II. - ACNÉ INFLAMMATOIRE
L'acné inflammatoire commence par une élevure papuleuse, rougeâlre, plus ou moins conique, dont la pointe ne tarde pas à prendre une teinte jaunâtre et à devenir purulente.
La formation d'une papulo-pustule est la règle ; la résolution de la papule est l'exception. Dans ce cas elle pâlit graduellement et s'affaisse en laissant un peu de desquamation. Le volume des pustules d'acné varie de celui d'une petite tête d'épingle à celui d'un gros pois.
Pour la plupart elles sont acuminées ; parmi les plus grosses on en rencontre quelques-unes d'hémisphériques. Indolores, ou à peine sensibles lorsqu'elles sont petites, elles peuvent donner lieu à des picotements et à ime cuisson désagréable lorsqu'elles sont plus volumineuses.
On en distingue plusieurs variétés : l'acné simple, l'acné indurée, l'acné phlegmoneuse et l'acné polymorphe des sujets lymphatiques.
Acné simples. — Acné pustuleuse dissé?ninée . — Acné vulgaire. — Dans VAc?ié simple, les papulo-pustules sont petites, régulières, presque toutes du volume d'une tète d'épingle, entourées d'une auréole rouge très limitée. La sensation de fourmillement ou de picotement qu'elles déterminent est peu sensible, souvent même passe inaperçue. Elles sont isolées les unes des autres, discrètes, ce qui est un des caractères de cette variété; il n'est pas rare, cependant, d'en voir deux ou trois assez rapprochées pour que la rougeur de leur base vienne à se toucher et à se confondre. Au début, on voit au centre de la petite pustule le comédon ou le poil autour duquel elle s'est formée.
ACNÉ.
Leur évolution est rapide. Dès le second jour leur pointe est jaunâtre, et en la piquant on peut en faire sortir une gouttelette de pus. Si la pustule est suffisamment grosse, en la pressant on en extrait, mélangés avec le pus, des fragments de matièi^e concrète grasse, blanchâtre, qui sont des produits sébacés plus ou moins altérés. Abandonnée à elle-même, la papulo-pustule ne tarde pas à s'ouvrir; le pus se concrète en une petite croûte jaune ou brune qui, en tombant, laisse une cicatricule rougeâtre dont, plus tard, un petit point blanc indiquera la trace. Il est souvent si minime qu'il faut un examen minutieux à la loupe pour le constater. C'est cette forme d'acné qu'on observe dans la jeunesse, ce qui lui a fait donner par quelques auteurs le nom acné juvenilh.
Elle se développe surtout vers l'époque de la puberté. Il n'est pas rare de constater l'exacerbation d'une éruption déjà existante, ou de voir de nouvelles pustules revenir périodiquement chez un certain nombre de femmes, vers l'époque menstruelle.
La disposition à cette affection disparaît avec l'âge. Uacné mnplex est généralement une éruption de la jeunesse.
Elle atteint les régions abondamment pourvues de glandes sébacées. C'est sur le front, surtout vers les tempes, sur le nez et plus spécialement sur les ailes du nez, sur les joues, sur la peau du dos et sur celle de la région antérieure de la poitrine qu'on l'observe le plus communément.
Acné indurée. — Quand les papulo-pustules sont très volumineuses et arrivent à former des sortes de protubérances, à base profonde, dure et violacée, quand l'évolution est lente, on a les signes de Vacné indurée. D'un rouge violacé, elle atteint souvent le volume d'un pois. Relativement douloureuse quand elle commence à entrer en suppuration, elle est le siège de picotements et d'une chaleur désagréable. Lorsque le pus a été évacué soit par une ponction, soit par rupture spontanée de la pustule, on voit persister pendant assez longtemps une induration violacée. Cette cicatrice, qui blanchira à la longue et sera indélébile, est plus ou moins épaisse, plus ou moins souple, et chez certains sujets forme un petit relief au-dessus du niveau de la peau. Il n'est pas très rare de voir des individus, et le plus souvent des hommes dont la partie supérieure du tronc et surtout la région dorsale et celle des épaules sont criblées de ces cicatrices en même temps que des pustules d'acné indurata, à divers degrés d'évolution, les unes d'un rouge violacé, les autres en suppuration ou couvertes de croûtelles, sont en activité.
Les tissus périphériques peuvent être envahis par la propagation inflammatoire et il n'est pas rare qu'il s'y forme de véritables abcès intradermiques ou sous-dermiques, dont quelques-uns peuvent atteindre le \o-
ACNÉ INFLAMM'ATOIRE.
liime d'une amande, c'est ce que nous avons désigné sous le nom d'acné Ijldegmoiieme. La saillie de ces petits abcès, leur mollesse, souvent leur iluctuation, la rougeur livide de la peau qui les recouvre, permettent de les reconnaître facilement.
Les diverses variétés d'acné inflammatoire que nous venons de décrire peuvent se trouver réunies chez un môme individu qui y sera prédisposé par sa constitution lymphatique. C'est sur le visage, sur la région antérieure de la poitrine, sur le dos, sur les épaules qu'on observe cette éruption acnéique multiforme. On y trouve réunis l'acné ponctuée (comédon), l'acné pustuleuse, l'acné indurée, l'acné phlegmoneuse, les cicatrices d'acné indurée et celles d'abcès dermiques, c'est ce que nous appelons Vacné polijmorphe des sujets lymphatiques.
Anatomie pathologique. — La pathogénie de l'acné inflammatoire est très complexe.
Tantôt c'est le follicule pileux ou pilo-sébacé qui doit être incriminé. Dans d'autres cas, au contraire, ce sont les lésions du follicule sébacé qui sont l'origine de la papulo-pustulation périfolliculaire.
Les lésions du follicule pileux ou pilo-sébacé sont une cause puissante d'acné inllammatoire, soit qu'elles agissent en transformant le follicule en une véritable épine irritative enchâssée dans l'épaisseur du derme ; soit que, dans d'autres cas, des microbes pathogènes, pénétrant dans la cavité du follicule et de là dans le derme ambiant, soient l'origine d'une périfolliculile suppurée inflammatoire. Enfin, dans d'autres circonstances, certains poisons, virus, certains microbes pathogènes contenus dans le sang, et tendant à s'éliminer par la peau et en particulier par les glandes de la peau (entourées d'un si riche lacis vasculaire), déterminent autour des follicules pilo-sébacés une inflammation périfolliculaire aboutissant à la périfolliculite papideuse et suppurée.
Sur des coupes passant par le milieu de papulo-pustules d'ac;u'' enflammé pilaire (voir planche I, figure 1), on peut constater que la cavité du follicule pileux est fortement dilatée, qu'elle est remplie de cellules cornées, de globules de pus granuleux formant des masses caséeuses plus ou moins adhérentes les unes aux autres. Dans la cavité du follicule, on trouve parfois un ou deux poils follets (voir planche I, figure 1).
Sur les préparations convenablement colorées, l'on constate presque toujours la présence d'une assez grande quantité de micrococci en points isolés, doubles, ou en chaînettes, parfois de petites bactéries, dans le pus que l'on fait sourdre en pressant la pustule d'acné.
La gaine interne du follicule, qui est formée de cellules crénelées analogues à celles du corps muqueux, semble complètement intacte, ainsi
ACNÉ.
que Cornil l'a bien indiqué dans son mémoire sur l'anatomie pathologique de l'acné (1).
Le derme qui entoure le follicule présente des signes très prononcés d'hypérémie ; les vaisseaux nombreux qui forment un lacis autour du follicule pileux sont fortement dilatés et gorgés de sang ; ils sont entourés de cellules lymphatiques qui paraissent être un produit de diapédèse. Par places, on peut constater que les cellules du tissu conjonctif tendent à proliférer.
Il est certain que le pus contenu dans l'intérieur du follicule provient du derme ambiant enflammé. En effet, nous avons eu la chance exceptionnelle de rencontrer des boutons d'acné pilaire, où le follicule pileux dilaté rempli de cellules épithéliales ne renfermait pas encore de pus, mais où il existait dans le derme, accolés, soit à la partie profonde, soit aux régions latérales du follicule, des îlots purulents plus ou moins volumineux qui ne demandaient qu'à se faire jour dans la cavité du follicule. Il est évident que dans ces cas une légère pression avait suffi pour déchirer la membrane interne du follicule et permettre au pus de fuser dans la cavité de celui-ci.
Ceci nous explique pourquoi, lorsqu'on presse une pustule d'acné, l'on fait d'abord sortir par l'orifice du follicule pilo-sébacé une certaine quantité de matière sébacée. Si l'on continue à presser, l'on extrait par l'orifice de la glande quelques gouttes de pus. Simon (2) avait donc bien raison, quand il faisait remarquer que le pus des pustules d'acné provient non du follicule pilo-sébacé lui-même, mais du derme. Ainsi donc, le pus formé autour du follicule s'ouvre dans celui-ci par suite de la chute de l'épithélium de la membrane interne du follicule.
Cette inflammation périfoUiculaire est plus ou moins profonde, suivant le cas.
Il arrive parfois que, dans les formes papuleuses de l'acné pilaire, les régions supérieures du derme, celles qui avoisinent le conduit glandulaire soient seules atteintes, comme l'ont fait remarquer Biesiadecki et Kaposi.
Dans les pustules, l'inflammation périfoUiculaire est presque toujours profonde et ne se limite pas à la périphérie du conduit du follicule pilosébacé.
Dans les pustules anciennes, il existe des îlots de pus étendus dans le derme qui entoure le follicule. Cette infiltration peut siéger d'un seul côté du follicule, ou lui être sous-jacente, ou l'englober en entier (voir Planche I, fig. 1).
(1) Cornil, Journal de l'anatomie et de la physiologie, 1879.
(2) Simon, Die Hautkrankheiten dursch Anatomische Untersuchung erlaiitet, Berlin, 1851.
ACNÉ INFLAMMATOIRU:.
Dans les cas légers, il arrive souvent que la région supérieure de la paroi folliculaire correspondant au conduit soit seule détruite.
Dans les formes plus intenses, le follicule peut être presque entièrement ou même totalement détruit par la suppuration périfolliculaire.
Comme nous l'avons dit dans notre mémoire de 1882 (1), cette périfolliculite suppurée explique pourquoi l'acné pustuleuse, même la plus légère, laisse toujours à sa suite des cicatrices, quelque minuscules, quelque microscopiques qu'elles soient.
On constate souvent dans l'épiderme (voir planche I, fig. 3) avoisinant le follicule pileux, de petits nids purulents, de véritables petits abcès intraépidermiques, siégeant au milieu d'un réticulum d'origine épithéliale plus ou moins désagrégé : réticulum et nids purulents qui se sont formés d'après le mécanisme de l'altération cavitaire décrite en premier par l'un de nous (2).
Les glandes sébacées ne nous ont pas paru prendre part à l'inflammation dans ces degrés encore peu accentués d'acné pilaire, ainsi que l'avait d'ailleurs déjà remarqué Bazin (3) et ainsi que l'a surtout montré Cornil (4). « Dans cette forme d'acné pilaire, dit Cornil, les glandes sébacées ne m'ont paru prendre aucune part active à l'inflammation. »
Lorsque l'inflammation a duré plus longtemps, lorsqu'elle a été plus intense, on voit ces formes d'acné pilaris se transformer en acné in dura ta (voir planche I, %. 2).
Dans ces gros boutons d'acné indurata, on peut constater que le follicule pileux est énormément dilaté, que son orifice est rempli de cellules cornées, que sa cavité devenue presque kystique contient des cellules épidermiques cornées et des globules de pus altérés.
Les couches épidermiques qui constituent les parois du follicule sont fortement épaissies. Ce sont les mêmes couches que celles du reste de l'épiderme : couche cornée, couche granuleuse, couche de Malpighi. Mais l'hypertrophie épithéliale porte principalement sur ces deux dernières couches, et surtout, pour ne pas dire uniquement, sur la couche de Malpighi. La couche granuleuse est épaissie et riche enéléidine, ce qui indique une tendance à la kératinisation du follicule (voir planche I, figure 2).
En certains points le tissu conjonctif qui entoure la cavité du follicule dilaté, présente des papilles très nettes, qui pénètrent dans l'épaisseur de
(1) H. Leloir et E. Widal, Recherches unatomiques sur l'acné. Soc. de Biologie, 1882 .
(2) H. Leloir, Altération spéciale des cellules épithéliales. — Archives de physiologie, 1878, et Formation des vésicules et des pustules sur la peau et les muqueuses. Archives de physiologie, 1880.
(H) Bazin, art. acnk du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. (4) Cornil, loc. cit.
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la couche de Malpighi hypertrophiée du follicule. Ce tissu coiijonctif présente des signes très prononcés d'inflammation : il est rempli de cellules embryonnaires formant çà et là de véritables nids purulents; ses vaisseaux sont dilatés et gorgés de sang ; les papilles voisines de l'ouverture du follicule sont également enflammées ; elles sont hypertrophiées et remplies de cellules rondes.
Enfin le follicule est complètement englobé par l'inflammation et la suppuration, mais cette inflammation et cette suppuration sont toujours plus accentuées au niveau de l'extrémité inféi'ieure du follicule.
La suppuration péri-folliculaire finit par détruire plus ou moins complètement l'épithélium de la membrane interne du follicule pour pénétrer dans la cavité de celui-ci. Le plus souvent cette profonde et intense suppuration péri-folliculaire détruit presque totalement le follicule pilo-sébacé.
Chose remarquable, la membrane interne du follicule demeure souvent intacte au niveau des régions supérieures du conduit du follicule, alors que tout le reste de la glande est presque totalement ou totalement détruit et transformé en une cavité pleine de pus.
Souvent plusieurs follicules sont englobés par l'infiltration inflammatoire dans l'acné indurata. Cet envahissement des follicules voisins peut tenir à l'extension de l'inflammation.
Il est probable toutefois que la pression exercée sur les glandes par le tissu enflammé, pression d'autant plus forte que le tissu est moins extensible, pression atteignant par conséquent son maximum au niveau des oritices glandulaires, doit, en obstruant ceux-ci, jouer un certain rôle dans la rétention des produits de sécrétion folliculaire et dans la propagation du mal à d'autres follicules, comme Fa justement indiqué Behrend. Aussi cet auteur recomniande-t-il le raclage avec la curette de Volkmann pour détruire l'obstruction des follicules (1).
Les grosses glandes sébacées sont en général à peu près respectées dans cette forme d'acné.
Cependant nous ne pouvons affirmer d'une façon absolue, comme l'a fait Cornil, « que dans les jeunes boutons d'acné, les glandes sébacées ne sont nullement en cause » et que « l'acné indurata chronique consiste uniquement dans une inflammation chronique du follicule pileux. Elle constitue un intermédiaire entre l'acné pilaire et les kystes sébacés ».
Ainsi donc, dans les formes que nous avons décrites d'acné pilaris' et d'acné indurata, il semble que les glandes sébacées ne prennent pas une part ac^iue à l'inflammation. ^
(l) Behrend, Zur Pathogenese uml Behandhmg der Acné disseminata. Wochenschrifts Deutsche medic, 1881.
ACNÉ INFLAMMATOIRE.
Toutefois elles peuvent être atteintes d'une façon passive. D'ailleurs, il ne faudrait pas refuser d'une façon absolue aux glandes sébacées tout rôle dans la production de ces formes d'acné, car le follicule pileux et la glande sébace'e sont en somme unis d'une façon intime et constituent un tout indissoluble : le follicule pilo-sébacé. De sorte que l'ouverture de la glande sébacée tout au moins se trouve prise en même temps que le follicule.
Mais les glandes sébacées des poils follets, auxquelles les follicules pileux de ces dits poils sont pour ainsi dire annexés, comme des appendices, et qui sont en général bien plus profondément situées et plus volumineuses, semblent réellement ne prendre que très rarement une part actiA^e à l'inflammation (par leur corps glandulaire tout au moins), tandis que leur conduit se trouve toujours plus ou moins atteint.
Lorsque l'inflammation périfoUiculaire est encore plus accentuée, plus étendue, qu'elle atteint les couclies profondes du derme et même l'hypoderme, l'on a Vacné phlegmoneuse, avec ses gros abcès intradermiques.
Sur certains boutons d'acné indurata un peu globuleux et anciens, le follicule pileux clironiquement enflammé est transformé en un véritable kyste, renfermant de l'épiderme corné d'aspect sébacé et quelques poils follets.
Les glandes sébacées peuvent-elles par leurs altérations jouer le même rôle que les follicules pileux dans la production de l'acné pustuleuse? Certes oui. Il serait contraire aux faits d'affirmer que les acnés pustuleuses doivent toujours être considérées comme des périfoUiculites pilaires suppurées.
Les lésions de l'acné punctata, le comédon, que nous avons étudiés plus haut, peuvent dans certains cas devenir une véritable épine inflammatoire entée dans l'épaisseur du derme, un véritable corps étranger, et peut-être même les modifications chimiques de ce bouchon viennent-elles encore augmenter les causes d'irritation, comme nous l'avons fait observer en 1882 dans notre mémoire sur l'anatomie pathologique de l'acné (1).
Alors le derme environnant s'irrite ; il se produit une inflammation et une suppuration périfoUiculaire, le comédon a donné lieu à une acné pustuleuse.
Que l'inflammation soit plus intense et plus persistante, l'on aura Vacné pustuleuse indurée et même Vacné phlegmoiieuse. On conçoit donc que le traitement de cette forme d'acné est l'expulsion du corps étranger, du comédon.
(1) Loc. rit.
ACNÉ.
Ces acnés pustuleuses présentent à peu de chose près lamèmeanatomie pathologique que l'acné suppurée d'origine pilaire.
Les acnés pustuleuses que nous venons detudiersont des périfoUiculites suivies de folliculites suppurées provenant de troubles de fonctionnement du follicule pilo-sébacé, qui, rempli de cellules cornées ou de matière sébacée durcie et altérée, etc., constitue un véritable corps étranger plongé dans l'épaisseur du derme dont il a amené l'intlammation et la suppuration consécutives.
Dans d'autres cas, ces périfoUiculites semblent dues soit à l'introduction d'un microbe pathogène (1), ou d'une substance iri'itante dans la cavité du follicule pilo-sébacé, soit, au contraire, à l'élimination de certains médicaments toxiques, virus, microbes, par la surface cutanée et en particulier par les glandes cutanées.
Dans ces deux derniers cas, les troubles de fonctionnement du follicule pilo-sébacé ne seront plus primitifs comme dans le premier cas, mais secondaires aux altérations du derme ambiant et des vaisseaux et nerfs qu'ils renferment.
Nous avons vu que par suite de l'intlammation suppurative du tissu qui avoisine le follicule pilo-sébacé, l'acné pustuleuse, si légère soit-elle, laisse toujours à sa suite des cicatrices, quelque microscopiques qu'elles soient dans certains cas.
Ces cicatrices dues à l'intlammation nécrobiotique péri-folliculaire et à la destruction partielle ou totale du follicule peuvent être très prononcées, lorsque la périfolliculite a été fortement nécrobiotique.
Bien que, en général, les grosses pustules d'acné suppurée soient suivies de cicatrices plus marquées que les petites pustules, il faut savoir toutefois que cette règle n'est pas absolue. Il est des sujets chez lesquels une petite pustule d'acné laisse à sa suite une cicatrice bien plus prononcée qu'une pustule d'acné indurée et même phlegmoneuse chez tel autre sujet.
Il s'agit là de différences dans la réaction inflammatoire du derme et de l'hypoderme dont la cause nous échappe.
(1) A propos de ces acnés produites par un microbe pathogène, lire l'important travail de Dieckerhoff et Grawitz sur FAcné contagiosa du Cheval et son Etiologie (Archives de Virchow, t. CII, p. 1). L'origine contagieuse de cette acné produite par un microbe pathogène y semble démontrée péremptoirement.
Au niveau des cicatrices d'acné, on constate que l'épiderme très aminci ne présente pas de papilles au-dessous de lui. L'épiderme repose sur du tissu fibreux disposé en faisceaux parallèles à la surface de la peau. Plus profondément on trouve des faisceaux de tissu libreux à direction oblique.
La traction déterminée par ces faisceaux fibreux sur les follicules pilosébacés sains du voisinage semble parfois déformer ceux-ci. Il n'est pas impossible qu'il en résulte des troubles dans la sécrétion desdits follicules.
Les cicatrices d'acné peuvent dans des cas exceptionnels devenir chéloïdiennes.
Acné chéloïdienne. — Acné ché/oïdique (Bazin), acné kéloïdienne (Lailler). — L'acné peut être le point de départ, chez des sujets prédisposés, de tumeurs cliéloïdiennes. C'est surtout à la nuque, à la racine des cheveux, et aussi sous le menton, dans la région sus-hyoïdienne, partout en un mot où les frottements sont fréquents, qu'on les observe le plus communément.
Elles donnent lieu à des tumeurs hémisphériques ou ovales, à des indurations disposées en plaques ou en bandes plus ou moins saillantes formées par la réunion de plusieurs chéloïdes pilaires conglomérées. Au début cette petite chéloïde est vasculaire, rougeâtre, rosée ou violacée, parsemée de petits vaisseaux, visibles surtout à la périphérie de la saillie développée autour du follicule j)ilo-sébacé.
Au centre on voit fréquemment deux ou trois poils et même davantage. Ces poils sont mal plantés, divergents en tous sens; ils sont en général plus gros que les poils normaux.
La lésion envahissant les follicules du voisinage, on voit ces élevures chéloïdiennes, réunies sur une même ligne formant une sorte de bande transversale, longeant la racine des cheveux, siégeant à la partie supérieure de la nuque, parallèlement au col des vêtements dont les frottements habituels pourraient donner raison de cette localisation.
Cette bande est traversée par des cheveux raidis et disposés parallèlement à la manière des crins d'une brosse.
En se réunissant, ces lésions forment des tumeurs dures, aplaties, d'autant moins colorées qu elles sont plus volumineuses.
Chez les sujets atteints de cette complication de l'acné, nous avons presque toujours trouvé des pustules d'acné pustuleuse ou indurée, et nous avons pu observer une transition graduelle entre ces formes inflammatoires de l'acné et l'induration chéloïdienne.
Lorsque ces chéloïdes conglomérées forment des tumeurs un peu volumineuses, elles deviennent assez fréquemment le siège de douleursnévralgiques, dues sans doute à la compression des filets nerveux par le tissu inodulaire.
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La méthode des scarifications quadrillées assez profondes pour atteindre toute l'épaisseur de la tumeur amène le plus souvent la cessation instantanée de ces douleurs ainsi d'ailleurs que de celles qui s'observent dans les autres variétés de chéloïde, comme l'a montré l'un de nous (I).
Anatomie pathologique (planche IV, figure 1). — L'étude de l'acné kéloïdienne fait partie des acnés pilaires inflammatoires.
On sait que l'on décrit sous ce nom, depuis Bazin, une affection propre à la région de la nuque.
Dans leurs savantes annotations à la traduction de Kaposi, MM. E. Besnier et Doyon ont proposé de donner à cette affection « le nom de sycosis papillomateux et chéloïdien de la nuque, ou simplement de « sycosis » en raison de la localisation /)ro6«:é/^ [non démontrée) de la lésion dans le follicule pilaire.
L'un de nous a eu l'occasion d'exciser à Lille chez trois malades de sa clientèle privée, en 1882 et 1883, des morceaux de peau qui lui ont permis d'établir en 1884, dans ses cliniques professées à l'hôpital Saint-Sauveur (2), les caractères anatomo-pathologiques de cette affection.
Il a ainsi pu démontrer histologiquement que « l'acné kéloïdienne n'est autre chose qu'une périfolliculite pilaire dans laquelle le tissu embryonnaire qui entoure les follicules, au lieu d'aboutir à la suppuration, comme dans les folliculites suppurées ordinaires, tend à la formation d'un tissu scléreux. C'est une périfolliculite pilo-sébacée chronique à tendance scléreuse (3). »
Sur des préparations d'acné chéloïdienne, colorées par le picro-carmin ou l'éosine, on observe, en effet, les altérations suivantes (planche IV, fig.l) :
L'épiderme est un peu épaissi. Les prolongements interpapillaires des corps de Malpighi sont un peu hypertrophiés et allongés.
Le derme est notablement altéré dans toute son étendue. On y constate une sorte de trame fibreuse formée de tissu fibreux épais, à faisceaux obliques ou perpendiculaires à la surface de la peau, séparés par de rares cellules plates. Ces faisceaux sont diversement entrelacés et forment en plusieurs points des gaines fibreuses épaisses aux follicules pileux.
Entre ces travées de tissu fibreux, il existe des amas de cellules embryonnaires disposées en îlots ou en bandes.
Ces cellules embryonnaires forment souvent des manchons autour des
(d) E. Vidal, Leçons sur le traitement chirurgical des maladies de la 'peau, in France médicale, 1881, pages 685, 698, 736, 783.
(2) Voir : Exposé des titres et travaux scientifiques de M. Leloir. Leçons sur les périfolliculites pilo-sébacées, sur Vacné kéloïdienne de la nuque, p. .^3, Lille, 1886.
(3) Leloir, Exposé des titres et travaux scientifiques, p. 54.
vaisseaux sanguins qui abondent dans ce tissu pathologi([ue fortement vascularisé.
Un certain nombre de follicules pileux sont entièrement ou presque entièrement englobés par ces amas de cellules embryonnaires disposés en bandes ou irrégulièrement. Au niveau d'autres follicules pileux, l'on observe au contraire une particularité très importante au point de vue de la compréhension du processus de l'affection : le follicule est entouré par un manchon de tissu fibreux, lequel est lui-même englobé et plus ou moins dissocié dans ses parties périphériques par un manchon ou par des îlots ou bandes de cellules embryonnaires.
Il semblerait donc que le processus puisse s'interpréter ainsi : sous l'influence de l'inllammation chronique non suppurative, il se forme autour des follicules pileux des amas de cellules embryonnaires ; celles-ci à leur tour se transforment en tissu scléreux; le processus scléreux marche du centre vers la péripbérie.
Notons en outre que le tissu pathologique est riche en vaisseaux. Ceuxci sont entourés d'amas de cellules embryonnaires ou parfois de gaines épaisses de tissu fibreux.
Les altérations histologiques présentent donc une grande analogie avec la structure de chéloïdes jeunes et vasculaires.
Leur point de départ paraît être le follicule pileux.
Il s'agit donc bien ici d'une périfolliculite pilaire à tendance chéloïdienne, comme l'avait présumé cliniquement E. Besnier.
Sur des préparations colorées au moyen de la méthode de Gram, l'on trouve parfois, dans les vaisseaux et dans les amas de cellules embryonnaires, des micrococci disposés en points doubles ou en amas zooglœïques, mais le fait est loin d'être constant.
Nous ne saurions actuellement attribuer la moindre valeur pathogénique à l'existence de ces micrococci, que le D. G. Marcassi a décrits ultérieurement dans cette affection (1) et qu'il considère comme jouant un rôle dans le développement de l'acné chéloïdienne.
L'opinion de Marcassi nous paraît prématurée. Il est impossible de classer les zooglo^es de cet auteur parmi les microbes pathogènes avant que leurs caractères histochimiques, leur évolution, leur multiplication et leur inoculabilité aient été nettement et complètement établis.
Acné rodens. — Acné ulcéreuse. — Acné atrojihique de Bazin. — Acné à cicatrices déprimées ou arthritique de E. Besnier. — Acné varioliforme des Allemands. — Acné frontalis seu necrotica de Cœsar
(1) Giorgo Marcassi, Dermatite chéloïdienne de la nuque, in Giornale ItaUano délie mal. vener. e délia pelle, 1887.
ACNÉ.
Bœck. — Il est une forme d'acné encore assez mal connue, décrite par quelques auteurs sous le nom d'acné atrophique , dénomination qui avait été, à tort du reste, employée par Chausit pour désigner le lupus acnéique {lupus eryt/iematosus discoïdes). C'est l'acné varioliforme de l'École allemande qu'il ne faut pas confondre avec l'acné varioliforme de Bazin ; celle-ci n'est autre chose que le molluscum contagiosum de Bateman.
A cause de l'escliare qu'elle produit et de la cicatrice déprimée qu'elle laisse à sa suite, nous proposons de lui donner le nom à'acjié rodms. Elle a été confondue à tort par Devergie avec l'impétigo sous le nom A'impet/'go rodens. L'aspect de cette lésion est caractéristique. Débutant par le follicule pileux, on voit se former une petite croûtelle jaunâtre, sans saillie, ne dépassant pas, ou dépassant à peine le niveau de la peau et souvent traversée par les poils. Cette croûte s'élargit, atteint fréquemment le diamètre d'une lentille, devient brune, est adhérente et paraît comme enchâssée à la façon d'une eschare sèche dans la peau, dont la coloration à peine modifiée est parfois un peu violacée autour des lésions. En pressant sur les plus larges et les plus anciennes, sur celles qui sont sur le point d'être éliminées spontanément, on peut faire sourdre par les bords une gouttelette de pus venant de la profondeur. Mais à la période d'état, en général la croûte est sèche. Vient-on à la soulever, on A'oit qu'elle pénètre assez profondément dans le derme et qu'elle couvre une ulcération à fond rougeâtre, inégal et à bords taillés à pic.
Sur celles dont la croûte se détache spontanément, on voit sur les bords de l'ulcération que la cicatrice commence en même temps que se fait l'élimination. Rougeâtre d'abord ou même violacée, cette cicatrice, qui ressemble à s'y méprendre à celle d'une pustule de variole, finit par blanchir. On voit alors, comme par exemple sur le front ou sur le nez, réunis en un même groupe, tous les degrés d'évolution de Vacné rodens : des cicatrices plus ou moins anciennes et des croûtes de lésions en activité, les unes minuscules et au début, les autres plus larges, d'autres enfin commençant à se détacher. Il semblerait dans certains cas que la lésion reparait sur une cicati'ice, alors que le follicule pileux n'avait pas été détruit par la première atteinte.
L'acné rodens peut être circonscrite ou diffuse.
Circonscrite elle atteint de préférence le nez, le front, la région des tempes et s'y cantonne pendant des années.
L'acné rodens diffuse peut s'étendre à un grand nombre de follicules pilo-sébacés et se répartir inégalement sur de larges surfaces, par exemple sur le cuir chevelu dont elle envahit de préférence les régions antérieures.
ACNÉ INFLAMMATOIRE
sur le front, sui* les joues, vers l'Hugie de la mâchoire, et aussi sur la région sternale, mais surtout dans la région dorsale qu'elle peut occuper dans presque toute son étendue.
Cette forme diffuse, qui d'après Bazin et E. Besnier appartiendrait à la diathèse arthritique, a été plus souvent observée par nous chez des sujets d'une constitution lymphatique.
La forme circonscrite, par sa localisation, par sa disposition en groupes, par les caractères de ses croûtes et de ses ulcérations, ressemble tellement à certaines variétés de syphilides ulcéreuses (S. tuberculo-croûteuses) qu'il est très difficile de les distinguer et qu'elles sont souvent prises l'une pour l'autre.
Anatomie pathologique. — Il est une variété d'acné qui, par son aspect spécial, les cicatrices prononcées et constantes qu'elle laisse à sa suite, mérite d'attirer l'attention del'anatonjo-pathologiste; nous voulons parler de l'acné à cicatrices déprimées ou acné atrophique, décrite par E. Besnier, sous le nom d'acné impétigo, d'acné arthritique, et qui correspond à l'acné varioliforme des Allemands. Les dermatologistes, jusqu'à présent, ne possédaient aucun renseignement sur l'anatomie pathologique de cette affection, dont le siège est encore indécis pour l^eaucoup d'entre eux.
Nous aA'ons eu l'occasion d'examiner deux pustules de cette variété d'acné.
Ces pustules avaient été recueillies sur le front d'un malade atteint de cette affection. Elles étaient déjà un peu anciennes.
Nous avons néanmoins pu constater que la lésion siégeait au niveau d'un follicule pilo-sébacé, comme l'indiquait le vestige de l'orifice de ce follicule.
Quant au follicule pilo-sébacé, il était complètement détruit. Il n'existait plus trace du follicule pileux ni des grosses glandes sébacées attenantes que nous constations sur d'aiitres points de la coupe, au niveau des régions saines de la peau.
A la place du follicule, il n'y avait plus qu'une masse de cellules embryonnaires ayant à peu près conservé la forme de la glande. Cette masse, fortement granulo-graisseuse au centre, paraissait renfermée dans une sorte de cavité oblongue (rappelant sans doute la forme du follicule pilo-sébacé disparu), laquelle s'ouvrait dans un conduit qui n'était autre que le vestige de l'orifice du follicule.
Le derme et l'hypoderme entourant cette masse de cellules embryonnaii'es étaient également infiltrés de cellules rondes.
L'épiderme avoisinant l'orifice du follicule présentait les altérations des
ACNÉ.
périodes avancées de la transformation cavitaire de ses cellules, signe certain de pustulation, comme l'a montré l'un de nous (1).
En somme, cette variété d'acné paraît être caractérisée au point de vue liistologique par vme périfolliculite pilo-sébacée nécrobiotique profonde, avec destruction complète du follicule pilo-sébacé et processus de vésicopustulation accentuée dans l'épiderme sus-jacentau follicule (2).