I. — CHARBON EXTERNE
Le charbon externe ou charbon cutané peut se présenter sous l'une ou l'autre des deux formes suivantes : A, pustule maligne ; B, œdème mcdin.
(1) Chambon, Traité de l'anthrax ou de la pustule maligne, Neuchàtel, 1781.
(2) Thomassin, Dissertation sur le charbon malin de la Bourgogne ou la pustule maligne, Bàle, 1782.
(3) Ch. Chabert, Traité du charbon ou anthrax, Paris, 1782.
(4) Enaux et Chaussier, Méthode de traiter les morsures des animaux enragés et de la vipère, suivie d'un précis de la pustule maligne, 1785. Mémoire couronné par l'Académie de Dijon.
(5) Rayer, Traité théorique et pratique des maladies de lapeau, 1835, t. II, p. 22.
(6) L. A. Raimbert, Traité des maladies charbonneuses, Paris, 1859 et art. Charbon du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, 1867.
(7) Bourgeois, Traité pratique de la pustule maligne et de l'œdème malin, Paris, J861.
, (8) Straus, Le charbon des animaux et de l'homme. Leçons faites à la Faculté de médecine de Pai'is, 1887.
CHARBON EXTERNE
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A. Pustule maligne. — La pmtule malifjne est une lésion propre à l'homme et qu'on n'observe jamais avec tous ses caractères particuliers chez les animaux. Davaine a essayé de la reproduire sur le cobaye en provoquant une vésicule par la brûlure et en introduisant dans la vésicule du sang charbonneux. Il a obtenu, comme dans les expériences faites en ces derniers temps par Straus (1), les tumeurs de l'œdème charbonneux, une lésion se rapportant plutôt à l'œdème malin qu'à la pustule maligne.
Après une période d'incubation indéterminée, souvent très courte et ne dépassant guère 48 heures, après un peu de démangeaison au niveau du point où le germe charbonneux a pénétré et oîi doit se montrer la pustule, souvent môme sans être précédée de cette sensation prurigineuse, parait une tache rouge ressemblant à une piqûre de puce, d'où le nom vulgaire de puce maligne donné autrefois en Bourgogne à la pustule maligne.
Sur cette tache s'élève bientôt une petite vésicule aplatie, quelquefois même comme ombiliquée (Raimberl), de couleur grisâtre ou bnmâtre, contenant un peu de liquide séreux, parfois plus ou moins coloré par du sang. Lorsqu'elle est ouverte, ce qui arrive promptement, cette vésicule laisse à découvert une escharre d'un rouge livide, qui bientôt se dessèche en prenant une teinte plus noircàtre.
Raimbert (de Chàteaudun) dit que parfois, au lieu de la pustule initiale, c'est un bouton solide, une papule qui précède immédiatement l'eschare. Exceptionnellement Bourgeois (d'Etampes) a vu, au lieu de commencer par une petite vésicule, le charbon externe débuter par une belle bulle jaune ambrée bien remplie de sérosité et parfaitement tendue.
L'eschare, jaunâtre ou rougeâtre au début, bientôt d'un jaune brun, passe rapidement au noir le plus foncé. Elle est déprimée, comme enchâssée dans un empâtement œdémateux plus ou moins étendu et sur une base indurée.
Déjà autour de la vésicule l'épiderme est souvent grenu et commence à se soulever, c'est le début des vésicules secondaires [vésicules satellites de Straus) qui se groupent, en cercles plus ou moins réguliers, autour de l'eschare et qui sont un des signes les plus caractéristiques de la pustule maligne. Très petites à leur apparition, elles augmentent rapidement de volume !et, à mesure que l'eschare s'étend, il s'en forme de nouvelles à sa périphérie.
Dans les régions du corps où le derme a le plus d'épaisseur, l'eschare et l'aréole de vésicules sont en général plus larges et la tuméfaction se manifeste plus lentement parce que le tissu cellulaire est atteint moins
(1) Straus, loc. cit., p.
CHARBON BACTÉRIDIEN.
rapidement. Dès qu'il est envahi, et c'est en général au deuxième, troisième ou quatrième jour, la peau avoisinant l'eschare devient d'un rouge livide, se tuméfie et ne tarde pas à être le siège d'un œdème dur qui s'étend rapidement et peut envahir toute la face, tout un membre, une partie ou la totalité du tronc. Les lymphatiques superficiels se dessinent sous forme de traînées rouges et les ganglions correspondants sont tuméfiés. Il n'est pas rare de voir les veines sous-cutanées indurées et sensibles à la pression (Straus).
Pas de douleur vive, les malades éprouvent plutôt une sensation de pesanteur et d'engourdissement, au niveau de la lésion.
La période d'intoxication générale est signalée par du malaise, une courbature générale, des frissons réitérés, de la céphalalgie, de la fièvre, et s'accompagne souvent de tendance à la lipothymie. Dans la plupart des cas, ces symptômes généraux commencent du troisième au cinquième Jour après le début de la pustule.
Même pendant la période de la fièvre la plus forte, la température s'élève très rarement au-dessus de 40° centigrades. Elle baisse rapidement dans les dernières heures qui précèdent la mort.
La fièvre peut manquer complètement et ce défaut de réaction est souvent signalé dans les cas les plus rapidement mortels.
Bourgeois (d'Etampes) (1) dit que le délire est très rare et que le plus souvent la mort a lieu sans agonie, au milieu de la connaissance la plus parfaite,
La mort arrive le plus ordinairement du sixième au neuvième jour. Raimbert a vu mourir plusieurs malades le quatrième ou le cinquième jour après la rougeur initiale de la pustule maligne.
Les malades peuvent succomber brusquement, sans aggravation notable des signes locaux et sans apparition de symptômes généraux en apparence graves. D'après une observation d'Enaux et Chaussier la pustule maligne pourrait se terminer par la mort après la courte durée de 24 heures.
La terminaison est presque toujours funeste si la pustule maligne est abandonnée à elle-même. Elle peut cependant guérir spontanément. Raimbert, Bourgeois et nombre de médecins exerçant dans les pays où les affections charbonneuses sont fréquentes, ont observé des cas de guérison spontanée, en comptant pour tels ceux dans lesquels il n'a été fait qu'un traitement illusoire, comme par exemple l'application de feuilles de noyer, de cataplasmes, etc.
Lorsque la tendance à la guérison se manifeste, soit avant l'apparition
(1) Bourgeois, Traité 'pratique de la pustule maligne et de l'œdème malin. Paris, 1861, p. 60,
CHARBON EXTERNE
des symptômes généraux, soit même très exceptionnellement quand ils ont déjà commencé à se produire, i'escharc s'arrête dans son extension, se circonscrit par une ligne jaunâtre ou jaune rougeâtre, purulente, et le travail d'élimination commence en même temps que la tuméfaction œdémateuse va diminuant. L'eschare ne se détache qu'au bout de dix à vingt jours et cette élimination, qui se fait généralement avec très peu de suppuration, peut, dans quelques cas, s'accompagner d'abcès et même d'accidents de pyémie survenant tardivement comme dans une observation de Verneuil.
La pustule maligne est ordinairement unique, cependant on a pu en voir deux et même trois sur le même sujet.
L'inoculation peut se faire soit par une piqûre comme chez les ouvriers en crins, les aplatisseurs de cornes, les trieurs do laine, les mégissiers, etc., soit par une coupure, comme sur les bouchers, les bergers, etc., soit par l'absorption du virus à la surface d'une plaie, d'une écorchure, comme chez les porteurs de viandes à la halle, soit même par l'intermédiaire des mouches, comme l'ont démontré les expériences de Raimbert et de Davaine.
En raison de ces causes, le charbon externe a toujours ou presque toujours pour siège les parties découvertes du corps. C'est à la face, au cou, sur les bras, sur les épaules, sur les régions antérieures de la poitrine, qu'on le constate le plus souvent. La pustule maligne est plus rare aux jambes et tout à fait exceptionnelle sur le tronc et sur les cuisses, parties du corps protégées par les vêtements.
La possibilité de la transmission de la pustule maligne de l'homme à l'homme est démontrée par les faits positifs de Thomassin, de Maucourt^ de Hufeland, de Raimbert, de Neydig, de Frœnkel et Orth.
. B. Œdème malin. — Bourgeois (1) a, le premier, attiré l'attention sur la gravité de certains œdèmes dont il a reconnu la nature charbonneuse et qu'il a étudiés dans son livre. Il paraît ne l'avoir observé que sur les paupières et il donne une excellente description de Vœdème malin des iJaitpières.
En 1860, dans le sang et dans les ecchymoses de l'estomac d'un malade mort d'œdème malin des paupières à l'Hôtel-Dieu d'Orléans, dans le service de Debrou (2), Davaine reconnaît les bactéridies du charbon; les cobayes qu'il inocule avec ce sang succombent au charbon.
D'après Raimbert, l'œdème malin a été observé aux paupières, aux lèvres, à la langue, sur les régions supérieures et latérales de la poitrine et aux membres supérieurs.
(1) Bourgeois, Traité de la pustule maligne et de l'œdème malin, Paris, 1861 , ch. v, p. lOo.
(2) Uebrou, Observation d'œdème malin des paupières, terminé par la mort, avec autopsie, et remarques sur la 2^ustule maligne. In Archives générales de médecine, 1863, vol. II, p. 407.
CHARBON BAGTÉRIDIEN.
Aux paupières la tumeur est caractéristique. C'est un gonflement diffus de ces voiles membraneux, sans douleur, causant à peine de la démangeaison. Les deux paupières, et sui"tout la supérieure, sont œdémateuses, comme demi-transparentes, d'une teinte jaunâtre ou bleuâtre. En vingtquatre ou quarante-huit heures, elles s'indurent, se touchent au point qu'il devient difficile de découvrir l'œil. La conjonctive est assez souvent le siège d'un chemosis séreux ou ecchymotique.
La peau des paupières, lisse, sans apparence de bouton pendant les premières heures (Bourgeois), devient le plus souvent grenue et des phlyctènes remplies d'un liquide séi^eux ou séro-sanguinolent ne tardent pas à se montrer. Sous ces phlyctènes la peau est mortifiée, noirâtre. Les phénomènes locaux et généraux rappellent, mais avec plus de gravité et de rapidité, ceux de la pustule maligne.
Sur les membres supérieurs et, par exemple, sur la région antérieure de la poitrine, l'œdème malin débute par un gonflement mou, pâteux, tremblotant, sans changement de couleur; ce gonflement s'étend rapidement.
En général, les symptômes généraux surviennent dès le deuxième ou troisième jour et la terminaison est plus promptement funeste que celle de la pustule maligne.
Straus (1) fait remarquer que cet accident initial du charbon rappelle beaucoup l'œdème gélatiniforme, tremblotant, que l'on observe sous la peau chez les moutons ou chez les rongeurs à l'endroit où a été pratiquée l'inoculation charbonneuse expérimentale.