I. — CANITIE SÉNILE
La canitie sénile^ ou pour mieiix dire physiologique, commence en moyenne vers l'âge de trente à quarante ans. Mais les périodes extrêmes s'étendent dans des limites impossibles à préciser. Tel sujet verra paraître ses premiers cheveux blancs avant la trentième année, tandis que tel autre conservera jusqu'à soixante ans, parfois même au delà, la couleur naturelle de sa chevelure ou commencera seulement à cet âge à avoir quelques cheveux blancs.
La canitie ne se manifeste pas simultanément sur toutes les régions couvertes de poils. Elle débute presque toujours par les cheveux, mais tous les points du cuir chevelu ne sont pas envahis également ni en même temps.
(1) Besnier et Doyon, Traduction de Kaposi, note, t. Il, p. loo.
GANIÏIE SÉNILE.
D'abord partielle, presque toujours symétrique, elle commence le plus souvent sur la région des tempes. Quelques rares cheveux blancs paraissent d'abord, puis peu à peu leur nombre s'accroît. C'est ensuite le somjnet de la tête qui se met à grisonner et les régions pariétales sont à leur tour atteintes par la canitie. Graduellement et par une progression lente, la décoloration gagne toutes les régions, les dernières envahies restant encore grises alors que celles par lesquelles la canitie a débuté sont déjà tout à fait blanches.
A mesure que la décoloration fait des progrès, la chevelure grisonne de plus en plus, tire graduellement vers le blanc et, avec les progrès de l'âge, finit par devenir tout à fait blanche, d'un blanc un peu jaunâtre chez la plupart des vieillards ou, ce qui est moins fréquent, d'un blanc pur, brillant, comme celui de la soie blanche.
La canitie se manifeste plus tardivement à la barbe qu'au cuir chevelu. Cependant chez quelques sujets la décoloi*ation des poils de la barbe, alors même qu'elle a commencé longtemps après celle des cheveux, fait des progrès plus rapides et la barbe est déjà presque blanche que la chevelure est à peine grisonnante. C'est en général vers l'angle des mâchoires et sur les côtés du menton que les poils commencent à grisonner. Les parties de la barbe qui ne sont pas habituellement rasées, les moustaches ou les favoris, conservent leur couleur bien plus longtemps que les parties soumises à l'action quotidienne du rasoir.
Par le fait même de lïnvolution sénile la canitie est le plus souvent accompagnée d'alopécie, la chevelure se dégarnissant à mesure qu'elle blanchit. Cependant ces deux conséquences des progrès de l'âge ne sont pas fatalement liées l'une à l'autre ; on voit un certain nombre de vieillards conserver une chevelure blanche assez abondante jusqu'à un âge très avancé.
Les auteurs ne sont pas d'accord sur les causes physiologiques de la décoloration du poil : ils ne s'entendent pas non plus sur la question de savoir par quelle extrémité du poil elle commence. Tandis que les uns soutiennent que c'est par la racine, d'autres prétendent que c'est par la pointe; d'autres enfin prétendent que le poil coloré tombe et est remplacé par un poil blanc.
D'après ce que nous avons observé, la décoloration du cheveu ou du poil de la barbe se fait graduellement et s'accentue davantage à mesure qu'il pousse; elle commence par conséquent par la racine. Nos observations longtemps poursuivies confirment celles de Pincus, de F. Hebra et de Kaposi, de Wertheim, de Neumann, de Brown-Séquard, etc.
On voit des cheveux encore bruns à la pointe devenir d'un gris de
GANITIE.
moins en moins foncé à mesure qu'on avance vers la racine et que le pigment devient de plus en plus rare. Le pigment est très inégalement distribué.
Nous avons dans notre collection des cheveux dont la moitié dans le sens de la longueur est noire, tandis que l'autre moitié est blanche. Nous avons vu aussi deux ou trois stries longitudinales colorées alternant avec des stries blanches.
Anatomie pathologique. — Quand on examine au microscope des cheveux atteints de canitie sénile ou de canitie prématurée ou présénile, -on constate que ceux-ci sont d'autant plus dépourvus de granulations pigmentaires que le cheveu est plus blanc.
Contrairement à l'opinion de cei'tains dermatologistes , opinion qui d'ailleurs ne s'appuie sur aucune recherche histologique, rien ne prouve <jue la décoloration du poil dépende uniquement de la disparition du pigment dans la papille de celui-ci.
Au contraire, comme l'avait déjà indiqué Michelson (1), il est possible que la papille produise du pigment en quantité suffisante, mais que celuici ne puisse pour différentes raisons pénétrer le poil.
Les prolongements des cellules pigmentaires qui siègent dans la papille s'étendent à l'état normal d'abord entre les cellules épithéliales de la matrice du poil, puis abandonnent ensuite leur pigment dans les cellules ■des couches supérieures (3° et 4" couche), comme l'ont montré Riehl (2) et Ehrmann (.3), mettant ainsi d'accord Unna (4), pour lequel le pigment du poil est extra-cellulaire, et Waldeyer (5), pour lequel le pigment du poil ■est intra-cellulaire.
Or il peut arriver, comme Ehrmann l'a bien montré et figuré, que •dans la canitie sénile ou présénile, la papille du poil soit richement pourvue de cellules pigmentaires alors que le poil en est totalement dépourvu. Dans ces cas l'on ne peut constater aucun prolongement des ■cellules pigmentaires de la papille dans l'intérieur des couches cellulaires ■du poil. Ainsi se produirait la canitie, dans certains cas tout au moins.
Mais pourquoi ce pigment sécrété dans la papille du poil s'arrête-t-il
(1) Michelson, Anomalien des Haarwachstums und der Haarfuvbung. Ziemssens Handbuch der Speciellen pathologir. Eandhuch der Hcmtkrankeiten, t. II, p. 1S3.
(2) G. Riehl, Zur Kenlniss des Pigmentes im menschlichen Haar. Vierteljahresschrift fur Dermatologie und Sypliilis, 1884, p. 35.
(3) Ehrmann, Physiologie und Pathologie des Hautpigmentes. Vierteljahresschrift fur Dermatologie und Syphilis, 1885, p. 524, 1886, p. 68, 1885, planche XXV, fig. 10 et 11.
(4) Unna, Beitrage zur Histologie vnd Entivicklung der menschlichen Oberhaut in Archiv fîir microscopische Anatomie, 1876.
(5) Waldeyer, Atlas dtr menschlichen und thieiischen Haare, 1884.
GANITIE PREMATUREE.
au niveau du poil? pourquoi ne pénôtre-t-il pas celui-ci? Ce sont là desquestions auxquelles on ne peut répondre que par des hypothèses.