AGENTS PROVOQUANTS
Au point de vue syraptomatique, des manifestations cutanées très analogues, souvent même identiques, isolées ou associées, simples ou multiformes, peuvent être produites par des médicaments aussi diOerents l'un de l'autre que le sont le sulfate de quinine, l'arsenic, le mercure, l'anlipyrine, le salicylate de soude, etc.
En général, ces éruptions sont complexes, multiformes, variant de forme et d'intensité suivant la dose, la durée du traitement et l'intolérance du sujet, etc.
Pour bien montrer ce polymorphisme des effets d'un même médicament, nous passerons en revue quelques-uns des plus importants : l'arsenic, les bromures, les iodures, le mercure, le quinquina, etc., en signalant les éruptions diverses, les lésions multiples que chacun d'eux peut produire, soit par action directe sur la peau, soit indirectement après avoir été absorbé.
\j'arsenic et ses composés peuvent déterminer des éruptions érytliémateuses, desquamatives, purpuriqvies ou ecchymotiques, papuleuses, urticariennes, vésiculeuses, pustuleuses, huileuses, ulcératives, gangréneuses. A toutes ces lésions, déjà mentionnées dans la monographie d'Imbert-Gourbeyre (1), on peut ajouter les folliculites pilaires produites par les poussières arsénicales (acné arsénicale), les pigmentations (taches arsénicales) ressemblant à celles de la maladie bronzée d'Addison, qui peuvent survenir à la suite de l'usage longtemps prolongé de l'arsenic, comme dans le traitement du psoriasis, et comme celles qui ont été observées, à Hyères, par Emile Vidal, Dubrandy, Marquez (2), chez un certain nombre des individus intoxiqués par des vins contenant de l'acide arsénieux. Dans des communications récentes, Jonathan Hutchinson (.3), Pringle (4) et E. Besnier (o), ont rapporté des exemples d'hyperkératoses, de kératodermie palmaire et plantaire, à la suite de l'emploi prolongé de l'arsenic.
Les bromures provoquent assez souvent des éruptions : érythémateuses, urticariennes, papuleuses, nodulaires, papulo-pustuleuses ; ces dernières de beaucoup les plus fréquentes sont généralement désignées sous le
(1) Imbert-Goubeyre, Histoire des éruptions arsénicales, in Moniteur des hôpitaux, 1857, p. 3017.
(2) Rapport sirr l'affaire des vins empoisonnés d'Hyéres, au nom d'une commission composée de MM. E. Vidal et OUivier rapporteur {Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 5 novembre 1886).
(3) J. Hutchinson, A Lecture on Arsenic as a Drug, in British Médical Journal, G juin 1891, p. 1213.
(4) Pringle, A Case of Kcratosis of the Palms and Soles probably of Arsenical Origin, in The British Journal of Dermatology, 1891, p. 390.
(b) E. Besnier, Bidlctin de la Société française de dermatologie et de syphiligraphie, 28 janvier 1892, p. 37.
ÉRUPTIONS ARTIFICIELLES
nom cVacîié bro?nique. Il n'est pas rare de voir ces éruptions médicamenteuses sous les formes vésiculeuses, huileuses, ulcéreuses profoiides ou superficielles, surélevées ressemblant à Vulcus elevahun, végétantes, papillomateuses, et ayant, dans ces dernières formes, beaucoup de ressemblance avec les lésions provoquées par les iodures.
Guttman a trouvé du brome dans le contenu des pustules, tandis que Veiel et beaucoup d'autres observateurs n'ont pu en décéler la présence dans aucune des éruptions bromiques.
Les iodures peuvent également provoquer des lésions très vaj-iées : érythémateuses, diffuses, ou en macules, ou en plaques, très rarement généralisées; papuleuses, urticariennes, ])m-Tp\ii'iques {purpura iodique), vésiculeuses et eczématiformes, papulo-pustuleuses de beaucoup les plus fréquentes [ûcné iodique), antbracoïdes {acné anthracoïde d'Ernest Bosnier), pempbigoïdes, bulleuses, ulcéreuses, ulcéro-végétantes. La lésion peut être tubéreuse, nodulaire [Ery thème noueux iodique déjà signalé par Ricord en 1 842, étudié depuis par Celso Pellizari, Talamon. lanowski, etc.).
L'un de nous (H. Leloir), en 1890, au Congrès médical international de Berlin, a mentionné le fait d'une éruption iodo-potassique ressemblant à la gale par ses localisations, son aspect et le prurit dont elle était accompagnée.
Adamkievitz a constaté la présence de l'iode dans les pustules et en conclut à l'élimination du métalloïde par les glandes sébacées. Cette théorie est combattue par George Thin, Dyce Duckworlh, P. A. Morrow, Radcliffe Crocker (1), qui ont constaté la présence de lésions pustuleuses sur des cicatrices de brûlures, de vaccine, etc., sur des points dont les glandes sébacées avaient été complètement détruites. La prolifération considérable des cellules épidermiques des glandes sébacées, observée histologiquement par N. Walker (2), serait une preuve à l'appui de l'action palhogénique de l'iode sur ces glandes cutanées.
Le mercure et ses préparations agissant directement sur la peau, sous forme d'onguent hydrargyrique, de solutions de bichlorure Hg., de fumigations, etc., ou administrés soit par l'estomac, soit par injections hypodermiques, etc., sont des causes fréquentes d'éruptions artificielles. Chez certains sujets, à intolérance excessive, les moindres doses peuvent provoquer les éruptions les plus intenses.
Dans les formes les plus légères, les éruptions sont érythémateuses ou eczématiformes, et restent limitées. Dans celles qui sont consécutives à
(1) Radcliffe Crocker, Congrès médical international de Berlin, Comi^te rendu, in The British Journal of Dermatology, sept. 1890, p. 270.
(2) N. Walker, Dermatilis tuberosa eine durch die Barreichung von lodkaliuin verursachte Hautaffcction, in Monatshefte f. prakt. Dermatologie, Bd XIV, 1890, p. 263.