III. — DERMATITE SCARLATINIFORME GÉNÉRALISÉE RÉCIDIVANTE
Èrythème deîiquamatif scarlatiniforme récidivant (Féréol et E. Besnier). — Erijlhème scarlalinif orme récidivant. — Dermatite exfoliative aiguë bénigne (Brocq).
La dermatite scarlatiniforme généralisée récidivante est uue dermatite exfoliante des mieux caractérisées. La peau est enflammée et non pas simplement hyperhémiée comme dans 1 erythème. La desquamation se fait par lamelles; c'est une véritable exfoliation qui diffère, par l'abondante et par les larges dimensions de ses squames, de la desquamation furfuracée consécutive à certains érythèmes.
Nous réservons la dénomination à' ért/thème scarlatiniforme (voy. EkyïHÈMEs), pour une variété d'éry thème bien décrite par Hardy (1) caractérisée par une éruption partielle, bien que quelquefois très étendue, d'une courte durée, qui, soit soudainement, soit quelquefois après un ou deux jours de malaise, apparaît à la face antérieure de la poitrine, au pli du coude, à la partie interne des cuisses et généralement plus tard au cou et à la face. La rougeur écarlate, pointillée, scarlatiniforme qui envahit ces régions, s'accompagne d'une légère cuisson et de démangeaison. Elle pâlit après vingt-quatre ou quarante-huit heures et la desquamation commence. Elle est partielle, limitée aux régions envahies par l'éry- Ihème, peu abondante et formée de squames petites, minces et furfu- I racées. La durée de cette dermatose toujours bénigne qui, en moyenne, est de huit à dix jours, peut être prolongée de quelques jours par de nouvelles poussées subintrantes.
Dans la dermatite scarlatiniforme généralisée récidivante, la rougeur envahit la totalité du tégument ; la desquamation se fait par larges lamelles , la durée moyenne est de trois à six semaines. Les récidives sont de règle et peuvent être fréquentes; elles se produisent à quelques années, parfois même à quelques mois d'intervalle.
Des faits de dermatite scarlatiniforme généralisée récidivante ont été publiés sous des titres divers par Benjamin Gooch, 1769 (2), John La-
(1) Hardy, Leçons sur les maladies de la peau, 2° parlie, l8o9, p. 30 et Traité pratique et descriptif des maladies de la peau, 1886, p. 636.
(2) Benjamin Gooch, Account of a singular séparation of tke cuticle, in VkHosophical Transactions, 1760, p. 281.
DERMATITES EXFOLIANTES.
tham(l), Thomas Newell (2), Tilbury Fox, Derrécagaix,Féi'éol, 1876,Bussy, Colard, Tremblay, Chevallier-Preston, Richardière; en Suisse par Yogler de Wetzikon, par Burckardt-Mérian et par Bernouilli ; ea Roumanie par Petrini.
Brocq (3), dans son mémoire auqviel nous renvoyons pour l'historique, dit en avoir vu plusieurs cas.
L'éruption est généralement précédée par quelques prodromes tels que malaise, céphalalgie, frissons, mouvement fébrile. Le lendemain ou le surlendemain de la fièvre, qui en général ne dépasse pas 105 à 110 pulsations et 39° de température, on voit apparaître sur un ou plusieurs points, une ou plusieurs plaques d'un rouge vif, ou bien des macules rouges, ou encore un piqueté rougeàtre. L'extension se fait rapidement, quelquefois même presque soudainement, et une rongeur scarlatiniforme se montre sur toute la surface du tégument dont elle semble avoir envahi d'emblée la totalité.
Il est très rare que le début se fasse par une seule plaque ou une seule région; presque toujours plusieurs points du corps sont envahis simultanément. Ce sont d'abord les bras, la région antérieure de la poitrine, la partie interne et supérieure des cuisses, le ventre, etc. Cet ordre d'apparition de l'éruption n'a rien de régulier et est très souvent interverti. Les régions de prédilection de l'éruption de la scarlatine, celles par lesquelles elle commence, telles que le cou et la face, ne sont ordinairement prises que vers la fin de la poussée aiguë de la dermatite. La lête, les pieds et les mains sont généralement les dernières parties atteintes.
L'éruption se généralise quelquefois très rapidement et en quelques heures; d'autres fois, elle met plusieurs jours à s'étendre sur la totalité du tégument.
La rougeur est écarlate, intense, uniforme. Au début la peau, au moins dans certaines régions, peut être gonflée comme œdémateuse; l'un de nous (E. Vidal) a constaté dans un cas un œdème assez prononcé des jambes compliqué de larges phlyctènes. Dans un fait d'HomoUe il se produisit de larges bulles sur les cuisses les jambes et les cous-de-pied. Chez un homme de quarante ans dont Brocq (4) a publié l'observation, la poussée fut si intense qu'elle s'accompagna d'un œdème généralisé. Cet œdème,
(1) John Latham, Philosophical Transactions, 1770, p. 451.
(2) Ttiornas Newel, London Med. Gazette, 1829, vol. II, p. S76.
(3) Brocq, Étude critique et clinique sur le Pityriasis rubra, in Archives générales de médecine, 1884, vol. I, p. 350.
(4) Brocq, Observation d'érythéme scarlatiniforme desquamatif récidivant, in Annales de dermatologie et de syphiiigraphie, 1883, p. 332.
DERMATITE SG A RL AÏINIFORME GÉNÉRALISÉE.
Ifio
qui s'était étendu non seulement au tronc, aux membres et à leurs extrémités, mais encore à la tète, disparut en trois ou quatre jours, en même temps que commençait la desquamation.
La chaleur, la cuisson et les démangeaisons très pénibles en général, au début de l'éruption, diminuent et cessent presque complètement lorsque commence la période de desquamation.
Pendant les deux ou trois premiers jours, il n'est pas rai*e de voir les conjonctives et parfois aussi l'arrière-gorge congestionnées. La langue, dans la plupart des cas, est un peu rouge, un peu sèche, parfois lisse et comme vernissée ; mais elle n'a pas l'aspect framboisé de la langue des scarlatineux. Les commissures labiales sont souvent sèches et fissurées.
Dès le troisième ou le quatrième jour, l'épiderme se gerce, se fendille, se détache, en lamelles plus ou moins larges, sur les points envahis les premiers. La desquamation devient bientôt générale; elle est sèche, très abondante et on peut recueillir chaque jour, dans le lit du malade, des poignées de squames dont le total ([uotidien peut peser de 20 à 30 grammes.
Sur le tronc et sur les membres, ces squames sont de larges lamelles ayant souvent plusieurs centimètres d'étendue, les vmes minces, transparentes et jaunâtres, les autres demi-opaques et d'un blanc terne. Sur la face et sur le cuir chevelu, elles sont beaucoup plus petites et pour le plus grand nombre furfuracées.
Au-dessous la peau, un peu épaissie mais encore souple, est rouge, luisante et sèche, même dans les plis articulaires, à moins qu'ils ne soient excoriés par le grattage.
C'est l'épiderme des pieds et des mains qui se détache en dernier lieu; sur la face plantaire et sur la face palmaire on peut le voir soulevé en masse, desséché et jauni, tomber d'une seule pièce comme une portion j de gant. Avant de se détacher il forme souvent comme des étuis cornés au j bout des doigts.
La desquamation une fois faite ne se renouvelle pas incessamment comme dans la dermatite exfoliatrice généralisée. L'épiderme de nouvelle formation devient promptement l'épiderme définitif.
La fièvre, encore assez marquée pendant les premiers jours de la période de desquamation, ne tarde pas à cesser complètement. L'appétit, qui généralement n'est que diminué et ne cesse pas complètement, même pendant la période d'éruption, redevient plus actif et le malade reprend ses forces bien avant que la desquamation soit terminée.
Pendant presque toute la durée de l'affection, les malades ont une espèce de frisson lorsqu'on les découvre et se plaignent d'une sensation
DERMATITES EXFOLIANTES.
de froid très désagréable. La sécrétion de la sueur est presque complètement supprimée.
Quand l'affection arrive à son déclin, la rougeur de la peau tend à s'effacer; parfois même, et surtout après plusieurs récidives, elle disparait complètement quelques jours avant que l' exfoliation épidermique ait cessé. Les squames deviennent de plus en plus petites, et du quinzième au vingtième jour la desquamation est terminée ; il ne reste qu'une certaine sécheresse de la peau qui peut durer pendant quelques jours.
Bien qu'il ne soit pas rare de voir les malades perdre une certaine quantité de cheveux, jamais on n'observe d'alopécie complète comme on le voit habituellement dans la dermatite exfoliatrice généralisée.
Comme traces d'altération de nutrition pendant la durée de la dermatite scarlatiniforme généralisée récidivante, on voit, comme à la suite de toutes les maladies générales, sur les ongles et principalement sur celui du pouce et sur celui de l'index (Brocq) un sillon transversal d'autant plus profond que la dermatite a été plus intense. Si vme ou deux récidives ont lieu à un intervalle rapproché, avant la pousse complète d'une longueur d'ongle, on peut voir avitant de sillons transversaux parallèles qu'il y a eu de récidives.
La chute des ongles est exceptionnelle; elle est ordinairement limitée à un ou plusieurs de ces phanères. Le malade de Richardière (1), qui en était à sa neuvième récidive, perdait à peu près tons ses ongles à chaque nouvelle atteinte. Leur chute commençait régulièrement à la fin de la troisième semaine et était terminée dans les derniers jours du deuxième mois.
Sauf une diminution plus ou moins notable dans la proportion d l'urée, l'urine reste à peu près normale; cependant l'albuminurie a ét notée dans l'observation de Gaucher (2), dans celle d'HallopeauetTuffier(3 dans celle de Perret (4). Dans ce dernier cas elle reparut dans trois ré cidives, fut proportionnelle à l'intensité des attaques et cessa après 1 desquamation. Elle fut également passagère dans les deux atteintes qu' eurent lieu, à trois ans d'intervalle, chez un malade observé par l'un d nous (E. Vidal).
Un des traits caractéristiques de la dermatite scarlatiniforme généra lisée récidivante, c'est sa disposition aux récidives.
(1) Richardière, Un cas cl'érythème scarlatiniforme desquamatif, in Annales de dermatologie et de syphiligraphie, 1883, p.. 338.
(2) Hillairet et Gauctier, Traité théorique et pratique des maladies de la peau, 1885, p. 638
(3) Hallopeau et Tuffier, Bulletin de la Société médicale des hôidtaux, 1882, p. 221.
(4) Perret, Érythème scarlatiniforme récidivant, in Lyon médical, 1885, p. 389.
DERMATITE SG ARLATINIFORME GÉNÉRALISÉE. 167
En trois années, de dix-huit à vingt et un ans, le malade de Féréol (1) comptait neuf récidives; le malade de Richardière était atteint pour la neuvième fois ; un homme de soixante ans dont Tilbury Fox (2) a relaté l'observation avait eu près de cent récidives.
La première atteinte est ordinairement la plus longue et la plus sérieuse; elle peut durer d'un mois à six semaines. Les attaques subséquentes sont moins fortes et d'une durée plus courte. Elles peuvent survenir à des intervalles très irréguliers, de plusieurs années à plusieurs mois, et même à quelques semaines de distance.
Ces récidives sont le plus souvent spontanées; cependant, dans un certain nombre de cas, elles semblent avoir été provoquées par des médicaments ou par des aliments, ou encore par une attaque de goutte ou de rhumatisme agissant, comme cause occasionnelle, chez des sujets prédisposés ou ayant déjà été atteints de dermatite scarlatinifoiniie généralisée récidivante.
Anatomie pathologique. — Nous ne possédons aucune donnée personnelle sur l'anatomie pathologique de la dermatite scarlatinifoi-me généralisée récidivante. Dans un cas examiné par Suchard (3), cet auteur et Ernest Gaucher ont constaté : un allongement des papilles; la dilatation des vaisseaux; une infiltration du corps pupillaire et de la partie superficielle du derme par des cellules embryonnaires; la disparition du stratum granulosum au niveau des points oii se forment les squames, ainsi que la persistance de la coloration des noyaux de la couche cornée à ce même niveau. Les nerfs cutanés examinés par Suchard étaient sains ; il en était de même dans l'examen histologique d'un autre cas que fit Siredey (4).
Dans un cas de dermatite scarlatiniforme récidivante, Petrini etBabès(5) disent avoir constaté un épaississement de la couche granuleuse, surtout au niveau des régions interpapillaires, avec augmentation de l'éleïdine, etc. Petrini en conclut « qu'il faut admettre une activité anormale et une formation plus abondante d'éleïdine, en rapport avec la desquamation
(1) Féréol, Pscudo-exaiithcme sccuintini forme rccidivant, in liull. ik la Société méii.des hôpitaux de Paris, 28 Janvier 1876, p. 30.
(2) Tilbury Fox, Anomalous furni of i)ityriasis rnbra, in Skin diseases, éd., 1873,
j (3) Suchard, in Traité tlu'orique et pratique des maladies de la peau, par Hillairet et (iaucher, p.
, (4) Siredey, in JSote sur un cas d'érythème scarlatiniforme survenu dans le cours d'un rhumatisme articulaire aigu, par Ilallopeau et Tuflier, Bulletins de la Société médicale des Hôpitaux, 1882.
(o) Petrini (de Galatz), Du pityriasis rubra, de l'crythéme scarlatiniforme récidivant, de la dermatite exfoliutrice généralisée primitive, in Comptes rendus du Congres international de dermatologie et de syphiligraphie. Paris, 1889, p. o9
DERMATOBIA NOXIALIS.
répétée qu'on observe, pendant un certain temps, dans cette affection. »
Ces auteurs signalent aussi un léger œdème du derme, avec infiltration de cellules embryonnaires le long des vaisseaux.
DERMATOBIA NOXIALIS
Ciller ebra noxialis (Goudot).
La dermatobie de Brauer, décrite par J. Goudot sous le nom de cuterebra noxialis est un diptère du groupe des œstrides. Cette mouclie, originaire du sud et du centre de l'Amérique, attaque la peau de l'homme et celle des animaux, particulièrement des bœufs et des chiens, pour y déposer ses œufs d'où sortiront des larves qui pendant un certain temps vivront en parasites dans le tissu cellulaire sous-cutané. Ces larves, d'une ^ couleur blanche à peine jaunâtre, sont pyriformes,
renflées en avant, terminées en pointe en arrière et pourvues d'épines noirâtres dans leur moitié antérieure, sur les bords supérieurs et inférieurs de leurs six premiers anneaux.
La larve de la dermatobia noxialis est connue vulgairement sous les noms de « ver macaque » à Cayenne, sous celui d' « ura » au Brésil, et de « ver moyaquil » au Mexique.
Quelques semaines après la piqûre, à la suite d'une incubation d'un mois environ, des déman-!(|^ geaisons et des élancements coïncident avec l'apparition d'un petit bouton dur qui prend d'abord l'apparence d'un furoncle. Cette tumeur, de coloration rouge, violacée au centre, se développe lentement et peut durer plus de trois mois; le sommet, qui est de consistance dure, comme fibreuse, est perforé à son centre et laisse voir un petit orifice par lequel s'écoule un peu de sérosité. C'est par cet orifice qu'on peut faire sortir, par la pression, une petite masse blanchâtre animée de mouvements, qui n'est autre que la larve de la dermatobie. Cette expulsion est suivie d'une guérison très rapide.
Si elle n'est pas extraite la larve grossit rapidement, s'enfonce plus profondément, et la tumeur qu'elle cause devient de plus en plus grosse et de
Fig. 11. — Dermatobia noxialis.
a, larve grossie. — a', sa gr.m deur naturelle, — 6, ses stigmates
DERMATOLYSIE.
plus en plus douloureuse. La douleur est plus vive le matin, vers cinq à six heures, et le soir quand la larve exécute d(!S mouvements de succion. Goudot compare la sensation désagréable qu'elle cause à celles de plusieurs aiguilles enfoncées vivement et par saccades dans la peau.
La rapidité des communications entre l'Europe et l'Amérique et la longue durée de la lésion produite par la larve parasitaire autorisent à penser à cette affection quand on voit une tumeur d'aspect furonculeux durer plusieurs mois chez un sujet débarqué d'Amérique depuis pou de temps. Deux fois des larves vivantes ont été observées à Paris quelques instants après avoir été expulsées. La première, extraite d'une petite tumeur d'apparence furonculeuse, vivait depuis trois mois dans la peau de la cuisse d'une Brésilienne récemment arrivée à Paris ;. elle fat remise, par Hardy et Albert Robin, à Laboulbène (1) qui reconnut la larve de la dermatobia noxialis. Dans le second fait, relaté par Mégnin (2), le malade venait de Guatemala et était arrivé depuis peu de jours à Paris. La tumeur, développée dans la peau de la cuisse, avait atteint près de six centimètres de diamètre ; elle était, depuis quarante jours, le siège d'élancements, lorsque la pression en fit sortir la larve encore vivante.
DERMATOLYSIE
Dennatohjsie (Alibert). — Cutifi pendu la. — Ciitk lapsus.
Cutis taxa.
La dermatolysie (de cÉp;j.a, peau, et aJeiv, relâcher) est caractérisée par la mollesse et le relâchement partiel de la peau produisant des plis plus ou moins considérables.
RadclitTe Crocker (S") pense que le nom de dermatolysie devrait être réservé aux cas de laxité de la peau survenant après une distension prolongée, comme celle qu'amène l'obésité, celle qui succède à des parturitions multipliées, etc. C'est dans ce sens qu'Alibert (4) avait créé le mot de
(1) Laboulbène, Examen dhine larve vivante cVuu insecte diptère du Brésil (Dermatobia noxialis) observée à Paris, in Bulletin de r Académie de médecine, 1883, p. 729.
(2) Mégnin, Deuxième cas de tumeur causée par une larve d'Œstride observée en France^ in Comptes l'endns de la Société de biologie, 188i, p. 143.
(3) Radclilîe Croclcer, Diseuses ofthe skin, 1888, p. 490.
(4) Alibert, Monographie des dermatoses, 173 i, t. II, p. 719.
DERMATOLYSIE.
« dermatolysie ». Il désignait ainsi une extension anormale de la peau, ayant une tendance incessante à s'accroître et se développant rarement avant l'âge de la puberté. Il classait cette difformité en plusieurs variétés, suivant le siège qu'elle occupait. Il admettait :
A. La dermatolysie palpébrale, et citait, comme exemple, une jeune paysanne dont les paupières supérieures s'étaient allongées au point de couvrir les yeux et la partie supérieure des joues.
A un moindre degré la dermatolysie palpébrale n'est pas très rare.
B. La dermatolysie faciale; à ce sujet, il rapporte l'observation d'un homme de quarante-cinq ans, dont la peau de la tète retombait en énormes plis sur le front, la tempe gauche, et tout le côté droit de la face. La peau épaissie, doublé d'un tissu cellulaii^e inégalement gonflé, était d'une coloration blanc rosée.
C. La dermatolysie cervicale, qui n'est que l'exagération de la laxité de la peau du cou, comme celle qui s'observe physiologiquement dans la vieillesse. Dans quelques cas la peau peut former de grands plis, comme ceux qui existent normalement au cou des vaches ou au cou des gros chiens de basse-cour.
D. La dermatolysie ventrale, fréquente chez les femmes multipares, chez les sujets qui ont maigri après avoir eu la peau de l'abdomen distendue par l'obésité.
Alibert rappelle que le fameux polyphage Tarare, dont Percy a publié l'observation, avait la peau du ventre si distendue que, lorsqu'il était à jeun, elle pouvait être repliée et faire presque le tour de son corps.
F. La dermatolysie génitale, analogue à celle qui existe normalement chez ^ les femmes de Boschimans, et qui forme entre les grandes et les petites lèvres un appendice auquel on a donné le nom de tablier des Hottentottes.
Alibert a constaté une difformité du même genre chez une jeune fille m française d'une vingtaine d'années. fl
La dermatolysie a été constatée dans presque toutes les autres régions : sur la cuisse, sur la jambe, dans la région dorsale, etc.
Elle peut occuper toute une moitié du corps, comme chez l'Espagnol Georges Albes, représenté dans l'ouvrage de John Bell (1). La peau du côté droit était d'une laxité extraordinaire, tandis que du côté gauche j elle conservait sa fixité et sa résistance normales.
Otto Seifert (2) rapporte un cas de dermatolysie de la totalité du corps. Chez le sujet de son observation, un jeune homme de dix-neuf ans, toute
(1) John Bell, Principles of surgery, 2" édit. 1826, vol. III.
(2) Otto Seifert, Uebcr cutis laxa, in Centralblatl far klinische Wedicin. Lei^^zig, 1890, n» 3, p. 49. I
DERMATOLYSIE.
la peau était d'une extensibilité anormale; elle pouvait être étirée, allongée, et largement plissée.
Valentine Mott (1) pense que les tumeui's formées par l'extension exagérée de la peau, auxquelles il donne le nom de « parhydermatocèle », sont toujours d'origine congénitale, qu'elles ont constamment pour point de départ un nœvus qui grandit avec les progrès de l'âge et peut vers lepoque de la puberté prendre des dimensions considérables. Dans les cinq observations contenues dans son mémoire on retrouve cette origine. Elles appartiennent au fibroma molhiscum pendulum, que nous étudierons plus loin. (Voy. Fibroma jiolluscum). Les faits de dermatolysie congénitale sont des variétés de naevi, des naeA'i mollusciformes (Voy. NiEvi).
Nous admettons qu'il puisse exister une prédisposition native à la dermatolysie, mais nous ne pensons pas que la ditïormité constituée par des replis anormaux de la peau, en dehors- des naevi et du fibroma molluscum, ait jamais été observée chez un nouveau-né. Nous pensons qu elle ne se manifeste que quelques années après la naissance, parfois à l'époque de la puberté ou à la suite d'un traumatisme et qu'elle est idiopathique ou accidentelle.
Elle peut être consécutive à une blessure, comme chez la jeune fille qui a fait le sujet d'une communication de Demarquay (2) à la Société de chirurgie. A l'âge de dix-neuf ans, dans une chute sur un vase de porcelaine, la grande lèvre droite fut profondément coupée. Quatre ans plus tard il se produisit, au niveau de ce traumatisme, une extension du tégument qui prit l'apparence et les dimensions d'un scrotum suspendu au milieu de la grande lèvre.
Radclifîe Crocker (3) rapporte qu'un jeune homme, après être tombé dans la cale d'un navire, avait été atteint d'une paraplégie et d'un large abcès des fesses qui guérit, puis s'ouvrit de temps en temps. Deux ans après cet accident la peau commença à s'allonger au niveau des anciens abcès. Dix ans après le traumatisme, l'extension du tégument avait pris de telles proportions que d'énormes replis de peau, se recouvrant comme des volants, pendaient depuis la douzième côte jusqu'à la moitié des cuisses.
L'exemple le plus curieux de dermatolysie d'origine traumatique a été publié par John Bell (4). C'est l'observation, souvent citée d'Eleanor
(1) Valentine Mott, Remarks on a peculiar form of tumor of the skin denominated « pachydermatocele » in Medico-ehirurgical Transactions, I8j4, vol. XXXVII, p. l'6'6.
(2) Démarqua}', Bulletin de la Société de chirurgie, 186i, p. 343.
(3) Radclifîe Crocker, Loc. cit., p. 490.
(4) John Bell, Principle.'i of surgery, vol. Ili, édition, 1808, et 2'= édition, 1826, vol. III, p. 40.
DERMATOLYSIE.
Fitzgerald, qui est représentée dans les gravures 458 et 4S9 de la collection Erasmus Wilson (l)du musée de Hun ter.
Chez cette femme un repli de peau, d'un mètre et demi de longueur, naissant par un très large pédicule, du niveau de l'oreille gauche et du derrière de la tète, couvrait le cou, la poitrine et l'abdomen et tombait en bourrelets volumineux que la malade était obligée de retenir sur ses genoux, quand elle était assise.
Cinq ans avant que fut faite la gravure, Eleanor Fitzgerald avait été frappée par la foudre sur le coté gauche de la tête et avait vu survenir immédiatement après l'accident une tumeur molle, sacciforme, pendante, qui s'ouvrit spontanément. Les parois du sac continuèrent à grandir et l'extension de lapeau atteignit graduellement des dimensions considérables.
E. Wilson rapproche de ce fait, comme étant d'origine trophonévrotique, celui d'flenri Wright (2) dans lequel la dermatoiysie commença, à l'âge de quatorze ans, chez une épileptique.
C'est aussi à l'âge de quatorze ans que remontait le début de l'énorme hypertrophie des téguments de la hanche de la jeune fille vue par Duhring (3), dans le service de Weden Cooke, et opérée à Saint-George's hospital par Pollock. Les dessins et photographies représentant la dermatoiysie, cinq ans après son début, figurent au Musée de Hunter, dans la collection d'Erasmiis Wilson, sous les n°' 461, 462 et 463. Quatre ou cinq replis de la peau, mobiles les uns sur les autres et se recouvrant, tombaient de la hanche et de la cuisse gauche jusque sur le genou ; cela ressemblait, dit E. Wilson, à une jambe de large pantalon turc.
Les replis formés par la dermatoiysie ont la consistance de seins flasques, émaciés ; ils pendent comme des sacs cutanés dont les parois se laissent écarter tant elles sont mobiles l'une sur l'avitre. Dans les distensions considérables ces replis, lisses ou lobulés, s'étagent et se recouvrent comme les plis d'une pèlerine de cocher, ou comme les volants d'une robe, ou s'étalent comme un manteau.
La peau conserve son activité fonctionnelle, sa température; sa coloration reste généralement à peu près normale ; parfois elle est plus rosée ou d'une teinte plus ou moins pigmentée. Lisse et sillonnée par de grosses veines, elle est parfois ridée et un peu rugueuse. Les ouvertures des follicules sébacées, plus apparentes qu'à l'état normal, sont aussi plus
(1) Erasmus Wilson, Lectures on Dermatology, 1874-1875, p. 165.
(2) Henri Wright, Transactions ofthe Pathological Society of London, session 1864-1863, vol. XVI.
(3) Duhring, Biseases of the skin, 2° édit., 1881, p. 390 et traduction de Barthélémy et Colson, p. 497.
DERMATONEUROSES.
IT.i
écartées. Les poils sont également éloignés les uns des autres, consécutivement et proportionnellement à la distension de la peau.
L'indolence de ces dermatolysies est complète. Elles sont, entre les replis, le siège d'une sécrétion sudorale exagérée, d'irritations fréquentes et d'un suintement fétide; l'érythème intertrigo, les exulcérations surviennent souvent; il peut s'y former des érosions qui parfois donnent lieu à des hétnorrhagies plus ou moins abondantes.
Anatomie pathologique. — La plupart des examens histologiques ont été faits sur des tumeurs de fibroma molluscum ou sur des nœvi moUusciformes. Nous ne pouvons guère citer ici, comme appartenant à la dermatolysie que les recherches anatomo-pathologiques de Ivopp(l) et celles d'Otto Seifert (2). L'étude microscopique d'un morceau de peau, de la région antérieure du thorax, faite par ce dernier et par son assistant Du Mesnil, a permis de constater l'état absolument normal des hbres élastiques. Par contre le tissu fibreux du derme était transformé en un tissu imparfaitement formé, uniformément myxomateux, avec disparition totale des faisceaux fibrillaires.
L'obstacle que les trabécules fibreux du tissu conjonctif opposent, dans l'état normal, à l'extensibilité des fibres élastiques se trouve presque complètement neutralisé : il en résulte qu'une peau de cette nature devient alors une membrane absolument élastique.
Dans le lambeau de peau enlevé par Pollock, sur la malade de Weden Cooke, les troncs veineux étaient d'un volume considérable. Cette angiectasie, ainsi que le développement anormal du tissu adipeux, est indiquée par plusieurs auteurs.
DERMATONEUROSES
L'étude des dermatoneuroses constitue un des chapitres les plus importants de la pathologie cutanée.
L'importance d un pareil sujet, le silence qui règne sur lui dans les I traités de dermatologie nous forceraient à écrire ici de longues pages sur cette classe des maladies de la peau, si nous ne pouvions renvoyer le lec-
(1) Kopp, Munchencr medic. Wochenschrift, 1888, n° 15.
(2) Otto Seifert, loc. cit., p. 50.
DERMATONEUROSES.
teiir aux livres et mémoires publiés depuis 1879 par Tun de nous (Leloir) et ses élèves sur les affections cutanées d'origine nerveuse, les trophonévroses cutanées, les dermatoneuroses, etc.
La lecture de ces mémoires montrera suffisamment de quelle importance est l'étude des dermatoneuroses, les grands progrès qui ont été faits dans leur étude en ces derniers temps et les phases successives par lesquelles elle a passé.
Nous conseillons également de lire à cet égard les livres et mémoires plus récents et confirmatifs des premiers, publiés tout dernièrement en France, par Déjerine, Pitres et Vaillard, Ballet, l'article Vaso-moïeors de Mathias Duval paru dans le Dictionnaire de Jaccoud, l'article Peau publié par Hahn dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, l'article Dermalgie écrit par Arnozan dans le Dictionnaire encyclopédiqne des scie7îces médicales; les travaux publiés : en Allemagne par Mayer, Kopp ; en Russie par Pospelovs^, Polotebnoff; en Angleterre par Radcliffe Crocker; en Autriche par Schwimmer, etc.
La grande classe des affections cutanées d'origine nerveuse, des dermatoneuroses, trop négligé jusqu'en 1879, malgré les travaux de Brown- Séquard, Charcot, Vulpian, Bœrensprung, Weir-Mitchell, etc., va donc en s'agrandissant depuis quelques années; elle occupe enfin et de plus en les dermatologistes.
Bien des raisons doivent cependant attirer l'attention des dermatologistes sur le rôle joué par le système nerveux dans la production des affections dites génériques de la peau.
L'anatomie générale, l'embryogénie, le développement de l'individu et de l'espèce, par les beaux travaux de Ranvier, Unna, Coyne, Renaut, Fischer, Hermann et Tourneux. . . , de Darwin, Hœckel , Kowalesky, Giard. . . , ne devaient-ils pas faire présumer le rapport intime qui existe entre les affections de la peau et celles du système nerveux, en montrant qiie le système nerveux n'est qu'un ectoderme différencié et que la peau peut être considérée schématiquement comme une sorte de terminaison étalée, comme une espèce d'expansion périphérique et terminale de l'appareil sensitif?
Waller, Claude Bernard, Brown-Séquard, Charcot, Vulpian, Weir- Mitchell, Morehouse, Keen, Bœrensprung, Erb , Westphal, Eulenburg, etc., n'avaient-ils pas, par leurs admirables recherches cliniques et physiologiques, créé tout un chapitre nouveau de pathologie et de physiologie : les tropho névroses?
Enfin, pour nous rapprocher du domaine de la dermatologie, Alibert, Cazenave, Rayer, Chausit, Canuet, Parrot, Axenfeld, Paget, etc., n'avaient-
DERMATONEUROSES.
ils pas entrevu l'influence jouée par le système nerveux dans la production de certaines affections cutanées?
Paget, Daniellsen et Boeck, Weir-Mitchell, Morehouse, Keen, Browu- Séquard, Charcot, Vulpian, Parrot, Verneuil, Duplay etMorat, Poncet de Cluny, Duménil, Bœrensprung, Wyss, etc., etc., n'avaient-ils pas montré que diverses altérations du tégument peuvent se rencontrer à la suite de lésions traumatiques ou autres du système nerveux?
Et cependant, ce n'est que dans ces derniers temps que, guidés par les considérations précédentes, quelques dermatologistes ont cherché à établir si certaines affections dites génériques de la peau ne devaient pas être également considérées comme des affections cutanées d'origine nerveuse. Les recherches cliniques et anatomo-palhologiques qu'ils entreprirent sur ce point furent des plus fructueuses, et, comme nous l'avons dit plus haut, l'on peut dire que depuis 1879 l'étude des dermatoneuroses s'impose à tout dermatologiste.
Par dermatoneuroses^ nous entendrons toute affection cutanée secondaire à une modification du système nerveux central, ganglionnaire ou périphérique fl).
Leur étude comprend donc non seulement celle des névroses pures de la peau (hyperestliésie, prurit, etc.), mais celle bien plus importante et complexe des phénomènes objectifs survenant au niveau de la peau sous l'influence de la modification d'action du système nerveux.
Comme l'a fait l'un de nous dans son livre sur les affections cutanées d'origine nerveuse et dans son article Trophonévroses du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques (2), il faut dans l'étude des dermatoneuroses distinguer un certain nombre de classes :
1° Les Dermatoneuroses sensitives pures. — Ce sont des affections cutanées d'origine nerveuse qui présentent pour seuls phénomènes des phénomènes subjectifs : les troubles de la sensibilité cutanée.
Dans ce groupe se rangent :
a. Les ditlerentes variétés de l'hyperesthésie cutanée : hyperestliésie proprement dite, dermalgie, prurit, hyperalgie, paresthésie, etc. ;
b. Les différentes variétés de l'anesthésie cutanée.
(1) Cette déflniLion dérive naturellement des travaux publiés depuis 1879 par l'un de nous (Leloir, Buv les affections mlam'es d'origine nerveuse).
(2) H. Leloir, Recherches cliniques et anntomo-pathotogiques sur les affections cutanées d'origine nerveuse. Paris, 1881. — H. Leloir, article Tropho.mIvroses du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques (1882), etc., etc. — Travaux couronnés par l'Institut. (Prix de médecine et de cliirurgie. Prix Montyon, 1884 et par l'Académie de médecine. Prix Godard, 1882.)
DERMATONEUROSES.
2° Les DermatOiN'euroses motrices pdres. — Ce sont des affections cutanées d'origine nerveuse caractérisées par un seul phénomène : la contraction des fibres musculaires cutanées et en particulier des fibres musculaires glandulaires des follicules pilo-sébacés. Leur type est la « cutis anserina ».
3° Les Dermatoneuroses vasculaires ou Dermaïoneuroses vaso-motrices PURES. — Ce sont des affections cutanées d'origine nerveuse caractérisées par les phénomènes résultant de la dilatation ou de la constriction anormales des vaisseaux sanguins et des troubles de nutrition qui peuvent en être la conséquence.
Bien que pouvant se combiner parfois et assez souvent même avec les trophonévroses cutanées pures, ainsi que nous le A-errons plus loin, elles se distinguent néanmoins complètement des dermatoses trophiques vraies. Les travaux de Waller, C. Bernard, Brown-Séquard, Charcot, Vulpian, Snellen, Virchow, 0. Weber, Liégeois, Ludwig, von Wittich, Heidenhain, Luchsinger, Kendall, Mathias Duval, etc., ont montré en effet que les troubles vaso-moteurs secondaires aux affections du système nerveux sont insuffisants pour produire à eux seuls des troubles trophiques vrais, bien qu'ils jouent un certain rôle comme cause prédisposante.
Elles comprennent l'étude de certaines hyperémies cutanées et de certains érythèmes, de certaines anémies cutanées, de l'urticaire, de certaines hémorrhagies cutanées.
Ellessont en général de courte durée, passagères, parfoismême très fugaces.
Elles sont en général en relation avec des modifications passagères et sine materid de l'innervation. Elles peuvent néanmoins se montrer comme conséquences d'affections nerveuses cu?n materid, soit souvent à leur début, soit dans le cours de leur évolution.
Nous ne saurions mieux faire que de renvoyer le lecteur pour leur étude clinique et physiologique au Traité de Vulpian Sur les vasomoteurs, à l'article Vaso-moteurs publié par Mathias Duval dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, au chapitre Angionévroses du livre publié en 1883 par Schwimner sur les Neuropatischen Dermatosen.
4" Les DliRMATOiNEUROSES TROPHIQUES OU ÏROPHONÉVROSES CUTANÉES PROPRE- MENT DITES. — Celles-ci peuvent, comme l'a dit l'un de nous (1), se diviser au point de vue physiologique en deux groupes, suivant que l'on a affaire à une trophonévrose cutanée pure, c'est-à-dire indépendante de tout phénomène vaso-moteur, ou qu'au contraire on se trouve en présence d'une trophonévrose cutanée mixte, c'est-à-dire d'une affection cutanée d'origine nerveuse où les troubles vaso-moteurs s'unissent aux
(1) H. Leloir, Recherches clink[ues et anatomo-palhologiques sur les affections cutanées d'origine nerveuse, p. 182 etsuiv. Paris, A. Delahaye, 1881.
DERMAÏONEUROSES.
troubles trophiques proprement dits pour déterminer l'altération de la peau (1).
D'ailleurs, si cette division peut être proposée au point de vue de la physiologie pathologique, elle ne présente (actuellement du moins) qu'une importance clinique bien secondaire, car il est presque impossible le plus souvent de déterminer si l'on se trouve en présence d'une dermatoneurose trophique pure ou mixte.
Quoi qu'il en soit, cette classe de dermatoneuroses trophiques est l'une des plus importantes des affections cutanées d'origine nerveuse. Elle comprend un grand nombre de modifications de la surface cutanée, modifications de nature éruptive ou non éruptive.
Ces dermatoneuroses trophiques ou trophonéyroses cutanées proprement dites sont d'ordinaire des affections assez permanentes du tégument externe et de ses annexes.
Elles sont en général liées à des modifications assez permanentes et prononcées de l'infiux nerveux. Nombreuses et variées sont les lésions, les efflorescences cutanées par lesquelles peuvent se manifester sur le tégument les altérations du système nerveux central ou périphérique, les troubles survenus dans l'action trophique du système nerveux.
(1) Rappelons à ce propos que l'un de nous, dans son livre de 1881 sur les affections cutanées tV oriQine nerveuse (p. 180 et suivantes), s'appuyant sur les magnifiques travaux de C. Bernard, Brown-Sequard, Goltz, Luchsinger, Vulpian, Heidenhain, l. Straus, etc., etc., relatifs à la sécrétion des glandes salivaires et sudorales (travaux qui ont montré que la sécrétion glandulaire est indépendante des phénomènes vaso-moteurs que détermine dans la glande la modification de l'inllux nerveux, que l'élément nerveux agit directement sur la cellule glandulaire pour déterminer la sécrétion de la glande) a essayé d'appliquer ces données physiologiques à Fétude des dermatoneuroses.
Comparant la peau à une glande étalée, ce qui est assez conforme aux données de l'anatomie et de la physiologie, il a proposé de rapprocher les phénomènes pathologiques qui se produisent au niveau de la peau, consécutivement à des altérations du système nerveux, de ceux que Ton peut observer dans une glande à la suite d'altérations du même système. L'on obtient ainsi une sorte de schéma classificatif et comparatif des affections cutanées d'origine nerveuse.
a. La glande (lisez peau) renferme des nerfs sensitifs. Ces nerfs seuls peuvent subir des modifications dans leur fonctionnement = Dermutonewose sensilive pure.
h. La glande (lisez peau) renferme des fibres musculaires. La modification survenue dans le fonctionnement du système nerveux retentit sur la contractilité de ces fibres musculaires = dermatoneurose motrice pure.
c. La glande (lisez peau) renferme des vaisseaux. La modification survenue dans le fonctionnement du système nerveux retentit sur la circulation de ces vaisseaux = De?'maloneurose vaso-motrice pure.
d. La glande (lisez peau) renferme des éléments cellulaires sécréteurs. Ceux-ci se trouvent influencés par la modification de l'influence trophique du système nerveux = Dermatoneurosii trophique pure.
Enfin les groupes c et d réunis = Dermatoneurose trophique mixte.
Lei.oir et Vidal. 12
DERMATONEUROSES.
Ainsi que l'afait l'un de nous (1) dans son article ïrophonévroses, nous ne nous occuperons ici que des affections cutanées dont l'origine nerveuse est démontrée, dans certains cas du moins (car des causes différentes peuvent certes produire des effets semblables et une même affection cutanée ou mieux une même lésion élémentaire de la peau peut tantôt dépendre de modifications du système nerveux et tantôt de toute autre cause).
Nous nous bornerons à reproduire ici en l'augmentant un peu, le tableau fait par l'un de nous dans son article Trophonévroses, des affections cutanées dont l'origine nerveuse est démontrée d'une façon certaine par un ensemble défaits cliniques et anatomo-pathologiques suffisamment précis et nombreux; renvoyant pour l'étude dë ces affections aux travaux de Brown-Séquard, Charcot, Vulpian, Weir-Mitchell, et surtout aux travaux publiés de 1879 à 1889 par l'un de nous et ses élèves sur les affections cvitanées d'origine nerveuse (2) ainsi qu'aux mémoires de Pitres et Yaillard(3), de Kopp (4), etc.
Nous renvoyons également aux différents chapitres de ce livre où sont étudiées les affections cutanées énumérées dans ce tableau.
Les dermatoneuroses Irophiques sont les suivantes :
/ A. Erythèmes
a. Érythème trophoneuroLique
, b. Glossy-skin.
^ , „ , . . chroniques. i,
1° Des erythèmes chroniques \ ^ \ c. Pellagre
et des dermites plus ou moins , „ ^ ,., ( Panaris nerveux de Morvan, de Quin- ^ ' B. Dermalites '
superficielles / ' , 1 quaud (6).
^ trophoneuro- { ^ , ■ -, ,., ,
1 Certaines dermatites encore mal
\ tiques f
\ connues.
(1) H. Leloir, article Trophonévroses du Dictionnaire de méd. et de chirurgie pratiques.
(2) H. Leloir, Comptes rendus de l'Institut, 1879, 1880. — Archives de physiologie, 1880. — Recherches cliniques et anatomo-pathologiqnef: sur les affections cutanées d'origine nerveuse. Paris, A. Delahaye, 1881. — Article Trophonévroses du DicLionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. — Leçons nouvelles sur les affections cutanées d'origine nerveuse. Annales de dermatologie, 1886, 1887, 1889. — Traité pratique et théorique de la Lèpre. Paris, A. Delahaye et Lecrosnier, 1886. — Les pelades et les peladoïdes. Bulletins de l'Académie de médecine, 26 juin 1888. — 0. Lebrun, Du vitiligo d'origine nerveuse. Thèse de Lille, 1886. — Masurel, Contribution à l'étude des maladies de la peau d'origine spinale produites par des lésions nerveuses périphériques. Thèse de Lille, 1887. — Levèque, Contribution à l'étude des dermatoses par choc moral. Thèse de Lille, 1887. — Dupas, Traitement de l'herpès par les applications d'alcool ou d'alcoolats d'après la méthode du professeur Leloir. Thèse de Lille, 1889. — E. Baude, Des dermatoneuroses indicatrices (Leloir). Thèse de Lille, 1889, etc.
(3) Pitres et Vaillard, Contribution à l'étude des névrites périphériques non traumatiques. Archives de neurologie, 1883.
(4) Kopp, Die Trophoneurosen der Haut. Vienne et Munich, 1886.
(3) Voir à ce propos le magistral article Pellagre, publié par J. Arnould dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales et la note de Déjerine Sur V altérati'jn des nerfs cutanés dans la pellagre.
(6) Ces panaris et dermatites trophoneurotiques peuvent s'accompagner parfois
DERMATONEUROSES
2° Des affections papuleuses. Certains eczémas.
^ . . , i Certains eczémas.
3° Des affections vesiculeuses. ,^ , • , . t
( Certams herpès. Le zona.
, \ Certaines éruptions huileuses localisées.
4° Des affections huileuses. , .
/ Certains pemphigus.
o° Des affections pustuleuses. Certains ectliymas.
^ , . [ Certaines ulcérations trophicrues peu étudiées. Le
6° Des ulcérations < , „
/ mal perlorant.
, Gangrènes symétriques des extrémités.
1 Gangrènes d'origine nerveuse centrale (décuhitus
7° Des gangrenés / . ,
» I aigu).
i Gangrènes d'origine nerveuse périphérique.
8° Certains œdèmes chroniques durs ou demi-durs; certains étals éléphantiasiformes.
9° Certains sclérèmes (1).
10° La sclérodermie? La morphée? La trophonévrose faciale? Certaines atrophies cutanées ?
11° La lèpre systématisée nerveuse; la lèpre mixte. 12° Certains états ichthyosiques de la peau. 13° Certaines hyperkératinisations ; callosités.
Augmentation du pigment.
Diminution du pigment.
14° Des troubles de la pigmentation cutanée
Vililigo (2)
Quant aux lésions trophiques des annexes de la peau, elles seront étudiées plus loin dans le groupe des dermatoneuroses glandulaires, bien qu'elles puissent être considérées comme un sous-groupe de la classe des dermatoneuroses trophiques.
Nous avons laissé de côté dans cette énuraération certaines affections qui, bien que rangées récemment et un peu hâtivement par Schwimmer(3) dans les trophonévroses cutanées, ne sont pas assez nettement sous la dépendance de troubles nerveux, pour que nous puissions les placer dans notre groupe des dermatoneuroses trophiques (tels sont les lichens? l'élépliantiasis des Arabes, le myxœdème, etc.). En ce qui concerne le xanthelasma, l'on n'est pas encore suffisamment fixé, malgré les beaux
d'autres éruptions, comme dans le cas publié en 1882 par l'un de nous avec la collaboration du D"' Merklen, dans les Àmiales de dermatologie (H. Leloir et P. Merklen, Syncope locale des extrémités, eczéma de la paume des mains et des doigts. Aiinales de dermatologie, 1882).
(1) Voir entre autres à propos des œdèmes et sclérèmes trophoneurotiques : Silva- Araujo, Elephantiasis des Arabes, Gazetta medica di Bahia, 1882. — H. Leloir, Des affections cutanées d'origine spinale consécutives à des lésions iwveuses périphériques. Annales de dermatologie, 1886. — Des dermatoneuroses indicatrices, .\nnales de dermatologie, mai 1889. î (2) H. Leloir et Chahrier, Altérations nerveuses dans le vitiligo. Comptes rendus de l'ins- I titut, décembre 1889. — H. Leloir, Recherches cliniques et anatomo-pathologiques sur les I affections cutanées d'origine nerveuse, 1881. — 0. Lebrun, Du vitiligo d'origine nerveuse. Thèse de Lille, 1886.
(3) Schwimmer, Die neuropatischen Dcrmatosen. Vienne, 1883.
DERMATONEUROSES.
travaux du docteur Chambard, sur l'état des nerfs dans cette affection.
Quant au psoriasis, sur la production des poussées duquel le système nerveux semble parfois jouer un grand l'ôle (dans certains cas tout au moins), comme l'a dit Polotebnoff, dans ses excellentes cliniques (1) et comme l'a montré l'un de nous à propos de l'influence exex'cée par les cbocs moraux sur l'apparition de poussées de psoriasis (2), sa pathogéuie intime est encore trop obscure pour que nous osions le ranger d'une façon définitive parmi les dermatoneuroses trophiques.
Il ne faut pas oublier en effet que, si certaines variétés de psoriasis s'accompagnent d'arthropathies paraissant déterminées par des lésions du système nerveux (3) et d'autres phénomènes nerveux divers, il n'en est pas moins vrai que l'un de nous a toujours trouvé intacts les nerfs cutanés recueillis au niveau des placards de psoriasis et cela dans un grand nombre de cas (4).
5° Les Dermatoneuroses glandulaires. — Nous désignons sous ce nom les affections cutanées d'origine nerveuse caractérisées par une perturbation de la sécrétion glandulaire secondaire à un Irouble de fonctionnement du système nerveux. Elles peuvent être considérées au point de vue physiologique comme un sous-groupe de la classe des dermatoneuroses trophiques. Elles peuvent se diviser en :
A. Dermatoneuroses glandulaires sudorales
B. Dermatoneuroses glandulaires sébacées