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II. — CANITIE PRÉMATURÉE

La canitie peut se produire prématurément soit physiologiquement par suite d'une disposition héréditaire, soit accidentellement ou pathologiquement. Nous la diviserons en :

A. Canitie héréditaire.

B. Canitie rapide.

C. Canitie survenant dans le cours de troubles ou daffeetions du système nerveux central.

D. Canitie survenant dans le cours ou A la suite d'affections générales graves.

E. Canitie symplomatique dune affection de la peau.

A. Canitie héréditaire. — L'hérédité joue un grand rôle dans la canitie tant au point de vue de l'âge auquel elle commence qu'à celui de sa distribution. Dans certaines familles, de père en fils, la chevelure blanchit dès l'âge adulte, alors que la barbe conservera pendant bien des années sa couleur primitive ; dans d'autres familles c'est la barbe qui commencera à grisonner de bonne heure.

La marche de la canitie sera souvent la même chez les héritiers que chez leurs ascendants ; elle commencera par les mêmes régions et suivra à peu près la même progression.

Les sujets engendrés par des parents âgés, ayant déjà des cheveux blancs, sont plus prédisposés à la canitie prématurée que leurs frères et sœurs aînés et elle sera chez eux notablement plus précoce.

B. Canitie rapide. — Un certain nombre de faits de canitie rapide et même presque subite, se produisant sous l'influence d'une émotion excessive, d'une très violente terreur, sont devenus historiques. Les cheveux de Thomas Morus, le chancelier de Henri VIII, devinrent blancs pendant la nuit qui suivit sa condamnation à mort. Ceux de Ludovic Sforza blanchirent dans une nuit lorsqu'il tomba au pouvoir de Louis XII, son mortel ennemi. L'exemple de Marie-Antoinelte cité comme un fait de canitie presque subite est révoqué en doute par Charcot qui, dans une très intéressante revue critique (1), prouve, par les citations des historiens, que la

(1) Charcof, A propos d'un cas de canitie survenue très rapidement, inGazette hebdomadaire ^ 1861, p. 445.

CANITIE.

malheureuse veuve de Louis XVI dont les cheveux étaient tout blancs le jour où elle monta sur l'échafaud avait déjà grisonné à l'époque de la mort du roi.

On a cité aussi des faits de canitie partielle survenant en quelques heures. Parmi les plus intéressants, nous mentionnerons celui que cite Lorry (4) : Le roi Henri IV aurait vu blanchir en vingt-quatre heures les parties de sa barbe et de ses cheveux que, dans son chagrin et son accablement, il avait tenues constamment dans ses mains, au moment des massacres de la Saint-Barthélemy.

L'historien Guerrazi rapporte un l'ait de canitie partielle produite dans des circonstances semblables : Le seigneur d'Andelot, en apprenant le supplice de son frère, condamné par le duc d'Albe, comme complice du comte d'Egmont, fut si violemment impressionné que la partie de la barbe et du sourcil sur lesquelles il appuyait sa main changea de couleur et devint blanche presque soudainement.

Ces exemples de canitie subite ont été révoqués en douté par nombre d'auteurs, entre autres par Ilaller, Reissner (2), Bœrensprung (3), F. Hebra (4), Kaposi (5).

D'après Rayer (6) il existe des exemples très authentiques de canitie presque subite. Schenk, Hannemann et Pechlin, cités par Voigtel (7), ont rapporté chacun un cas de canitie rapide ou presque subite, à la suite d'une terreur profonde.

Bichat (8) dit avoir connu une personne qui, frappée par une nouvelle funeste, blanchit dans l'espace d'une nuit.

Cassan (9) a publié dans les Archives générales de médecine l'observation d'une femme de trente-trois ans, la nommée Pérat, femme Leclère, qui, citée comme témoin devant la Chambre des pairs pour déposer dans le procès de Louvel, éprouva une révolution si grande que dans l'espace d'une nuit ses cheveux blanchirent complètement.

Quelque difficiles à expliquer que soient ces faits, a-t-on le droit de les regarder comme apocryphes? L'observation du docteur P. Parry (10), re-

(1) Lorry, De morbis cutaneis, édit. Gavelier, 1777, p. 602.

(2) Reissner, Beitrage ziir Kentniss der Haare. Breslau, 18o4, p. 126.

(3) Baerensprung, Die Hautkrankheiten, Erlangen, 1859, p. 114.

(4) F. Hébra, Traité des maladies de la peau, trad. Doyon, vol. 2, p. 188.

(5) Kaposi, Pathologie und Thérapie dei' Hautkrankheiten, 3'= édit., p. 670.

(6) Rayer, Traité des maladies de la peau, t. III, p. 733.

(7) Voigtel, Handhuch der pathol. Anatomie, Bd. 1° p. 90.

(8) Bichat, Anatomie générale, t. IV, p. 815.

(9) Cassan, Archives générales de médecine, janvier 1827.

(10) P. Parry, Dublin, Médical Press, numéro du 8 mai, 1861, p. 332.

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