‹ Traité descriptif des maladies de la peauChapitre 24 sur 100 · IS · texte numérisé non relu

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DERMATITES EXFOLIANTES.

Quant à Buchanan Baxter (1), il a publié en effet un examen histologique beaucoup plus complet et présentant une grande analogie avec ce que l'un de nous a constaté ultérieurement. Mais il n'est pas non plus absolument certain que le cas dont Buchanan Baxter a publié la relation histologique, corresponde à la dermatite exfoliatrice (type Erasmus Wilson).

Une objection semblable a été également formulée par Brocq pour les recherches histologiques de Quinquaud.

Quoi qu'il en soit, voici ce que nous avons pu constater sur nos préparations (voir planche VIII, fig. 1 et 2) et cette description concorde en plusieurs points avec celle qui a été donnée par Buchanan Baxter, par l'un de nous et par son élève Brocq.

l" Lésions de Vépiderme. — D'une façon générale, les prolongements épidermiques interpapillaires que l'épiderme envoie dans le derme ne nous ont pas paru notablement hypertrophiés. Ils ne sont pas allongés en tout cas, peut-être sont-ils parfois élargis. Mais d'autre part, il faut noter qu'ils sont atrophiés en plusieurs points. Le corps de Malpighi n'est d'ailleurs pas épaissi, au contraire. Entre les sommets des papilles et la couche cornée basale (la couche granuleuse fait défaut) on ne trouve que trois à quatre rangées de cellules.

A. La couche des cellules perpendiculaires ne présente pas d'altération bien notable. Peut-être ses cellules cylindriques sont-elles un peu aplaties, cet état tenant sans doute à la pression résultant de l'énorme infiltration qui siège dans les couches supérieures du derme.

B. Le corps de Malpighi est plutôt aminci qu'hypertrophié, surtout dans ses parties sus-papillaires, où il n'est souvent représenté que par cinq, quatre et voire même trois rangées de cellules. Les cellules sont moins globuleuses qu'à l'état normal, elles sont plutôt aplaties dans le sens transversal. Cet aplatissement tient sans doute à la pression résultant de l'infiltration sous-jacente du derme. Les noyaux et nucléoles des cellules malpighiennes ne nous ont pas paru altérés. Leurs prolongements épineux sont souvent moins nets qu'à l'état normal, ce qui tient peut-être à un certain degré de compression du corps de Malpighi. Ce n'est que tout à fait exceptionnellement que nous avons trouvé quelques cellules migratrices entre les cellules malpighiennes.

C. Fait majeur, et que l'on remarque d'ailleurs dans les processus fortement desquamatifs, comme cela résulte de nos recherches et de celles de Suchard, la couche granuleuse manque totalement. Le passage de la couche polyédrique à la couche cornée se fait insensiblement. Les cellules

(I) Buchanan Baxter, On gênerai dermatitis exfoliativa {Britisli médical journal, 19 juillet 1879).

DERMATIÏE EXFOLIATRIGE GÉNÉRALISÉE.

s'aplatissent peu à peu, tout en conservant leur noyau coloré par le carmin et en se colorant elles-mêmes par ce réactif.

D. Aussi le tiers inférieur de la couche cornée est-il constitué par des cellules dont le protoplasma et le noyau sont encore nettement colorés par le carmin. C'est encore là un fait remarquable et dont nous avons signalé aussi antérieurement l'importance dans la production des processus desquamatifs. Au-dessus, dans ses deux tiers supérieurs, la couclie cornée n'est plus colorée qu'en jaune par le picro-carmin et ses noyaux ne sont plus colorés par le carmin.

Cette partie de la couche cornée atteint presque partout une épaisseur considérable, quoique fort variable, à cause de la chute incessante et rapide à laquelle elle est soumise. Elle se divise en lamelles fort différentes de forme et d'épaisseur. On y remarque quelquefois des vestiges de noyaux colorés par le carmin (voir planche VIII, fig. 1). Quand on dissocie les larges sqviames feuilletées que le malade répand autour de lui, on constate, comme le dit justement Brocq, que presque toutes les cellules qui les constituent ces squames ont un noyau pâle mais fort visible, et qui le devient encore davantage par l'ammoniaque et le picro-carmin.

2° Lésions du derme. — Ainsi que l'avait bien observé Buchanan Baxter, lorsqu'on excise un morceau de peau sur un sujet vivant atteint de dermatite exfoliatrice, surtout au début, cette peau présente une consistance charnue. Cette consistance charnue disparaît presque complètement sur le cadavre et paraît due en grande partie à la dilatation des vaisseaux et à l'exsudation. Elle suffirait à elle seule, comme l'a montré l'un de nous (1) dans ses cliniques pour distinguer anatomiquement la dermatite exfoliatrice d'Erasmus Wilson, du pityriasis rubra généralisé où la peau est au contraire amincie, atrophiée, non succulente.

Ce qui frappe immédiatement, lorsqu'on examine le derme d'une coupe de dermatite exfoliatrice, c'est que la partie supérieure du derme, celle quiestvascularisée par le réseau sanguin sous-papillaire et inter-papillaire, est fortement colorée par le picro-carmin, tandis que la partie profonde conserve son aspect normal, si ce n'est autour de ces vaisseaux, dans une étendue assez restreinte (voir planche VIII, fig. 1). La coloration rouge de la région papillaire du derme est due à une infiltration considérable de leucocytes. Cette infiltration est générale, mais l'on peut constater j toutefois qu'elle est prédominante autour des A'aisseaux. Dans certains cas, comme l'a bien remarqué Brocq, quand on essaye de prendre une vue d'ensemble de cette infiltration, on constate qu'elle forme des traînées

(1) H. Leloir, Cliniques de l'iiupital Saint-Sauveur, 1883.

DERMATITES EXFOLIANTES.

rouges, d'une part parallèles à la surface du derme (réseau sous-papillaire), d'autre part, perpendiculaires à cette même surface (réseau intrapapillaire).

Les éléments de l'infiltration sont constitués en majeure partie par de petites cellules rondes très nombreuses. L'on trouve en outre quelques très rares cellules fusiformes, ce qui indiquerait que les cellules fixes du derme prennent également part à la formation de l'infiltration.

Cette infiltration des couches supérieures du derme est limitée assez net tement en bas par une ligne parallèle à la surface de la peau. Cette ligne répond à peu près au réseau vasculaire sous-papillaire.

Dans les régions inférieures du derme, l'infiltration n'existe qu'auprès des vaisseaux auxquels les leucocytes constituent des sortes de manchons. Mais seules les parties voisines de ces vaisseaux sont envahies. Le reste du derme ne présente pas d'inflammation.

Fait important, et qui permet de distinguer une coupe de dermatite exfoliatrice (type Erasmus Wilson) d'une coupe de Dermatite maligne chronique exfoliante c'est que, ainsi que l'a fait remarquer l'un de nous dans ses cliniques (1), dans la dermatite exfoliatrice, les faisceaux conjonctifs du derme sont intacts et ne présentent nulle part cette altération destructive si remarquable de l'herpétide exfoliatrice de Bazin. L'on voit ainsi de suite que la dermatite exfoliatrice de Wilson est une affection aiguë contrairement à la dermatite maligne chronique exfoliante.

L'on constate parfois un certain degré de dilatation des espaces lymphatiques lacunaires du derme.

L'hypoderme paraît toujours totalement indemne.

Les vaisseaux sanguins du derme sont en général nettement dilatés. Nous n'avons eu l'occasion d'examiner qu'une seule fois les nerfs cutanés périphériques. Ceux-ci nous ont paru absolument sains. Ce fait est important, car dans la dermite aiguë grave primitive décrite par Quinquaud (2), l'un de nous (Leloir) dans les préparations qu'il avait remises à Quinquaud avait pu constater des altérations notables des nerfs cutanés périphériques (voir Leloir, in Mémoire de Quinquaud^ loc. cit).

Quant aux centres nerveux, nous n'avons jamais eu l'occasion de les examiner.

Buchanan Baxter a, dans son cas, constaté l'intégrité de la moelle épinière. Par contre, Quinquaud a examiné la moelle dans deux de ses trois autopsies de dermite aiguë grave primitive et a constaté une myélite diffuse. Mais nous avons vu plus haut qu'il n'est pas prouvé que les cas

(1) H. Leloir, Cliniqvcs de V hôpital Saint-Sauveur, 188o.

(2) Quinquaud, De la dermite aiguë grave primitive, in Bulletins de la Société anatomique, octobre 1879, p. 604.

DERMATITE MALIGNE CHRONIQUE EXFOLIANTE.

de Buchanan Baxter et de Quiii(|uaiid correspondent à la dormatite exfoliatrice d'Erasmiis Wilson.

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