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II. — ATROPHIE CUTANÉE PARTIELLE

\^ atrophie cutanée partielle comprend plusieurs variétés :

A. — L'atrophie partielle idiopathique ;

B. — Les stries atrophiques et les vergetures;

C. — L'atrophie partielle symptoinatique d'une lésion d'origine nerveuse centrale ou périphérique.

A. Atrophie partielle idiopathique. — C'est une affection rare qui n'occupe le plus souvent que des points limités de la peau, sous forme de taches blanchâtres, jaunes ou d'un brun clair, arrondies ou ovalaires, dont le diamètre le plus ordinaire varie entre celui d'une pièce de 2 francs et celui d'une pièce de o francs, mais dont quelques-unes peuvent atteindre de 5 à 6 centimètres de longueur. Les plus récentes et les plus petites sont blanchâtres, les plus anciennes et les plus grandes prennent une teinte brunâtre.

Le tégument sous-jacent est aminci, réduit à la moitié, au tiers de son épaisseur normale et, lorsqu'on le pince entre les doigts, parait aussi mince qu'une peau de gant. Il est flasque, se ride facilement, parait parfois comme plissé, et laisse voir très apparent le relief des veines qu'il recouvre. On

ATROPHIE CUTANÉE PARTIELLE

ne peut en suivre le trajet que sur les plaques alroplii(;es ; tout autour ces veines disparaissent sous la peau saine.

Sur la même malade, une jeune fille de treize ans et demi, nous avons compté plus de vingt de ces plaques d'atrophie cutanée. Sur l'une d'elles (jui occupait le cuir chevelu, l'alopécie était complète.

Sur toutes, la sensibilité était conservée.

Une variété d'atrophie partielle idiopathique, congénitale ou acquise, l)eaucoup plus rare, peut occuper des surfaces encore plus étendues et la presque totalité de la peau. Nous n'en connaissons que quatre cas. Le premier a été observé par Buchwald (1) sur un homme de trente-six ans. L'atrophie avait débuté à l'âge de vingt et un ans ; elle occupait les deux cuisses et était très prononcée aux genoux.

Le second cas est dû à Behrend (2), c'est celui d'un enfant de dix-sept mois atteint d'une atrophie cutanée congénitale occupant tout le corps, à l'exception des fesses.

Le troisième publié par Touton (3) a été observé par lui sur un homme de cinquante-sept ans. L'atrophie avait débuté vers l'âge de trente-cinq ans par les extrémités inférieures et supérieures et s'étendait vers la racine des membres.

Le quatrième est celui qui a été relaté par Alexis Pospelow (4). Il a trait à une femme de cinquante ans. L'atrophie cutanée avait commencé à l'âgede dix-sept ans, à la suite d'un refroidissement et occupait tout le membre supérieur gauche, y compris l'épaule et la main, et du môme côté la cuisse, le genou, la région jambière et le pied. Au dire de la malade, l'atrophie cutanée du membre inférieur aurait commencé plusieurs années après celle du membre supérieur.

Dans ces cas la peau amincie, jaunâtre ou brunâtre, est réduite à l'épaisseur d'une feuille de parchemin et devient si flasque qu'elle se plisse en rides très nombreuses, comme on le voit sur le dessin qui accompagne l'observation de Pospelow.

Ces quatre observations ont été prises sur des sujets en apparence bien portants; c'est ce qui a permis de supposer que l'atrophie était idiopathique. Nous ne connaissons encore aucun cas de ce genre, dans lequel

(1) Buchwald, £m Fall von diffuser idiopaUiischer Haut-Atrophie. Yiertel. f. Derinat. u. Syph., 1883, p. 553.

(2) Behrend, Ein Full idiopathhrher angebornner. Hauf-Airophir. Berlin. Klin. Woch., 1885, n. 6, p. 88.

(3) Touton, Ein Fall von erworbener idiopathisrher Atrophie dcr Haut. Btutsclie mrdicin. Woi:hensch., 1886, p. 118.

(4) Pospelow, Crts d'une atrophie idiopathique de la peau. Annales de dermatologie et de syphiligrapide, 1880, p. 505, avec une planche.

ATROPHIE CUTANÉE

on ait eu l'occasion d'examiner les centres nerveux. Nous ne serions pas étonnés qu'une étude plus complète puisse permettre, dans un avenir prochain, de ranger ces atrophies cutanées dans les lésions trophiques dépendant d'une altération du système nerveux, à côté de celles que nous ctvidierons plus loin.

Anatomie pathologique. — Pospelow a pratiqué l'examen histologique d'un morceau de peau excisé sur sa malade et a constaté une atrophie notable de toutes les couches de la peau (épidémie, derme), des follicules pilo-séhacées, et des muscles du chorion. Les artères étaient saines ainsi que les nerfs. Les veines étaient dilatées et leurs parois tuméfiées.

Les lésions histologiques de la peau, au niveau des stries on tadies cF atrophie partielle dite idiopathique, consistent surtout en un amincissement notable de l'épiderme dont les prolongements inter-papillaires ont disparu (Hebra) (1), en un effacement complet des papilles dermiques par suite d'une sorte de traction de leur tissu conjonctif de haut en bas (Langer) (2), en un écartement en forme de bandes du tissu fibreux. En outre, les pelotons gi'aisseux du tissu cellulaire sous-cutané ont disparu et il n'existe plus d'ordinaire que les larges mailles rhomboïdales de leur charpente.

Les vaisseaux, les glandes sébacées et sudoripares, les follicules pileux sont très atrophiés ou même ont totalement disparu.

Il serait intéressant de connaître exactement l'état des nerfs cutanés, au niveau de ces stries ou macules atrophiques qui paraissent parfois être d'origine tropho-neurotique, comme l'a signalé Er. Wilson (3).

Des recherches en ce sens n'ont pas encore été faites.

B. Stries atrophiques. Vergetures. — Les stries atrophiques ou vergetures sont rangées, par la plupart des auteurs, dans les atrophies partielles idiopathiques de la peau. Bien qu'elles ne soient pas le résultat d'un processus atrophique, l'amincissement et la dépression du tégument étant un de leurs caractères les plus distinctifs, nous avons cru devoir les étudier avec les atrophies.

Elles se forment d'une façon tout à fait latente et ne disparaissent jamais. Rosées, rouges ou violacées quand elles sont récentes, elles pâlissent peu à peu et finissent par présenter cet aspect demi-transparent, cette teinte d'un blanc nacré qui leur donne un faux air de cicatrices. L'épiderme des vieilles vergetures, devenu trop large par suite de la dis-

{{) Hebra, Traité des maladies de la peau. Traduction Doyon, t. II, p. 260.

(2) Langer, Anzeiger der K. K. Gesellschaft der Aerzte in Wien, mai 1879.

(3) Er. Wiison, On Biseases of the Skin, 3'= édition, p. 404.

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tension subie par le derme, est froncé ou ridé transversalement ; la peau très amincie est souple, molle et se plisse entre les doigts.

Résultant de toutes les causes diverses qui, en amenant la distension de la peau, peuvent causer la rupture des fibres du derme, on les observe dans la jeunesse alors que la peau a toute sa résistance et sa contractilité.

Elles sont bien plus fréquentes chez les femmes que chez les hommes. B.-S. Schultze les a constatées 36 fois sur 100 chez des personnes du sexe féminin n'ayant jamais eu de grossesse, et 6 l'ois sur 100 chez des individus du sexe masculin.

Les causes les plus ordinaires sont : la grossesse, les tumeurs de l'abdomen, l'embonpoint exagéré pendant l'adolescence (1), la croissance rapide, surtout celle des jeunes convalescents.

Elles se produisent de préférence sur les régions qui forment saillie, comme par exemple le ventre, les hanches, les fesses, les cuisses, les épaules, les seins.

Les vergetures sont sous l'orme de stries très allongées, plus larges à leur milieu qu'à leurs extrémités, longues de plusieurs centimètres, larges de quelques millimètres. Transversales ou obliques sur la peau de l'abdomen, rayonnées autour des seins, elles sont dans le sens de l'extension et transversales sur les membres.

Ainsi que l'a fait remarquer Bouchard (2), c'est à la région antérieure de la cuisse, au-dessus de la rotule, et à la partie inférieure du bras, au-dessus de l'olécrane, dans le sens de l'extension, que ces stries atrophiques, toujours transversales, se produisent dans la convalescence de la fièvre typhoïde, pendant la croissance rapide qui a lieu souvent, chez les adolescents, au déclin de cette maladie. Le développement de la peau ne se faisant pas aussi rapidement que l'accroissement du squelette, il se produit une distension qui aboutit à ces vergetures.

Anatoraie pathologique. — L'histologie pathologique des atrophies symptomatiques secondaires à une distension de la peau par une tumeur, par l'utérus gravide, etc., et désignées sous le nom de vergetures^ a été bien décrite dans ces derniers temps par Troisier et Ménétrier (3).

(1) Un des plus remarquables exemples de ces stries atrophiques ou vergetures par obésité a été publié par R.-W., Tavior, Linear atrophi/ of the skin, in New-York Med Journ., 2 janv. 1886.

(2) Bouchard, Bulletin de la Société clinique de Paris, 1866, p. 1.

(3) Troisier et Ménélrier, DMion de la peau au niveau des vergetures, in Bulletins de la Société médicale des hôpitaux de Paris, octobre 1887 ; Note sur les altérations du tissu élastique de la peau au niveau des vergetures, in Comptes rendus de la Société de biologie, octobre 1887, et Histologie des vergcture-^, in Archives de méd. expérimentale, 1889, p. 131.

ATROPHIE CUTANEE.

Au niveau des vergetures l'épiderme aminci ne paraît pas autrement altéré ; les faisceaux fibreux du derme sont striés en bandes parallèles dirigées transversalement d'un bord à l'autre de la vergeture; ils sont légèrement dissociés.

Cette disposition contraste avec celle des parties voisines, où les faisceaux fibreux, intimement entrelacés, forment un feutrage serré et résistant comme cela s'observe dans le derme normal. Les papilles dermiques sont aplaties ou même ont complètement disparu. Les fibres élastiques se sont rompues en partie au niveau de la vergeture et en se rétractant se ratatinent en quelque sorte de chaque côté de la vergeture ; aussi le réseau élastique est-il très raréfié au niveau de celle-ci.

Fig. 7. — D'après Troisier et Ménétrier.

a, surface épidermique de la vergeture; ft, épiderme de la peau saiae ; c, réseau élastique normal du derme; d, fibres et fibrilles élastiques étirées au niveau de la vergeture; «, condensation du réseau élastique sur la limite de la vergeture par rétraction des fibres rompues.

Les fibres élastiques ne nous ont pas paru modifiées dans leur structure. La coloration rouge des vergetures récentes tient probablement à l'amincissement de la peau, qui rend plus apparent le réseau sanguin superficiel, etla décoloration ultérieure est sans doutele résultat de l'oblitération progressive des vaisseaux étirés. Le froncement de l'épiderme au niveau des vieilles vergetures tiendrait à ce que la distension ayant cessé l'épiderme est trop large au niveau de la vergeture.

En somme, d'après Troisier et Ménétrier, la vergeture est produite uniquement par l'élongation des éléments constituants de la peau, en un point circonscrit, avec rupture de quelques-uns de ces éléments.

C. Atrophie partielle symptomatique d'une lésion d'origine nei-

ATROPHIE CUTANÉE PARTIELLE

veuse ou périphérique. Elle peut être la suite d'une paralysie infantile, d'une de ces paralysies partielles qui s'observent dans le cours ou pendant la convalescence des fièvres éruptives graves, de la diphtérie, etc.

C'est un cas de ce genre qui a été présenté par l'un de nous (1) à la Société de biologie dans la séance du 14 juillet 1877. La malade, une femme de vingt-six ans, avait vu l'atrophie de la peau commencer à l'âge de huit ans, à la suite d'un affaiblissement des deux bras et de la jambe droite consécutif à une maladie fébrile grave. C'est sur ces membres que l'atrophie cutanée occupait de grandes étendues, formant sur la jambe droite une large bande de toute la hauteur du mollet et occupant sur les bras presque toutes les régions innervées par le nerf cubital, mais sans régularité symétrique.

L'atrophie cutanée est un des signes les plus importants de l'affection décrite sous le nom à.&tropho-névrose faciale parRomberg (2), étudiée par Bergson, Schott, Brunner, Moore, Yirchow, Emminghaus. Dans la thèse de Lande (3) elle est désignée sous le nom à'aplasie larninruse p?'Of/resslve et dans l'étude de H. Fremy (4) sous celui de t/'op/io-névrose faciale.

Cette affection, qui produit à la longue une atrophie remarquable des divers tissus d'une moitié de la face, a une marche progressive, essentiellement chronique. Elle débute le plus souvent dans l'adolescence, parfois même dès l'enfance. Les âges extrêmes de début, dans les observations publiées jusqu'à ce jour, sont trois ans et vingt-deux ans. Les deux sexes lui fournissent un contingent à peu près égal.

Elle est souvent précédée de troubles sensitifs, de douleurs névralgiques, dans la partie de la tête qui doit être le siège de l'atrophie. La céphalalgie fronto-pariétale revenant par accès, durant parfois pendant trois ou quatre jours, cessant pour se reproduire après quelques jours, est un des symptômes de début. Elle peut persister, avec ces alternatives de rémissions et d'exacerbations, pendant toute la durée de la marche progressive de la tropho-névrose.

L'atrophie commence par la peau, dont un point se décolore, forme une tache d'abord blanchâtre qui graduellement change de couleur, devient plus foncée, jaunâtre, puis prend des teintes tirant sur le brun. Soit presque simultanément, soit progressivement, d'autres taches apparaissent,

(1) E.Vidal, Atrophie cutanée : lésion trophique consécutive à une paralysie d'origine périphérique, in Bulletins de la Société de biologie, 1877, p. 333.

(2) Romberg, Klinische Ergebnisse gesammelt von Henoch, Berlin, 1846.

(3) Lande, Essai sur Vaplasie lamineuse progressive, atrophie du tissu conjonctif, celle de la face en particulier (Tropho-névrose deRomherg, Thèse de Paris, 1869 et Archives générales de médecine, t. XV, 1870).

(4) H. Fréni}', Étude critique de la tropho-névrose faciale, Pai'is, 1872.

ATROPHIE CUTANEE.

souvent dans le voisinage delà première, et un certain nombre, en s'étendant, peuvent devenir confluentes. Leur siège le plus ordinaire est au voisinage du sourcil, ou bien au-dessous de l'œil ou sur la région préauriculaire ; on les voit encore sur la partie moyenne de la région du maxillaire inférieur.

Elles sont circulaires ou allongées, mal limitées sur leurs bords qui se confondent graduellement avec la peau saine.

En ces points, en môme temps que la peau subit des changements de coloration, elle s'atrophie; la tache prend un aspect déprimé, comme cicatriciel. L'amincissement est tel que saisie entre les doigts la peau atrophiée ne paraît pas plus épaisse qu'un morceau de parchemin.

Les vaisseaux ne semblent pas avoir souffert. Dilatables sous l'action des moindres irritations, ils montrent leurs plus fines ramifications sous les parties atrophiées du tégument, alors qu'au pourtour, cachées sous la peau saine, elles ne sont plus visibles.

La sécrétion sébacée est moindre qu'à l'état normal, sur les points atteints, tandis que la sécrétion sudorale ne parait pas diminuée.

Si l'atrophie atteint le cuir chevelu, les cheveux se décolorent, blanchissent, tombent peu à peu et la plaque atrophiée devient tout à fait chauve.

L'atrophie atteint la peau, le tissu cellulaire sous-cutané, les muscles et même les os, dont elle arrête le développement quand elle a commencé pendant l'enfance. De là une asymétrie de la face d'autant plus prononcée que l'enfant était plus jeune quand il a été atteint de la tropho-névrose faciale.

L'exemple peut-être le plus remarquable de cette affection est celui d'un homme de quarante-deux ans, nommé Otto Schwahn, que nous avons vu à rh(3pital Saint-Louis. Il avait été examiné dans les principales cliniques de l'Europe, et Virchow (1) l'avait présenté à la Société médicale de Berlin. Le début remontait à l'âge de neuf ans. Chez lui, comme chez plusieurs de ces malades, l'atrophie unilatérale atteignait le voile du palais, l'isthme du gosier, la voûte palatine et même la langue, dont la moitié gauche était atrophiée, surtout dans sa portion médiane.

Dans plusieurs cas cette hémiatrophie de la langue a été observée. La moitié asymétrique est petite, ratatinée, comme chiffonnée à sa surface et se dévie du côté de l'atrophie, quand elle est projetée hors de la bouche.

La température de la peau atrophiée, généralemeni normale, a paru parfois un peu diminuée. La contractilité des muscles lisses du derme paraît conservée.

(I) Virchow, Veber neurotische Atrophie, in Berlin, klin. Wochenschrift, 18B0, p. 410 et 417, Exti'ait in Revue des science.^ de Hayem, 1883, vol. XXI, p. 582.

ATROPHIE CUTANÉE PARTIELLE

Pas de troubles fonctionnels; les mouvements volontaires et la contractilité électrique des muscles paraissent à peu près normaux.

Des contractions fibrillaires ont été constatées dans plusieurs cas.

En général la sensibilité est normale. Parfois il y a un peu d'hypérestliésie ou d'hypéral^c'^sie.

Les lésions alropbiqucs de la peau sont distribuées inégalement, comme capricieusement, sur le trajet du nerf trijumeau et de ses brancbes.

Elles sont presque toujours circonscrites au territoire de ce nerf. Exceptionnellement on en a vu l'extension à la région sous-maxillaire et à la partie latérale du cou.

La ligne médiane n'est ordinairement pas dépassée; l'affection n'envahit qu'un côté, d'où la dénomination à'hémïalrophie faciale progressive proposée par Grasset (1 ).

La tropbo-névrose peut cependant atteindre les deux côtés de la face. Nous ne connaissons qu'un seul fait de cette atrophie faciale bilatérale; c'est celui qui a été publié par Flashar (2).

La marche est très lente, peut durer plus de vingt ans ; irrégulièrement progressive, elle a des temps d'arrêt qui peuvent se prolonger pendant plusieurs années.

On ne connaît pas encore l'anatomie pathologique de la Iropho-névrose faciale non plus que sa pathogénie. Pour Yirchow, l'examen des trois malades qu'il a présentés, en 1880, à la Société médicale de Berlin [loc. cit.) permettrait de penser que cette atrophie est symptoniatique d'altérations des nerfs périphériques consécutives aux lésions locales inflammatoires qui, dans les trois cas, ont précédé le début.

Les atrophies consécutives à une pression exercée de dehors en dedans, par exemple, par des cors, des durillons, etc., seront étudiées aux articles correspondants.

Quant aux lésions dites atrophiques de la peau consécutives à des lésions syphilitiques du tégument, des tubercules non ulcérés, etc., elles ne peuvent en aucune façon, comme le démontre l'examen histologique, être considérées comme des atrophies ou des vergetures. Ce sont de véritables cicatrices par résorption interstitielle (3).

{{) Grasset, Traité pratique des maladies du système nerveux^ 188(3, p. 668.

(2) Flashar, Ein Fall von bilaferaler neurotisciter Gesichtalroiihie, in Berlin. Klin. Woch., 1880, p. 441. Analyse in Revue des sciences médicales de Hayem, 1883, t. XXI, p. 384.

(3) H. Leloir, Leçons sur les lésions dlémentaires de lapeau, in Journal des coniiaissances médicales, mai 1887.

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Les atrophies cutanées consécutives à certains eczémas chroniques, aux érysipèles à répétition, à certaines dermatites chroniques, etc., présentent une anatomie pathologique et une histologie pathologique variable suivant ces différents cas. Ce ne sont d'ailleurs pas, à proprement parler, des atrophies de la peau, mais des processus inflammatoires, ou œdémateux chroniques, pouvant aboutir à la destruction plus ou moins complète de quelques-uns ou de la plupart des éléments du derme.

Il en est de même de l'atrophie cutanée qui se montre sous les croûtes faviques. Il ne s'agit pas ici, en effet, d'une atrophie par compression comme l'ont écrit Hébra, Kaposi et d'autres dermatologistes, mais bien de cicatrices consécutives à l'inflammation du derme et à son altération déterminées par le champignon, comme nous le verrons à l'article Favus.

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Boulon, clou ou ulcère de Biskra, d^Alep, de Gafsa, du Nil, du Caire, de Bagdad, de Delphes, de Crête, de Delhi, du Sindh, de Bombay, de Guzerat, de Camhay, de Pendjeh.- — Pyrophlijctide endémique (Alibert). — Dermatose ulcéreuse (Larrey et Poggioli). — Bouton des Zibans (Guyon). — Chancre du Sahara (L.-E. Bertherand). — Boulon on ulcère d'Orient (Villemin). — Impétigo annua (Duteuil de Bagdad). — Ulcère des pcnjs chauds (Sirus-Pirondi).

L'attention était attirée depuis longtemps sur le bouton d'Alep par un ai-ticle de Requin (1) et parune bonne monographie de Guilhou (2) lorsque peu de temps après la conquête de l'Algérie on commença à connaître le bouton de Biskra. Le premier en 1847, Poggioli l'étudiait sous le nom de maladie cutanée nouvelle observée à Biskra (Thèses de Paris, juillet 1847).

Depuis lors les travaux se sont multipliés et ils ont permis d'arriver à reconnaître que les affections décrites sous les noms de bouton, de clou ou d'ulcère du Caire, de Delhi, d'Alep, de Gafsa, du Nil, de Bombay, de Guzerat, de Cambay, du Sindh, du Pendjeh, de Delphes, de Crête, etc., sont identiques au bouton de Biskra : c'est la même maladie décrite sous des noms différents, suivant les contrées où on l'observe.

(1) Requin, Gazette médicale, 1832.

(2) Guilhou, Essai sur le bouton cVAlep, Thèses de Montpellier, 1833.

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Dans un même pays cette affection est parfois aussi décrite sous des appellations diverses qui se rapportent soit à l'affection présumée, soit encore aux variétés qu'elle présente, suivant les individus, ou d'autres fois aux localités qui sont les principaux foyers de développement.

Voici quelques-unes des expressions imagées des Arabes : bouton d'un an, petite année, mal des dattes, bouton des Zibans, etc.

C'est la pyrophlyctide endémique d'Alibert, la dermatose ulcéreuse de Larrey et de Poggioli, le chancre du Sahara de L.-E. Bertherand, le bouton ou l'ulcère d'Orient de Villemin, l'impétigo annua de Duteuil(de Bagdad), l'ulcère des pays chauds de Sirus-Pirondi, etc.

Nous avons adopté la dénomination de Boiiton des pays chauds^ la préférant à celle d'ulcère des pays chauds qui pourrait s'appliquer également à l'ulcère de Mozambique, à l'ulcère de Cochinehine, à l'ulcère du Tonkin, etc. — Le bouton des pays chauds peut survenir tantôt primitivement, tantôt et le plus souvent on le voit se produire secondairement. Laveran, qui a fait sur le clou de Biskra des recherches très intéressantes, l'a vu succéder aux lésions les plus dissemblables, telles que l'acné, l'impétigo, les brûlures, la vaccine, ou à des lésions banales, telles qu'une écorchure ou une piqûre d'insecte.

Il signale ce fait que, pendant lapériode endémique qui correspond aux mois de septembre et d'octobre, les moindres plaies peuvent se transformer en boutons de Biskra. Sériziat a même prétendu qu'il fallait une excoriation cutanée pour que le bouton se développât.

Il s'observe à tout âge, aussi bien chez l'homme que chez la femme, quelle que soit la constitution du sujet : il sévit du mois de septembre au

I mois de février, dit Laveran; à partir du mois de janvier ou de février on

II n'obsei"ve plus guère de nouveaux cas.

Il est un fait intéressant à signaler, c'est qu'il n'est pas nécessaire de 1 séjourner à Biskra pour être atteint du bouton. On a vu des voyageurs qui

n'avaient fait que traverser Biskra et qui ne furent cependant pas épargnés, ij II semble exister une période d'incubation, entre le moment où le mi- I crobe pénètre dans l'économie et le moment où il manifeste sa présence i par la lésion cutanée ; il s "écoule un laps de temps, encore à déterminer, ; mais qui n'en est pas moins réel. Un malade, traité dans le service de l'un 1 de nous à l'hôpital Saint-Louis, avait quitté Biskra depuis dix-huit jours

et l'Algérie depuis quinze jours, lorsque apparurent chez lui les premières

manifestations cutanées. Brocq a pu remarquer le même fait chez un I malade qu'il observait l'année dernière, alors qu'il suppléait à l'Hôtel-Dieu

M. Moutard-Martin. La durée de l'incubation dépassait également quinze 1 jours.

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Quoi qu'il en soit, il faut retenir ce fait que le bouton peut se développer sur une peau qui est dépouillée de sen épidémie et qui se trouve ainsi dans des conditions favorables d'inoculabilité, mais aussi quïl peut apparaître primitivement.

Il se montre de préférence à la face et sur les membres, au niveau des parties découvertes ; le clou de Biskra est rare sur le tronc.

Parfois il s'annonce par un léger prurit; celui-ci précède de un ou deux jours l'efflorescence cutanée. Bien souvent les deux phénomènes sont contemporains.

C'est d'abord une petite élevure rosée semblable à une lésion d'acné au début. Bientôt cette papule prend un aspect différent : elle se développe, sa pointe devient jaunâtre. On a alors un petit tubercule conoïde, rougeâtre, autour duquel l'épiderme s'exfolie. La petite croûtelle qui s'est formée au centre du tubercule est d'abord comme enchâssée, puis, si on la soulève, on aperçoit une petite ulcération présentant des bords dentelés ou arrondis, taillés à pic, un fond sanieux laissant suinter un liquide séro-purulent peu abondant.

L'ulcération se creuse sous la croûte. Ses bords deviennent œdémateux, s'infiltrent, se soulèvent. On voit au pourtour apparaître de petites saillies qui, à leur tour, se recouvrent de croûtes et évoluent avec les mêmes caractères que l'élevure primitive. Ces ulcérations peuvent se réunir soit entre elles, soit à la première, et l'on a ainsi une surface ulcérée plus ou moins considérable. Cette dernière peut s'étendre irrégulièrement soit par la périphérie, soit par l'adjonction de nouvelles ulcérations, et elle arrive à atteindre les dimensions d'une pièce de un franc ou de deux francs. Il en est même de beaucoup plus larges : dans une observation de Bertherand, toute une région fessière était envahie par ces ulcérations réunies entre elles.

L'ulcération, au début, est recouverte d'une croûte, arrondie ou ovalaire, jaune, quelquefois d'un brun verdâtre ou noirâtre, sèche, légèrement mamelonnée. Si le malade arrache cette croûte, on peut la voir se reformer, mais le plus ordinairement l'ulcération reste à nu ; son fond se déterge et l'on voit alors, de la façon la plus nette, ces granulations irrégulières et ces pertuis purulents qui sont des symptômes caractéristiques.

L'affection est entrée dans sa période d'état et la durée de celle-ci paraît être en moyenne de quatre ou cinq mois. On voit alors la croûte se dessécher de plus en plus, puis l'ulcération s'arrêter dans sa marche envahissante; à ce moment son fond végète, se recouvre de bourgeons charnus un peu durs, papillomateux, et ce fond, d'abord granuleux, puis franchement bourgeonnant, est caractéristique. Il tend à s'élever et la cicatrice

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se forme peu à peu, débutant bien souvent par la partie centrale. On voit persister, pendant un certain temps, l'infiltration de la périphérie ainsi que la coloration violacée. Puis la cicatrice s'afTaissCj^en même temps qu'elle passe graduellement et successivement par des teintes diverses : violacée, terreuse, d'un jaune brun, ou blanche au centre et entourée d'un cercle brunâtre, rappelant alors les cicatrices qui succèdent aux syphilides ulcéreuses. Plus tard elle devient lisse et blanche; mais elle ne disparaît jamais complètement, surtout lorsque la croûte s'étant détachée dès les premiers temps de l'ulcération, celle-ci a été le siège d'une suppuration abondante.

A moins de traumatisme ou de complications, le bouton de Biskra est pendant toute son évolution aussi indolore qu'à la période initiale. Les bords sont à peine injectés; les lymphatiques de la région ne s'enflamment pas.

Telle est la forme typique du clou de Biskra; mais cette afl'ection peut présenter dans son évolution phisieurs variétés :

Tantôt l'ulcération est profonde, envahissante, pouvant s'étendre au loin : c'est la variété ulcéreuse érodante, forme grave qui détermine des cicatrices déprimées, irrégulières.

Tantôt le fond est comblé par des granulations exubérantes; il revêt un aspect papillomateux des plus prononcés ; la perte de substance disparaît sous cette couche viileuse, c'est la variété papillomateuse ou villeuse.

D'autres fois, et c'est la forme la plus commune, l'affection reste à l'état de papule croûteuse et tend à rester sèche : c'est la variété papido-crustacée.

Il est enfin des cas dans lesquels les boutons avortent; ils restent stationnaires sans s'ulcérer et ils deviennent le siège d'une desquamation foliacée très fine. On est alors en présence de la variété abortive papulotubercideuse^ qui peut guérir en trois mois, sans former de croûtes.

Parfois les lésions sont très multipliées et groupées dans une région envahissant d'assez larges surfaces; c'est la forme cohérente ou confluente.

Les complications du clou de Biskra sont assez rares. La lymphangite, l'érysipèle, la phlébite, peuvent compliquer ce bouton tout aussi bien j qu'une plaie simple. Dans les formes graves, qu'on observe principalement I sur des sujets débilités, sur des alcooliques, on a pu voir survenir des accidents sérieux, des phlegmons, du sphacèle; on a même cité des cas de mort.

La durée du bouton varie de trois mois à un an : elle est en moyenne de six à sept mois.

Rarement il n'existe qu'un seul bouton. Le plus souvent on en compte plusieurs, deux, trois, quatre, et il n'est pas rare d'en voir sur le même

LEr.om et Vidal. 6

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sujet vingt, trente, quarante, et même davantage. Cette multiplicité n'a pas lieu de surprendre quand on sait que le clou de Biskra est inoculable et auto-inoculable (A. Laveran) (1).

Les parties découvertes du corps sont plus exposées que les autres à devenir le siège du bouton ; on le trouve, par ordre de préférence, sur les avant-bras, les mains, la face, les jambes. On l'a vu sur la verge où il peut avoir une telle ressemblance avec le cbancre simple (cbancre mou) que le diagnostic reste indécis pendant quelques jours (A. Laveran),

Les récidives du bouton de Biskra sont possibles et ne sont pas très rares, si le sujet reste exposé à une nouvelle contamination ; une première atteinte ne met pas à l'abri d'une réinoculation.

Nous avons pris, comme type de notre description du Bouton des Pays Chauds, le clou de Biskra, le mieux connu des médecins français et celui que nous avons eu nous-même l'occasion d'observer en France et en Algérie.

Non seulement en Algérie, mais encore en Tunisie, comme en Egypte, en Syrie, en Arabie, en Perse et jusque dans l'Inde et l'Afghanistan, on observe des lésions cutanées semblables au bouton de Biskra et qui portent des noms différents suivant les localités.

Déjà les analogies multiples qui existent entre toutes ces lésions avaient permis de les considérer comme des modalités d'une même affection. Aujourd'hui c'est identité qu'il faut dire. S'il est des variétés dans l'évolution de la maladie, elles n'infirment en rien l'unité du processus. Le début, le siège, l'aspect même de la lésion et de la cicatrice qui lui succède, les lésions anatomiques, les conditions étiologiques, etc., démontrent l'unité de la maladie.

Récemment le docteur Hickmann (2) a étudié le clou de Delhi. Il a pratiqué des inoculations sur des animaux, puis de l'homme malade à l'homme sain, et des auto-inoculations à l'homme malade. Ces inoculations ont réussi ; elles ont donné des résultats identiques à ceux qui ont été fournis par le bouton de Biskra.

Plus récemment encore, M. le docteur Heydenreich, envoyé en mission sur les frontières de l'x'Vfghanistan, a observé une épidémie de boutons de Pendjeh, qui sévissait sur l'armée russe, et, outre les mêmes résultats positifs d'inoculation, il a pu retrouver dans ce clou les mêmes microbes qu'il avait signalés avec M. Duclaux dans le clou de Biskra.

Le docteur Johnstone, chirurgien major de l'armée anglaise dans les Indes, a vu, à l'hôpital Saint-Louis^ le jeune homme à propos duquel

(1) A. Laveran, Contribution à V étude du bouton de Bishra in Annales de dermatologie et de syphiligraphie, 1880, p. 173.

(2) J. Hickman, Le clou de Dehli in The Practîtioner, vol. XXXVI, janvier 1886, p. 18.

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l'un de nous a fait une leçon sur le bouton de Biskra (1), et il a affirmé que l'afïection de ce malade était absolument la môme que le bouton do Delhi [Delhi-boil ou Belhi-sore).

En 1876, Weber (2) montrait que le bouton de Biskra est contagieux et inoculable.

Comme exemple de contagion, il citait ce fait d'un pharmacien militaire qui, s'étant essuyé au bain, avec la serviette d'un ami affecté du bouton de Biskra, était atteint à son tour quelques jours après.

Il prouvait, en outre, que le bouton est inoculable, en pratiquant expérimentalement sur un médecin militaire, puis sur un employé de Biskra, des inoculations qui devenaient bientôt positives.

Déjà un certain nombre d'inoculations avaient été tentées antérieurement. Desgenettes avait essayé vainement de reproduire le bouton d'Alep. A. Willemin (3) expérimenta également sur des Alépins; il réussit quatre fois sur seize sujets inoculés, dont deux fois sur dix chez des enfants. Les inoculations de Boinet et Deperet (4) avec le bouton de Gafsa, celles d'Hickman avec le clou de Dehli, celle d'Heydenreich (5) avec le clou de Pendjeli, ont aussi fourni des preuves démonstratives de l'inoculabilité du bouton des pays chauds.

Les faits les plus probants de contagion sont ceux qui se sont produits, loin des pays dans lesquels la maladie est endémique, sur des sujets n'ayant jamais quitté la France.

C'était le cas des deux militaires dont Boinet et Depéret ont relaté les observations. L'un était l'infirmier qui soignait, au camp de Sathonay, les soldats porteurs de clous de Gafsa, revenant de Tunisie, où ils avaient été atteints ; le second, venu de Saint-Etienne, n'ayant, pas plus que le précédent, jamais quitté la France, avait contracté l'affection au contact de ces malades.

De nombreuses expériences ont montré que le bouton des pays chauds est auto-inoculable et qu'il peut être inoculé et réinoculé à plusieurs reprises sur le sujet atteint de cette affection pendant l'évolution des boutons. C'est ce qui explique qu'une atteinte antérieure n'assure pas l'immunité.

Cette auto-inoculation qui peut se faire par le grattage peut rendre

(1) E. Vidal, Duboutonde Biskra in Semaine médicale, 6 avril 1887, p. 133.

(2) Weber, Etude sur le clou de Biskra in Recueil de mémoires de médecine et de chirurgie militaires, 1876, t. XXXII, p. 44.

(3) A. Willemin, Mémoiresur le bouton d'Alep inGazetteméd. deParis, 1854, p. 200et206.

(4) Boinet et Depéret, Lyon médical, n° 16, 20 avril 1884.

(5) L. Duclaux et Heydenreich, Annales de physiologie, août 1884.

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compte de la multiplicité des boutons que l'on rencontre parfois chez le même malade.

La contagion peut-elle se l'aire médiatement par l'intermédiaire des mouches et des moustiques, comme cela a été démontré pour le charbon? La possibilité de ce mode de transmission a été admise par Seriziat (1), cité par Laveran. S'il en était vraiment ainsi on connaîtrait peut-être une des raisons pour lesquelles le bouton de Biskra règne endémiquement pendant certains mois de l'année.

Anatomie pathologique (voir planche VI). — Les lésions histologiques du clou ou bouton de Biskra sont constituées par des altérations siégeant dans l'épiderme, le derme et parfois même l'hypoderme.

Ces altérations présentent une grande analogie avec celles que l'on observe au niveau des tubercules cutanés en général et de ceux du Lupus vulgaire en particulier.

L'anatomie pathologique du clou de Biskra est, en effet, entièrement comprise dans cette définition donnée par l'un de nous du tubercule considéré en tant que lésion élémentaire de la peau : « C'est une néoplasie siégeant dans le derme, de nature inflammatoire, non résolutive spontanément, tendant par conséquent à la destruction partielle ou totale des tissus dans lesquels elle s'est développée, renfermant un micro-organisme pathogène (2). »

De même que pour le Lupus, les lésions histologiques que l'on obsei've au niveau de Vépiderme, varieront suivant les cas, ainsi que l'un de nous l'a montré dans ses cliniques reproduites en partie dans la thèse d'un de ses élèves, le docteur Loustalot (3). Tantôt l'épiderme se détruit par le mécanisme de l'altération cavitaire décrite en premier par l'un de nous (4) et par la formation consécutive de nids purulents intra-épidermiques, d'après le processus général de la vésico-pustulation. Ces cavités renferment, outre d'abondants globules de pus, de nombreux globules rouges, ainsi que l'ont montré Kelsch, cité par Weber (5) et Laveran (6).

(1) Seriziat, Etudes sur l'oasis de Biskra, 2" édit. Paris, 1873.

(2) H. Leloir, Leçons sur les lésions élémentaires de la peau étudiées au point de vue clinique et anatomo-pathologique, in Cliniques de Vhôpital Saint-Sauveur, 1884, et Journal des connaissances médicales, mai 1887.

(3) H. Leloir, Clinique de Vhôpital Saint-Sauveur, 1886, in thèse de Loustalot : le Bouton de Biskra. Thèse de Lille, 1886.

(4) H. Le\oir, Archives de physiologie, 1878, 1880.

(5) Weber, Étude sur le clou de Biskra in Recueil de Mémoires de médecine et chirurgie militaires, 1876.

(6) Laveran, Traité des maladies et é^ndémies des armées. Paris, 1873. — Contribution à l'étude du Bouton de Biskra, in Annales de dermatologie, 1880, p. 173.

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Ainsi se forment les pustules eclhymatiformes de certains clous de Biski-a.

Tantôt c'est par la formation de phycténules pui-ulentes, c'est-à-dire par un processus de clivement se faisant en général au niveau du stratum granulosum, que s'opère la destruction épidermique.

Plus souvent, surtout au niveau des clous plus anciens et papillomateux que l'on observe dans nos hôpitaux chez les malades revenant d'Afrique, on constate au niveau de l'épiderme les altérations suivantes qui ont été exposées par l'un de nous (1) (voir planche VI, fig. 1 et fig. 2).

L'épiderme corné est épaissi légèrement en certains points, il est tombé on d'autres. Un certain nombre des cellules de la couche cornée présentent un noyau et un protoplasma nettement colorés par le carmin, ce qui indique une tendance à la desquamation, comme nous l'avons montré en 1882 (2).

La couche granuleuse est un peu épaissie, ses cellules renferment beaucoup d'éléidine.

Le corps de Malpighi, épaissi par places, envoie profondément des prolongements larges et ramifiés dans le derme, comme cela s'observe dans certaines affections cutanées dermiques tendant à prendre la disposition papillomateuse. En un mot, ces lésions rappellent celles de certains lupus papillomateux (3).

Les lésions du derme sont les plus essentielles ; elles ont été exposées également par l'un de nous dans la thèse du docteur Loustalot [loc. cit. ) (voir planche VI, fig. 1 et fig. 2).

Le derme est infiltré de cellules embryonnaires qui se groupent en certains points pour former des ilôts, des nodules, donnant à la coupe, si on l'observe à un grossissement moyen, l'aspect général d'une coupe de peau infiltrée par le Lupus vulgaire.

Cette infiltration de cellules embryonnaires est surtout dense autour des vaisseaux, qu'elle englobe à la manière d'un manchon, et autour des glomérules des glandes sudoripares.

Elle paraît suivre également le trajet des fentes lymphatiques.

L'infiltration du néoplasme spécifique sous forme d'ilots ou d'infiltration diffuse présente son maximum d'intensité au niveau du derme et au centre du clou.

(1) Leloir, in thèse de Loustalot [loc. cit.).

(2) Leloir et Vidal, Note sur l'histologie du iisoriasis, in Com^yfes rendus de la Société de biologie, mars 1882.

(3) Leloir et Vidal, Anatomie pathologvjue du lupii-i in Comptes rendus de la Société de biologie, mars 1882.

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Sur les parties périphériques du clou, l'infiltration est beaucoup moins abondante, plus diffuse ; elle se borne à dissocier plus ou moins les faisceaux conjonctifs qui sont assez souvent altérés et comme vitreux. Cet infiltrat périphérique s'étend jusque dans des territoires cutanés paraissant sains à l'œil nu.

Sur plusieurs coupes pratiquées dans certains clous, l'infiltration diffuse, les ilôts, peuvent s'observer jusque dans l'épaisseur de l'hypoderme.

Nous n'avons rencontré que dans un seul cas des cellules géantes, et encore étaient-elles peu nettes et peu nombreuses. Riehl (1) a, au contraire signalé dans cette affection de nombreuses cellules géantes. Nous n'avons pas non plus trouvé dans nos préparations ces masses hyalines en forme de boules ou de gouttes signalées par Riehl et renfermant d'après cet auteur un micrococcus spécial.

Au centre du clou, les follicules pilo-sébacés sont détruits. Il en est de même en partie des glandes sudoripares.

Les vaisseaux sanguins présentent des parois infiltrées de cellules embryonnaires, un épaississement de leur couche moyenne et une oblitération de leur calibre due à la prolifération des cellules endothéliales de celle-ci (endartérite et endo-vascularite oblitérantes).

Les nerfs examinés soit sur la coupe, soit isolément par dissociation, sont sains.

Les faits de contagion et d'inoculation expérimentale du clou Biskra publiés par nombre d'auteurs doivent porter à croire que le clou de Biskra est de nature contagieuse et microbienne.

Le clou de Biskra paraît en effet être produit-par un microorganisme spécial, sur la nature exacte duquel on est d'ailleurs encore loin d'être fixé.

Il faut d'abord noter que l'on ne rencontre que d'une façon très inconstante des microbes dans les coupes de clou de Biskra traitées et colorées d'après les procédés techniques ordinaires.

L'un de nous (2) a pratiqué quantité de coupes qu'il a colorées d'après les méthodes de Gram, d'Ehrlich, etc. Dans une seule de ces coupes il a trouvé deux micrococci disposés en points doubles entre quelques cellules embryonnaires constituant une zone d'infiltration autour des tubes du glomérule d'une glande sudoripare (voir planche VI, fig. 3).

(1) Riehl, Zwr Anatomieund Histologie der Orient-Beide {Vierteljahreschrift fur Dermatologie und Syphiligraphie, 1886, p. 80o).

(2) Leloîr, in thèse de Loustalot, loc. cit.

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Cornil n'a pas été plus heureux. Riehl et Paltauf {loc. cit.) ont trouvé clans les coupes pratiquées sur un bouton d'Alep unegrande quantité de micrococci en colorant les coupes avec une couleur d'aniline concentrée (Thymol-gentiane; Gentiane d'Ehrlich ; Fuchsine phéniquée), puis en les

lavant pendant une minute dans une solution d'acide acétique à et

décolorant enfin rapidement dans l'alcool.

Ces micrococci, d'après Riehl, manquent totalement dans l'épiderme et le tissu conjonctif et ne se rencontrent que dans les cellules embryonnaires du tissu de granulation. Ils sont entourés d'une capsule; ils forment souvent des amas d'apparence hyaline à un faible grossissement, qui rappellent les apparences décrites par Gunningham (1 ) sous le nom de monadines.

Poncet de Gluny (2) au contraire en colorant des coupes de clou de Gafsa par la méthode de Gram a trouvé un micrococcus disposé en énormes amas zooglœiques et une bactérie de 0,5 à 1,5

La culture dans des milieux appropriés des microbes recueillis au niveau et dans le voisinage du clou de Biskra, dans le pus ou dans le sang, bien qu'ayant permis toujours de constater la présence d'un micrococcus, n'a cependant pas encore tranché la question d'une façon définitive.

Boinet et Dépéret (3) ont obtenu dans le bouillon de bœuf et de poulet des cultures d'un micrococcus ordinairement disposé en points doubles et se colorant facilement. Ces cultures inoculées au lapin auraient déterminé une ulcération assez semblable à celle que produit chez l'homme l'inoculation de la lymphe ou des croûtes du bouton de Gafsa.

Comme l'a fait observer dans sa thèse l'élève de l'un de nous, M. Bouquet (4), il est possible que le microbe décrit par Boinet. et Dépéret ne présente rien de spécifique.

Quel est donc le microbe vraiment spécifique? Est-ce celui de Duclaux (5)?

Constitvié par des cocci de 0,20 [j. à 1 [^., en groupes de 2 granules bien ronds, à contours nets, le microbe de Duclaux se trouve dans le sang de la circulation générale et non dans la sécrétion de la plaie exposée à l'air. Quelquefois ce micrococcus forme des zooglœes volumineuses dont les éléments sont confondus.

(1) Gunningham, The oriental sore as observed in India. Calcutta, 1877.

(2) Poncet de Gluny, Annales de Vinstitut Pasteur, novembre 1887.

(3) Bonnet et Dépéret, Du bouton de Gafsa au camp de Sathonay inLijon médical, 1884.

(4) Bouquet, Du clou de Biskra. Thèse de Paris, 1887.

(5) Duclaux et Heydenreich, Étude d'un microbe rencontré chez un malade atteint de l'affection appelée clou de Biskra, in Archives de pMjsiologie, août 1884.

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Inoculé au lapin dans des conditions expérimentales variables, il produit soit des accidents généraux mortels ou très graves, soit des papules qui s'ulcèrent ou présentent une certaine analogie avec le clou de Biskra.

Heydenreicli a trouvé depuis dans le clou de Pend jeli un microorganisme identique à celui de Duclaux.

Chantemesse (1) obtint en cultivant des liquides recueillis au niveau ou dans le voisinage du clou, des cultures pures d'un micrococcus absolument analogue à celui de Duclaux. De même que Duclaux et Ileydenreicli, il produisit chez le lapin des effets variables suivant la dose de culture inoculée; tantôt une maladie aiguë, amenant la mort en vingt-quatre heures, tantôt une affection chronique s'accompagnant de lésions cutanées analogues, selon lui, à colles que l'on observe chez l'homme.

D'après Chantemesse, ce microbe qui paraît être le même que celui de Duclaux, a des caractères spéciaux morphologiques et biologiques qui ne permettent pas de le confondre avec les autres stapliylococci et streptococci pathogènes connus.

En outre, Chantemesse, en inoculant à l'homme des cultures pures de son microbe, a obtenu (ce qui n'avait pas encore été fait jusque-là) une lésion cutanée rappelant le clou de Biskra et étant peut-être le clou de Biskra lui-même.

Riehl et Paltauf [loc. cit.) au contraire n'obtinrent aucun résultat, en essayant de cultiver sur l'agar-agar, les gélatines, le sérum, etc., des morceaux ou particules liquides de leur boviton d'Alep, dans lequel ils avaient cependant décrit deux variétés de cocci : un coccus de o à 1 \). ; un coccus rond ou légèrement ovale entouré d'une capsule plus colorée, qui leur a paru être le véritable coccus du bouton d'Alep.

L'un de nous (2) a obtenu des cultures pures dans le bouillon Liebig, le bouillon de veau, sur la gélatine peptone, l'agar-agar, en inoculant ces différents produits avec du sang recueilli au niveau du clou, du sang de la circulation générale, du pus obtenu en soulevant une croûte, recueillis chez un soldat couvert de clous de Biskra (voir planche VI, fig. 4 et fîg. 6).

« Ces cultures m'ont servi à inoculer 6 lapins, 10 cobayes, 2 chats. Je n'ai jamais trouvé aucun signe de réaction générale ou locale, ce qui m'a foi't surpris, car je m'attendais, devant l'apparence objective du microbe, à obtenir le même résultat qu'avec mes inoculations de périfolliculites. Chez 2 lapins seulement il se forma au point d'inoculation deux boutons légèrement purulents, recouverts d'une petite croûte, et qui n'ont

(1) Chantemesse, Note sur le bouton du Nil, in Bulletin de la Société anatomique, octobre 1887.

(2) Leloir, in thèse de Louslalot, loc. cit., p. 37.

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persisté que 6 jours. Pourquoi ces résultats négatifs après l'inoculation d'un microbe, qui d'après sa constance, la pureté de sa culture, ses réactions histo-chimiques, son aspect microscopique, semble ra[)peler absolument le microbe que Duclaux et Heydenreicb ont décrit dans le clou de Biskra ou celui que j'ai décrit dans mes périfolliculites conglomérées en placards (1). »

Ayant employé des cultures répétées et récentes, je ne puis supposer qu'il s'agisse ici d'une atténuation de virus par les cultures. Peut-être devons-nous faire jouer ici un rôle à l'ancienneté du clou de Biskra et à son apparence papillomateuse (2) ».

Remarquons enfui la grande analogie objective et biologique qui existe entre le microbe du clou de Biskra décrit par Duclaux et Heydenreicli et le micrococcus étudié par l'un de nous dans l'affection décrite en premier par lui sous le nom de péril'oUiculite conglomérée en placards et qui présente une grande analogie clinique avec le clou de Biskra.

Tout ce qui précède tend à montrer que, s'il est probable que le micrococcus de Duclaux est le micro-parasite du bouton de Biski"a, cela n'est pas cependant encore démontré d'une façon absolument certaine.

Considérant l'opinion fort accréditée qui met dans l'eau de Biskra la cause du clou, l'un de nous a reclierclié, avec son élève M. Loustalot (.3), •si l'eau de Biskra ne contenait pas le micrococcus nocif. Il a trouvé dans cette eau un micrococcus (voir planclie YI, fig. 6), qui, cultivé, présentait la plus grande analogie objective avec celui de ses périfolliculites conglomérées. Des cultures de ce microbe inoculées à des lapins et des cobayes n'ont d'ailleurs produit aucun accident cbez ces animaux. Il n'en a pas été de même pour un chien, qui mourut après avoir présenté une paralysie du train postérieur (comme les lapins de Duclaux) et des abcès multiples remplis de micrococci. Si nous signalons ces recherches sur l'eau de Biskra, ce n'est pas que nous voulions leur donner une importance exagérée; elles nous paraissent, en effet, absolument insuffisantes. Il n'était cependant peut-être pas inutile de les signaler pour amener de nouvelles et plus complètes recherches dans ce sens.

Erratum. — Dans la synonymie du bouton des pays chauds, page 78, ligne 6, et dans la page 79, ligne 9, lisez : A. Willeniin au lieu de : Villemin.

BROMIDROSE. — Toy. Affectio>'S de l'appareil sudoripare.

(1) Leloir, Sur une variété nouvelle de PtrifoUiciditcs suppurées conglomérées en placards. Annales de dermatologie, 1884.

(2) Leloir, in thèse Loustalot, /oc. cit.

(3) Leloir, hc. cit.

CANIÏIE.

CANITIE

La canitie, ou poliose [canities des latins, rSKiw.q des Grecs), est la décoloration partielle ou générale du système pileux. Le nom de canitie est souvent employé pour désigner spécialement la décoloration des cheveux ; le terme de poliose est à peu près inusité eu France ou regardé comme synonyme de canitie pour indiquer la décoloration des poils en général. E. Besnier et Doyon (1) proposent de reprendre ce nom de poliose dans le sens de décoloration des poils ou du système pileux dans son ensemble. Nous préférons employer dans le sens le plus compréhensif le terme de canitie, parce quïl est généralement en usage, et nous l'appliquerons aussi bien à la décoloration des poils qu'à celle des cheveux.

Physiologique et survenant graduellement avec les progrès de l'âge, la canitie est le fait d'une régression vitale inhérente à la sénilité : c'est la canitie sénile. Elle peut être anomale, prématurée et survenir longtemps avant l'âge habituel, soit héréditairement, soit accidentellement, soit dans le cours d'affections du système nerveux ou à la suite de maladies générales graves, ou comme symptomatique d'affections cutanées ; c'est la canitie prématurée.

La canitie congénitale, admise par E. Wilson comme une des variétés de la canitie, n'est qu'un symptôme de Vachromie congénitale (albinisme) générale ou partielle que nous avons étudiée (p. 1).

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