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J*ajûulc que la tumeur cancéreuse qui a entraîné la mort de ma-
dame N..., en 1859, avait Tait sa première apparition en 1859; je dois rappeler en outre que madame C... n'était que la troisième fille de madame Z.... La fille aînée de celle-ci, née en 1758, mourut en 1820 d'un cancer du foie. La diathèse cancéreuse existait donc cbex madame Z..., au moins depuis 1758.
Cela posé :
Madame N... est née douze ans avant la mort de sa mère;
Madame M..., trente-quatre ans avant la mort de sa mère;
Madame C..., vingt-cinq ans avant la mort de sa mère.
Et comme la plus courte de ces périodes est encore beaucoup plus longue que la plus longue durée possible de TinfecUon cancéreuse, c'est-à-dire de la maladie cancéreuse^ manifestée par des symptômes généraux appréciables, il n'est pas douteux que chacune de ces dames est née à une époque ou sa mère jouissait encore de toutes les apparences de la santé. Il y a môme ceci de très-remarquable, que madame M... est née en 1780, huit ans avant l'époque où le cancer a enlevé sa grand'mère, madame Z.... Ceux qui, en présence d'uo pareil tableau, voudraient dire encore que le principe transmis par hérédité était une maladie proprement dite, seront donc obligés d'admettre que cette maladie existait déjà à l'état latent, en 1*758, chez madame Z...; qu'elle est restée latente chez madame Z... jusqu'en 1763; que transmise alors à madame C..., elle est restée latente chez elle jusqu'en 1780; que transmise alors à madame M..., elle est restée latente chez elle jusqu'en 1805; qu'enfin, transmise en 1805 à madame N..., elle est restée latente chez elle jusqu'en 1852, époque où elle se manifesta enfin, non par des symptômes généraux, mais par la formation d'une tumeur. Ainsi, voilà une maladie générale qui serait restée latente pendant quatre générations, depuis 1758, au plus tard, jusqu'en 1852, c'est-à-dire pendant an moins quatre-vingt-quatorze ans I Et quand nous disons qu'elle est restée latente, nous ne la comparons pas à ces maladies qui, avant de se manifester par des caractères précis, produisent dans l'économie un trouble vague et indéterminé, dont la cause et la nature restent inconnues pendant quelque temps; non; la santé des individus atteints de cette prétendue maladie générale est parfaitement normale, jusqu'au jour où parait la tumeur locale, et même encore longtemps après. C'est môme un fait remarquable que le cancer semble avoir une certaine prédilection pour les constitutions les plus robustes; beaucoup de cancéreux racontent qu'ils n'ont jamais été malades ; et lorsqu'on les opère avant l'époque de llnfeeliouy ils résistent meneilleusement à des opérations formidables.
DIFFÉREr^ïCES DE L INFECTION ET DE LA DÏATHfeSE. 337
Beaucoup d'auleursoLit été conduits à supposer qu'il y avait atilagonisme entre le cancer et certaines maladies débiïilanles, comme Jes tubercules. Nous avons déjà dit que cetle loi d'antagonisme est Tausse; mais pour qu'on ait songé à la formuler^ il fîiut qu'on ait été frappé dû la belK^ organisation de k plupart des cancéreux» Si nous faisons le relevé des âges où sout morts les seize cancéreux de la famille Z*f., nous trouvons que ces seize personnes onl vécu ensemble sept cent qualre-vingt-trois ans; ce qui leur donne une vie moyenne de quarante-neuf ans; or, la vie moyenne des habitants de la France, qui est aujourd'hui de trente-cinq ans, n'étajl que de vingt-neuf ans au commencement de ce siècle* C'est donc au moins quatorze ans que chacun des cancéreux de la famille Z.„ a gagné en moyenne sur la quantité de vie dévolue à chaque Français. Si la diathèse qu'ils ont reçue en naissant était une maladie, et une madie géfp-raiej m serait, il faut en convenir, une maladie qui ne ressemblerait à aucune autre,
Nous pourrions au besoin multiplier nos arguments; mais ceux qui précédent sont plus que suffisants pour établir que ce que nous avons appelé la dialhèsa cancéreuse n*est pas une maladie. C'est un état qui prédispose Téconomie à une espèce particulière d acridents, comme certains tempéraments, qui peuvent aussi se transmettre par hérédité, la prédisposent à d'autres espèces d^accidents.
Nous avons examiné jusqu'ici le cas particidier de la diathèse cancéreme, et, quoiqu'il soit dans la nature des choses que cetle diathèse soit suivie d'infection, nous avons reconnu que ta première, loin de se confondre avec la seconde, n'en esl que la cause indfreeic. Mais cette distinction devient tout à fait évidente lorsqu'on étudie certaines tumeurs, évidemment dinthésiques, qui cependant n'ont aucune tendance h produire Tinfection, Telles sont les kéloïdcs, qui récidivent un grand nombre de fols avec une opiniâtreté presque égale à celle du cancer, et qui cependant, dans les cas connus jusqu'à ce jour, n'onl jamais élé suivies d'infection générale. En quoi cet exemple dilTére-t-il de celui du cancer? Il y a dans les deux cas une diathèse qu'on est bien obligé d'admettre pour expliquer les récidives. Mais, tandis que, dans le cancer, la tumeur primitive possède, en vertu de sa nature particulière, la propriété d'infecter TéconomiCf la tumeur de la kéloïde, douée d'une structure et de propriétés dtCférentes, n'exerce aucune action générale sur l'organisme* Entre ces deux exemples exirémes de deux tumeurs diathésiques, dont Tune produit toujours Pin fiction, tandis que l'autre ne la produit jamaiSf il y a toute une série de tumeurs qui ont plus ou moins
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de tendance à infecter l'économie, les unes ne l'infectant presque jamais, comme les chondrômes, les fibromes, les épithéliÔmes, les antres l'infectant plus souvent, mais non constamment, comme les flbroldes. Il n'y a donc pas de liaison nécessaire entre la diathëse et l'infection; l'étude particulière du cancer a pu faire croire que celle-ci suivait toujours celle-là; mais Tétude des autres espèces de tumeurs montre, au contraire, que la diathèse existe soiiVent sans aucune infection consécutive.
Le seul argument vraiment sérieux qu'on ait invoqué pour prouver que la diathèse et l'infection ne sont que deux degrés d'une même maladie, est tiré de ce fait, que toutes les deux, en se localisant, produisent des tumeurs de môme nature. Ainsi la diathèse donne lieu à la formation de la tumeur primitive; l'infection fait naître, dans divers organes, des tumeurs secondaires multiples, et il y a toujours identité de nature entre ces deux ordres de productions accidentelles. Gela est parfaitement vrai. Mais nous avons montré par divers exemples, au commencement de ce paragraphe, que llnfection produite par un accident local, et n(m diathésf'que^ tend à faire naître dans l'économie des localisations multiples secondaires, de même nature que l'accident local primitif. Pourquoi dès lors refuseraitron d'admettre qu'un accident local et diathésique puisse être suivi également d'une généralisation? C'est d'ailleurs une erreur de croire (pi'il y ait une identité parfaite entre les tumeurs qui naissent sous l'influence de la diathèse, et celles qui se développent sous rinfluence de l'infection. Ces deux ordres de productions sont bien de même nature anatomique; mais elles diffèrent notablement à plusieurs égards.
Les cancers primitifs, que nous attribuons à la diathèse, sont prttque toujours uniques. Les cancers secondaires, ou par infection, sont presque toujours multiples. Après le développement de la première tumeur, il s'écoule un temps assez considérable, pendant lequel il ne s'en forme aucune autre (si ce n'est dans les ganglions, dont l'engorgement est le résultat d'une influence. locale). Puis, au bout de six mois, d'un an, de plusieurs «innées, lorsque paraissent les signes de l'infection, un grand nombre de tumeurs naissent âpeu près simultanément dans divers organes; et à l'autopsie on s'assure^ en comparant les volumes de ces tumeurs secondaires, qu'elles sont à peu près contemporaines. Si toutes les tumeurs, primitives oa secondaires, dépendaient d'une seule et même cause, devenue graduellement de plus en plus intense, ce n'est pas ainsi que les choses se passeraient. Il s'en formerait d'abord une, puis une se-
DIFFÉRENCES DE l'inFECTION ET DE LA DIATHÈSE. 339
conde, puis une (roisième, et amsi de siiile, h mesure que la maladie s'aggraverait, il n'y aurait pa^ce long enlr'acle qui sépare la localisation primitive unique des localisations secondaires multiples; * enlr'acte à la fin duquel Tétat général de réconomie subit une subversion profonde, A la dialhèse, qui tend à se localiser sur un seul point, a succédé une maladie générale qui tend b. se localiser simultanément sur un grand nombre de points. C*est celte maladie générale que nous appelons rinfeclion, et dont les localisations multiples constituent la générât isation de la tumeur primitive*
Le cancer primitif, avons-nous dit, est presque toujours unique. Les cas où il est multiple sont Traiment très-exceptionnels. J*en aï pourtant cité quatre exemples dans mon Mémoire mr Vanatomie paihoïogiquê du cancer (1). Depuis lors, j'en ai lu ou obsené quelques autres. Dans tous ces cas, les foyers cancéreux primitifs multlpies étaient situés dans le même organe, ou dans des organes trèsvoisins et trèS'SembUd)!es, Mais ce qu'il y a de remarquable, et ce qui prouve bien qu'il y a entré la diatbése et rinfection autre chose qu'une différence d'intensité, c'est que les cancers primitifs multiples, quelque nombreux qu'ils soient, ne sont précédés ni accompagnés d'aucun symptôme général appréciable; l'état du malade est exactement le même que s'il n'avait qu'un seul cancer primitif; de telle sorte que la diathése cancéreuse la plus prononcée, celle qui, possédant une intensité exceptionnelle, se localise à la fois dans plusieurs foyers distincts, est aussi latente, aussi inappréciable par elle-même que celle qui ne se localise que sur un seul point. Ce n'est donc pas parce que la dialhèse est devenue plus intense que des cancers secondaires multiples se forment dans la dernière période de la maladie, mais parce que la maladie est entrée dans une nouvelle phase, et que l'infection est venue se joindre à la diathése.
Il est bon d'ajouter, d'ailleurs, que la généralisation, c'est-à-dîre la formation de cancers secondaires multiples, ne fait pas essentiel* lemenl partie de l'infection cancéreuse* Celle-ci peut exister plusieurs mois, âvec des symptômes parfaitement évidents, avant de donner lieu au développement des cancers secondaires ; très-souvent même, à l'autopsie des individus morts avec les signes les plus caractéristiques de la cachexie, on ne trouve- d'autre tumeur que la tumeur primitive* La généralisation se rencontre tout au plus dans les trois quarts des cas d'infection cancéreuse (i), et les
(Il Méamres de t'Âcad. de médecine^ T. XVI, p. 619^5 J.
|2 f 11 géDérillutîoD, d'après mei relevéi, eilttertU cnTirr^ii chei la molUé dei
malades qui en sont exempts, ne sont pas, comme on le suppose peut-être, ceux qui sont en proie à rinfection la moins grave et la moins intense. Si je m'en rapporte à mes observations, je dirai que c'est précisément le contraire qui a lieu le plus souvent. Plus l'infection marche rapidement, moins on a de chances de trouver à Tautopsie les tumeurs secondaires multiples. C'est parce qu'alors les malades meurent trop vite, parce que Tinfection les tue avant que les tumeurs secondaires aient eu le temps de se former. Quoi qu'il en soit, il est nécessaire que l'infection ait duré un certain temps, pour que la généralisation puisse se produire. Si la multiplicité des tumeurs secondaires était due simplement à l'aggravation de la diathèse, on ne comprendrait pas qu'elle fit si souvent défaut chez des individus morts dans la période ultime de la maladie, dans cette période qui porte le nom de cachexie, tandis que d'autres individus dont la santé générale parait encore tout à lait inaltérée, peuvent être atteints de tumeurs primitives multiples.
Plusieurs espèces de tumeurs, telles que les lipomes, les fibromes, les chondrômes, sont beaucoup plus souvent multiples que les cancers primitifs. Ces tumeurs peuvent être uniques et constituer des accidents entièrement locaux. Mais lorsqu'elles se développent en grand nombre chez le même individu, elles dépendent évidemment d'une cause diathésique. Or, les fibromes et les chondrômes ne produisent presque jamais l'infection ; les lipomes la produisent plus rarement encore, tandis que le cancer, qui est presque toujours unique dans l'origine, est toujours suivi d'infection lorsque aucun accident opératoire ou autre ne fait périr les malades avant le terme naturel de la maladie cancéreuse. On voit qu'il n'y a aucun rapport entre la tendance à la multiplicité des tumeurs primitives, et la gravité de ces tumeurs, considérées sous le rapport de la tendance à l'infection ultérieure et à la généralisation. Ce rapport devrait exister si la généralisation, c'est-à-dire la formation des tumeurs secondaires multiples, dépendait de la môme cause que la formation des tumeurs primitives multiples.
On pourrait objecter contre ce raisonnement que les diathèses
individus morts de cancer. M. Lebert, dont les relevés portent snr une série plut étendue, évalue à &6 p. 100 la proportion des cas de généralisation. Mais, un certain nombre de cancéreux succombant aux accidents locaux de leurs tumenn, avant d'avoir présenté les signes spéciaux de l'infection, le rapport du nombre des cas de généralisation an nombre des cas d'infection caractérisée, est sans doute supérieur à &C p. lOO. En l'évaluant approximativement à 75 p. 100, Jr ne me base sur aucun relevé, c'est un maximum que j'expri!iie, et un maximum pr(>bab!ement bien supérieur à la réalité.
DTFFÉRE>CES DE LlNFECTiUN ET DE LA DIATIIÈSE, 3 il
lîpôfnaleuse, Elbrômaleuse et chondrômateuse sont moins graves que la dialhést* cancéreuse, que d'ailleurs elles n'affer lent pas la m^nie marche, qu'elles n'ont qu'une durée passagère, elqu^au lieu de s'aggraver toujours de plus en plus, elles dispamisserit spontanément après avoir fait naître un certain nombre de tumeurs plus ou moins contemporaines; il est certain en elTel que les fibrôoîes et les chondrt^mes, môme primitivement multiples, récidivent rarement, et que les lipomes multiples ne récidivent jamais à la manicre du cancer. Or, c'est la récidive qui témoigne scuîc de la persistance de la diathèse qui a fait naître la première ou les premières tumeurs. Mais il y a plusieurs espèces de tumeurs très-sujettes à la récidive, et qui pourtant ne déterminent jamais ou presque jamais l'infection. Je citerai d'abord répitbéïiôme, qui est une des tumeurs les plus récidivantes, et qui n'est que très-rarement suivi dlnfection. Je rappellerai surtout l'exemple de la kéloïde, qui peut se reproduire sur place un grand nombre de fois après les extirpations les plus complètes et qui n'est jamais suivie ni dinfection, ni de généralisation. 11 y a donc desdiatbèses très-tenaces» et en tout comparables à la diathésc cancéreuse, qui persistent indérmimentdans réconomie, sans aboutir h l'infection. Ces deux éléments, ladialMse et rinfection, ne dépendent donc pas directement l'un de Tautre. Mais ce qui prouve le mieux la différence des causes qui produisent les tumeurs primitives et les tumeurs secondaires, c'est la différence des sièges qu'aflectent ces deux espèces de tumeurs.
Tous les tissus qui sont sujets au cancer primitif peuvent probahiemmt Ctre atteints de cancers par infection. Mais on se tromperait étrangement si l'on croyait que la fréquence relative dans les divers organes fût la môme dans les deux cas. Il n'y a sous ce rapport aucune analogie entre les deux catégories de cancers; il y a même jusqu'à un certain point opposition entre elles. Quelques exemples vont le prouver.
L'estomac, Tutérus et la mamelle sont, de tous les organes, ceux qui sont les plus exposés au cancer primitif. On ne possède pas de statistique rigoureuse : celles qui sont relevées sur les registres mortuaires, comme celle de Tanchou, laissent planer du doute sur l'exactitude de beaucoup de diagnostics; celles qui sont faites d'après les notes recueillies par les médecins^ exagèrent naturellement la fréquence des cancers internes; les relevés ûe^ chirurgiens exagèrent au contraire la fréquence des cancers externes, il en résulte qu'il n'y a pas de parallélisme exact entre les diverses statistiques. Mais dans toutes, on trouve eu première ligne, et bien avant les autres, les
cancers des trois organes que nous venons d'indiqaer. A eux titns, ils fournissent 71 pour 100 des cllncers primitifs suivant Marc d'Espine, et 77 pour f 00 suivant Tanchou. Or, je n'hésite pas à dire que sur cent cas d'infection cancéreuse, avec généralisation, il n'y en a pas même un où les tumeurs secondaires se soient formées dans l'un de ces trois organes. « Quand le cancer de l'estomac coexiste avec le cancer de quelque autre organe, dit M. Walshe, il est presque invariaùlanent primitif {\), » En 1851, M. Lebert ne connaissait pas un seul cas de cancer secondaire de Testomac (2). Depuis lors, j'en ai communiqué un exemple à la Société anato> mique, et ce fait est jusqu'ici, à ma connaissance, le seul qui ait été mentionné (3). Les cancers secondaires de l'utérus sont un peu moins rares que ceux de l'estomac, quoiqu'ils soient encore extrêmement rares ; mais il y a ceci de remarquable, que le cancer primitif de cet organe débute presque toujours sur le col^ tandis que les cancers secondaires, lorsqu'ils se forment, occupent seulement le corpsj et sont presque toujours placés sous le péritoine. La proportion des cancers secondaires du sein serait un peu plus forte, au dire de quelques auteurs ; mais on a commis ici une confusion qu'il importe de signaler. Ainsi il n*est pas très-rare de trouver un cancer dans chaque mamelle ; j'en ai vu quelques exemples; M, Lebert en a relevé dix observations, et on en trouve d'autres dans les auteurs ; mais dans les cas que j'ai observés, la seconde mamelle s'était engorgée avant qu'il existât des symptômes généraux appréciables, et je suis convaincu que la plupart des cas de ce genre rentrent dans la catégorie des cancers primitifs multiples ; j'ai déjà dit que la diathèse tend quelquefois à se localiser sur plusieurs points, soit dans le même organe, soit dans deux organes semblables et voisins : je pense donc que lorsque les deux seins s'engorgent à peu près simultanément, ou à quelques mois d'intervalle, le second cancer dépend de la diathèse, comme le premier, et qu'il ne dépend pas de l'infection. S'il en était autrement, on devrait trouver des dépôts cancéreux secondaires dans la mamelle lorsque le cancer primitif occupe l'utérus, l'estomac, les os, ou tout autre organe. C'est ce qui n'a point lieu, ou du moins c'est ce qui n'a lieu que dans des cas extrêmement rares. Pour ma part, je n'en ai pas vu un seul exemple. J'ai ouvert des femmes qui présentaient des milliers de cancers secondaires dans le foie, les poumons, le
<l) Watohe, On Nature and Treatment of Cancer. London. 1846, in-A. p. 279L (S> Leb«*n, Traité des maladies cancéreuses. Paris, iS&l, In-S. p. 490. (S) Bulletins de la Société anatoniiqu»;, 18&2, p. &3&.
DIFFÉRENCES DE l'iXFECTION ET DE L.V DIATHÈSE. 343
lissuconjonctif sous-€Ulanét les ganglions lyraphatiques^ les os, les muscles, la peau, etc.; cl tl n'y en avait pourtant ni dans les mamelles, ni dans l'utérus, ni dans l'estomac. En disant qu'on ne trouve pas une l'ois sur cent de dépôts secondaires dans Tuo ou Fautre de ces trois organes, je ne crains pas d'être démenti.
D'un autre côté, les cancers primitifs sont rares, ou même trèsrares, dans certains organes qui sont très- exposés à devenir le siège de cancers secondaires* Je citerai en particulier le poumon^ qui est, après le foie et le système osseux, le siège le plus fréquent des dépôts secondaires. J*ai vu plus de trente fois des cancers secondaires multiples dans les poumons; je n'ai vu que deux fois des cancers primitifs dans ces organes. H n'y a pas un seul cas decaacer primitif des poumons sur les 452 cas de cancers observés par M. Marc d'Espine, de Genève; il n*y en a que 7 sur les 8i89 cas de cancers relevés par M. Tanchou. Il y a 6 cas de cancers des voies respiratoires dans la statistique des 447 observations de M. Lcbert, mais Tauteur réunit sous ce titre les cancers du médiastin , ceux de h plèvre et ceux du poumon, et il a soin de dire qu'une smie fois^ et» ctiose bien curieuse, sur un enfant de sept mois, le cancer était limité au poumon {!)* On peut donc tenir pour certain que le cancer primitif du poumon est extrêmement rare, tandis que le cancer secondaire de cet organe est au contraire très- fréquent.
L'opposition est moins marquée pour le foie, mais elle existe ce- . pendant encore* Nous trouvons 578 cancers du foie, pcimii les 8^89 cas relevés par M, Tanchou, sur les registres mortuaires. C'est un lieu moins de 7 p, 100, chiirre inréricur sans doute à la réalité, car beaucoup de ca^ de cancer du foie [jeuventôtre méconnus par les médecins qui déclarent les décès. Dans la statistique particulière de M. Marc d'Espiue, nous trouvons 7i cancers de foie sur 432 cas, ce qui fait près de 16 p* 100, mais cette fois le chilTre est probablement trop fort, parce que la statistique émane d'un médecin qui a dû observer relativement plus de cancers internes que de cancers externes. Il me suffira de dire à l'appui de cette assertion que, dans cette stalistique, le cancer de la mamelle ne figure que pour 9,7 p. 100, tandis qu il s'élève à 13,4 p. 100 daus la statistique de M. Lebert, et à 13,8 p. 100 dans celle de M* Tanchou. On peut donc admettre que la proportion réelle des cas de cancers primitifs du ibie est comprise entre 7 et 15 p. 100 du nombre total des cas. Or» les cancers secondaires du foie sont les plus fréquents de tous.
(t) iÀb%n, Traité il^ maiQdie4 cnn^eUÊU. I**rl*, ISàl, m-B^p. SâO.
Je crois rester bien au-dessous de la vérité en disant qae le foie est atteint dans la moitié des cas de cancer généralisé.
Il y a plusieurs autres oignes, tels que le cœur et la rate, 06 le cancer primitif est excessivement rare, et où les cancers secondaires se montrent beaucoup plus souvent.
Ainsi, d'une part, les organes, qui sont de beaucoup le plus fréquemment atteints de cancer primitif, ne sont atteints de cancers secondaires que dans des cas infiniment rares.
D'une autre part, les organes qui sont les plus exposés aux cancers secondaires, sont relativement beaucoup moins exposés au cancer primitif, et l'opposition est remarquable surtout pour le poomon.
Comment expliquer cette double opposition si Ton admet que ce soit la même cause qui produise à la fois ces deux catégories de tumeurs cancéreuses ? Est-il vraisemblable qu'une cause qui, à son minimum d'intensité, menace tout particulièrement la mamelle, l'estomac et l'utérus, cesse presque entièrement de les menacer lorsqu'elle devient assez intense pour attaquer des organes beaucoup plus réfractaires au cancer primitif? Tout s'explique ao contraire fort bien lorsqu'on admet que ces deux ordres de localisation dépendent de causes différentes.
Personne n'ignore que le foie et le poumon sont les organes où tendent tout particulièrement à se former les abcès multiples de l'infection purulente. Le parallèle que nous avons établi entre celte infection et l'infection cancéreuse est confirmé par cette circonstance. Il y a môme un autre point de ressemblance : c'est que les dépôts secondaires, dans les deux cas, tendent à s'effectuer principalement vers la surface des viscères, et qu'ils sont pour la plupart situés sous la membrane séreuse. Les dépôts secondaires des antres viscères, cœur, rate, rein, ont également, dans les deux cas, une tendance manifeste à s'effectuer dans les couches les plus superficielles des organes. Les cancers primitifs, au contraire, se forment aussi bien dans l'épaisseur du parenchyme de ces mêmes organes que dans leurs couches superficielles. Ce n'est donc pas seulement par leur répartition dans les divers organes que les cancers primitif^ différent des cancers , secondaires ; ils en diffèrent encore, quoique d'une manière moins tranchée, par le siège qu'ils affectent le plus souvent dans l'étendue de chacun de ces organes.
L'opposition que nous venons de signaler entre le siège ordinaire des cancers primitifs et celui des cancers par infection, se retrouve aussi dans l'étude des tumeurs non cancéreuses. C'est même alors qu'elle devient le plus évidente. Car le foie, qui est le siège de pré-
iJlFFi-IlKXCES DE L*JNFr:cTlOK ET UK IJi DJATRÈSI?. 345
dilecitoo des cancers mut li pi es par infection, csl ossex souvent alteiiit I de cancer primitif; et le pmimon lui-même, quoique iucompaniblfmeol pius exposé au% cancers secondaires qu'au (j^ncer primitif, est quelquefois cependant le siège de celui-ci. L'opposition de siège des deux espèces de localisa lion cancéreuse est donc foin dVMre absolue; elle ne frapperait pas Tesprit de celui qui ne connatlniit qu'un petit
• nombre de faits; elle ne résulte que de l'étude du degré de fréquence de ebaque espèce de cancer dans chaque organe.
Or, ces deux mOmes organes, le foie et le poumon, sont encore les sièges de prédilection de la généralisation des autres espèces de tumeurs, mais il y a ceci de remarquables que plusieurs d'entre elles n'ont été observées jusqu'ici, comme tumeurs primitives» ni dans le foie» ni dans te poumon. Avant que l'examen microscopique eiH ré- B télé la structure particulière des chondrômes^ on parlait fr^^quem- ™ nient des plaques carlibginenses de la plèvre et du poumon. J*en ai vu dans le temps bon nombre d'exemples à la Société anatomique, où j'en ai présenté moi-même quelques-uns. Mais, depuis qu'on a fait iutenenir le microscope, on a reconnu que ces prétendus cartilages accidentels de la plèvre et du poumon sont des productions fibreuses^ dues seton toutes probabilités à d'anciennes pleurésies, de même que les prétendus cartilages accidentels de la raie sont d'anciennes fausses membranes devenues flbreuscs, et condensées en masses dure^, blanches, et plus ou moins mamelon- , uéea. L'existence du chondrôme primjlir du poumon est donc encore douteuse, quoique cet organe renferme dans sa structure les cerceaux cartiïagineux des divisions bronchiques; et c'est pourtant dans te poumon qu'on a exclusivement trouvé jusqu*icl les chon-
I drames par infection. Les myèloïdes secondaires du malade de M. Wilks, occupaient le poumon, et, quoique les tumeurs myéloïdes «oient loin d'élre rares, on ne les a jamais vue^ naître primitivement dans les poumons. J'en puis dire autant des épilhéliômes, des » tumeurs ostéoldes, et probablement aussi des fibroïdes, car, si je tonnais un exemple de lïbroïde primitif du médiastin propagé au poumon, je ne connais pas d'exemple de flbroïde primitif du tissu pulmonaire. Il est digne de remarque que répithéliôme, alTcctioii ^Êxlrémemeot commune, débute presque toujours, sinon iQUJours, sur les membranes tégumenlaires ; et qtie dans les tas d'épithéiiôme généralisé qui ont été cités jusqu'ici, les tumeurs secon- Uairea existaient constamment et esclusivemenl dans des organes 'profonds. L'opposition de siège des tumeurs primitives et des tumeurs ^^r iDftctioEi est donc bian plus frappante ici que dans le cancer.
3i6 INFECTION GÉNÉRALE ET GÉNÉRâUSATIOR.
Puisque nous venons de parler du siège le plus ordinaire des tomeursgénéraliséesy nous appellerons Tattention sur une particolarilé importante. On a vu, dans un précédent paragraphe, qiie toutes la espèces de tumeurs n'infectent pas l'économie de la même manière. Cette proposition, établie par la natnre spécifique des tumeurs secondaires, toujours semblables à la tumeur primitive, est confirmée par rélude clinique des symptômes généraux de rinfection. Or, l'étude du siège des productions secondaires dépose dans le même sens, ht foie, qui est le siège le plus fréquent des cancers généralisés» puisqu'il est atteint dans plus de la moitié des cas de généralisation, échappe presque toujours à la généralisation des autres tumears. Le poumon, au contraire, où les cancers secondaires sont assez communs, sans aucun doute, mais beaucoup moins communs que dans le foie, a été jusqu'ici le siège exclusif de la généralisation des chondrûmes, des fibromes, des myéloîdes, et le siège presque exclusif de la généralisation des épithéliômes et des fibroîdes. On ne peal attribuer ces affinités électives qu'à des tendances liées à la nature particulière de chaque espèce d'infection. Dans les deux cas de pseudadénûmes généralisés qui ont été publiés par M. Robin, les tumeurs primitives étaient nées dans des organes externes, et les tomeurs secondaires s'étaient formées dans le tissu conjonctif périvertébral; jusqu'ici, les pseudadénômes ne se sont généralisés dans aucune autre partie du corps. Je me garderai bien de nier qa'ils puissent, comme les autres tumeurs, se généraliser dans leaviscères; .mais il est permis, jusqu'à nouvel ordre, de .penser que le siège tout spécial des pseudadénûmes secondaires, dans les deux seules observations que l'on connaisse, ne dépendait pas sealeme&t du hasard. Enfin, quoiqu'on ne puisse rien conclure d'un fait encore unique, il est bon de constater que, chez mon malade atteint de lipome généralisé, les productions graisseuses secondaires occupaient les parois de l'œsophage, le pylore et les valvules du ccBor, où aucune autre espèce de tumeur ne s'est généralisée jusquid; tandis que le poumon et le foie avaient entièrement échappé à l'in- ' fluence de la généralisation. Ces exemples complètent la démonstration d'une proposition que nous avons déjà établie sur d'autres preuve^, savoir que chaque espèce de tumeur se généralise à $a wior nière.
Mais laissons là cette digression, et concluons des faits que nom venons de signaler que, non-seulement pour le cancer, mais encore pour les autres espèces de tumeurs susceptibles de se généraliser, les tumeurs primitives ei les tumeurs secondaires ne dépendent pas et