‹ Traité descriptif des maladies de la peauChapitre 47 sur 100 · III. — FAVUS DES ONGLES {Omjchomycose favique · texte numérisé non relu

III. — FAVUS DES ONGLES {Omjchomycose favique

Chez les individus atteints de favus, et surtout chez ceux dont l'affection est déjà ancienne, le sillon unguéal, par suite du grattage^ est presque constamment rempli de spores et de mycélium de l'Achorion. L'ongle devrait être presque constamment envahi par le parasite et cependant le favus s'y développe moins souvent qu'on le pourrait penser.

L'onychomycose favique, qui avait échappé à l'attention des anciens observateurs, avait été remarquée par Pinel et signalée par Alibert (1), et aussi par Mahon qui l'avait contractée au cours de ses épilations. Elle a été bien décrite par Bazin et par Lailler, qui disent l avoir observée assez souvent dans des cas de favus ancien.

Dans le cas de favus primitif de l'ongle, comme par exemple chez les

(1) Alibert, Monographie des dermatoses, 183o, t. I, p. 496.

FAVUS.

épileurs, la lésion atteint le plus habituellement l'ongle du pouce ou celui de l'index de la main droite. L'un de nous {E. Vidal) a vu, avec Brocq, un cas d'onychomycose favique primitive, limitée à l'ongle d'un des gros orteils, sans apparence de favus sur les autres ongles, ni sur le cuir chevelu, ni Sur aucune région du corps,

La lésion débute généralement sur la face latérale de l'ongle ou près de son bord libre, ou dans le sillon unguéal, comme dans le cas d'onychomycose secondaire des anciens faviques. La prolifération parasitaire se fait d'abord entre la couche cornée et le derme sous-unguéal, et tend à soulever l'ongle. Elle se reconnaît d'abord par une coloration d'un gris brunâtre, occupant un point limité, qui bientôt s'étend, prend une teinte jaunâtre ou d un blanc jaunâtre qu'on voit par transparence sous la lame cornée unguéale épaissie et qui est caractéristique. Bientôt l'ongle jaunit, devient terne, piqueté dans une partie de son étendue. Il est épaissi,' comme feuilleté à son bord libre ; des stries longitudinales se forment, deviennent de plus en plus apparentes et parfois s'exfolient. A une époque plus avancée, on voit des renflements, des soufflures, indiquant l'amincissement et la destruction progressive sous l'action de la végétation parasitaire qui, à la longue, finit par perforer la lame cornée (Bazin, Ancel) (1).

Le favus des ongles est d'une extrême ténacité s'il n'est pas traité énergiquement. Dans le cas où il provient de l'auto-inoculation par grattage d'un favus du cuir chevelu il peut persister longtemps et même pendant plusieurs années, après la guérison de ce dernier; Henri Fournier (2) rapporte un exemple remarquable de cette longue durée du favus des ongles. Les cinq enfants d'une famille de la campagne des environs de Paris, dont l'âge s'échelonnait entre huit et seize ans, étaient tous atteints d'onychomycose favique, démontrée par le microscope, le favus ayant complètement disparu au cuir chevelu par un traitement approprié.

L'onychomycose favique des orteils est si rare que nous n'en avons vu qu'un exemple et que Ferdinand Hebraditne l'avoir jamais constaté. Nous n'en connaissions qu'une seule observation, celle de Fabry (3). Le malade, âgé de quarante et un ans, guéri depuis vingt ans d'un favus du cuir chevelu, était depuis son enfance atteint d'onychomycose favique. Le favus avait envahi non seulement plusieurs ongles des deux mains, mais aussi plu-

(1) Ancel, Des ongles aù point de vue anatomique, physiologique et pathologique. Thèse de Paris, 1868.

(2) Henri Fournier, É^Mde sur la trichophytie des ongles, in Journal des maladies cutanées et syphilitiques, avril 1889, note de la p. 6.

(3) J. Fabry, Ueber OnycJwmyeosis favosa, in A7'chiv. f. Dermat. und Syphilis, 1890, p. 21.

COMPLICATIONS DU FAVUS.

sieurs ongles des orteils. La lésion parasitaire existait sur un seul orteil du pied gauche, altérant l'ongle du médius, et sur trois ongles du pied droit : ceux du médius, du quatrième et du cinquième orteil. On voyait dans ces ongles des opacités circonscrites, de coloration jaunâtre évidente, au nombre de trois ou quatre et même plus pour un même ongle. Les lames unguéales étaient un peu soulevées et écartées du lit de l'ongle. II n'y avait jamais eu de réaction inllammatoirc. La pression sur les ongles n'était pas douloureuse.

Complications au favus. — C'est au cuir chevelu qu'on a le plus souvent occasion de voir des complications du favus. Les plus ordinaires sont la phthiriase avec la dermite qui l'accompagne, l'impétigo et surtout l'eczéma impétigineux. Ces dermopathies sont plus fréquentes et plus intenses chez les sujets lymphatiques.

De ces complications peuvent résulter des difficultés de diagnostic. Non seulement le favus peut être recouvert et masqué par les croûtes de l'eczéma impétigineux, mais encore l'apparence en est modifiée, parce que l'inllammation et la suppuration superficielle du derme nuisent à l'activité de la prolifération parasitaire. C'est une sorte de végétation appauvrie ne produisant que des godels minuscules, miliaires, ne dépassant pas la grosseur d'un grain de millet et dont Charpy (l)a voulu faire une forme ou une variété de favus sous le nom de favus miliaire. Ce n'est en réalité qu'un favus accompagné d'un eczéma impétigineux, soit préexistant et ayant facilité l'inoculation, soit deutéropalhique et provoqué par l'irritation causée par l'affection parasitaire, ou par le grattage, chez des sujets prédisposés.

L'apparence extérieure est celle d'un eczéma impétigineux, tantôt à la période exsudative et croiiteuse, tantôt à sa période squameuse, formant une croûte épaisse qui enveloppe la tige des cheveux, parfois jusqu'à un centimètre de hauteur, les tient couchés, les agglutine et fournit une desquamation furfuracée grisâtre et blanchâtre. En soulevant une petite touffe de cheveux on voit la desquamation, quand elle est très sèche, prendre un aspect d'amiante d'où le nom de « teigne amiantacée » que donnaient les anciens auteurs à l'eczéma impétigineux arrivé à cette période de desquamation.

Cet eczéma impétigineux, compliquant le favus. couvre souvent une grande partie ou la presque totalité du cuir chevelu dont il ne dépasse pas la limite. Ses bords sont nettement arrêtés et il s'étend très rarement sur

(1) A. Cbarpy, Bii favus miliaire, in Annales de dermatoloijie et de stjphiligraphie, 187o, t. IV, 1" série, p. 328.

FAVUS.

le front ou sur la région de l'oreille. Sa durée est très longue; il ne cesse que lorsque le favus a été guéri et il donne fréquemment lieu à des erreurs de diagnostic. Lorsque l'odeur de souris, ou pour mieux dire Vodeuv faviqiie, est perceptible et surtout si les cheveux sont altérés, s'ils sont secs, ternes, appauvris, décolorés, d'une teinte tirant sur le gris rougeàtre, très clairsemés en certains points, — ce qui est fréquent — il y a lieu de soupçonner l'existence du favus. Ces caractères des cheveux sont presque constants, tandis que l'odeur favique fait souvent défaut ou n'est pas suffisamment indicative. Nous avons vu cependant, dans quelques cas exceptionnels, relativement récents, les cheveux rester abondants et conserver leur coloration à peu près normale.

En arrachant des cheveux sur les points suspects, le plus grand nombre se détache facilement, entraînant une gaine épidermique beaucoup plus volumineuse que celle d'un cheveu normal; cette gaine entoure la racine d'une sorte de pulpe transparente, vitreuse, dans laquelle le microscope fait constater les spores et le mycélium de l'Acborion.

En soulevant la couche formée par les exsudats de l'eczéma impétigineux, on découvre un tégument enflammé, d'un gris rougeàtre, sec et luisant. On y voit des orifices dilatés de follicules pileux; la plupart de ces orifices sont infundibuliformes et correspondent à des saillies jaunâtres de la croûte soulevée. La face profonde de cette croûte est semée de ces points jaunâtres formant relief. Ce sont des godets miliaires, dont la grosseur ne dépasse pas celle d'un grain de millet. Il est facile de les rendre plus apparents, et souvent de les déceler, en mouillant avec de l'alcool, suivant le procédé indiqué par A. Neisser. Les petites masses faviques ainsi humectées prennent une couleur jaune foncé qui les distingue de la croûte de l'eczéma.

En les dissociant avec la pointe d'une aiguille on les réduit en une poudre sèche, jaunâtre, caractéristique de la végétation del'Achorion.

Comme dans tous les eczémas impétigineux les ganglions lymphatiques voisins sont tuméfiés. Ces adénopathies surviennent aussi quand il y a complication de dermite provoquée par la phthiriase, le grattage ou par des applications irritantes. 11 se produit quelquefois des abcès intradermiques. Alibert et Bazin ont vu des cas de favus comjiliqués d'abcès froids pénétrant jusqu'à la surface osseuse dénudée. Nous pensons que dans ces cas il y a eu coïncidence et non pas une relation, au moins directe, de cause à effet, car, comme le dit très justement Kaposi, il n'y a pas d'ulcère favique.

Dans les hôpitaux on voit quelquefois un enfant atteint de favus contracter la trichophytie et les deux affections parasitaires évoluer simultanément, sans modifier leurs caractères, sur le même cuir chevelu.

FAVUS DES MUQUEUSES.

Existe-t-il un favus des mîiqucuses'l

Le favus de la surface du gland a été observé par presque tous les dermatologistes. Bazin, qui n'admettait pas la possibilité de la forme urcéolaire dans les régions dépourvues de poils, dit avoir vu sur le gland un godet favique traversé par un poil. Aucun de nous n'a pu constater de poils dans les godets faviques du gland que nous avons examinés. Nous sommes sur ce point d'accord avec Pick (1) qui n'a pu trouver la plus petite trace de poils sur un gland couvert de favus urcéolaire.

On n'a jamais constaté de favus sur la muqueuse des narines ni sur celle de la cavité buccale qui sont constamment exposées à la poussière favique, détachée de la léte ou d'autres régions, dans le cas de favus généralisé. Nous ne l'avons même jamais vu sur la limite muqueuse du bord libre de la lèvre. Nous attendrons que l'observation de Kundrat et de Ivaposi(2), dans laquelle on aurait trouvé des lésions de l'estomac produites par l'Achorion, soit confirmée par de nouveaux faits pour admettre l'existence d'un favus des muqueuses.

Bien que plus fréquent dans l'enfance, le favus est de tous les âges et peut persister dans l'extrême vieillesse. L'un de nous (E. Yidal) a vu sur le cuir chevelu d'un enfant, âgé seulement de six semaines, des godets faviques déjà bien caractérisés et dont le microscope confirmait la nature. Dès le commencement de la quatrième semaine après la naissance, sa mère avait remarqué sur sa tête de petits points jaunâtres qui graduellement s'étaient agrandis. Cette femme était elle-même atteinte depuis plusieurs années d'un favus étendu du cuir chevelu. E. Besnier(3) a observé un favus occupant de grands espaces sur le cuir chevelu d'un enfant de six mois. D'autre part, — ce qui démontre bien que l'Achorion peut se perpétuer jusqu'à l'âge le plus avancé, — il a traité une vieille femme de quatre-vingts I ans, chez laquelle le début de l'affection parasitaire remontait probablement à une époque très ancienne. L'un de nous, Leloir, a observé un cas de favus chez un homme de quatre-vingt-trois ans. Chez cet homme, l'alYection aurait débuté par le cuir chevelu dans les premières années de la vie. Il existait encore çà et là sur le tronc des godets faviques, en voie d'évolution, mais en plus petit nombre.

Le favus est contagieux, à un degré moindre cependant que la tricho-

(1) F. J. Pick, Ueber cincn Fall von Faous an der Eichel des Gliedes in Archiv. f. Dcrmat. u.SijphiL, 1869, p. 302.

(2) Kaposi, Communication à la Société de médecine de Vienne, le 17 octobre 1884. — Compte rendu, in Wiener medizinische Presse, 26 octobre 1884. — Analyse, in Annales de dermatologie et de syphiligraphie, p. 104.

(3) E. Besnier et Doyon, leçons de Kaposi, 2« édit. de la traduction française, f. II, p. 770, note 1.

FAVUS.

pliytie. Il n'est pas rare de voir des individus réfractaires à la contagion, et chez lesquels l'inoculation reste stérile ou ne produit qu'une végétation sans activité, de courte durée, et guérissant spontanément. L'immunité des ongles, chez le plus grand nombre des faviques, l'immunité partielle de certaines régions du cuir chevelu et particulièrement de son pourtour, indiquent que les conditions locales ne sont pas également favorables à la germination de l'Achorion.

Les conditions qui favorisent la contagion et l'évolution du dermophyte sont, comme pour la plupart des autres dermatoses parasitaires, le jeune âge, le tempérament lymphatique, la misère physiologique, la malpropreté, etc.

La transmission peut se faire : 1° par contact direct; 2° indirectement par l'intermédiaire des vêtements, coiffures, objets de toilette, peignes, brosses, etc.; 3" par l'air tenant en suspension les spores de l'Achorion, comme l'ont prouvé les expériences de Bazin et Deffis; 4° enfm par inoculation, comme l'ont démontré Remak, Bennett, Vogel, Fuchs, F. Hebra, Kobner, Pick, Peyritsch, Gudden, Bazin et Deffis, Grawitz, Unna, etc.

L'Achorion Schônleini est transmissible de l'homme à l'homme, des animaux à l'homme, de l'homme à certains animaux et des animaux entre eux.

Les animaux sur lesquels le favus a été observé sont : le rat, la souris, le chat, le chien et les poules.

Les observations de Mégnin (1) et de Goyan qui auraient constaté la présence de l'Achorion Schônleini sur le cheval ont été contredites. Actuellement, suivant L. G. Neumann (2), les vétérinaires pensent que le cheval et le bœuf sont réfractaires à l'Achorion Schônleini.

Le favus a été observé pour la première fois chez les animaux, en 1847, par Jacquetant (de Lyon) (3). Il a été constaté chez le chien par Saint-Cyr (4), Trasbot, Siedamgrotzky, Cadiot, etc. Il est plus fréquent chez le chien ratier lequel, comme le chat, est plus exposé à être contagionné par la souris ou par le rat, animaux chez lesquels la dermatophytie favique a été signalée par Draper (de New- York), par Bennett (S), par Bazin, par Mac Cail Anderson (6), parMollière (de Lyon), avec des exemples de transmission directe à l'homme.

(1) J.-P. Mégnin, Dermatologie hippique. Paris, i868, p. 102.

(2) L.-G. Neumann (de Toulouse), Traité des maladies parasitaires non microbiennes des animaux domestiques. 2" édition, Paris, 1892, p. 307.

(3) J.-C. Jacquetant (de Lyon), Essai sur le favus. Tlièse de Paris, 1847.

(4) Saint-Cyr, De la teigne faveuse du chien et du chat, in Journal de médecine vétérinaire, Lyon, 1868, p. 5, et in Recueil de médecine vétérinaire pratique, 1869, p. 651.

(5) Bennett, Monthly Journal of med. Science, 18S0.

(6) Mac Gall Anderson, On the Parasitic Affections of the Skin. Londres, 1868, p. 164.

CONTAGION DU FAVUS.

Il est généralement admis que l'Achorion Sclionleini est apporté dans les maisons par les souris et par les rats et qu'il est transmis à l'homme par les chats ou par les chiens. Plusieurs auteurs, entre autres Ilillier, supposent que l'Achorion est d'origine végétale, ce qui expliquerait pourquoi le favus est incomparablement plus fréquent dans les campagnes que les villes.

Chez le lapin le favus a été vu par Mourrand, Récordon, Mégnin, etc. La transmission directe du lapin à l'homme a été observée par Saint-Cyr.

Kobner l'a inoculé le premier sur le cobaye avec des croûtes de favus de l'homme.

Le favus des poules a été reconnu par Gerlach qui le premier, en 1838, l'assimila à la teigne faveuse de l'homme. Il a été étudié par Millier, par Leisering, par SchiUz, et en dernier lieu parL.-G. Neumann (1).

Gerlach a vainement tenté de transmettre le favus des poules aux animaux domestiques. Il affirme cependant avoir réussi à l'inoculer à l'homme.

Schûtz (2) a échoué dans ses tentatives de transmission à une souris blanche, à un rat, à un mulot, à un cobaye et à un pigeon. 11 n'a pu l'inoculer que sur des poules.

Avec la précaution d'enlever par le grattage et de désagréger l'épiderme de la crête de jeunes gallinacés pour permettre l'inoculation de l'achorion, Neumann (3) a pu transmettre au lapin le favus de la poule ; les symptômes ont été identiques à ceux du favus du lapin inoculé avec VAchorion Sclionleini pris sur l'homme. D'autre part, en inoculant ce parasite de l'homme à la poule, il a reproduit sur ce gallinacé un favus absolument semblable au favus des poules.

Mégnin (4) n'admet pas que le parasite du favus des poules soit identique à l'Achorion Schônleini et signale des différences cliniques entre le favus des gallinacés et celui de l'homme et des autres animaux sur lesquels il a été observé.

Ces divergences d'opinion sont elles fondées sur cq qxxa V Achorion Scôhnleini subit des variations suivant le terrain sur lequel il se développe, ou sur ce que, suivant une opinion qui commence à s'accréditer, il existerait plusieurs variétés d'Achorion? C'est une question que nous discuterons plus loin.

(1) L.-G. Neumann, Favus des poules, ih Revue vétérinaire, 1883, p. 289 et Comptes rendus de la Société de biologie, 3 avril et 1" mai 1886.

(2) Schiitz, Mitlheilungen d. K. Gesundheitsamt, 1890.

(3) L.-G. Neumann, Traité des maladies parasitaires non microbiennes des animaux domestiques. Patis, 1888, p. 287.

(4) M. -P. Méfçnin, Différence spécifique entre le champignon de la teigne des poules et celui de la teigne faveuse démontrée par la culture, in Journal des connaissances médicales, 1890, p. 100. .

FAVUS.

Anatomie pathologique (Voy. pl. XV et XVI). — Le champignon de la teigne faveuse, découvert en 1839 par Schônlein (1) qui lui donne le nom d'oïdium, puis décrit d'une façon détaillée par Gruby (2), par Reraak (3) qui lui donne le nom d'Achorioni Schônlein, par Langenbeck (4), par Fuchs (.5), par Lebert (6), par Ch. Robin (7), par Bazin (8), etc., a été inoculé en 1840 par Remak (9) sur la peau de son propre bras.

Depuis lors il a été l'objet de nombreux travaux tant en France qu'à l'étranger.

Ce champignon appartient à la famille des périsporiacées (Ascomycètes).

Pour pouvoir étudier ce champignon facilement à l'état de pureté presque complète, le mieux est de le recueillir au niveau d'mi godet encore jeune et revêtu de son enveloppe épidermique, de placer la parcelle ainsi obtenue sur une lame porte-objet, de la délayer légèrement avec une solution de potasse caustique ou d'ammoniaque. Au bout de quelques minutes la parcelle se désagrège, et il suffit alors de laver à l'éther pour enlever la matière grasse. L'on ajoute ensuite une goutte de glycérine éosinée ainsi que l'a indiqué l'un de nous dans ses Cliniques (10) ou une goutte de solution d'iode dans l'eau additionnée d'iodure de potassium.

L'élément végétal se trouve ainsi débarrassé des substances étrangères qui en masquent plus ou moins la configuration. H est coloré par les réactifs histochimiques et on peut l'étudier dans tous ses détails.

On constate alors que le champignon favique est constitué par des spores et des tubes de mycélium.

Les spores sont isolées ou réunies en chaînettes. Ces chaînes de spores

(1) Schônlein, professeur à Zurich, lur Eathogenle des Impetigines {Archiv filr Anatomie und Physiologie, von J. Muller,1839).

(2) Gruby, Comptes rendus de r Académie des sciences. Paris, d841, t. XIII, p. 72. — Espèce de mentagre contagieuse résultant du développement d'un nouveau cryptogame dans la racine des poils de la barbe d'un homme {Comptes rendus de VAcadémie des sciences. Paris, 1841, t. XV, p. 572). — Sur la nature. Je siège et le développement du Porrigo decalvans {Comptes rendus de VAcaddmie des sciences. Paris, 1843, t. XVII, p. 301).

(3) Remak, MedicinischeZeitung, hcrausgegcben vonden Verienfiir Heilluinde inPreussen. Berlin, 1840, n" 16, p. 73, 74.

(4) Langenbeck, Samtlitcher Bericht ûherdie IS'-" versammlung dcr Gesellschaft deutscher Nàlurfoi'scher und Aertze zu Erlangen, in septembre 1840, vonl.eopoldundL. Stromeyer. Erlangen, 1841, p. 166, 167.

(o) Fuchs, Die kranhhaften Veranderungen der Haut. 3 vol. in-8°. Gœttingen, 1840.

(6) Leherl, Physiologie pathologique. Paris, 1845, t. II.

(7) Ch. Robin, Des végétaux qui croissent sur l'homme et les animaux vivants. Paris, 1847.

(8) Bazin, Affections cutanées parasitaires, 1862.

(9) Remak, Medicinische Zeitung von Verein fiir Heilkunde in Preussen. Berlin, 1842, n" 1.

(10) H. Leloir, Cliniques de Vhôpital Saint-Sauveur, 1885.

ANATOMIE PATHOLOGTQUE.

terminent ordinairement des filaments de mycélium ou lliallus; à l'extrémité libre de ces derniers elles sont spliériqiies, puis deviennent légèrement allongées, de telle sorte que le filament est constitué par une réunion d'articles courts. Les spores placées en série qui terminent les filaments de mycélium sont facilement caduques et doivent être considérées comme une portion de végétal en voie de germination. Les spores présentent un noyau central granuleux; elles sont entourées par une enveloppe homogène et transparente très résistante et ne se colorant pas par les réactifs (épispore). Il existe souvent un étranglement au niveau du noyau de la spore, indice d'un travail de segmentation. Ces spores sont de forme et de volume variables. Elles ne sont pas régulièrement spliériques, mais le plus souvent ovoïdes, quelquefois triangulaires et même quadrilatères; elles sont parfois comme étranglées en biscuit par le milieu. Leur volume est variable; les plus petites ont 3 [j., les autres ont jusqu'à 7 et 11;;.. Qu'elles soient groupées ou ramifiées, ces spores sont to\i jour s facilement isolables.

Le mycélium est très abondant, très irrégulier de forme, d'apparence grossière. Les filaments qui le composent sont composés d'articles allongés, droits, recourbés ou brisés, solidement unis entre eux, dichotomiquement ramifiés, mais rameux sans aucune direction définie. Les ramification? se produisent en général à des intei'valles très courts, il existe des filaments non ramifiés sans caractère particulier. Parmi ces tubes de mycélium, les uns sont vides, clairs, ponctués (thallus, tubes k nutrition), ils sont rarement ramifiés; les autres, plus larges, renferment des spores en général irrégulièrement cubiques par le tassement ( tubes sporifères).

Il est à noter, comme l'a fait remarquer Balzer (1) qu'elles n'ont pas de gaine amorphe comme les spores libres. C'est la paroi tubulaire qui en tient lieu. Elles sont constituées uniquement par la substance du noyau des spores.

Suivant la juste remarque de lîarthélémy (2), les éléments del'Achorion peuvent germer par un simple bourgeonnement du noyau des spores, ou par segmentation consécutive, ou bien encore la spore en se développant fournit un ou plusieurs prolongements qui se transforment en tubes de mycélium. A ceux-ci succèdent les tubes sporifères, puis enfin les chaînes des spores terminales.

La paroi des tubes de mycélium est amorphe et homogène. Ces différents éléments sont unis par une sorte de matière visqueuse hyaline dont

(1) Balzer, Recherches histoloyiqites sur le favus et la trichophijtie {{Archkes générales de médecine, octobre 1881).

(2) Barthélémy, traduction de Duhring, p. 761.

FAVUS.

la nature n'est pas encore exactement connue et qui paraît faire défaut autour des tubes et des spores qui ont pénétré dans le poil.

En résumé, comme l'a bien dit Balzer [loc. cit.), tout dérive de la spore. En s'allongeant et en se développant elle forme un filament de mycélium. Dans l'intérieur de ce tube, la substance du noyau bourgeonne, envoie des prolongements latéraux, se segmente de manière à former le tube sporifère. Quand enfin la segmentation de la gaine se produit à son tour en emprisonnant ces segments de la substance centrale, de nouvelles spores se trouvent formées et évoluent à leur tour de la même manière. En résumé l'évolution commence et finit par la spore.

Cette évolution n'est pas nécessairement complète dans tous les cas et sur tous les points. Très souvent la transformation spontanée ne se fait qu'à l'extrémité des tubes, tandis que la partie végétante se flétrit, reste stérile et inerte. Mais lorsque le dermatopbyte parcourt librement toutes ses pbases, le tube se transforme en cbaîne de spores. Les spores dérivent d'une part et surtout du travail de bourgeonnement et de segmentation intralobulaire, d'autre part du simple bourgeonnement de noyaux de spores et de la segmentation consécutive, processus identiques, puisque les tubes ne sont que des spores allongées et à noyaux multiples. C'est ce même bourgeonnement des noyaux qui donne naissance aux ramures tubulaires si nombreuses qui caractérisent l'Achorion.

Nous connaissons le champignon; étudions-le maintenant au point de vue de la disposition qu'il présente lorsqu'il envahit l'épiderme, le follicule sébacé (godet favique), le poil, le derme et les ongles.

Lorsque le champignon favique envahit l'épiderme, on constate au début un certain degré d'irritation de celui-ci, les cellules épithéliales et en particulier les cellules du stratum lucidum, les cellules malpigbicnnes superficielles présentent parfois les signes de l'altération cavitaire (H. Leloir). En effet il y a parfois tendance à la vésico-pustulation et ce processus de vésico-pustulation est plus ou moins accentué suivant les cas, comme l'ont bien montré Cazenave et Lailler.

Le corps de Malpighi est en outre envahi par une grande quantité de cellules migratrices.

La couche granuleuse disparaît plus ou moins complètement et la couche cornée basale est œdémateuse. Dans cet épiderme ainsi altéré et au début surtout au niveau de la couche cornée basale, du stratum lucidum et du corps de Malpighi, se trouvent une grande quantité de spores et un certain nombre de tubes de mycélium. Plus tard l'on constate que les filaments de mycélium pénètrent de plus en plus dans l'épiderme, mais cette pénétration n'est jamais bien profonde.

ANATOMIli PATHOLOGIQUE.

Mais c'est surtout au niveau des follicules pilo-sébacés que les lésions déterminées par le champignon favique sont particulièrement remarquables. Ainsi que l'ont justement fait remarquer Besnier et Balzer (1), dans les jours qui précèdent l'apparition du godet favique, l'examen microscopique démontre autour du poil des amas de spores qui peu à peu s'accumulent dans la gaine de celui-ci. Déjà les cellules de la gaine du poil sont irritées. Si l'on arrache le poil, on voit un follicule gonflé, ayant un aspect transparent et comme œdémateux dù à un certain degré d'œdème du corps muqueux qui forme la gaine des poils. Celte couche malpighienne est en outre infiltrée d'un grand nombre de cellules migratrices (Voy. pl. XVI, fig. 2). Cette irritation peut aboutir à l'altération cavitaire des cellules malpighiennes constituant la gaine du poil (2). Ainsi se produit une pustulette péri-pilaire plus ou moins saillante, ou plus ou moins aplatie, qui précède souvent l'apparition du godet favi que.

La masse cryptogamique pullulant de plus en plus dans l'infundibulum pilaire s'accroît en largeur et en hauteur, dilate celui-ci, dont il prend souvent au début la forme conique (Voy. pl. XVI, fig. 1). Plus tard elle s'élargit encore et prend en général l'aspect d'une lentille concavoconvexe à concavité supérieure. D'ailleurs cette lentille est parfois biconvexe. Le scutulum favique qui s'accroît surtout à son pourtour peut même présenter l'aspect d'un disque d'épaisseur égale. A son début le scutulum favique est placé entre la couche cornée de l'épiderme et le corps muqueux.

Toutefois, ainsi que l'a remarqué Unna (3), c'est surtout entre la couche cornée superficielle et la couche cornée basale que le champignon prolifère, c'est ce qui explique pourquoi la dépression dans laquelle se trouve le godet favique est lisse, brillante, formée qu'elle est en partie par un épiderme déjà kératinisé.

Au. début la couche cornée basale paraît œdémateuse, épaissie, et ses noyaux sont nets. La couche granuleuse est en général complètement disparue, comme on peut le constater sur la figure 1 de la planche XV. La couche malpighienne est aplatie, écrasée. Mais, contrairement à ce qu'a dit Unna et ainsi qu'on peut le constater sur les figures 2 de la planche XV et 1 de la planche XVI, celle-ci est loin de constituer une barrière infranchissable à l'envahissement parasitaire.

(1) Besnier, traduction de Kaposi, 1881, t. II, p. 398.

(2) H. Leloir, Cliniques de Vhôpital Saint-Sauveur, 1883.

(3) Unna, Mycologische Beitrdge {Vierteljahreschrift fiir Dermatologie und Syphilis, n» 2, 3, 1880).

FAVUS.

Plus tard le champignon envahit de plus en plus le follicule et ne demeure pas limité aux couches épidermiques.

Si Ton pratique une coupe d'un godet favique d'un certain âge (Voyez p. XV, fig. 1 et 2) on constate que la surface du godet favique est recouverte par une mince couche de cellules cornées altérées renfermant souvent quelques spores et en outre des micrococci, des bactéries et des gouttelettes graisseuses. Cette couche cornée est d'ailleurs assez souvent disparue au niveau des anciens godets faviques. Puis vient une couche constituée par des détritus granuleux, des cellules épithéliales altérées, des micrococci, des bactéries, des spores faviques, des granulations graisseuses, et peut-être par la matière visqueuse hyaline qui englobe les éléments du champignon favique. En dessous l'on trouve des amas abondants de spores, puis en dessous encore et entre celles-ci, des tubes sporifères ramifiés, puis presqiie uniquement enfin des tubes de mycélium (Voy. p, XV, fig. 3). En effet, comme on peut bien le constater sur la planche XV, les tubes de mycélium sont disposés en quelque sorte comme les rayons d'une roue d'une façon concentrique et presque parallèle vers le centre du godet favique, au voisinage duquel ils se segmentent de plus en plus, de telle sorte que le centre de ce godet est presque uniquement formé par des tubes sporifères fortement segmentés et par des spores. Ainsi donc le centre et la superficie du godet favique sont constitués surtout par des tubes sporifères et par des spores, et sa périphérie par des tubes de mycélium plus ou moins riches en spores et par quelques spores, indice de la marche envahissante du champignon (1).

Le centre du godet favique est souvent déprimé. Cela tient d'une part à ce que cette affection, comme toutes les teignes, tend à se guérir au centre pour se propager d'une façon excentrique et d'autre part à ce que, comme l'a fait observer Kaposi, l'épiderme adhérent aux poils, au centre du godet, ne se laisse pas si facilement soulever qu'à la périphérie; enfin cet aspect morphologique est en relation avec le développement même du godet favique, comme l'a montré Vérujsky et comme nous le verrons plus loin à l'étude des cultures de ce champignon.

Au niveau des godets faviques un peu anciens, l'invasion du champignon n'est plus limitée par les couches épidermiques, comme elle l'était au niveau des jeunes godets faviques, ainsi qu'on a pu le constater sur la figure 1 de la planche XV. Ici au contraire, comme on peut le voir sur la figure 2 de la planche XV, le champignon, après avoir refoulé et détruit presque tout l'épiderme ambiant, finit par envahir le derme.

(1) H. Leloir, Cliniques de l'hôpital Sait^t-Sativeur, 1885.

Page 1