‹ Traité descriptif des maladies de la peauChapitre 28 sur 100 · CLASSE I. — DERMATONEUROSES CUM MATERIA · texte numérisé non relu

CLASSE I. — DERMATONEUROSES CUM MATERIA

Ici les lésions du système nerveux central ganglionnaire ou périphérique qui ont présidé aux dermatoneuroses ont été constatées anatomiquement.

D'une façon générale, les dermatoneuroses secondaires à des lésions cum materiâ du système nerveux sont des alTections permanentes, ou tout au moins ne présentant pas les caractères fugaces, fréquents dans les dermatoneuroses sine materiâ.

Ces atrections cutanées sont en général des dermatoneuroses trophoneurotiques, des trophonévroses. Elles en présentent d'ordinaire les caractères plus profonds, plus tenaces.

Cependant il ne faudrait pas exagérer ce que nous disons et considérer toute modification cum materiâ du système nerveux comme devant présider fatalement (lorsqu'elle retentit sur la peau) à une dermatoneurose trophiquo. Cette proposition serait beaucoup trop absolue.

Les troubles de fonctionnement du système nerveux résultant d'une altération appréciable avec nos moyens actuels d'investigation déterminent, surtout à leur début, des dermatoneuroses sensitives pures et parfois (mais plus rarement) motrices pures. Quant aux dermatoneuroses vaso-motrices, elles sont très fréquentes à la suite des lésions cum materiâ du système nerveux et se montrent soit à l'état pvir, soit combinées avec les dermatoneuroses sensitives et trophoneurotiques.

Il est fréquent de les voir constituer l'un des premiers symptômes indicateurs de l'altération nerveuse.

S'il est permis peut-être de dire d'une façon générale que plus l'affection cutanée est profonde, tenace, chronique, plus l'altération nerveuse qui y préside est accentuée (exemple : mal perforant, lèpre systématisée nerveuse, lésions trophiques des ongles chez les ataxiques), cette proposition est loin d'être absolue.

Aussi existe-t-il en quelque sorte un passage insensible entre les dermatoses cvim materiâ et les dermatoneuroses sine materiâ, aussi les types d'affections cutanées ressortissant à chacune de ces modifications nerveuses provocatrices ne deviennent-ils nettement définis et distincts que dans les limites extrêmes, accentuées.

DERMATONEUROSES.

Quoi qu'il en soit, nous pouvons dire d'une façon générale que les dermatoneuroses cum materiâ coi'respondent principalement au groupe clinique décrit par l'un de nous(l) sous le nom de trophonévroses cutanées.

Les lésions du système nerveux qui ont été constatées comme donnant lieu à ces dermatoneuroses sont (2) :

1° Des lésions de l'encéphale. — L'anatomie et la topographie exactes des lésions encéphaliques qui président à la production de certaines dermatoneuroses cum materiâ sont encore entourées de la plus grande obscurité. Nous ne saurions trop conseiller de lire à cet égard les classiques leçons de Charcot sur les maladies du système nerveux.

2° Des lésions de la moelle. — Les dermatoneuroses ont souvent pour origine une lésion spinale.

D est probable que l'on trouverait plus fréquemment encore les lésions de la moelle dans ces affections cutanées si Ton avait plus souvent l'occasion de les rechei-cher. Il est probable de plus que ces lésions sont parfois tellement minimes qu'elles échappent à nos moyens actuels d'investigation. De même que pour les nerfs, elles sont probablement moléculaires et non grossières.

Les régions de la moelle qui sont le plus directement en rapport avec ces troubles trophiques cutanés sont : les zones radiculaires postérieures et la substance grise centrale et postérieure. La substance grise postérieure et centrale de la moelle semblent donc jouer par rapport à la peau un rôle analogue à celui des cornes antérieures pour les muscles.

(1) H. Leloir, loc. cit.

(2) Nous renvoyons le lecteur désireux de se renseigner d'une façon détaillée sur ces différentes altprations nerveuses et sur les affections cutanées qui en sont la conséquence aux travaux suivants : Brown-Séquard, Leçons sur les vaso-moteurs. — Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux. — • Vulpian, Leçons sur les vaso-moteurs. Leçons sur les maladies du système nerveux. — Lancereaux, Traité d'anatomie patliologique. — Erb, Article Moelle de V Encyclopédie de Ziemssen, 1878. — H. Leloir, Recherches cliniques et anatonio-patholoyiques sur les affections cutanées d'origine nerveuse. Paris, 1881 . — Article Trophonévrose du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. — Leçons nouvelles sur les affections cutanées d'origine nerveuse. — Des affections cutanées d'origine spinale, produites par des lésions nerveuses périphériques. Annales de dermatologie, 1887. — Leçons nouvelles sur les affections cutanées d'origine nerveuse. Les dermatoneuroses indicatrices. Annales de dermatologie, 1889. — Masurel, Contribution à l'étude des maladies de la peau d'origine spinale produites par des lésions nerveuses périphérique?. Thèse' de Lille, 1886. — E. Baude, Des dermatoneuroses indicatrices (Leloir). Thèse de Lille, 4889. — Déjerine, Altérations des nerfs cutanés chez les ataxiques. Archives de physiologie, 1883. — Pitres et Vaillard, Contribution à Vétude des névrites périphériques non traumatiques. Archives de neurologie, 1883. — Arnozan, Thèse d'agrégation de médecine. Paris, 1880 et article Der- MALGiE du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. — E. Kopp, Die Trophoneurosen der Haut. Vienne et Munich 1886. — Hahn, Article Peau du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. — M"" Déjerine Klumpke, Contribution à l'étude des polynévrites. Thèse de Paris, 1889,

DERMATONEUROSES GUM MATERIA. viCTÛHl^Sa^f^'^^

Quant aux dermatoneuroses trophiques ayant succédé à des lésions des cordons latéraux ou de la substance grise postérieure (Charcot, Duplay et Morat, Verneuil, Leloir, Nepveu, Breuer, etc.), elles semblent constituer des exceptions et devoir être considérées tout au moins comme des faits complexes. Il est rare en effet que dans ces cas on n'ait pas constaté, en même temps que les lésions précitées, des altérations de la substance grise centrale ou postérieure ou des zones radiculaires postérieures. Peut-être d'ailleurs pourrait- on expliquer ces faits en apparence contradictoires, même quand ils ne sont pas complexes, par le retentissement par voie réflexe de l'irritation des cordons antéro-latéraux ou des cornes antérieures sur les nerfs cutanés trophiques qui émergent de la moelle par les racines postérieures.

Les troubles trophiques cutanés paraissent être parfois secondaires à des lésions des ganglions spinaux, comme cela résulte des recherches de Charcot, Bœrensprung, etc. On sait que pour Samuel il en serait toujours ainsi. Cette opinion est beaucoup trop absolue. En ce qui concerne le zona, l'un de nous (1) a montré que l'on ne peut actuellement affirmer avec Bœrensprung que le zona dépend toujours d'une lésion des ganglions spinaux, qu'il existe bien des désiderata à propos du rôle Irophique des ganglions spinaux, bien des faits en apparence contradictoires et que l'on ne connaît pas encore bien le rôle des ganglions spinaux sur la nutrition de la peau.

Dans quelques cas d'affections cutanées trophiques, l'un de nous (2) a constaté des lésions des racines postérieures dont la pathogénie reste encore à déterminer.

3° Lésions des nerfs pékiphériques. — Souvent le processus anatomique qui préside à certaines lésions cutanées est une névrite parenchymateuse des nerfs préphériques. Cette névrite est tantôt primitive (3) et tantôt secondaire à une affection des centres. Pendant longtemps on a refusé aux nerfs périphériques, en dehors de toute lésion traumatique ou compressive, le droit de s'altérer spontanément, isolément, sans lésion préalable de leurs centres trophiques. La loi de Waller sur les centres trophiques des nerfs était admise sans conteste et ce dogme devait retentir sur l'étude des dermatoneuroses,

(1) H. Leloir, Recherches cliniques et anatomo-pathologiques sur les affections cutanées d'origine nerveuse. Paris, 1881, p. 152, 153, etc.

(2) H. Leloir, Recherches cliniques et anatomo-pathologiques, etc., loc. cil.

(3) Lire à ce propos les travaux de Duméiiil, Contribution pour servir à l'histoire des paralysies périphériques et spécialement de la névrite. Gaz. hebd., 1886. — Duplay et Morat, Union médicale, 1872. — Leloir, loc. cit. — Déjerine, loc. cit. — Pitres etVaillard, loc. cit. et Archives de physiologie, 1883. — Kopp, Tiophische Dermatosen, loc. cit. — Polotebnoff, loc. cit.

DERMATONEUROSES.

C'est à Duménil (de Rouen) que revient l'honneur d'avoir rendu manifeste l'individualité, l'autonomie du système nerveux périphérique. Cette démonstration devait jeter un jour nouveau sur toute une branche de la pathologie nerveuse, et les travaux de Charcot, Eichhorst, Leyden, Grainger Stewart, Lancereaux, Gombault, Westphal, Cornil, Dejerine, Pierson, Pierret, Joffroy, Pitres et Vaillard, Prévost, etc., faisaient fructifier au point de vue des maladies du système nerveux l'œuvre de Duménil.

Elle devait exercer ainsi (quoi qu'indirectement) une véritable révolution en neuro-pathologie cutanée et étendre d'une façon extraordinaire le cadre des dermatoneuroses cum materiâ, grâce aux travaux de Duplay et Morat, de Leloir et de ses élèves, de Déjerine, Pitres et Vaillard, Paul Mayer, Max Joseph, Kopp, Schwimmer, Polotebnotî, Pospelow, etc.

L'importance et la fréquence des névrites périphériques primitives au point de vue de la production d'un grand nombre de dermatoneuroses, importance sur laquelle a insisté longuement l'un de nous (Leloir) dans ses mémoires de 1879, 1880, 1881, etc., a été ultérieurement vérifiée et complètement admise par plusieurs médecins éminents dans une série de mémoires intéressants (1).

La névrite parenchymateuse primitive non traumatique est en effet une affection commune. Elle peut naître sous l'influence du froid, de différentes intoxications, etc., de l'impaludisme, de maladies infectieuses diverses. Elle se montre à titre de complication dans le cours de plusieurs états morbides des centres nerveux. Dans bien des cas son origine nous échappe. Elle provoque, suivant la fonction. du nerf qu'elle affecte, tantôt des troubles graves de la motilité, de la sensibilité, tantôt des troubles trophiques variés parmi lesquels les dermatoneuroses tiennent une place majeure. Son domaine s'accroît constamment et prend de jour en jour une importance plus considérable.

Il est évident que dans nombre de cas ces névrites parenchymateuses sont secondaires à l'action locale du virus, du microbe, d'agents toxiques agissant sur le tuhe nerveux, comme l'un de nous l'a montré pour laLèpre (2).

(1) Voir à ce propos les travaux de : Déjerine, Névrites périphériques observées chez les ataxiques. Archives de pMjsiologie, 1883. — Pitres et Vaillard, loc. cit., 1883, 1883. — Kopp, loc. cit. — Mathias Duval, loc, cit. — Paul Mayer, loc. cit. — Schwimmer, loc. cit. — Ballet, Trouble trophique de la peau observé chez les alaxiques. Progrès médical, 1883. — Arnozan, Article DKRMALCiEdu Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. — Max Joseph, Monatshefle fur Praktische Bermcdolugie, 1886. — Hahn, Article Peau du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. — M™" Déjerine Klumpke, Contribution à l'élude des polynévrites. Thèse de Paris, 1889. — Fulgence Raymond, Coings de la Faculté de Paris, 1887, etc.

(2) H. Leloir, Traité pratique et théorique de la lèpre, 1886 (Couronné par l'institut. Prix Montyon, 1887).

DERMATONEUROSES CUM MATERIA.

comme le supposent également Verneuil et Merklen à propos de l'herpès paludique dans leur intéressant mémoire sur les manifestations cutanées du paludisme (1), et comme Charrin (2) l'a si bien montré dans son magistral travail sur la maladie pyocyanique.

Rappelons en passant que, de même que Bœck et l'un de nous l'ont montré à propos de la Lèpre, il est possible que dans certains cas certaines manifestations cutanées de la syphilis soient en relation avec des névrites parenchymateuses périphériques (3).

Il est possible que les névrites parenchymateuses primitives soient peutêtre parfois secondaires à des lésions des centres nerveux. « Peut-être, de même que pour l'appareil neuro-musculaire, certaines affections cutanées où l'on n'a rencontré que des lésions des nerfs périphériques le plus souvent, dépendent-elles d'altérations de la cellule originale, trop peu prononcées pour pouvoir être constatées par nos moyens actuels d'investigation, mais suffisantes pour produire des lésions périphériques constatables. » (H. Leloir, art. Tkophonévroses, p. 222.)

Les lésions centrales provoquent certainement des névrites périphériques en épargnant les conducteurs et les troubles trophiques se déclarent à l'occasion de causes relativement très minimes, étant données les prédispositions.

Nous ne saurions mieux faire, pour terminer cette rapide étude des névrites primitives, que de les classer de la façon suivante, au point de vue pathogénique, en nous appuyant en partie sur les classifications de Leyden (4) et de M""' Déjerine Klumpke (S) :

( Béribéri.

i° Primitives. ^ Certaines névrites de cause indéterminée.

( Névrites consécutives au surmenage.

2° Secondaires, \ / Diphthérie, lièvre typlioïde,

j ^sur venant] i variole, choléra, rhumatisme

dans le cours f a. Aiguës.... (infectieux), infection pueriSévrites infectieuses. 1 , l i - i i t

' 1 ou la conva- > r perale, maladie pyocyani-

[ lescence de l > que, grippe, etc.

maladies in- \ , . i Tuberculose, syphilis, lèpre,

„ 6. Chroniques. . ,1- > i >

\ lectieuses. | ( impaludisme.

(1) Verneuil et Merklen, Manifestations cutanées du paludisme. Annales de dermatologie, 1882, p. 636.

(2) Charrin, La maladie pyocyanique. Paris, 1889.

(3; Unna, Leloir, Neuro-syphilides et neuro-léprides. Congrès international de dermatologie et de syphiligraphie. Paris, août 1889 [Journal des connaissances médicales, novembre 1889).

(4) Leyden, Die Entzùndung der periphtrcn Nerven. Vortrage geh. Militurarlz. GeseU. Berlin, 1881.

(o) M"^ Déjerine KUinpke, lac. cit., p. 24.

DERMATONEUROSES.

n. / Saturnine, alcoolique, arsenicale, mercurielle, phosphorée. Névrites d'origine oxy-carbonée, sulfo-carbonée, cliloroformique, ergotée, pel-

toxique. ' lagre, etc.

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