‹ Traité descriptif des maladies de la peauChapitre 31 sur 100 · I. — EGTHYMA A ULCÉRATION SUPERFICIELLE · texte numérisé non relu

I. — EGTHYMA A ULCÉRATION SUPERFICIELLE

Ecthyma simple. — Ecthyma vulcjare (Willan et Bateman).

L'écthyma simple suit le plus souvent une marche aiguë. Sa durée, qui est ordinairement de quelques semaines, peut être abrégée par le traitement et réduite à quelques jours.

(1) Du Castel, Une éfAdémie d'ecthyma dans le service des varioleux de l'hôpital Saint- Antoine, in Bulletins de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 1881, p. 25o.

(2) C'est par un abus de classification qu'on a voulu faire entrer dans les ordres de Willan la plupart des syphilides cutanées, et les assimiler aux dermatoses avec lesquelles elles peuvent avoir des ressemblances. Nous regardons comme une erreur de terminologie, qui du reste n'est plus guère commise par les auteurs contemporains, de dire, ecthyma syphilitique, eczéma syphilitique, pemphigus syphilitique, acné syphilitique, etc., au lieu de syphilide ecthymatiforme, eczématiforme, pemphigoïde, acnéiforme, etc.

ECTHYMA A ULCÉRATION SUPERFICIELLE.

Mal soigné ou abandonné à lui-même, chez des individus malpropres, d'une constitution débilitée et chez les alcooliques, il peut passer à l'état chronique soit par des auto-inoculations successives qui en perpétuent la durée [EcAhyma diutinum de Devergie), soit en donnant lieu à des ulcères chroniques.

La pustule d'ecthyma spontanée a exactement le même processus que la pustule inoculée ; elle met le même temps pour parvenir à sa période d'apogée et à passer par les phases de formation et de chute de la croûte qui succède à la bulle.

En voici, jour par jour, l'évolution telle que l'a constamment observée l'un de nous (1) dans ses examens de la pustule spontanée et dans ses très nombreuses expériences d'inoculation.

Premier jour. L'incubation est très courte; l'éruption commence de six à huit heures après l'inoculation. Sur la place de la piqûre on voit se former un point rouge, déjà un peu induré et qui est ordinairenent le siège d'un prurit assez vif.

Deuxième jour. La rougeur s'étend en un cercle d'environ un centimètre de diamètre. Un noyau dur se forme et fait une saillie arrondie au-dessus du niveau de la peau. Exceptionnellement cette saillie devient acuminée et on voit déjà le commencement d'une petite vésicule.

Troisième jour. La rougeur périphérique est plus étendue, d'une teinte plus foncée; le noyau d'induration inflammatoire s'élève en pointe et forme la base d'une vésicule contenant un peu de sérosité trouble.

Quatrième jour. La pustule d'ecthyma est parfaitement caractérisée, arrondie, bombée, remplie de sérosité purulente, à bords rouges indurés, à fond ulcéré, grisâtre, sanieux, comme recouvert de fausses membranes. Elle est à son apogée, à son état adulte, si l'on peut ainsi dire, et fournit un pus inoculable.

Du cinquième au huitième jour, elle est à sa période d'état; son diamètre varie de 2 à 3 millimètres à 1 centimètre et même davantage. On voit son centre marqué par un point ombré, indice du commencement de la dessiccation, qui s'élargit, de jour en jour, en prenant une teinte plus foncée.

Du neuvième au dixième jour, à partir du moment de l'inoculation, la pustule se dessèche; le pus se concrète en une croûte brunâtre, assez épaisse, adhérente et enchâssée dans la peau. Lorsqu'on la soulève, on

(1) E. Vidal, De l'inoculahllilé des pustules d'ecthyma, in Annales de dermatologie et de syphiligraphie, 1873, t. IV, p. 3oO. — Inoculabilité de quelques affections cutanées, in Comptes rendus du Congrès mcdiccd international de Genève, 1877, p. 236 et tirage à part, A. Delahaye, édit., Paris, 1877.

ECTHYMA.

trouve au-dessous une ulcération intéressant plus ou moins profondément les couches superficielles du derme.

A mesure que l'ulcération se comble et que la cicatrice se forme sous la croûte, celle-ci sèche de plus en plus, se soulève par ses bords et tombe du seizième au vingtième jour, laissant, comme trace indélébile, une cicatrice superficielle plus ou moins pigmentée.

L'ulcération plus ou moins accentuée qui se fait dans le derme rend compte des différences qu'on peut observer dans la profondeur et l'étendue de fa cicatrice.

La pustule d'ectliyma peut, dans quelques cas, avoir une durée plus prolongée et s'étendre graduellement jusqu'à acquérir des dimensions insolites, celle d'une pièce de 2 francs, d'une pièce d'argent de 5 francs et nous avons pu en mesurer une qui avait dix centimètres de diamètre. Dans ces pustules à marche extensive, il se forme bien une croûte au centre vers le dixième jour, mais cette croûte d'un jaune brunâtre est entourée d'une zone d'épiderme soulevé par de la sérosité purulente formant une collerette d'un blanc jaunâtre. C^est la zone d'envahissement, d'auto-inoculation de la pustule d'ecthyma qui s'étend graduellement et régulièrement par ses bords, tant que l'épiderme de cette collerette n'est pas déchiré. Yient-il à être arraché sur une partie de sa circonférence, et maintes fois nous avons fait cette expérience, l'envahissement s'arrête du côté dont le revêtement épithélial a été enlevé, tandis que l'extension continue à se faire sur l'autre moitié de la zone dont l'épiderme est resté intact.

Le développement de la pustule d'ecthyma est ordinairenent accompagné de démangeaisons plus ou moins vives, de picotements, d'une sensation de chaleur assez marquée. Ces phénomènes douloureux cessent pendant la période de dessiccation. Ils reparaissent si la croûte est arrachée, pour cesser de nouveau dès qu'elle s'est reproduite.

Ordinairement apyrétique, l'ecthyma peut, dans quelques cas rares et plus particulièrement quand l'éruption est abondante, provoquer quelques symptômes généraux, tels que des frissons, du malaise, un léger mouvement fébrile, etc.

Les complications relativement les plus fréquentes sont des lymphangites, des adénites quelquefois même des phlébites, des phlegmons souscutanés, etc. On les observe, surtoul à la suite de causes d'irritation locale ou même sans cause extérieure appréciable, chez des individus profondément débilités, chez les alcooliques, chez les diabétiques, etc.

La pustule d'ecthyma ne se développe que dans la peau; on ne la voit jamais sur les muqueuses. Les expériences de Tanturri et celles de l'un

EGTHYMA A ULCÉRATION PROFONDE.

de nous (E. Vidal) pour inoculer l'ecthyma sur les membranes muqueuses sont restées stériles.

Toutes les régions de la peau n'y sont pas également disposées. C'est sur les membres et surtout sur les membres inférieurs ainsi que sur les régions fessières qu'on observe le plus souvent les éruptions d'ectliyma. Elles sont plus rares sur le tronc, sur le cuir chevelu et sur la face.

Page 1