que dans Véry* sipèlc, le phlegmon diffus, le chancre, le croup, dans un grand nombre d'inflammations, môme les plus simples, l'engorgement de8g<uiglions, suivi ou non de suppuration, est un phénomène extrêmemeal fréquent. En un mot, toutes les fois qu'un liquide irritant se mtite à la lymphe, ce liquide peut s'arrêter dans les ganglions correspondants, les irriter et les enflammer, et l'exemple des bubons syphilitiques virulents montre que ce liquide peut, en s'arrôtant dans les. ganglions, provoquer un travail spécifique de même nature que celui qui a donné lieu à la formation du chancre primitif. Ainsi, quand nous nous demandons si la substance qui se mélet

la lymphe d'une tumeur, et qui n s'arrêter dans les ganglions pour y Cure naître une tumeur de môme naliue, est une matière solide ou une matiéie liquide, et que, pour répondre i cette question, nous consultons l'analogie, nous trouvons que les deux hypothtes sont en harmonie Tune et l'autre tvee des faits bien constatés.

Si maintenant nous interrogeons l'anatomie pathologique, nousarrivoos à la même incertitude. «

Tout le monde a pu voir, dans les cas de cancer du poumon, les vaisseaux lymphatiques superficiels, el même profonds, de cet organe, injectés de matière encéphaloïde et distendus par elle. J'en ai deviné

(1) Vaisseau lymphatique d'un gaDglion>xlllaire, distendu par des eellules ascéreuses.

Flg.9(t).

EXAMEN DES TnÉOmES.

plusieurs exemples, et j*cii pu lu'assurer, par l'examen microscopique, que cette matière renferme les mêmes cellules et les t mêmes noyaux que la masse cancéreuse adjacente. J'ai trouvé deux fuis de la matière cancéreuse dans les vaisseaux lymphaliques du Ibie, au voisinage de tumeurs cancéreuses superficîeJles de cet oty gane. — Sur une Temme morte d'un cancer de l'uléms, j*ai vu, dans Tun des ligamenîs larges, un vaisseau lymphatique plein d*une malière d'apparence caséeuse. Ce vaisseau allait aboutira un ganglion pelvien, manifestement cancéreux. Une autre fois, examinant au microscope un petit ganglion axillaire, gros seulement comme un Bfoîs, et engorgé à la suite d'un cancer du sein, j'ai \ti dans ce gan- ^■glton un rertain nomlire de boyaux cylindriques, larges de plus d*un dixième de millimètre, et distendus par une grande quantité de cellules cancéreuses (voyez la figure 9). Celte observation, que j'ai communiquée à la Société anatoinique (1), et qui jVt eu depuis lors roceasion 4e répéter plusieurs fois, ne réussit que lorsqu'on examine des ganglions engorgés depuis trés-peu de temps; attendu que les L^élémenls spécifiques du cancer ne lardent pas à détruire les parois H^es vaisseaux lymphatiques età s'épancher uniformément dans toute l^la substance du ganglion.

^ Ce n'est pas seulement dans le cancer que Ton peut trouver des Hf éléments anatomiqnes, semblables à ceux de la tumeur primitive, dans les vaisseaux lymphatiques compris entre celte tumeur et Tengorgement ganglionnaire. Les deux obsen-aUons de ^fM, Paget et Dauvé, que j*tti citées plus haut, prouvent que la substance des tumeurs cartilagineuses peut se comporter de ta même manière*

îl est donc parfaitement certain qu*une matière solide, de même nature que celle de la tumeur primitive, peut se rencontrer, avec rorganisation spéciale qui la caractérise, dans la partie de f appareil lympliatique qui s*étend de la tumeur aux ganglions engorgés, soit dans les réseaux d*origine, soit dans les troncs proprement dits, soit dans les vaisseaux afférenis du ganglion. Mais, à celte première série de faits, on peut en opposer une autre bien plus nombreuse, car il n'arrive peut-être pas une fois sur vingt que les vaisseaux lymphatiques compris entre la tumeur et les ganglions soient le siège d'une lésion apparente. La dissection ne permet pas de découvrir ces vaisseaux, qui seraient, ou contraire, parfaitement Ttsibles dans la plupart des cas, s'ils contenaient une matière solide quelconque. Et dans les organes qui, comme le foie, présentent des vaisseaux lymphatiques superficiels, visibles sans préparation, on

(I) BulUiitiM îU la Société amtomiqws, t. XXVlî, p. 2iJ&, I8â2,

trouve le plus souvent ces vaisseaux aussi transparents que s'ils ne renfermaient que la lymphe la plus pure.

Ainsi, il y a quelquefois, dans les lymphatiques intermédiaires, une traînée de matière qui s*étend de la tumeur primitive à la tnmeur ganglionnaire, et qui renferme des éléments microscopiques de môme nature que les éléments autogènes de ces deux tumeuK On peut penser alors qu'une matière solide oi^anisée a été transportée directement de la tumeur aux ganglions, qu*elle s'est arrétfe dans ce dernier comme le vermillon du tatouage, que ses élémab s*y sont multipliés et ont donné lieu à la tumeur ganglioniiaiie, comme se multiplient les éléments infiltrés dans un muscle envaki par propagation directe. Celte explication parait fort simple anpitmier abord; mais il resterait à expliquer comment les élémeols microscopiques de la tumeur primitive ont pu pénétrer de déhoR en dedans, dans la cavité des vaisseaux lymphatiq[ues. Ces vaissetox sont clos de toutes parts; les plus ténus possèdent des parois bitt distinctes qui ne présentent aucun trou, aucune interruption. Us M peuvent donc, comme les vaisseaux sanguins, recevoir que des substances dissoutes, à moins qu'une altération préalable n'ait perfbfè leurs parois. Celle perforation préalable est-elle possible? Oui, puisque nous Tavons constatée sur les veines, dont la structure est trèssemblable à celle des lymphatiques. Est-elle probable? Non, pute que, en étudiant le mode de pénétration du cancer dans les veines nous n*avons reconnu ce phénomène que sur des troncs d'un calilm bien supérieur à celui des troncs lymphatiques. Certes, il ne sott pas de montrer qu'une chose est improbable, pour démontrer qn^eOe est fausse ; et si les cas où les lymphatiques sont remplis d'une mitière solide, organisée et apparente, étaient très-fréquents, sUs coBSti tuaient la règle la plus ordinaire, il y aurait lieu de preodre en sérieuse considération la théorie que j'examine. Il y a dix ans, ayant eu l'occasion de faire en peu de temps plusieurs auU^sics confirmatives , j'avais pu croire à la fréquence d'un fait que des autopsies ultérieures m'ont montré ôtre, au contraire, assez exceptionnel J'avais donc accordé alors à cj^te théorie plus de probabilité que je ne lui en accorde aujoui^^bui. En y réfléchissant davantage, je me suis convaincu de plus en plus que les réseaux lymphatiques ne font qu'absorber, au niveau de la tumeur, une substance liquide comme toutes celles qui sont enlevées par Tabsorptios. Cette substance, qui se môle à la lymphe, et qui est charriée MC elle jusqu'au ganglion voisin, possède la propriété de s'organiser en éléments solides, de même nature que les éléments autogènes de h

EXAMEN DES THÉOIllES.

^tumeur. Il e&t fort probable qu'elle n'est antre chose que le blastéme IKilhologJque. C*esl à Télat liquide que ce blastéme est exhrdé par les vajsâfâQX sanguins; il peut donc être absorbé parles vaisseaux iyniî^hcitiques, en même temps que les matériaux de la lymphe» et Ton p-inçoit très-bien que, conservant ses propriétés plastiques, il puisse donner naissance, dans la cavité même de rappareil lymphatique, h des éléments de même nature que ceux de la tumeur, N'est-re pas

fSiimi que se fonnent, à Tétait normal, les globules de la lymphe? F^es prétendus pores, qu'on a si longtemps admis pour expliquer Tabsorption Ivmpbatique, sont aussi imaginaires que les bouches absorbantes de l'intesliiL Les globules de la lymphe ne se forment qu*après l'absorption; ils s'orf^anisenl dans llntérieur même des

I \aisseauXt îi^^ dépens de la matière absorbée. Supposons mainteliant que cette matière renferme une substance disposée h s*organiscr eu éléments cancéreux, ou épithéliaux, ou (ihro-plasliques, ou

^ cartilagineux, el nous comprendrons Irôs^bien toute rhistoire de rengorge meut spérîûqne des ganglions.

Les éléments anatomiqucs pathologiques se forment surtout dans IcH ganglions, ofx les innombrables ramifications capillaires des vais-

. senux afférents ralentissent considérablement le cours de la lymphe

' altérée. Ceux de ces éléments qui se sont formés avant d'arriver au ganglion s'arrêtent dans ces ramifications microscopiques, comme pourraient le faire des corpuscules de vermillon. On conçoit aitisî

Iromment 1 engorgement du ganglion exisli^ très-souvent sans qu'il

fj aîl dans les vaisseaux qui s*y rendent, aucune lésion apparente. Mais, lorsque le ganglion tuméfié est devenu presque imperméable, il peut se f.ûre que la lymphe, rendue stagnante dans les lymphatîijnes afférents, laisse déposer dans ces vaisseaux des éléments anat'»miques qui les remplissent, les distendent et forment des traînées \ï.^ibles à Pœil nu. Il est clair que ce dernier résullaî doit être moins fréquent que le premier, et c'est ce que l'observation conflrrae jîleinemenL

Ledébut de Tengorgement ganglionnaire qui complique les lu* meurs cancéreuses est difficile à éludier, parce que la couleur des tlépôts ou des obstructions de matière cancéreuse ne diffère pas lieaucoup, k l'origine, de celle des ganglions. Un ganglion engorgé u la suite d'une inllammalion rhronique simple, ressemble beaul'oup, sinon par la consistance, du moins par la couleur, à un gan- (jçlîon récemment envahi par le cancer* Pour reconnallre le siège du ilépôt cancéreux, pour s'assurer que ce dépôt s'effectue dansiez viisseaux lymphatiques du ganglion, il faut donc recourir à Texa-

men microscopique, et cet examen est même le plus souvent infructueux ; il ne donne un résultat signiûcatif que lorsqu'il est fait de très-bonne heure, avant que les parois des vaisseaux ganglionnaires soient détruites. {Voyez la figure 9, p. 270.)

Le début de l'engorgement qui compliqueles épithéliômes est beau* coup plus facile à observer, et peut même, dans quelques cas, étreétadié à Tœil nu. Les cellules épithéliales, réunies en grand nombre, fo^ ment des masses jaunâtres dont la couleur tranche visiblement sor celle des ganglions. Lorsqu'on fait une coupe sur une de ces tumeurs ganglionnaires au début, on aperçoit à Tœil nu un certain nombrede petits points jaunes, gros comme des tétcs d'épingle ou plus petits encore, irrégulièrement dispersés dans la substance grisâtre du ganglion. Chacun de ces points doit sa couleur jaune à un a mas d'éléments épithéliaux qu'on retrouve aisément au microscope, et qni n'existent pas dans le reste du ganglion.

A mesure que l'engorgement devient plus ancien, les dépôts jannes s'accroissent et gagnent peu à peu toute l'étendue du ganglion. L'examen microscopique montre alors que la substance ganglionnaire a entièrement disparu et que toute la masse morbide est cod- :>tituée par des éléments épithéliaux. J'ai donné d'amples détails sur ce sujet dans mon Rapport sur Vépithéliôme ganglionnaire (I).

Le début de l'engorgement ne se fait donc pas uniformément dans toutes les parties du ganglion, mais seulement dans un certain nombre de petits points circonscrits, qui correspondent aux vaisseaux lymphatiques ramifiés dans le ganglion. Cette observation confirme pleinement l'opinion que nous avons émise sur l'origine des engo^ gcments ganglionnaires.

La réalité de cette origine nous semble démontrée par un grand nombre de faits. Il y a toutefois d'autres faits qui semblent établir que l'engorgement consécutif des ganglions n'est pas toujoursdûau même mécanisme. Nous voulons parler des cas, d'ailleurs assez rares, où une tumeur enlevée récidive au bout de plusieurs années, non pas dans la cicatrice, mais dans un ganglion du voisinage. Si cette variété de récidive s'effectuait seulement au bout de quelques semaines, on pourrait croire que le ganglion renfermait déjà, au moment de l'opération, quelques parcelles du blastème de la tumeur, et que les éléments organisés aux dépens de ce blastème ont été le point de df* part de l'engorgement; celui-ci ne serait pas une récidive, ce serait la simple continuation d'un mal incomplètement enlevé. Mais lors-

(I) Bulletins de la Société nmtomique, 1863, p. 37 9-300.

BÉQDtVIÎS GANGLIONNAÏRES, 273

qtril s'écoule plusieurs années entre Tépoquc de l'opération el celle de la récidive ganglionnaire, on ne pent supposer que le bias(éme ait sommeillé tout ce temps dans le ganglion pour se réveiller ensuile. Ce sérail contraire à toules les dtmnées de la physiologie, Ce^ tas didércntdonc enlièreraent de ceux que nous avons étudiés jusqu1ci>.lls en dill'èrenl autanlque la récidive des lîînieurs diffère de leur propagation* Geîle-ci sVlTectue parla conlinuité» parlaprogressioD d*un blastème pathologique émané de la masse morbide; elle constitue un phénomène local subordonné aux dispositions analoniî* ques; tandis que la récidive, dépendant d*une inllueiîce dialhésique au m^me titre que la tumeur primitive, est caractérisée par la production d*un nùuveûu bîastt'me qui peut prendre naissance, soit dans la cicatrice, soit dans les lissus voisins, soit dans tes ganglions correspondants, soit enfin dans une région éloignée, sans connexion analomique avec !a première,

On voit que ces récidives ganglionnaires doivent être soigneusement ilistinguées des engorgements consécutifs symptAuialifjues d*une tumeur pnmitive.Ceus-ci sont loin û'Hve sans gravité; ils conslilufnt, au contraire, une complication Irés-fâcheuse , ils se comportent de la même manière que la tumeur dont ils émanent; ils ont la même tendance qu'elleà s'accroître, à sepiopager, à s'ulcérer, etc.» et ils sont le point de départ de nouveaux eugorgemenls qui remontent de ganglion en ganglion, suivant le cours centripète de la lymphe* Mais, quelle que soit la gravité de ces accidents, ils ne sont autrt; chose qu'un mode de propagation du mal; ils ne constituent qiie di*s ciimplicatioris puremcnl locales, comme surfaisaient direc* tement partie de la tumeur primitive. Lorsque nous nous occuperons du trni tement chirurgical des lumeurs, nous verrons que des conséquences importantes découlent de cette doctrine.

Nous devons nous demander maintenant pourquoi llnvasion des ganglions lymphatiques, quoique due à une c>ause aussi aveugle que {'absorption du blastéme, n est pas un phénomène constant; pourquoi elle survient h des époques si différentes, pourquoi certaines tumeurs y sont beaucoup plus sujettes que d*autres, pourquoi enfin les tumeurs qui ont le plus de tendance à envahir les ganglions parcourent quelquerois toutes leurs périodes sans exercer aucune action sur Tappareil lymphatique.

Le degré de développement de Tappareil lymphatique de la région affectée* exerce certainement une influence très-grande sur la production de cet aecideul. Ainsi, les lumeurs développées dans des organes privés ou presque entièrement privés de vaisseaux lympha-

tiques, ne déterminent l'engorgement des ganglions que lorsqu'elles se sont préalablement propagées au delà des limites de cel organe. Tels sont les cancers des os, de l'œil, du cerveau. L'engorgement des ganglions est très-rare dans Tépithéliôme de la peau, assez commiiD dans répithéliômc des muqueuses du gland et du prépuce, des lèvres et surtout de la langue. La peau renferme, il est vrai, un très-riche réseau lymphatique, mais ce réseau est excessivement fin, tandis que les muqueuses précitées renferment des troncs lymphatiques volumineux; mais on se tromperait singulièrement si Ton croyail que la production de l'engorgement ganglionnaire fût subordonnée seulement à ces conditions anatomiques ; elle dépend surtout de la nature et des propriétés plus ou moins actives du blastème de la tumeur.

En cherchant les causes de l'organisation des blastèmes, nous eu avons reconnu deux principales, savoir: l'influence de la loi d'analogie et l'influence de l'activité propre des blastèmes. Le blastème exhalé au sein d'une tumeur déjà formée est sollicité à la fois dans le même sens par ces deux influences. Mais le blastème absorbé par les vaisseaux lymphatiques, et entraîné loin du lieu où il a pris naissance, se trouve dans des conditions toutes difl*érentes. Sa tendance à revêtir une organisation déterminée n'est plus favorisée par la loi d'analogie de formation; loin delà, puisqu'il est môle à la lymphe, c'est-à-dire à un liquide où se forment incessamment des globules de Ij/mpke: en outre, il se trouve dans un état de dilution qui dissémine sa sabstance. L'activité propre du blastème e.>t donc d'une part amoindrie par suite de la dilution, d'une autre part, contrariée par la loi d'analogie, et c'est seulement dans les cas où elle est très-prononcée qu'elle peut surmonter ces deux obstacles. Dès lors on ne saurait s'étonner de voir que certaines espèces de tumeurs ne déterminent jamais d'engorgements ganglionnaires spécifiques, et on comprend tout aussi bien que, dans les espèces qui ont de la tendance à produire cet accident, l'engorgement ganglionnaire puisse se montrer avec plus ou moins de fréquence, qu'il puisse survenir plus tôt oo plus tard, qu'il puisse faire défaut jusqu'à la fin ; ces diverses éventualités dépendent du degré d'activité du blastème dans l'espèce de tumeurs que l'on considère, et aussi dans le cas particulier qui est soumis à l'étude.

D'après cette interprétation, la production de l'engorgement ganglionnaire doit être considérée comme un indice fâcheux, puisqu'elle dénote l'existence d'un blastème doué de propriétés très-actives. En eflet, les espèces de tumeurs qui y sont sujettes sont en générai pins

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