ORBICULAIRE DES PAUPIERES
Syn. : M. oi-biciilaris palpebi'arum ; M. orbicularis ociili (N. a.) ; Sphincler palpehranim or oculi ; M. orbicularis lattis. L'orbiculaire supérieur constitue le Muscle de la réflexion (Duchenne, de Bdiilognc).
Absence. — Il est possible de distinguer dans ce muscle : l" une 2)0)'tion exlra-orbitaire (Richet) * ; 2° une portion orbitaire; 3° une po)-tion palpébrale ; 4° une portion ciliaire (Riolan) - ; 4" une portion subtarsale (Moll)'* et deux faisceaux annexes : le lacrymal antérieur et le lacrymal postérieur. M. Macalister a noté une fois et moi deux fois, cbez deux hommes, l'absence de la portion orbitaire. Le lacrymal antérieur (alias M. clepressor supercilii d'Arlt '' et du professeur Less]iaft% M. lacrymalis anterior de Henke ^ , dilatateur supérieur du sac lacrymal de Bourjut Saint-Hilaire''), et le lacrymal postérieur, le muscle de Duver- ^ey* appelé, je ne sais pourquoi, muscle de Ho7mer (^alias M. sacci lacrymalis de Rosenmûller^, M. lac)y)nalis posterior iVOhchewsky et de Henke, M. lacrymalis de Krause et d'Arnold, dilatateur inférieur du sac lacrymal de Bourjut Saint-Hilaire).
ÀNATOMiE COMPARÉE. — Lc musclc orbiculairc apparaît chez les animaux en même temps que les paupières horizontales.
Dans les Squales où des bourrelets cutanés forment les premiers rudiments des paupières, on voit déjà un rudiment de muscle dont les deux divisions se perdent dans ces bourrelets. Dans les ordres plus élevés, l'orbiculaire est plus complet, mais sans ressembler toutefois
' Richet. Anat. chir.
- Riolan. Anlhropor/raphia, lib. V, cap. ii.
^ Môll. Bydraf/en fol der Analomie en Physiologie don Oor/ledeii.
* Arlt, in Gra'fe. Archiv. fur ophtalmologie, Bd. IX, 1^'^ Abth, p. 6k '■ Lesshaft. Reichert u. Du Bois-Reymond Arch., 1868, p. 265.
" Ilenke. In Grsefes archiv. ,B(\. lY, L'^ Abth, p. 73.
' Bourjut Saint-Ililaire. Journ. des conn. medic. chir., février 1853.
* Duverney. L'art de disséquer méthodiquement les muscles du corps humain. Paris, 1749, p. 37.
9 Rosenmûller. Compendium anatomicum. Lcipsig, 1816, p. 241.
Le lacrymal postérieur a été signalé d'abord, en 1749, par Duverney sous le nom de M. tensor tarsi, puis par Rosenmûller. On commet donc une erreur et une injustice quand on l'appelle M. de Horner.
entièrement à celui de l'homme, surtout en dedans, en raison de la conformation variable du larmier. Je ne sache pas que le muscle de Diwerneij et le lacrymal antérieur aient été signalée chez les Anthropoïdes.
Variations de volume. — La portioîi palpébrale ainsi que les M. lacrymaux sont souvent rudimentaires. Sur un nègre de la Guadeloupe disséqué par M. Chudzinski, l'orbiculaire des paupières très épais et très large descendait jusqu'au trou sous-orbitaire.
Le ligament palpébrale externe varie de même suivant les sujets : tantôt il est très gros, tantôt difficilement appréciable. M. Chudzinski pense « que par la largeur de la partie externe de l'orbiculaire des paupières, la race jaune se placerait en tête des autres races, viendrait ensuite la race noire et en dernier lieu la race blanche « .
Anatomie comparée. — L'orbiculaire des lèvres était très fort dans le Troglodytes Aubryï et très mince dans le gorille de Duvernoy. Dans les Anthropoïdes comme chez l'homme c'est la portion recouvrant les arcades orbitaires qui est la plus marquée (Hartmann).
Isolement des faisceaux constituants. — M. Macalister a vu la portion orbitaire entièrement séparée de la portion extra-orbitaire ' et Sandifort la portion cilaire, de la portion orbitaire ^ Le lacrymal postérieur peut très exceptionnellement n'avoir aucune connexion avec la face profonde de l'orbiculaire ou être double (Macalister). J'ai noté précédemment que la portion concentrique des orbiculaires faciaux (sphincter des lèvres, des paupières) n'avait très vraisemblablement pas la même origine embryogénique que la portion excentrique.
Faisceaux surnuméraires. — Theile a signalé un petit faisceau surnuméraire autour du lac lacrymal. Indépendant du muscle de Horner ou joint à ce muscle, ce faisceau peut s'attacher au bord libre de la paupière ou au canal lacrymal ".
A l'orbiculaire doit aussi être rapporté le faisceau musculaire découvert et décrit par le professeur Bochdalck, de Prague, sous le nom de muscle transverse de V orbite.
^Macalister. Loc. cil., p. 2.
'Sandifort. DescripL. musc. Liigd. Batav., 1781. ^ Tlieile, in Follz, Journal de lu 2jhusiolo(/ie, Y, p. 226.
Connexions plus intimes avec les muscles voisins. — Le petit zygomatique peut être formé en partie ou en totalité par des fibres détachées de la moitié inférieure de l'orbiculaire. C'est au faisceau qui relie le petit zygomatique à l'orbiculaire et aux fibres qui s'écartent tangentiellement à ce dernier muscle que Henle a donné le nom de M. malaris.
Walther a vu des trousseaux de fibres de l'orbiculaire se jeter dans le muscle incisif du même coté et M. Chudzinski, des trousseaux de fibres de l'orbiculaire se jeter dans le grand zygomatique, sur la peau de la joue, de la lèvre supérieure et sur l'arcade zygomatique,
Henle a disséqué un faisceau étendu du sphincter palpébral à l'élévateur commun de l'aile du nez et de la lèvre supérieure.
Dans un cas que j'ai observé, l'élévateur delà paupière allait rejoindre la portion ciliaire supérieure.
Les fibres superficielles de l'orbiculaire qui répondent à la moitié interne de la région sourcilière se confondent parfois avec le plan superficiel du muscle frontal auquel elles semblent appartenir. Parfois encore les faisceaux externes du frontal viennent s'ajouter au muscle orbiculaire et se placent à son côté externe, sans aucune ligne de démarcation, se continuent avec sa moitié inférieure, décrivent comme lui des courbes concentriques à concavité supérieure, et comme lui vont s'insérer du côté interne de la base de l'orbite (Cruveilhier).
Plus exceptionnellement des fibres du peaucier atteignent l'orbiculaire. Le depressor palpebras inferioris de Caldani est constitué précisément par un prolongement du peaucier vers l'orbiculaire. Le mode de continuité des fibres du sourciller avec les fibres de la portion extraorbitaire de l'orbiculaire a été spécialement étudié par Walther. Contrairement à l'opinion de cet uiiatomiste et à celle de Langer, d'Albinus, de Fabricius, etc., je n'admets pas que le sourciller soit une des racines du sphincter des paupières.
Anatomie comparée. — Chez les Anthropoïdes l'orbiculaire a des connexions nombreuses avec les divers muscles de la face qui l'avoisinent : le frontal, le releveur de l'aile du nez et de la lèvre supérieure le sourciller, le grand zygomatique, le petit zygomatique, etc.
L'orbiculaire des paupières du Troglodytes Aubryï, uni au muscle sourciller et à la portion la plus externe du muscle frontal, entre-croisait, en outre, vers l'angle interne de l'œil, ses fibres avec celles du releveur de l'aile du nez et de la lèvre supérieure. Dans cet Anthro-
230ïde, le petit zygomatique était formé également de quelques fibres externes du sphincter palpébral et d'un faisceau qui s'attachait à l'angle externe de l'articulation du malaire avec le maxillaire [M. malaris de Henle).
On pouvait distinguer de la partie palpébrale de l'orbiculaire des paupières du gorille de Duvernoy un faisceau externe qui s'élevait vers l'arcade orbitaire et se terminait probablement à la peau. (C'est encore vraisemblablement le M. malaire de Henle.)
Dans les fœtus de gorille et de gibbon de M. Deniker le muscle en question entremêlait ses fibres avec celles du petit zygomatique et du releveur commun superficiel.
Après cela, je me demande comment le professeur Hartmann, de l'Université de Berlin, a pu écrire : « Je n'ai pas vu de faisceaux partant de l'orbiculaire des paupières des Anthropoïdes, pour se prolonger sur les joues et les tempes, tandis que ces faisceaux atteignent un développement très considérable dans la tète d'un nègre mongalo que j'ai disséqué V »
SOURCILIER
Sj'n. : Cutanêo-sourciliei' de [Dumas) ; Fronto-sourcilier de {Chaussier) ; Comigator siipercilii (N. a.) ; Muscle de la douleur (Duchenne, de Boulogne).
Absence. — Elle a été notée plusieurs fois par M. le professeur Macalister et par Harrison. J'ai constaté à deux reprises cette suppression sur un homme et sur une femme.
Anatomie comparée. — Darwin trouve que, comparée à la face humaine, celle des Anthropoïdes est généralement inexpressive, ce qui tient principalement à ce que, selon lui, aucune émotion psychique ne leur fait froncer le sourcil. Le froncement, qui constitue l'une des particularités les plus importantes dans l'expression du visage humain est dû à la contraction des sourciliers qui abaissent Jes sourcils et les rapprochent l'un de l'autre, de manière à produire sur le front des plis verticaux, o II paraît, dit Hartmann {loc. cit., p. 121), que Vorang
* Hartmann. Loc. cit., p. 117.
et le chimpanzé itossèdeni ce muscle, mais il semble qu'ils le mettent rarement en action, au moins d'une manière bien visible. » M. Deniker l'a retrouve chez le fœtus de gibbon et sur celui de gorille où il était beaucoup plus fort que celui d'un fœtus humain de cinq mois qu'il a disséqué parallèlement. <' Je tiens à signaler ce fait, dit-il, car l'existence du muscle sourciller chez le gorille était niée par Macalister et Ehlers '. »
Fasciculation dans le sens de la longueur. — Le sourciller peut être partagé longitudinalement, en un certain nombre de fascicules séparés. Dans ce cas, les faisceaux d'insertion à l'arcade sourcilière peuvent être charnus (Macalister) ou tendineux.
Variations de volume. — Au lieu de recouvrir la moitié ou les deux tiers internes de l'arcade sourcilière, il peut recouvrir la totalité de la longueur de cette arcade. Il peut être aussi épais en dehors qu'en dedans. Par contre, il est quelquefois réduit à une simple lamelle cellulo-musculcuse.
Variations des insertions et connexions plus intimes avec les muscles voisins. — Le sourciller peut se perdre en dehors : 1" dans la peau du front et de l'orbiculaire des paupières ; 2° dans la peau du front et dans le muscle frontal ; 3" dans la peau du front, le muscle frontal et l'orbiculaire des paupières. La fusion du sourciller et de l'orbiculaire des paupières est assez fréquente pour que divers anatomistes (Albinus, Fabricius et autres) décrivent, ainsi que nous l'avons dit plus haut, le sourciller comme un des faisceaux d'origine de l'orbiculaire.
ÀNATOMiE COMPARÉE. — Daus le Tvoglodytes Aubnj't l'orbiculaire des paupières était uni au muscle sourciller, qui n'en était qu'une partie interne et profonde. Dans les Annales and jnagazine of nalural history, 1871, t. YII, p. 342, M. le professeur Macalister dit qu'on ne peut séparer le sourciller des Anthropoïdes de l'orbiculaire des paupières. Le professeur Hartmann en dit autant.
' Deniker. Loc. cil., p. 3.
60 VARIATlOiNS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L'HOMME
MUSCLES SURNUMERAIRES Choanoïde.
Ce muscle, qu'on rencontre chez les A?7iphibie?is et certains Beptiles, existe aussi chez le plus grand nombre des Ma7nmifères.
On le trouve chez les Cétacés, les Marsupiaux, les Solipèdes, les Artiodactyles, les Ruminants, les Rongeurs, les Carnivores, les Lémuriens, et même parmi les Singes chez le macaque Rhésus et le tnaïmon.
Il ferait par contre défaut chez la grande roussette [Pteropus), de l'ordre des Chéiroptères et dans le ouistiti, le saiiniri^ le sajou, le cynocéphale, \vi guenon patas, etc.
Il atteint son maximum de développement dans les Ruminants et présente bien chez ces animaux la forme en entonnoir qui lui a valu son nom. Lorsqu'il s'atrophie et se réduit à un seul faisceau [maki, macaque), ce faisceau se place toujours entre le muscle droit supérieur et le muscle droit externe, plus près de ce dernier.
Le muscle choanoïde peut offrir un ou plusieurs interstices celluleux qui le divisent en deux ou plusieurs parties. Ces interstices sont larges dans les Carnivores. Dans le chien, le choanoïde est constitué par quatre muscles droits profonds, situés non exactement au-dessous des droits proprement dits, mais plutôt dans le tissu cellulo-graisseux qui les sépare. Partagé en trois faisceaux chez les Sauriens, le muscle en question n'a plus que deux faisceaux (un supérieur et un inférieur) ^ chez les Solipèdes et les Ruminants. Dans \q jjorc, il n'a plus qu'une incisure médiane inférieure ; il est complètement indivis chez les Rongeurs.
Il s'insère, en arrière :
1" Soit sur le corps du sphénoïde [Batraciens) ;
2° Soit dans un canal spécial, canal post-orbitaire (re7eo5^«?en>ç, Sauriens, Crocodiliens) ;
3° Soit dans le canal sphénoïdal ou le canal optique {Mammifères).
' Le faisceau le plus important est le faisceau inférieur, qui comprend les deux tiers ou les trois quarts de la masse totale du muscle.
En avant :
A la scldrotiqnc snr l'hémisphère postérieur du globe de l'œil '.
En tirant l'œil en arrière et en facilitant ainsi le déploiement de la troisième paupière ou membrane nictitante, le muscle choanoïde est, chez les animaux, un des principaux muscles protecteurs de la vue.
Je ne sache pas qu'aucun anatomiste l'ait rencontré chez l'homme.
Je suppose donc que la reproduction de ce faisceau doit être excessivement rare dans l'espèce humaine. Je n'ai pas encore de chiffres précis à cet égard, mais, depuis 1879, je n'ai pu recueillir que deux spécimens de cette malformation, dont un m'a été montré par un de mes prosecteurs; ces spécimens reproduisaient assez fidèlement le faisceau atrophié du choanoïde du macaque.
Les voici :
l*"" cas. (Observé par moi en janvier 1879.) H. soixante-quatorze ans. — Entre le droit supérieur et le droit externe, un peu au-dessous de l'un et de l'autre et fixé, en arrière, sur le nerf optique près de l'anneau de Zinn et, en avant, sur la sclérotique, à l'union de son tiers postérieur avec ses deux tiers antérieurs, existe un petit faisceau d'un rouge pâle, très grêle à sa partie moyenne. Les muscles de l'orbite sont normaux et les deux faisceaux du droit externe très distincts. La bandelette anormale examinée au microscope, d'abord à l'état frais, puis après durcissement dans l'alcool, la gomme et l'acide picrique, est constituée par des fibres musculaires striées.
2'' cas. (Observé en 1888 par M. Danseux en préparant la branche ophtalmique de Willis. F... quarante-cinq ans.) — En soulevant la voûte orbitaire, on découvre un tractus mince, très étroit, dirigé obliquement de haut en bas, de dedans en dehors et d'arrière en avant, plongé dans le tissu graisseux de l'orbite, entre le droit supérieur et le chef supérieur du droit externe, et inséré d'une part sur l'anneau de Zinn et d'autre part sur la sclérotique, à un centimètre en dehors du nerf optique. Ce faisceau enlevé, plongé dans le liquide de Muller et examiné ultérieurement au microscope, contenait des fibres musculaires striées.
' Chez les Carnivores il dépasse toutefois l'équateur de l'œil.
Transverse de l'orbite.
Ce muscle a été découvert par M. le professeur Bochclalek, de Prague. Il naît de la partie antérieure et supérieure de l'os planum, longe la partie supérieure de la paupière, intimement uni au releveur de la paupière, et se fixe à la paroi externe de l'orbite '.
M. le professeur Macalister considère à juste titre, je crois, cette bandelette comme le résultat du déplacement en arrière de quelques fibres de l'orbiculaire.
Abalsseur de la paupière inférieure.
Caldani a donné le nom de depressor palpebrœ inferioris à un petit faisceau musculaire, placé en dehors des portions palpébrale, extra-orbitaire et orbitaire inférieures de l'orbiculaire des paupières, auxquelles il adhère môme quelquefois et inséré à la demi-zone ciliaire inférieure. En bas, le depressor palpebrœ inferioris se continue avec le peaucier ^ :
Anatomie comparée. — Un muscle abaisseur de la paupière inférieure se retrouve chez les Oiseaux et chez la chauve-souris.
Le muscle abaisseur de la paupière inférieure de Caldani, est-il l'homologue du muscle abaisseur de la paupière inférieure des Oiseaux ou de la chauve-souris? Evidemment non. Il est superficiel, et le muscle abaisseur de la paupière inférieure des oiseaux est développé dans l'intérieur du périoste, et celui de la chauve-souris, composé de deux faisceaux, bien distincts fixés au bord alvéolaire du maxillaire supérieur au niveau des molaires et remontant verticalement dans l'épaisseur de la paupière inférieure jusqu'à l'orbiculaire oii ils se terminent.
Le depressor palpehrai inferioris, de Caldani, est superficiel, se perd dans le peaucier et rentre certainement dans la catégorie des platysma.
Dans nos animaux domestiques, sauf chez le porc, on trouve une mince et pâle expansion musculaire, située au-dessous de l'œil, confondue, d'une part avec l'orbiculaire, de l'autre, avec le peaucier et destinée à faire trémousser la peau du larmier et peut-être aussi à abaisser la paupière inférieure. C'est le muscle lacrymal des vétéri-
' Bochdaleck. Prager Vierteljahrsschrift, 1866, t. IV. * Caldani. Instit, anat., t. XI, p. 41.
naires français, lo muscle palpébral inférieur des vétérinaires allemands. Il est très développé chez le bœuf oi\ il descend jusque sur le buccinateur. Si ce muscle n'est pas l'homologue du depressor palpebrpe inferioris de Caldani, il faut convenir qu'il lui ressemble singulièrement? Ellenberger et Baum décrivent le lacrijinal du dden sous le nom de malaire ou petit zygomatique, ce qui implique une homologation erronée, ainsi que l'a remarqué M. Lesbre '.