AGENTS PROVOQUANTS
l'action externe du mercure, une rougeur plus ou moins intense, accompagnée souvent de petites vésicules, ne dépasse guère la région sur laquelle a été faite l'application. Il n'est pas très rare cependant de voir l'éruption s'étendre bien au delà et même se généi'aliser.
A un degré plus intense, une dermite généralisée scarlatinoïde, accompagnée d'une fièvre plus ou moins intense, suivie d'une desquamaLiou par larges lambeaux épidermiqnes, ressemblant à celle de la scarlatine déjà désignée, en 1804, par Alley d'Edimbourg, sous le nom (ïllydrargyria febrilis^ peut être confondue au début de l'éruption avec la scarlatine ( Voy. EiîYTHÈMEs). Outre ces formes scarlatinoïdes, eczématiformes, on peut observer des éruptions urticarieimes, purpuriques, pustuleuses et des lésions ulcératives.
Le quinquina et ses sels, le sulfate de quinine, etc., produisent, non seulement chez les ouvriers employés à leur préparation, mais encore lorsqu'ils ont été administrés par les voies digestives, ou par injections sous-cutanées, des éruptions diverses qui ont été très bien étudiées par P. A. Morrow (1) : érythémateuses, scarlatinoïdes, rubéolii'ormes, se terminant par une desquamation furfuracée ou en minces lamelles. Elles sont parfois urticariennes, papulouses, purpuriques, vésiculeuses, eczématiformes, huileuses, pemphigoïdes. Dans un cas observé par Briquet (2), un certain nombre des lâches ccchymotiques devinrent gangréneuses. Chez un malade de Schuppert (3), il y eut un commencement de gangrène du scrotum par excès d'inflammation.
\J acide salicylique^ les salicylates de soude, de lithinc, etc., de même que la plupart des autres médicaments tirés de la série aromatique, déterminent fréquemment des éruptions: érythémateuses, scarlatinoïdes, ruhéoliformes, purpuriques, urticariennes, tubéreuses, parfois même vésiculeuses, pustuleuses, huileuses, etc. Elles sont le plus généralement érylhémato-desquamatives scarlatiniformes ; elles ressemblent à celles de Vantipyrine, du siilfonal, de Vhydrate de chloral, que l'on a souvent l'occasion d'observer.
L'effet d'un grand nombre de substances toxiques ou médicamenteuses appliquées sur la peau n'est pas exclusivement local; l'éruption qu'elles provoquent peut s'étendre bien au delà des points d'application et même se généraliser. 11 y a dans ce cas, outre l'action traumati que locale, des effets
(1) Prince A. Morrow, loc. cUat., p. 103 et On Drug Exanthemata more particularhj the Quinine E.mnthem, in New York MecUcalJournal, 1880, t. XXI, p. 244.
(2) Briquet, Trailé thérapeutique du quinquina et de ses préparations. Paris, 1853 et Bidletin général de thérapeutique, 1872.
(3) Schuppert, Richmond and Louisulle Médical Journal, 1878, p. 31o.
ÉRUPTIONS ARTIFICIELLES
d'absorption comparables à ceux que produit l'ingestion de la substance toxique dans les voies digestives, ou sa pénétration par les voies respiratoires, ou son introduction soit dans les veines, soit dans le réseau capillaire (injections intraveineuses ou hypodermiques).
Que se passe-t-il après l'absorption de ces substances ? Comment agissent-elles? Cette question « de la nature des éruptions médicamenteuses », mise à l'ordre du jour de la section de Dermatologie du Congrès de Berlin (1) a été discutée par Colcott Fox (2), H. G. Brooke, Neumann, Kôbner, H. Leioir, Radcliffe Crocker, Belirend, Petersen, Dubois- Havenith, Janowsky.
La théorie de Kôbner, de Lewin, d'après laquelle la substance toxique, après avoir été absorbée, impressionnerait le système nerveux périphérique et central et produirait sur la peau une réaction angioneurotique, a été soutenue par H. G. Brooke (3) dans sa communication sur la division de Behrend et sa classification des éruptions médicamenteuses en deux catégories : 1° celles qui sont causées par l'action spécifique du médicament, à marche généralement aiguë ; 2° celles qui sont causées par l'action dynamique du médicament : cette action est à marche rapide, mais semble avoir une certaine période d'incubation.
Behrend applique ce terme de « dynamique » aux éruptions produites par les médicaments, non en vertu de leurs effets physiologiques, mais par quelque élément accidentel dans leur action, le médicament agissant comme corps étranger. Poussant plus loin l'hypothèse, il pense que les substances toxiques absorbées ne produisent pas les phénomènes cutanés par action directe, mais en donnant naissance à un nombre limité de siibstances chimiques [toxines] engendrées sous leur influence. Il serait disposé à admettre que le même agent puisse donner lieu à des toxines différentes chez des individus d'idiosyncrasies dissemblables.
Ces toxines agiraient sur la peau par l'intermédiaire des vaso-moteurs. Les expériences récentes de Bouchard (4) paraissent démontrer que les toxines microbiennes agissent sur les deux ordres de nerfs vaso-moteurs :
(1) Das Wesen der Arzneicxantheme. Question III duX" Congrès Médical International. Comptes rendus, in Monatshefte f. prakt. Derinat., sept. 1890, p. 215, et .1. Girode, Comptes rendus des communications et discussions relatives à la dermatologie et à la syphiligraphie, au Congrès médical international, in Annales de dermatologie et de syph., 1890, p. 672.
(2) Colcott Fox, Exanlhemata Medicinalia exlerna, communication au Congrès de Berlin, in The British Journal of Dermatology, nov. 1890, p. 327.
(3) H. G. Brooke, On Behrend's division of Rashes inlo Spécifie and Dynamic groups, in The british Journal of Dermatology, oci. 1890, p. 313.
(4) Bouchard, Action des toxines microbiennes sur les vaisseaux. Communication à l'Académie des sciences, 26 octobre 1891.
ÉRYTHÈMES.
les unes sur les vaso-dilatateurs, les autres sur les vaso-constricteurs. Cette action des toxines microbiennes sur les vaisseaux pourrait être invoquée, par analogie, à l'appui de la théorie des toxines médicamenteuses.
ÉRYTHÈMES
La classe des érythèmes est encore plus artificielle que celle des eczémas. Sans limites précises, elle s'étend ou se restreint au gré des différents auteurs. Quelques-uns voudraient y faire rentrer toutes les liyperhémies actives ou passives, passagères ou permanentes, simplement congestives ou exsudatives, qne l'on voit se produire soit au début, soit pendant le cours de la plupart des manifestations cutanées. Ces liyperhémies, qui peuvent survenir sous l'influence des causes les plus diverses, sont :
1° Les unes, de cause extrinsèque, dont on a fait les érythèmes de cause externe et qne nous avons étudiées dans les éruptions artificielles ( Voy. Eruptions artificielles) ;
2° Les autres de cause interne, comme par exemple celles qui accompagnent les maladies infectieuses, les fièvres éruptives, la septicémie, etc., les maladies diathésiques, telles que la goutte, le rhumalisme, etc., certains états pathologiques tels que le diabète, l'uricémie, l'albuminurie, l'ictère (cholémie), etc., etc.
On rapproche ainsi, sous le titre commun d'éry thème et comme appartenant à un groupe naturel, toutes les rougeurs, les congestions actives ou passives, les hyperhémies simples ou plus ou moins exsudatives, qui peuvent se manifester, soit isolément, soit simultanément avec d'autres symptômes cutanés. On a voulu ainsi faire de l'érylhème une dermatose définie, alors qu'en réalité ce n'est qu'un symptôme commençant à l'Ayperhémie simple, pouvant ne pas dépasser ce degré congestif, ou bien devenir plus ou moins complexe, en passant par les divers degrés de Yhijperhémie exsudalive qui forme le syndrome des érythèmes polymorphes.
Les éléments de ce syndrome étant nombreux, leur association donne lieu à une quantité considérable d'apparences diverses, de soi-disant variétés d'érythèmes qu'on pourrait multiplier presqu'à l'infini. Ce syndrome érythème se rencontre dans un grand nombre de troubles nerveux
ÉRYTHÈAIES.
et d'états pathologiques, pouvant être provoqués parles causes accidentelles les plus diverses ; il est surtout subordonné aux prédispositions individuelles et souvent même aune sorte d'opportunité qui fait que la peau d'un même sujet, sous l'influence de la même cause, sera ou ne sera pas liyperliémiée ; que cette éruption sera fugace ou d'une durée prolongée, qu'elle sera simple ou exsudative et polymorphe, qu'elle sera j)artielle ou généralisée, faible ou intense, etc.
On peut dire avec Ernest Besnier et Doyon (1) : « Non seulement la variété des érylhèmes défie toute description complète, mais il faudrait des catégories à l'infini si l'on voulait classer tous les faits en séries méthodiques; les auteurs qui en ont fait l'essai ont échoué régulièrement. » Nous ne tenterons pas d'établir une classification pathogénique des éruptions érythémateuses, bien convaincus que nous sommes de l'impossibilité d'y faire rentrer tous les faits dans lesquels ce syndrome peut être observé.
En ne considérant l'érythème qu'au point de vue de la symptomatologie et de l'anatomie pathologique, nous pouvons avec F. von Hebra, avec Kaposi et avec l'école de Vienne, diviser les érylhèmes en :
A. Hyperhémies cutanées;
B. Erythèmes polymorphes.
A. Les dermopathies décrites par les auteurs sous les noms à'érythèpie fugace^ A' érythètne émotif, {^êry thème à jmdore, à' érythème par rayonnement calorique ou lumineux (solaire ou électrique), à'érythème à frigore,
éry thème neurotiqiie, à.' ér y thème paratrim^ne, érythema lœve, etc., appartiennent â l'hyperhémie cutanée (Voy. Hyperhémie cutanée).
B. Dans le cadre des érylhèmes polymorphes, nous ferons rentrer :
i° Les érytbèmes polymorphes, avec processus exsudatif non suivi de vésicules ou de bulles tels que : l'érythème circiné ou annulaire, l'érythème marginé ou figuré^ l'érythème papvileux, l'érythème tubéreux ou papulo-tuberculeux, etc. ;
2° Les erythèmes avec processus exsudatif s'accompagnantdelaproduction de vésicules, de bulles, etc., tels que les érylhèmes vésiculeux, huileux ou pemphigoïdes, les érylhèmes polymorphes symptomatiques de divers états infectieux ou diathésiques, les érylhèmes polymorphes graves de nature inconnue (types de Lewin,d'U£felmann, d'E. Vidal, de de Molènes- Mahon, etc.)
Les cadres de l'hyperhémie cutanée et des érytbèmes polymorphes,
(1) Ernest Besnier et Doyon, Notes de la traduction française de la 3° édition de Va- Ihologie et traitement des maladies de lapeau, par Kaposi, 2= édition française. Paris, 1891, t. I, p. 364.
ÉRYTHÈMES POLYMORPHES.
peuvent contenir presque toutes les manifestations cutanées décrites sous le nom d'érythème.
L'un de nous (E. Vidal) a cru devoir en séparer Yhydroa vésieuleux (de Bazin) qui, généralement confondu avec les érythèmes polymorphes, s'en distingue nettement, suivant lui, par sa symptomatologie, par sa marche et même par sa lésion tout à fait caractéristique. Cette affection sera décrite comme une dermatose spéciale (Voy. Hydroa).
Nous avons placé hors cadre, dans des paragraphes séparés, certains érythèmes dont l'importance, au point de vue doctrinal, nous a paru nécessiter plus de développements; tels sont: l'érythème scarlalinoïde, l'érythème noueux, l'érythème induré, l'érythème des pellagreux et l'érythème pellagroïde.
Nous étudierons successivement :
1° Les érythèmes polymorpltes ;
2° \léry thème scarlatinoïde ou acarlatiniforme que nous distinguons de la dermatite scarlatiniforme généralisée récidivante (Voy. p. 163) et dont nous admettons une forme idiopathique et des formes symptomatiques de causes toxiques, médicamenteuses, infectieuses, etc.
3° \I érytlicme noueux que nous étudions dans sa forme idiopathique;
4° \i érytlième induré ;
S° Yaérythème des pellagreux et Véry thème pellagroïde.