A N A T 0 M I E PATHOLOGIQUE
Ainsi que l'a bien montré Malassoz (1), cette pénétration n'est pas due à un simple refoulement des tissus, mais à un véritable envahissement. On voit en etTet, sur les coupes, les tubes de mycélium partir du fond du godet et s'insinuer dans le tissu conjonctif, entre les faisceaux de ce dernier, à la façon des racines pivotantes. Ces tubes de mycélium donnent naissance à de nombreuses spores qui dissocient les fibres du tissu conjonctif, entre lesquelles elles se présentent sous forme d'amas plus ou moins considérables, mélangés de tubes sporifères (Voy. p. XVI, fig. 3 et 4).
Le derme finit à son tour par réagir devant cette invasion parasitaire. Comme on peut le constater sui' la figure 2 de la planche XV, sur les figures 1, 3 et 4 de la planche XVI, il se produit des phénomènes de dermite dus à l'irritation déterminée par le champignon.
Les vaisseaux sanguins se dilatent, il se fait une diapédcse abondante de globules blancs qui constituent des manchons à ces vaisseaux sanguins.
Le derme s'infiltre de nombreuses cellules embryonnaires. Les cellules fixes du tissu conjonctif peuvent même proliférer et nous avons constaté des signes évidents de karyokinèse.
Les phénomènes de dermite expliquent l'aréole inflammatoire rouge qui entoure le godet favique et celui-ci peut-être même séparé de la cavité qui le contient par un cercle de suppuration plus ou moins large.
Le tissu conjonctif envahi par l'Achorion Schônleini se résorbe pcai à peu (J. Renaut), et c'est en partie à cette résorption que l'on doit attribuer la production des cicatrices qui se montrent au-dessous du godet favique après la guérison de la teigne faveuse.
Fait important à noter, c'est ({ue ces cicatrices spéciales appartiennent essentiellement au favus du cuir chevelu, parce qu'à ce niveau, comme l'a montré Malassez, et comme on peut le voir dans la planche XVI, le champignon favique envahit profondément les follicules pileux et végète dans le derme. Il n'en est pas de môme des autres régions, sauf dans des cas tout à fait exceptionnels.
L'inflammation du derme ambiant, due à la réaction déterminée par le champignon favique, peut, dans certains cas, être assez prononcée pour amener un processus ulcératif. D'autre part, comme l'a indiqué l'un de nous dans ses Cliniques [2), différents microbes pathogènes et en particulier les microbes de la suppuration pénétrant dans les ulcérations ou
(1) Malassez, in Cornil et Ranvier, Manuel iVhistologie pathologique, '2.'^ édit. Paris, 1884, t. II, p. 873.
(2) H. Leloir, Leçons sur le lymphatisme, la scrofule et la tuberculose étudiés au point de vue dermatologique {Bulletin médical, 1888). — Traité pratique, théorique et thérapeutique de la scrofulo-iuberculose de la peau et des muqueuses adjacentes. Paris, A. Delaliaye, 1892.
FAYUS.
exulcérations faviqucs peuvent déterminer des ulcérations plus ou moins profondes, plus ou moins chroniques avec retentissement sur les ganglions cervicaux. Dans un cas, l'im de nous a démontré liistologiquement et expérimentalement (inoculations expérimentales) que l'ulcération faveuse peut être la porte d'entrée du bacille de la tuberculose et la cause pi'imaire d'une tuberculose cutanée et ganglionnaire (Voy. Moulage n° 200, du Musée de l'hôpital Saint-Sauveur).
Dans un cas signalé par Jacob Braschoss (1), élève de Doutrelepont, il y eut destruction complète de toute l'épaisseur du derme en plusieurs points de la surface cutanée du crâne. Mais, comme l'a remarqué Braschoss, ce cas parait unique dans son genre.
D'ailleurs, ainsi que l'a indiqué Kaposi, la compression exercée par les godets faviques sur les papilles sous-jacentes (papilles pilifères, papilles vasculaires) joue évidemment aussi un rôle dans l'étiologie de la formation des cicatrices consécutives au favus ancien, mais ce rôle nous parait accessoire.
Que l'on ajoute à cela l'irritation chronique déterminée par le champignon lui-même, la dermite qui en est la conséquence et dans certains cas l'application intempestive de topiques irritants ; 'et l'on aura bien des raisons suffisantes pour expliquer l'étiologie de l'état cicati'iciel de la peau, consécutif à l'évolution du favus, sur lequel les dermatologistes ont tant discuté. Il nous faudra d'ailleurs plus loin étudier avec plus de détails la pathogénie de l'alopécie favique, lorsque nous étudierons le poil favique.
Notons, pour terminer, que quelques auteurs prétendent même que des os du crâne ont été résorbés jusqu'à disparition, par suite de la pression des masses faviques. Il est évident que ces cas exceptionnels ne peuvent être expliqués par la seule action mécanique du godet favique, mais qu'il faut faire intervenir d'autres facteurs dus aux complications concomitantes. Remarquons cependant que le favus inoculé expérimentalement aux souris (véritable animal réactif employé pour les inoculations expérimentales du favus), altère parfois les os du crâne de cet animal.
Les poils et les cheveux sont eux-mêmes envahis par l'Achorion Schônleini (comme pouvaient d'abord le faire prévoir leurs altérations constatables à l'oeil nu), lorsque le poil est fortement atteint et prend cette teinte gris souris si caractéristique, s'étendant au fur et à mesure que l'afTection parasitaire gagne du terrain et sur laquelle a si justement insisté Lailler (2). Comme l'a bien écrit Lailler, examinés au microscope, les cheveux sont atrophiés, amincis, à surface inégale, usés par places, et comme érodés
(1) Jacob Braschoss, Merkwurdige Fàlle von Favuserkrankung . Thèse de Bonn, d887.
(2) Lailler, Leçons cliniques sur les teignes. Paris, 1878.