‹ Traité descriptif des maladies de la peauChapitre 33 sur 100 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

pyogenes aiireus et un streptococcus, l'existence de bactéries assez abondantes sous forme de bâtonnets. « Ainsi donc, il semblerait que les micro-organismes qui paraissent être la cause de certaines variétés d'ecthyma, en pénétrant dans la peau par effraction épidermique et aussi parfois par l'orifice d'un follicule, soient l'origine de lésions ectliymateuses variables comme siège, aspect et évolution, suivant le siège de leur culture et de leur multiplication.

« Si ces micro-organismes se bornent à envahir l'épiderme, ne pénétrant qu'en petit nombre dans les couches supérieures du derme, l'on aura affaire à l'ecthyma vulgaire non ulcéreux, simple processus de suppuration intra-épi dermique.

« Si ces micro-organismes pénètrent plus profondément, envahissent le derme et amènent la destruction de ses couches superficielles, on se trouvera en présence de l'ecthyma ulcéreux.

«Enfin, si l'envahissement du derme par les micro-organismes est encore plus profond, plus étendu, si la pullulation de ceux-ci est encore plus active, plus abondante, plus envahissante, si peut-être aux micro-organismes de la suppuration s'adjoignent les micro-organismes mal connus qui jouent un certain rôle dans la production de la gangrène, l'ecthyma sera gangréneux.

« L'envahissement des vaisseaux lymphatiques parles streptococci et les staphylococci, produira ces lymphangites quel'on voit compliquer l'ecthyma dans certains cas.

« La pénétration profonde des microbes de l'ecthyma le long d'un follicule pilo-sébacé amènera ces éruptions furonculeuses que l'on voit parfois accompagner les éruptions ecthymateuses (1). »

Ainsi donc, l'anatomie pathologique de l'ecthyma se résume en deux mots : c'est une pustule renfermant des micro-organismes.

Comme nous venons de le dire, s'il paraît probable que dans un certain nombre de cas au moins, la pustule ecthymateuse est déterminée par l'envahissement de l'épiderme par des micro-organismes, cela n'est pas encore démontré d'une façon absolue.

On a bien signalé dans l'intérieur des pustules d'ecthyma des microorganismes divers que l'on a pu colorer au moyen de réactifs appropriés et cultiver dans un certain nombre de cas.

C'est ainsi que Du Castel (2) a trouvé dans les pustules survenues d'une façon épidémique dans un service de varioleux, des spores isolées ou

(1) H. Leioir, Cliniques de V hôpital Saitit-Sauveur , 1883.

(2) Du Castel, Une épidémie d'ecthyma dans le service des varioleux de l'hôpital Saint- Antoine (Société médicale des hôpitaux, 1881. — Union médicale, 1881).

EGTHYMA.

réunies en chapelets ou en groupe de 3 ou 4 ; que l'un de nous (1), a trouvé dans les pustules ecthymateuses des bactéries et des spores brillantes, isolées ou groupées en petits amas ; que Mathieu (2), Netter (3) ont trouvé des microbes isolés ou en chaînettes dans les pustules d'ecthyma des varioleux ; que l'un de nous (4) comme nous l'avons vu plus haut, a trouvé dans différents cas d'ecthyma, un micrococcus en points simples, doubles, ou en chaînettes (streptococcus) ou en groupes (staphylococcus) qu'il a pu cultiver, obtenant ainsi d'une part des cultures de staphylococcus pyogenes aureus, et d'autre part des cultures d'un streptococcus très analogue à celui que Cornil et Babes (5) ont décrit dans la tourniole ; que G. Baudoin et Wickham (6) ont trouvé également un streptococcus, probablement le streptococcus pyogenes du phlegmon dans un cas d'ecthyma térébrant de l'enfance ; que E. Ehlers (de Copenhague) (7) a trouvé, dans un cas d'ecthyma térébrant de l'enfance, le bacille pyocyanique de Charrin à l'exclusion de tout autre micro-organisme.

Mais jusqu'ici, personne que nous sachions, n'a pu, en inoculant des cultures plus ou moins pures des micro-organismes recueillis dans les pustules d'ecthyma, reproduire la pustule ecthymateuse que l'on obtient au contraire en inoculant avec la lancette le pus de certaines pustules ecthymateuses, ainsi que l'a montré l'un de nous (8). Les différents essais faits à plusieurs reprises par l'un de nous (9) pour reproduire la pustule d'ecthyma, en inoculant dans l'épiderme des cultures de différents microbes trouvés dans la pustule d'ecthyma, ont toujours été infructueux chez l'homme et les animaux. Dans un cas seulement l'un de nous (Leloir) a obtenu sur lui-même une pustulette d'apparence ecthymateuse mais très éphémère en s'inoculant sous l'épiderme une culture pure de staphylococcus pyogenes aureus provenant du pus d'une pustule d'ecthyma scabieux.

En somme, les microbes que l'on rencontre le plus fréquemment et en

(1) E. Vidal, Société médicale des hôpitaux, 1881 [Union médicale, 1881, n" 171).

(2) A. Mathieu, Microbes dans le liquide des pustules ecthymateuses chezun lyphique {Bulletins de la Société anatomique, octobre 1882).

(3) Netter, Bulletins de la Société anatomique, octobre 1882.

(4) H. Leloir, Cliniques de l'hôpitao Saint-Sauveur, 1884-1885.

(5) Cornil et Babes, les Bactéries, 188o, p. 241.

(6) G. Baudoin et Louis Wickham, Ecihyma térébrant de l'enfance {Annales de dermatologie, 1888, p. 803).

(7) Ehlers, Hospitals Tidende. Copenhague, mai 1890.

(8) E. Vidal, loc. cit.

(9) H. Leloir, Cliniques de Vhopital Saint-Sauveur, 1883.

EGTHYMA.

plus grand nombre dans les pustules d'ectliyma sont des micrococci (monococci, diplococci, staphylococci, streptococci).

Ils paraissent présenter une grande analogie avec les microorganismes étudiés dans les périfolliculites conglomérées par l'un de nous (1), par Duclaux (2) dans les pustules d'impétigo, etc., par Cornil et Babès (3), par Chambard (4) dans la tourniole.

Ainsi donc, bien que la nature niicrobique de Tectliyma, dans certains cas tout au moins, soit des plus probables, elle n'est pas encore démontrée d'une façon absolue. En présence des résultats positifs obtenus par Vidal avec le liquide purulent des pustules d'ectliyma et des résultats négatifs constatés en inoculant les micro-organismes obtenus par culture de ce pus, on doit supposer que les alcaloïdes sécrétés par ces microbes sont nécessaires à la production de la pustule d'ecthyma et l'on se rappelle involontairement les expériences de Grawitz et de Bary, et d'autres auteurs, qui ont montré que les cultures stérilisées des cocci pyogènes sont encore capables de provoquer la suppuration quand on les porte dans les tissus vivants (5).

La question est d'ailleurs encore plus complexe qu'elle ne paraît. On a vu des éruptions pustuleuses présentant tous les caractères de l'ectbyma se montrer à la suite de lésions d'affections du système nerveux.

L'un de nous a même décrit des altérations des nerfs périphériques au niveau de certaines pustules d'ecthyma, lésions paraissant avoir été la cause de la production de ces pustules ecthymatiformes (6).

Enfin, il est certain que dans nombre de cas l'ectbyma est produit par

(1) H. Leloir, Sur une variété nouvelle de périfolliculites mppurées et conglomérées en placards [Annales de dermatologie, 1884).

(2) Duclaux, Comptes rendus de Vlmtitut [Académie des sciences] 1888.

(3) Cornil et Babès, les Bactéries, 1885, p. 241.

(4) E. Chambard, Note sur la pathogénie et le traitement de la tourniole [Annales de dermatologie, 1888).

(o) L'action nocive de ces microbes parasites ne leur appartient donc pas en propre, elle dépend des substances qu'ils forment et dont on est parvenu à isoler déjà quelquesunes, telle la phlogosine (Leber, FortscJir. d. Med., 1888), etc. Il faut néanmoins remarquer que les suppurations purement chimiques sont localisées au point d'irritation, et qu'elles n'ont jamais le caractère progressif de celles qu'on observe en pathologie. Il ne faut pas oublier non plus que les microbes de la suppuration ne peuvent manifester leurs propriétés morbifiques que lorsque les tissus ont perdu une partie de leur résistance grâce à certaines causes pathologiques adjuvantes : traumatismes, troubles circulatoires, altérations cliimiques, etc. Notons à ce propos que 0. Brywid [Cenlralblalt Bact., 1888) a obtenu au moyen de la glycose, des suppurations qu'il assimile à celles des diabétiques.

(6) H. Leloir, Altérations des nerfs cutanés dans l'ecthyma [Comptes rendus de la Société de biologie, février 1880); — Recherches cliniques et anatomo-pathologiques^ sur les affections cutanées d'origine nerveuse. Paris, A. Delahaye, 1882, p. 79 et suiv..

Lei.oir et Vidal. 15

des agents chimiques toxiques venant du dehors, et dans certains cas peut-être sécrétés par l'organisme et s'éliminant par la peau.

L'on voit donc que l'on réunit sans doute sous le nom d'ecthyma des affections bien disparates comme nature, comme essence, bien que paraissant semblables objectivement, puisqu'elles ont toutes pour symptôme éruptif une lésion élémentaire semblable en apparence, la pustule d'ecthyma.

Les microorganismes de la suppuration sont-ils nécessaires pour que la pustule d'ecthyma soit constituée? En d'autres termes, peut-il y avoir suppuration de l'épiderme, pustulation proprement dite sans l'intervention des microbes ?

C'est là une question de pathologie générale que nous ne pouvons discuter ici.

ECZÉMA

Suivant JEtius d'Amida (1) les Grecs désignaient sous le nom eczéma des vésicules prurigineuses qui n'étaient pas suivies d'ulcérations. Willan et Bateman (2) adoptèrent cette dénomination. Ne tenant compte que de la lésion élémentaire, comme base de leur classification, ils rangèrent l'eczéma dans les vésicules et le définirent ainsi : « L'eczéma est caractérisé par une éruption de petites vésicules, sur différents points de la peau, généralement très rapprochées les unes des autres ou confluentes, avec peu ou pas d'inflammation à la base et ne s'accompagnant pas de fièvre. Il n'est pas contagieux. « Cette conception de l'eczéma qui répond à la forme typique de cette dermatose fut admise par S. Plumbe (3), par la plupart de ses contemporains et, pendant de longues années, par le plus grand nombre des médecins anglais et français.

Biett (4) et après lui Rayer (S) ajoutèrent l'eczéma chronique aux trois

(1) jEtius d'Amida, Telrabibles, vol. IV, sermo I, cap. cxxvni, vol. II, p. 734, v". «Eas É')cî;Eu.ara ab ebulliente fervore Grxci vulgo appelant. »

(2) Thomas Bateman, A practical synopsis of cutaneous diseuses, '6^ édit., Londres, 1819, p. 252 : « The eczéma is characterised by an éruption of small vesicles, on various parts of the skin, usually set close together, with little or no inflammation round their bases, and unattended by fever. It is not contagious. »

(3) Samuel Plumbe, A practical Treatise on diseuses of the skin, in-S". Londres, 1824.

(4) Cazenave et Schedel, Abrégé prutique des maladies de la peau, V édit., 1828, p. 69.

(5) Rayer, TmW théorique et prutique des maladies de la peau, 2" édit., 1835, vol. I, p. 378.

ECZÉMA

formes d'eczéma aigu de Willan et divisèrent en eczéma aigu et eczéma chronique. Cette division a été et est encore généralement adoptée.

Alibert, qui n'admettait pas la classification anatomiqiie de Willan, avait décrit l'eczéma sous le nom ^herpès squcmioms madidans^ en le rangeant dans les dermatoses dartreuses.

C'est aussi dans la famille des maladies dartreuses que Hardy classe les affections eczémateuses dans lesquelles il comprend la plupart des inflammations superficielles de la peau, l'eczéma et ses variétés, l'impétigo, le pityriasis et le lichen.

Pour Bazin, dont la doctrine participe à la fois de celle de Willan et de celle d'Alibert, l'eczéma est une lésion cutanée spéciale, une affection générique pouvant se manifester sous l'influence d'une cause externe ou d'une cause interne.

L'eczéma de cause externe est provoqué tantôt par des substances irritantes [eczéma artificiel), tantôt par des parasites [eczéma parasitaire).

L'eczéma de cause interne peut être symptomatique de trois maladies constitutionnelles, la scrofule, la dartre et l'arthritis, qui lui impriment des caractères distinctifs.

Erasmus Wilson (1) admet une diathèse eczémateuse et trouvant trop étroit le cadre de Willan lelargit outre mesure.

Pour le savant auteur anglais « les affections appartenant au groupe eczémateux, prenant leur origine dans la diathèse eczémateuse, et constituant la famille des affections eczémateuses, sont les suivantes : eczéma, psoriasis, pityriasis, lichen, impétigo, gutta rosacea, scabies ».

Il considère la couperose (gutta rosacea) comme un eczéma de la face, modifié par son siège et par sa cause, et la gale (scabies) comme un eczéma modifié par sa cause.

Le domaine de l'eczéma est ainsi considérablement agrandi, et dans ses Leçons sur Ceczéma (2), E. Wilson y annexe la plupart des affections inflammatoires aiguës et chroniques de la peau.

Sa doctrine se modifie dans ses Leçons sur la dermatologie (3). L'eczéma est considéré comme une inflammation de la peau et les diverses variétés peuvent résulter d'un côté des particularités de structure de la peau, et de l'autre des particularités de la constitution de l'eczémateux et de la durée de l'affection. Dans ces Leçons la couperose ne figure plus dans le groupe des affections eczémateuses et est reportée au groupe acné. F. Hebra fait de l'eczéma la forme prurigineuse de son immense famille

(1) Erasmus Wilson, Diseases of the skin, édition, 1867, p. 128.

(2) Id., Lectures on ekzenia and ekzematous affections, 1870.

(3) Id., Lectures on Dermatologij, 1871, 1872, 1873, p. 36.

ECZÉMA

des dermatoses exsudatives. Il y fait rentrer les dermites artificielles vésiculeuses, quelques autres dermites pustuleuses ou érythémateuses et des lésions secondaires comme celles que peut provoquer le trichophyton ou le microspoi'on niinutissimum de l'érythrasma. La variété d'eczéma à laquelle il a donné le nom d'à eczéma marginé » est le plus souvent une dermite parasitaire causée par l'un ou l'autre de ces dermophytes. L'ecthyma, l'impétigo ne sont pour lui que des modalités de l'eczéma, ainsi que le lichen de Willan dont il fait son « eczéma papulatum ».

Les doctrines de F, Hebra sur l'eczéma sont partagées par Auspitz, Kaposi, par l'école de Vienne, et, en Amérique, par Duhring.

Rindfleiscli (1) comparait l'eczéma au catarrhe des muqueuses et admettait un catarrhe purulent aigu et un catarrhe chronique de la peau. Cette opinion, défendue par Sclimidt en Allemagne, a été soutenue en Angleterre par Tilbury Fox (2) qui définit l'eczéma une inflammation catarrhale de la peau. Cette définition est actuellement adoptée par un grand nombre de médecins anglais. L'un de nous (Leloii-) (3) a de la tendance à faire de l'eczéma un catarrhe du tégument.

Unna (de Hambourg) (4) considère aussi l'eczéma comme vm catarrhe de la peau. Les formes sèches de l'eczéma seraient le catarrhe sec qu'il range dans les parakératoses, et les formes à exsudation séreuse seraient le catarrhe humide.

L'eczéma séborrhéique serait un catarrhe parasitaire. Dans sa communication à la réunion de l'Association médicale britannique à Birmingham (5) il enseigne que l'eczéma chronique est un catarrhe chronique d'origine parasitaire. Rompant avec la doctrine de l'école de Vienne, il n'admet plus dans le groupe de l'eczéma les éruptions artificielles eczématoïdes.

Duncan Bulkley rejette aussi les éruptions artificielles hors du cadre des affections eczémateuses. L'eczéma est pour lui, et, comme pour l'un de noua (6) dans nombre de cas, une maladie spéciale trophonévrotique.

(1) Eduard Riiidfleisch, Traité d'histologie pathologique, 2= édition, traduction de Fréd. Gross. Paris, 1873, p. 298.

(2) Tilbury Fox, Skin diseases, 3<= édition, 1873, p. 163.

(3) H. Leioir, Anatomie pathologique de Veczt'ma (Annales de dermatologie, 1890).

(4) P. G. Unna, Santi et PoUitzer, Ueber die Parakeratosen iin allgemeinen vnd eine neue Form desselben (Parakeratosis variegata), in Monatshefto f.prakt. Dennat., t. X, 1890, p. 404, traduction in Annales de dermatologie et de sypldligi'aphie, 1890, p. 720.

(5) P. G. Unna, On Ihe nature and trealment of eczéma. Communication à la réunion de l'Association médicale britannique à Birmingham (The British Journal of Dermatology, août 1890, p. 2i3).

(6) H. Leioir, article Trophoneuroses, in Dictionnaire deJaccoud et Les dermatoneuroses, in Journal des maladies cutanées et syphilitiques, 1889.

ECZÉMA

Ce qui nous rend compte de toutes ces divergences d'opinions et de théories, c'est qu'il n'y a pas, en dermatologie, un groupe plus artificiel que celui de l'eczéma ou des affections eczémateuses, pour employer une dénomination sous laquelle on puisse réunir toutes les lésions cutanées qu'on voudrait, à l'exemple d'Hebra et d'Erasmus Wilson, considérer comme des eczémas. De toutes les dermatoses, ce sont de beaucoup les plus fréquentes : ce sont aussi celles dont on connaît le moins la pathogénie.

Il est nécessaire de soumettre ce groupe à une revision sérieuse, d'en éliminer un certain nombre d'affections qui, aujourd'hui mieux connues, rentrent naturellement dans d'autres cadres. Avant de devenir à peu près homogène, le groupe eczémateux nous paraît destiné à être très diminué ; après les éliminations que nous indiquons, on peut déjà prévoir l'obligation prochaine d'en détacher un certain nombre de dermopathies qu'on est encore obligé d'y ranger.

Dès maintenant il nous paraît rationnel de séparer de l'eczéma :

1° Les dermites artificielles eczématiformes : vésiculeuses, érylhématosquameuses, etc. ;

2° La dysidrose ;

3° L'ecthyma;

4° L'impétigo ;

5° Le lichen de Willan et Bateman (lichen simple, aigu et chronique des anciens auteurs);

6° Les dermites parasitaires eczématiformes.

1° Dermites artificielles eczématiformesi. — Sous les noms d'eczémas de cause externe, d'eczémas artificiels, on a rangé dans le groupe eczéma des dermites artificielles vésiculeuses, érythémato-squameuses, etc., d'apparence eczématoïde, que leur évolution et la spécialité de leur cause distinguent le plus souvent ; elles leur impriment des caractères objectifs permettant généralement de reconnaître la nature de l'agent qui les a provoquées. Dans ses Leçons à F hôpital Saint-LouisVwn de nous (1), en 1880, soutenait cette opinion; elle ne tardait pas à être défendue par E. Besnier et Doyon (2) qui, dans une note de leur traduction de Kaposi, s'exprimaient ainsi : « Nous nous refusons absolument à assimiler l'eczéma véritable et la série nombreuse de dermites érythémateuses, huileuses, pustuleuses, ulcéreuses, etc., que l'école de Vienne réunit systématiquement. »

(1) E. Vidal, Leçons mr Veczéma, in Gazette des hôpitaux, 1880, p. 18, 66 et 10*. Analyse in Annales de dermatologie et de syphiligraphie, 1880, p. 289.

(2) E. Besnier et Doyon, Leçons sur les maladies de la peau, de Kaposi. Paris, 1881, t. I, p. b06.

ECZÉMA

Ces inflammations superficielles et vésiculeuses de la peau, provoquées par l'insolation [eczéma solare de Willan), par l'emplâtre de thapsia, par i'iuiile de croton, par les frictions hydrargyriques, par la teinture d'arnica, etc., n'ont de l'eczéma que l'apparence. Elles n'en ont ni la marche, ni la durée, ni les poussées successives, ni la résistance au traitement. Leur aspect même est différent : en général limitées, assez régulièrement circonscrites, très enflammées d'une rougeur très vive et uniforme, elles reproduisent souvent la forme et l'étendue de l'application irritante, emplâtre, onction, lotion, etc., qui leur a donné naissance. Abandonnées à elles-mêmes, elles guérissent en quelques jours.

Ce qui tend à établir la confusion et ce qui explique l'assimilation faite par la plupart des auteurs entre l'eczéma et ces éruptions artificielles, c'est que chez des sujets disposés à l'eczéma, ces dermites artificielles (voir Éruptions artificielles) peuvent être la cause occasionnelle d'un véritable eczéma, comme le ferait du reste tout autre agent d'irritation mécanique, chimique ou parasitaire. Dans ces cas, on voit l'eczéma se développer d'abord sur les surfaces préalablement irritées, y succéder à la dermite eczématiforme et assez souvent se répandre sur d'autres régions. On assiste alors, suivant les sujets, soit à une première manifestation, soit à une récidive de l'eczéma.

2° La dysidrose. — La dysidrose avant Tilbury Fox était décrite comme un eczéma. C'était l'eczéma à grosses vésicules des pieds et des mains. Elle s'en distingue en ce qu'elle n'est pas inflammatoire, au moins au début, en ce qu'elle ne s'accompagne pas d'une exsudation séro-purulente. Les vésicules dysidrosiques ne sont pas éphémères comme celles de l'eczéma ; elles peuvent persister pendant quelques jours. D'abord isolées et profondément enchâssées dans la peau des mains, des doigts, des espaces interdigitaux, elles ressemblent, suivant la comparaison de Tilbury Fox, à des grains de sagovi cuit. Le liquide qui les remplit est incolore ou un peu jaunâtre et reste transparent. Cette éruption de même nature que les sudamina ne s'observe que chez les sujets qui transpirent abondamment (Voy. Affections de l'appareil sudoripare). Elle peut quelquefois, mais rarement être suivie d'eczéma.

3° Lectlnjma. — L'ecthyma est une dermatose mi generis, caractérisée par une pustule à base indurée, adulte au quatrième jour, déterminée probablement par un microorganisme; elle est spéciale, inoculable, contagieuse, et séparée complètement, par ces caractères, de l'eczéma qui n'est ni inoculable ni contagieux. En parlant de l'ecthyma, nous avons insisté sur les raisons qui établissent son individualité et ne permettent pas de le confondre avec les affections eczémateuses (Voy. Ecthyma).

ECZÉMA

4° Vimpétigo. — L'impétigo est également une dermatose spéciale, pouvant être reproduite par l'inoculation, caractérisée par une vésicopustule à marche régulière, adulte au troisième jour, auto-inoculable et contagieuse (Voy. Impétigo). L'eczéma est polymorphe, la marche est irrégulière, il n'est ni contagieux ni inoculable, et nous verrons, en parlant de la variété dite eczéma impétigineiix, comment la confusion a pu s'établir entre ces deux dermatoses.

5° Le lichen. — Le lichen a été regardé comme une variété de l'eczéma, non pas au point de vue morphologique, mais en raison de sa patliogénie supposée, par Hardy, parErasmus Wilson, et, à l'exemple de ce dernier, par la plupart des médecins anglais. F. Hebra n'admettant dans le groupe lichen que le lichen ruber et le lichen scrofulosorum (1) range dans les affections eczémateuses le lichen simple, aigu et chronique : c'est son eczéma papulosum seu lichenoides. L'école de Vienne, les dermatologistes allemands et américains ont presque tous adopté la doctrine de F. Hebra et considèrent le lichen de Willan et des anciens auteurs comme une variété de l'eczéma. Pour nous le lichen est une dermatose papuleuse qui, principalement dans ses formes chroniques de lichen circonscrit, non seulement par son étiologie, mais aussi par ses symptômes et par sa marche (Voy. Lichen), a bien plus d'analogie et de rapports avec le lichen planus d'Erasmus Wilson qu'avec l'eczéma.

6" Les dermites eczé7natiformes parasitaires . — Les dermites eczématiformes sont souvent confondues avec l'eczéma. Cela s'explique d'autant plus facilement que les lésions inflammatoires de la peau, provoquées par les parasites peuvent être, chez un sujet prédisposé, la cause occasionnelle, le point de départ d'un véritable eczéma. C'est ainsi qu'on peut voir, par exemple, chez un galeux, l'eczéma vésiculeux le mieux caractérisé survenir, pendant que la peau est irritée par les acares, et cette éruption persister ou même s'aggraver, après certains traitements parasiticides tels que les lotions ou les frictions avec les préparations sulfureuses généralement usitées.

Les parasites animaux comme les pediculi^ Vacants scabiei, les dermalodectes, etc., et les parasites végétaux tels que le trichophyton tonsurans, Vachorion de Schônlein, le microsporon furfur, le microsporon minutissimum de Burchardt, le microsporon anomœon de l'un de nous (2)

(1) Le lichm scrofulosorum n'est pas un lichen mais une folliculite pilo-sébacée chronique (Voy. Folliculites).

(2) E. Vidal, Du pitijriosis circiné et marginé. Description de son mijcoderme, le microsporon anomœon (microsporon dispar). Congrès de Londres, 1881, vol. III, p. 133 et Annales de dermatologie et de syphiligraphie, 1882, p. 22.

ECZÉMA

peuvent déterminer l'apparition de ces dermites eczématif ormes. Il n'est pas rare de voir, sur le cuir chevelu, la trichophytie tonsurante ou le favus s'accompagner de lésions inflammatoires secondaires qui, dans quelques cas, peuvent devenir prédominantes, s'étendre sur de larges surfaces et masquer l'affection parasitaire.

Dans le pli inguino-scrotal, sur la face interne des cuisses, sur la région pubienne et parfois sur la région fessière, il est assez fréquent que la trichophytie circinée, que l'érythrasma, ou que le pityriasis versicolor, après plusieurs mois de durée, se complique d'éruptions secondaires eczématiformes. F. Hebra en a fait une forme d'eczéma à laquelle il a donné le nom eczéma marginatiim.

C'est une dermite artificielle, secondaire aux lésions parasitaires, qui ne peut appartenir au groupe eczéma. Cette dermite peut, comme nous l'avons déjà dit, être suivie d'un véritable eczéma chez un sujet prédisposé à cette dermatose.

Nous comprendrions mieux qu'on y acceptât Vecze'ma marginé de Hardy, l'eczéma circiné et marginé du devant de la poitrine, en le classant comme variété de l'eczéma séborrhéique d'Unna.

Cette dermatose qu'Erasmus Wilson nommait le lichen annulatiis serpiginosus, que Duhring a désignée sous le nom de seborrrhœa coiyoris^ et Liveing sous celui de steatorrhaea corporis et que Bazin, tenant compte de ce que la lésion semblait débuter dans les follicules pilo-sébacés, avait dénommée V eczéma acnéique, nous paraît être de nature parasitaire.

C'est également par les follicules pilo-sébacés que commence Veczéma folliculorum de Malcolm Morris (t). Il se manifeste d'abord par un point rouge correspondant à l'orifice du follicule et s'élevant bientôt en une papule rougeâtre. Après un certain temps, l'inflammation s'étendant au pourtour, des taches rouges circulaires se forment dans lesquelles on peut encore distinguer facilement chacun des follicules qui sont compris dans leur circonférence. Le prurit est intense. Tout en rapprochant cette dermatose de l'eczéma séborrhéique, dont il admet aussi la nature parasitaire, Malcolm Morris pense qu'elle est provoquée par un parasite différent. Chacun de nous a l'un récemment à l'hôpital Saint-Louis, l'autre à l'hôpital Saint-Sauveur, de Lille, un cas de cette affection dont les symptômes, l'extension graduellement périphérique et l'évolution semblent indiquer l'origine parasitaire; nous n'avons pu en déterminer le microorganisme.

Cette folliculite parasitaire ne doit pas être confondue dans le groupe

(1) Malcolm Morris, Local eczémas, mémoire lu à la. Harveicm Society ofLondon, 31 janvier 1889, in The British Médical Journal, 1889, p. 300.

ECZÉMA AIGU

des affections eczémateuses et doit être reportée dans la classe des dermatoses parasitaires. Il en est de même de la perlèche^ affection parasitaire de l'enfance, confondue jusqu'en ces deimiers temps avec l'eczéma orbiculaire des lèvres et surtout avec l'eczéma séborrhéique de cette région. Lemaistre (1) qui en a reconnu la contagiosité et en a décrit le parasite, sous le nom de streptococcus plicatilis^ dit avoir retrouvé ce streptocoque dans le fond des vases contenant l'eau que buvaient les enfants atteints endémiquement de la perlôche.

On a divisé l'eczéma suivant ses causes, suivant la prédominance de tel ou tel symptôme, suivant le siège, suivant la marche et la durée et on est arrivé ainsi à créer un nombre considérable de variétés. De toutes ces divisions artificielles, la plus pratique est celle de Biett et de Rayer, admettant d'une part les variétés d'eczéma aigu indiquées par Willan et Bateman et y ajoutant d'autre part les formes les plus importantes de l'eczéma chronique. C'est la division, suivant la marche et la durée, en eczéma aigu et eczéma chronique ; c'est celle que nous adoptons. Dans un chapitre séparé nous étudions Veczéma séborrhéique, dont Unna affirme déjà la nature parasitaire qui semble probable bien que pas encore démontrée histologiquement et bactériologiquement, et dont tout ou partie sortira probablement un jour du cadre de l'eczéma, pour entrer dans la classe des dermatoses parasitaires.

Page 1