GRAND ET PETIT OBLIQUES
Faisceaux d'union entre les deux muscles. — Un faisceau d'union aurait été décrit, dit-on, entre ces deux muscles par les anciens anatomistes. Il est permis d'en douter quand on sait que Reald Columbus ne fait pas môme mention de la trochlée du grand oblique ^
Variations de volume. — En 1885, en préparant le ganglion ophtalmique, j'ai vu sur une vieille femme le petit oblique droit réduit de volume au point d'égaler le grand oblique homologue.
^ Reald Columbus. De Re aaalomicû, lib. Y, cap. vni.
Anatomie coMPARÉii. — Dinis Ics Verlébi'és inférieurs les deux obliques ont à peu près les mêmes dimensions ou du moins l'oblique inférieur n'est pas plus petit que l'oblique supérieur et l'un et l'autre sont plus larges que les muscles droits '.
M. Blanc a vu deux fois le petit oblique du cheval tendre à prendre la forme digastriquc du grand oblique. (Blanc, Echo inédic. de Lyon, d896, p. 200.)
Absence. — Klincoscli, de Prague, a vu manquer tous les muscles de l'œil \
Dans quelques cas de strabisme divergent, le droit interne fait défaut, et parfois le droit externe dans certains cas de vues louches convergentes. On lira plusieurs observations très concluantes à cet égard dans Wrisberg \
Anaïomie comparée. — Dans la chauve-souris^ les muscles droits de l'œil sont absents, avons-nous dit plus haut. Il en est de môme chez tous les animaux dont l'œil est physiologiquement atrophié. Dans les Batraciens, ils sont si peu développés que Cuvier a cru que ces Amphibiens ne possèdent qu'un seul muscle droit, un seul muscle oblique et le muscle choanoïde '.
Variations de volume. — Les muscles droits de l'œil, de môme que les obliques, peuvent être plus ou moins larges et plus ou moins épais. Ils étaient presque atrophiés chez un amaurotique et très prononcés chez un enfant mort de méningite tuberculeuse, que j'ai eu l'occasion de disséquer.
Anatomie comparée. — Plus l'animal a besoin d'étendue du champ du regard, plus les muscles oculaires se développent.
Ainsi, parmi les Poissons, les muscles oculaires sont plus développés
1 Struthers. Anal, and p/iijs. ohserv. on the oblique muscles of tlie eye in man and vei'tebvate animais. Edimbourg, lS5i, p. 10.
- In Otto, Patholog. anat., South's Translation, p. 245. ■' Wrisberg. Gôlting Gelehrten Anzeigen, '1781, p. 683. ' Cuvier. Leçons d'anat. comp., p. 427.
chez les Esocides ichtyovores qui cherchent au loin leur proie que chez les Cyprinides qui se nourrissent d'herbes fluviales ou marines. Entre les Mammifères môme il faut distinguer ceux dont le corps est massif et le cou très court et ceux qui offrent une conformation inverse. L'appareil moteur de l'œil est plus marqué chez les premiers. Exemple : les muscles du bœuf sont plus larges et plus épais que les muscles du cheval.
Les Oiseaux et les Rongeurs sont pourtant exceptés de la règle formulée plus haut. La raison en est très simple. Chez les Oiseaux, la mobilité extrême de l'énarthrose occipitale et des articulations cervicales supplée admirablement au peu de mobilité du globe de l'œil, résultant du peu de puissance des muscles qui s'y insèrent.
Les muscles des Rongeurs sont aussi minces et peu longs. Mais cette diminution de volume est compensée par l'énorme développement de la cornée qui recouvre le tiers et près de la moitié de la sphère oculaire. Le champ du regard est naturellement très étendu, et, par suite, le rôle de l'appareil moteur devient secondaire.
Connexions plus intimes des muscles entre eux. — L'union normale des droits interne et inférieur, à leur origine, peut se prolonger plus ou moins loin en avants Les deux faisceaux du droit externe peuvent être plus ou moins fusionnés ^ Je ne les ai jamais trouvés indépendants. Cette indépendance a toutefois été notée par Zagorsky et Albinus. M. le professeur Macalister a signalé l'absence du chef externe de ce muscle sur deux cadavres.
« Dans tous les auteurs classiques d'anatomie humaine (Sappey, Richet, Tillaux), dit mon savant collègue, M. le professeur Motais, d'Angers, dans son consciencieux mémoire Sur ïanatomie de V appareil moteur de l'œil de l'homme et des vertébrés, on ne décrit toujours, comme du temps de Tenon, que des ailerons pour les muscles droits interne et externe.
« Chez tous les Mammifères, et chez l'homme en particulier, nous
* On ne parle pas en France de cette fusion des muscles droits interne et inférieur de l'œil, à leur origine, tandis qu'on la considère comme normale à l'étranger. « T/ie inleî'nal and inferior recti arise by a common tendon to the inner side cm below to the optic foramen, » dit Leidy. {Elemenlary treatise on human anatomy. Philadelphia, 1889, p. 861.)
Cette assertion est très exacte.
* La division du droit externe en deux chefs, plus ou moins unis, est admise aussi, à juste titre, par les anatomistes d'Angleterre, d'Allemagne et d'Amérique. Je l'ai toujours constatée. Entre les deux chefs en question passent le nerf de la troisième paire des nerfs crâniens, le rameau nasal de la cinquième paire, la sixième paire et la veine ophtalmique.
avons trouvé des ailerons fibreux ou tendineux non seulement pour les muscles droits interne et externe, mais pour les autres muscles droits supérieur et inférieur.
« Ces ailerons présentent une disposition à peu près semblable dans toutes les espèces.
« Les ailerons ou tendons accessoires des muscles droits interne et externe se détachent du muscle un peu en arrière de l'équateur du globe et se rendent aux angles correspondants de l'orbite. L'aileron externe est généralement plus développé ; chez l'homme il est trois fois plus épais que l'interne.
« Du bord externe et du bord interne du muscle droit supérieur partent deux cordons fibreux qui se jettent : le premier vers l'angle externe de l'orbite, près de l'insertion du releveur ; le second sur la gaine du tendon du muscle grand oblique. Chez Vhomme il n est pas rare de trouver un faisceau musculaire dans le cordon interne, et parfois dans le cordon externe'. »
Quelques pages plus loin -, M. le professeur Motais, après avoir noté « qu'il n'est pas rare de voir les ailerons des muscles droits, supérieur et inférieur de l'homme contenir également des fibres musculaires », ajoute :
« Nous avons trouvé aussi dans les deux yeux du môme sujet un faisceau volumineux détaché du bord externe du muscle droit inférieur, se dirigeant vers le muscle droit externe et se perdant en forme d'éventail dans la gaine de ce dernier muscle. Cette anomalie est très remarquable, non seulement par sa rareté, mais parce qu'il faut remonter assez loin chez les Mammifères [Ruminants) pour y trouver une disposition analogue à l'état normal. »
Signalons, enfin, pour terminer, une dernière disposition qui n'avait jamais été indiquée également avant M. Motais, si nous sommes bien informé.
« Du cinquième antérieur du muscle droit inférieur se détache une bande fibreuse qui se dédouble immédiatement ; sa lame superficielle passe au-dessous du muscle oblique inférieur, sa lame profonde audessus du même. Sur le bord antérieur du muscle petit oblique, les deux lames se rejoignent et gagnent le rebord orbitaire avec le ligament large. Nous avons souvent vu dans cet aileron un faisceau muscu-
' Motais. Loc. cit., p. 63.
* Ibid., p. 69.
laire en avant du muscle droit inférieur ; très rarement un faisceau musculaire se détache du muscle oblique inférieur pour venir à la rencontre du premier V »
J'affirme l'exactitude absolue des recherches de M. Motais, que j'ai contrôlées sur dix cadavres,
Anatomie comparée. — Dans les Poissons, les Reptiles qï les Oiseaux les muscles de l'œil sont généralement indépendants les uns des autres. Chez les Mammifères, les muscles droits, obliques et choanoïde sont reliés assez communément par des faisceaux musculaires plus ou moins développés.
Dans le chien, un faisceau musculaire est échangé entre le muscle droit postérieur et le muscle oblique inférieur. Ce faisceau est considérable chez le bœuf-, le mouton, le cheval, etc.
Dans le bœuf, le muscle grand oblique envoie un cordon musculaire qui va s'anastomoser avec le muscle choanoïde. Déplus, du bord postérieur du muscle oblique inférieur, se détache une large expansion musculaire, qui va se perdre dans la partie de la capsule de Tenon qui recouvre en arrière le muscle choanoïde.
Chez le cheval, M. le professeur Motais ^ a trouvé un long et mince faisceau musculaire constant, « qui se détache du muscle choanoïde, se rend à la face profonde du muscle droit supérieur, près de son bord externe, à 15 ou 18 millimètres de son insertion bulbaire, et se mêle aux fibres du muscle droit supérieur par des digitations successives. Avant d'arriver au muscle droit supérieur, ce faisceau envoie trois ou quatre fascicules qui se recourbent en haut pour aller se confondre avec le muscle oblique supérieur. Le faisceau le plus élevé du muscle droit postérieur se jette sur le tendon du muscle oblique supérieur, près de l'insertion de ce dernier, le croise d'abord, puis se joint à lui, en formant une anse à concavité antérieure.
Ces échanges musculaires se font soit directement par anastomose des fibres musculaires elles-mêmes, ou bien les deux faisceaux sont réunis par un tendon médian, formant un petit muscle digastrique, ou des fibres musculaires se détachent d'un seul muscle et vont se jeter sur la gaine d'un muscle voisin. »
* Motais. Loc. cil., p. 8, fig. 3.
^ Ibid., fig. 13, p. 68.
" Ibid., p. 67.
MUSCLES DE LA TÊTE 5b