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IV. - ACNÉ MOLLUSCUM CONTAGIOSUM

Molluscum contagiosum (Bateman). — Tumeurs folliculaires (Robert Villis). — Èlevures folliculeuses (Rayer). — Moliuscu/u athéromateux (Jacobovics). — Ecdermoptosis (Huguier). — Acné molluscoïde (Caillault). — Acné molluscum (Chausit). — Acné tuberculoïde (Devergie). — Acné tuberculeuse ombiliq uée (Piogey). — Verrues sébacées (Hébra). — Molluscum sébacé (Hébra et Kaposi). — Molluscimi verruq ueux (Kaposi). — Acné variolifonne ou ombiliquée (Bazin). — Molluscum épithélial (Virchow). — Epithelioma contagiosiim (A. Neisser).

Cette multiplicité de noms indique que la nature de cette variété d'acné n'est pas encore parfaitement déterminée.

Elle est caractérisée par de petites tumeurs qui au premier abord pourraient être confondues avec des excroissances verruqueuses. En y regardant de plus près on constate une élevure globuleuse, résistante au

ACNÉ MOLLUSGUM CONTAGIOSUM.

toucher, de même couleur que la peau et présentant parfois une semitransparence opaline. Leur volume est variable entre celui d'un grain de millet et celui d'un pois, mais peut très exceptionnellement atteindre les dimensions plus considérables de grosses noisettes et même plus, ?)to//itscam contagiosiim (/iganteum. Pour la plupart elles sont sessiles; quelquesunes des plus petites sont acuminées ; d'autres, rentlées au sommet et resserrées à la base, sont un peu pédonculées, comme ces champignons dont le pédoncule gros et court est surmonté d'une tète globuleuse. Leur caractère vraiment pathognomonique c'est de présenter un orifice plus ou moins ouvert qui leur donne un aspect ombiliqué. Cette ouverture est remplie par un bouchon assez dur, friable, blanchâtre ou grisâtre par lequel on peut par la pression faire sortir un glomérule blanc, plurilobulaire, dont le sommet répondant à l'orifice est plus coloré, plus dur et comme desséché au contact de l'air. Cet orifice existe toujours depuis l'apparition de la lésion jusqu'à la lin.

Le début de ces tumeurs se fait par une petite élevure papuleuse à peine visible et qui croit lentement ; dès qu'elle est perceptible, l'examen avec la loupe montre déjà le pertuis central. Leur marche est lente; chacune de ces tumeurs peut durer plusieurs mois. En grossissant elles peuvent s'aplatir légèrement et la largeur de leur pertuis central s'accroît proportionnellement à leur volume ; toutes celles qui atteignent ou dépassent le volume d'un grain de chènevis sont ombiliquées, d'où le nom d'acné varioliforme.

L'inflammation vient-elle à les atteindre, leur base rougit, l'orifice central s'élargit en même temps qu'il laisse couler un liquide épais, d'abord lactescent, puis séro-purulent, entraînant des grumeaux de matière concrète. Une croûte se forme, qui bientôt tombera, laissant à découvert une cavité ulcérée assez longue à se cicatriser.

Rarement solitaires, ces tumeurs d'acné molluscum contagiosum se montrent ordinairement par groupes de trois, quatre et parfois plus.

Plus fréquentes chez les jeunes enfants que chez les adultes, on les voit partout où se trouvent un grand nombre de follicules sébacés, ainsi à la face, sur les paupières, sur le nez, sur le cou, sur la poitrine. Le scrotum, le fourreau de la verge aussi bien que les seins et le pourtour de la vulve, sont des régions sur lesquelles il n'est relativement pas rare de les voir se développer.

Le molluscum contagiosum est contagieux et inoculable.

La contagiosité, déjà reconnue par Bateman, qui en avait l'ait un des traits distinctifs de l'atïection, est démontrée par un très grand nombre d'observations. Nous rappellerons celles d'Henderson, de Robert Paterson,

ACNÉ.

de Uevergie, de Caillault (1), de Hardy, de Liveing(2), de Dubois Haveiiitz, de Mittendorf (3).

L'inoculation, tentée vainement par beaucoup d'expérimentateurs, a réussi dans trois expériences. Ces trois faits d'inoculation positive sont celui de Gustave Retzius, de Stokliolm (4) (après six mois d'incubation), celui de Pautry (5), élève de l'un de nous (après trois mois d'incubation), et celui de ïïaab, de Zurich (6) (après plus de six mois d'incubation).

Acné molluscum contagiosum généralisée. — L'acné molluscum peut, dans des cas très rares, être généralisée. Elle forme alors des tumeurs conglomérées, plus ou moins voluminevises, mollasses, composées par la réunion de très nombreuses glandes sébacées altérées.

C'est dans cette variété qu'on peut classer l'observation de Lutz (7), celle de Geber (8) et celle du malade que l'un de nous a observé à l'hôpital Saint-Louis (9).

Les régions dans lesquelles on voit la plus grande quantité d'élevures molluscoïdes et les tumeurs les plus volumineuses sont le cuir chevelu, la face, les régions pubienne et inguino-crurales, le prépuce, le scrotum.

Elles formaient des tumeurs très étendues dans les régions mammaires, dorsale, pubienne et inguino-crurale chez le malade de Lutz.

Les lésions de l'acné molluscum généralisée se présentent sous deux formes principales : elles sont discrètes ou conglomérées. Discrètes elles peuvent, comme chez notre malade, présenter en plusieurs points le type le plus parfait du molluscum contagiosum de Bateman et sur d'autres points revêtir des apparences différentes. Très petites, faisant une saillie à peine appréciable, continentes, elles forment des tumeurs conglomérées plus ou moins volumineuses. L'éruption peut être si confluente qu'un

(1) Caillault, Recherches sur deux variétés assez rares d'acné décrites sous le nom de molluscum contagiosum in Archiv. gén. de médecine, 1851, n° de septembre et suivants. Traité pratique des maladies de la peau chez les enfants. Paris, 1859.

(2) Liveing, The Lancet,^ octobre 1878.

(3) Mittendorf, Deux épidémies de molluscum contagiosum in Transactions of the amer, ophth. Society, 1886.

(4) G. Retzius, Molluscum. contagiosum in Nordisk med. Archiv, bd. II, 1871. Deutsclie Klinik 1871, n° 50 et 1872, 2 et 8.

(o) E. Vidal, Inoculabilité de Vacné varioliforme. Société de biologie, 15 juin 1878. Gazette hebdomadaire, 3 juillet 1878, p. 429. Progrés médical, 22 juin 1878. Musée de l'hôpital Saint-Louis, moulage n" 313.

(6) Haab, Gesellschaft des Aerzte in Zurich, 19 novembre 1887. Correspondanz Blatt fur Schweizer Aerzte, 13 avril 1888, p. 234.

(7) Lutz, De rhijpertrophie générale du système sébacé (Thèse de Paris, 1860).

(8) Geber, Ein Fcdl von EpithcUoma molluscum (Vircliow) universale ( Vierleljar. f. dermatologie und syph.), 1882, p. 403.

(9) Vidal, France médicale, juin 1889.

ACNÉ MOLLUSCUM CONTAGIOSUM.

examen attentif y découvre une multitude d'oritices laissant passer un comédon blanchâtre, grisâtre ou même brunâtre.

S'agit-il, dans ces cas de généralisation, d'une variété du moUuscum contagiosum ? En admettant que cette dermatose soit causée par des psorospermies, doit-on soutenir, avec Darier (1), que le molluscum contagiosum discret et le molluscum contagiosum généralisé ou congloméré ne sont pas produits par la même espèce de grégarines ou psorospermies et que, par conséquent, ce sont deux afl'cctions différentes? Mais alors les deux espèces ne pourraient-elles pas coexister chez le même sujet, comme le ferait penser l'examen clinique de notre malade ?

Anatomie pathologique (voir planche V et planche IV, fig. 2). — L'anatomie pathologique de l'acné variolil'orme a été le point de départ de très nombreuses discussions, qu'il serait réellement fastidieux de rappeler ici.

Nous nous bornerons à conseiller à ceux qu'intéresserait l'étude très longue et minutieuse de ces controverses, de consulter la thèse d'un élève de E. Besnier, le D"" René Bignon (2).

Lorsqu'on examine de petites tumeurs d'acné varioliforme, des tumeurs encore jeunes et non encore épanouies (que l'on nous passe l'expression, qui correspond absolument à la réalité des faits, comme on peut s'en assurer en comparant entre elles les figures 1 et 2 de la planche V), l'on constate d'abord que l'affection a pour siège la glande sébacée.

Il s'agit bien ici d'une altération particulière de la glande sébacée, aboutissant à la production des tumeurs de l'acné varioliforme. On s'étonne que plusieurs excellents dermatologistes, voire même d'histologistes de valeur, aient pu douter un instant du siège et du début du mal dans la glande sébacée, et se soient ingéniés à expliquer d'une tout autre façon la formation du bouton de cette variété d'acné.

La lésion a donc pour siège et pour point de départ les culs-de-sac de la glande sébacée. Une coupe perpendiculaire à la surface d'une petite tumeur d'acné varioliforme et passant par son centre montre, quand on l'examine à un faible grossissement, que cette tumeur est constituée par une série de lobules qui répondent à autant de culs-de-sac de la glande sébacée ■ (voir planche V, fig. 1).

L'on voit également que le relief de la tumeur est formé par une élevure de la peau recouverte sur ses bords par l'épiderme normal qui, en s'invaginant pour former la glande, se continue directement, dans toutes ses couches, avec les couches épidermiques des lobules glandulaires.

(Ij Darier, Sur une forme de psorospermoae cutanée. Société île biologie, séance du 23 mars 1889.

(2) Bignon, De Vacné varioliforme. Thèse de Paris, 1880.

Lkloih et Vidal. 3

ACNÉ.

A cette période, le conduit de la glande sébacée malade n'est encore que peu dilaté et la glande sébacée ne s'est pas encore étalée en surface.

A un degré plus avancé, la glande sébacée malade s'épanouit en quelque sorte, elle s'étale en surface et s'ouvre largement (voir planche Y, fig. 2).

Des coupes perpendiculaires à la petite tumeur et passant par son centre permettent alors de constater nettement les particularités histologiques suivantes que nous avions déjà indiquées d'une façon détaillée et précise dans les dessins que nous avons communiqués en 1883 à Cornil et Ranvier, lesquels nous ont fait l'honneur de les reproduire, en 1884, dans leur Manuel d'histologie pathologique (page 828), et qui ont été exposées dans une communication sur l'Anatomie pathologique de l'acné varioliforme confluente, faite par l'un de nous à la Société anatomique (1).

Ces descriptions confirment, en les modifiant ou les éclaircissant en plusieurs points, les recherches antérieures sur l'anatomie pathologique de l'acné varioliforme publiées par l'un de nous (2), par J. Renaut (3), par C. Bœck (4), par Kaposi (5), etc.

Sur des coupes obtenues après durcissement dans l'alcool absolu et colorées par le picro-carminate d'ammoniaque, on constate à un faible grossissement que la tumeur est formée par une élevure de la peau (constituée par la glande sébacée altérée) et recouverte sur ses bords par l'épiderme normal, dont les différentes couches, en s'invaginant, se continuent avec les couches épidermiques correspondantes des lobules glandulaires (voir planche V, fig. 1).

Ces lobules glandulaires (bourgeons ectodermiques de J. Renaut) sont séparés par des cloisons connectives à vaisseaux ascendants qui ne sont au^tre chose que les papilles du derme allongées et rétrécies en continuité avec le derme sous-jacent.

Ces papilles, les vaisseaux qu'elles renferment, le derme qui englobe la glande, paraissent absolument sains, sauf dans des cas exceptionnels où il existe à leur niveau une légère inflammation ou de petites hémorrhagies.

Ce tissu conjonctif englobe en quelque sorte la tumeur épithéliale comme une bourse à culs-de-sac multiples, disposés en doigts de gant et

(1) H. Leioir, Bulletin de la Société anatomique, 1883. Voir aussi H. Leioir, Anahjse critique du Mémoire de P. -G. Unna sur l'anatomie normale de la peau. Anjiales de dermatologie, 1883 et Exposé des titres et travaux scientifiques de BI. Leioir, p. 53, Lille, 1887.

(2) E. Vidal, Comptes rendus de la Société de biologie, 1877.

(3) J. Renaut, Comptes rendus de la Société de biologie, 1877, et Annales de dermatologie,

(4) Cœsar Bœcli, Vierteljhareschrift fùr Dermatologie und Syphiligraphie, 1875.

(5) Kaposi, Uebcr dus Sogenannle « Molluscum contugiosum », in Viertelj f. dermat. u. syph. 1877, p. 333.

ACNÉ MOLLUSGUM GONTAGIOSUM.

dirigés excentriquement. Chacun de ces culs-de-sac conjonctifs renferme un lobule de la glande sébacée.

Mais ces lobules, par suite de l'altération particulière des cellules de la glande, affectent à peu près, suivant la comparaison de J. Renaut, la forme d'une larme dont la base est profonde et la pointe superficielle.

La base est formée, comme nous l'avons fait observer (1), par des cellules du type malpighien plus ou moins altérées.

La pointe est constituée par des cellules ovoïdes, globuleuses (les cellules paradoxales de l'acné varioliforme, les Molluscum-Korper des Allemands) plus ou moins séparées les unes des autres par une sorte de réticulum de cellules cornifiées (voir planche V, fig. 2).

Mais, les lobules ainsi altérés, les bourgeons ectodermiques qui remplissent la cavité glandulaire sont également, au niveau de leur pointe, séparés les uns des autres par des tractus colorés en jaune par le picrocarmin, tractus ascendants, dirigés de bas en haut et un peu de dehors en dedans. Ces tractus qui séparent les pointes des bourgeons des lobules, comme les baguettes d'un éventail séparent le tissu intermédiaire, sont constitués par des cellules entièrement cornifiées.

Ces tractus cornifiés se continuent latéralement avec des cellules cornées peu abondantes, lesquelles englobent dans une sorte de réticulum très mince et souvent incomplet les cellules ovoïdes ou paradoxales de l'acné varioliforme.

En bas, ces tractus correspondent directement à une couche normale de cellules granuleuses fortement chargées d'éléidine, dont la concavité inférieure correspond elle-même au sommet d'une des papilles du derme qui séparent les différents lobules de la glande malade (voir planche^Y, figure 2 et figure 3).

L'on peut donc déjà constater, à un grossissement relativement faible, que les cellules malpighiennes du lobule glandulaire se sont transformées, au niveau de la pointe du lobule malade, en deux ordres d'éléments cellulaires distincts, que l'on ne rencontre pas dans les glandes sébacées saines :

1° Des cellules cornées disposées en tractus ou en réticulum et colorées en jaune par le picro-carmin ;

2° Des cellules ovoïdes, globuleuses, colorées en jaune orange par le picro-carmin.

Cette dernière variété d'éléments cellulaires constitue les cellules paradoxales de l'acné varioliforme, les Molluscum-Korper, dont il nous faut maintenant essayer de déterminer la nature.

{\) Lcloir, /. cit.

ACNÉ.

Mais, avant d'aller plus loin, remarquons dès maintenant que dans cette glande sébacée altérée, le processus sébacé est absolument supprimé.

La glande sébacée ne sécrète plus de matière sébacée. Elle produit : \° des cellules ovoïdes ou paradoxales; 2° des cellules cornées. — Sa sécrétion est totalement modifiée.

Etudions donc de bas en haut les différentes couches épidermiques qui constituent le lobule sébacé altéré et cherchons si cette étude ne nous fournii'a pas quelques indications sur la nature des cellules ovoïdes, des cellules paradoxales de l'acné varioliforme.

La première rangée de cellules du lobule, rangée adjacente au tissu conjonctif, est formée par la couche des cellules malpighiennes cylindriques (couche des cellules perpendiculaires). Cette couche analogue à la couche des cellules perpendiculaires du corps muqueux paraît absolument normale (planche V,fîg. 3).

Puis vient une série de couches de cellules polyédriques (cellules malpighiennes). On peut remarquer qu'un certain nombre des cellules malpighiennes centrales du lobule tendent à prendre im aspect particulier, globuleux, translucide, hyalin. C'est le début de l'altération globuleuse et de la formation des cellules paradoxales de l'acné varioliforme.

Cette altération peut déjà débuter dans les couches les plus profondes du lobule, un peu au-dessus de la couche des cellules perpendiculaires. Elle commence en général un peu plus haut, au niveau des cellules malpighiennes de la région centrale du lobule.

Suivant J. Renaut, « la zone hyaline centrale périnucléaire signalée par Ranvier pour la première fois et sur l'importance de laquelle a justement insisté depuis Leloir devient dans l'acné varioliforme le siège d'une modification spéciale » (1).

C. Bœck avait déjà émis une opinion analogue, sans d'ailleurs se rendr bien compte du rôle joué par la zone hyaline périnucléaire (2).

Pour Renaut, ce serait donc dans cette zone périnucléaire que se dépo seraient les grosses granulations hyalines qui finissent par donner à 1 cellule son aspect colossal et globuleux.

Nous avons pu constater que les masses hyalines ne se déposaient pa nécessairement dans la zone centrale périnucléaire, qu'elles pouvaient s déposer sous forme de une ou jjlusieurs grosses masses brillantes en un point quelconque du protoplasma cellulaire.

Ces masses hyalines, en se multipliant et en augmentant de volume, finissent par refouler complètement le protoplasma cellulaire. La cellul

(1) Voir Renaut, /. cit.

(2) G. Bœck, Vierteljahreschrift fur Dermatologie, 1875.

ACNÉ MOLLUSGUM

CONTAGIOSUM.

prend alors l'aspect d'une sorte de bloc hyalin qu'enveloppe la cuticule cellulaire. La cellule paradoxale de l'acné varioliforme est ainsi constituée.

Quant à la nature spéciale de cette altération cellulaire, elle a été considérée par l'un de nous comme une transformation colloïde du protoplasma de la cellule malpighienne (1).

Cette opinion, vivement combattue par J. Renaut, ne semblait pas cependant bien éloignée de la vérité à cette époque où l'on ne songeait pas à l'origine extracellulaire (parasitaire) des masses d'apparence colloïde qui infiltrent la cellule globuleuse.

En tout cas, l'on ne peut, avec J. Renaut, considérer les cellules paradoxales de l'acné varioliforme comme des cellules absolument cornifiées, comme de véritables boules cornées (Renaut). L'éléidine concourt si peu à la formation de ces cellules globuleuses que ces dernières existent déjà dans le fond des lobules, au-dessous de la zone où se montre cette substance (voir planche V, figure 3).

L'on ne peut non plus, avec Kaposi (2), considérer cette matière translucide et hyaline comme de la substance amyloïde. Elle ne présente aucune des réactions de cette substance.

Il est possible que la recherche attentive des microorganismes pathogènes jette un jour nouveau sur la nature particulière des cellules paradoxales I de l'acné varioliforme.

I Le microorganisme de l'acné varioliforme ne semble pas être un micrococcus ou une bactérie, et les recherches publiées par Majocchi (3), par Angelucci (4), etc., sont loin d'entraîner la conviction.

Il n'en est pas de môme des parasites de l'ordre des protozoaires, des grégarines.

L'on sait que, il y a longtemps déjà, Virchow (o), Klebs (6) et d'autres jauteurs, ont émis l'hypothèse que peut-être les grégarines jouaient un rôle dans lapalhogénie de l'acné varioliforme. Mais c'est Bollinger (7), qui le premier affirma d'une façon absolue la nature parasitaire, coccidique, des

(1) VoirE. Vidal, loc. cit.

(2) Kaposi, Leçons sur les maladies <le la peau. Trad. de Besnier et. Doyoïi, 1881, t. I, p. 230.

! (3) Majocchi, Risercite micoloyiehc sul bacillo del molluscum contacjiosum, in Bull. deW Acad. med. di Ronia, 1882.

(4) Angelucci, Centralbatt fur med. Wissenchaft, 1882.

(5) Virchow, Ueber Molluscum contaçjiosum. Archives de Virchow, 1865, et Traité des tumeurs.

(6) Klebs, Eandbuch der Pathologischen Anafomie, 1868.

(7) Bollinger, Ueber die Ursache des Molluscum contagiosum, in Vierteljhareschrift fUr dermatologie, 1879, et Epithelioma contagiosum des Haushûhn, in Archiv de Virchow. [. LVIII.

ACNÉ.

cellules paradoxales de l'acné varioliforme, des Molluscum Kôrperchen, qu'il considère comme des grégarines ou des amibes permanentes.

Il dit, en outre, que l'épithélioma contagiosum de la poule domestique est une maladie identique au molluscum contagiosum de l'homme.

Cette opinion de BoUinger trouva dans Neisser (1) un ardent défenseur. Pour Neisser également, les cellules globuleuses des molluscums sont formées de grégarines.

Il est de fait que, lorsqu'on examine attentivement les cellules globuleuses de l'acné varioliforme dans leurs différents stades de développement, l'on ne peut se défendre de l'idée que ce sont des amibes ou des grégarines qui, en envahissant le protoplasma cellulaire, déterminent la formation des cellules paradoxales. L'on voit en effet, au début, une certaine quantité des cellules malpighiennes (pas toutes) être infiltrées par des masses transparentes, un peu granuleuses, au nombre de 3 à 9, rondes ou ovales, paraissant présenter une paroi distincte, qui peu à peu refoulent le noyau, le protoplasma cellulaire comme de véritables corps étrangers, et, en s'accroissant, finissent par remplir toute la cellule, laquelle perd son aspect polygonal et ses dentelures, pour se gonfler et prendre une forme globuleuse (voir planche V, fig. 3, fig. S et fig. 6).

Si l'on compare les cellules remplies par ces masses brillantes aux cellules saines de voisinage, qui n'ont pas été envahies par ces sortes de corps étrangers (voir planche V, fig. 3); si, d'autre part, on compare les masses brillantes qui infiltrent les cellules globuleuses aux amibes, ou mieux, aux grégarines que l'on trouve par exemple dans le foie du lapin, l'on est amené presque fatalement à se demander si la formation des cellules paradoxales de l'acné varioliforme ne tient pas à l'envahissement du protoplasma d'un certain nombre des cellules malpighiennes du lobule glandulaire par des protozoaires de l'ordre des coccidies ou des amibes.

S'il en était ainsi, les grandes divergences d'opinions qui se sont élevées entre les différents histologistes relativement à la nature des cellules paradoxales de l'acné varioliforme s'expliqueraient tout naturellement. Aucun des auteurs qui ojit défendu la nature cellulaire des corpuscules pai'adoxaux de l'acné varioliforme n'aurait raison.

Nous serions en présence d'une altération d'origine extracelhdaire, de cellules infiltrées par des parasites particuliers (amibes ou grégarines), comme l'avaient supposé Klebs et Virchow, et comme l'auraient réellement démontré Bollinger et Neisser (2).

{{) Neisser, Monatsheftc fiir prakt. Dermatologie, 1882, p. 17.

(2) Nous étions en train de corriger les épreuves de ce livre, quand a paru un important travail de Neisser sur l'Acné varioliforme (A. Neisser, Ueber dus Epitheliorncà

ACNÉ MOLLUSCUM CONTAGIOSUM.

En outre de ces cellules globuleuses dont le nombre va en augmentant à mesure que l'on se rapproche de la partie moyenne du lobule, on trouve des cellules fortement chargées d eléidine, en quelque sorte aplaties entre les cellules globuleuses.

Ces cellules, d'abord polyédriques et granuleuses, puis aplaties de plus en plus à mesure qu'on se rapproche du centre du lobule, constituent une sorte de réticulum plus ou moins complet, fortement chargé d'éléidine, dont chaque maille plus ou moins entière entoure, en partie ou en totalité, les cellules globuleuses.

L'on voit donc dans le centre du lobule évoluer simultanément et parallèlement les deux processus dont nous avons parlé plus haut et qui aboutissent, le premier à la formation des cellules globuleuses ou cellules paradoxales de l'acné varioliforme, le deuxième à la formation d'un réseau de cellules subissant la kératinisation complète (voir planche V, fig- 3).

Au niveau du stratum lucidum, cette transformation s'accentue pour devenir des plus nettes quand on arrive à la pointe du lobule correspondant à la couche cornée de la peau normale.

A ce niveau, les deux ordres de cellules, dont nous avons étudié les transformations et l'évolution dans leurs stades de début au centre du lobule, ont chacun subi leur transformation complète ou totale.

Les cellules globuleuses sont devenues les corps oviformes, les corpuscules paradoxaux que l'on trouve dans les pointes verruqueuses de l'acné varioliforme.

Les cellules chargées d'éléidine ont subi la transformation cornée totale d'après le processus indiqué par Ranvier à propos de la kératinisation normale de la peau, et constituent un réseau dont les mailles formées de cellules cornifiées englobent les cellules globuleuses ou ovoïdes (voir planche V, fig. 2 et fig. 3).

{sivp moUusciim contagiosum) in Vicrleljahrrschrift fi'ir Dermatologie und Syphilis, 1888). Dans ce travail, Neisser confirme son opinion de 1882 et celle de BoUinger. Pour lui, les Molluscum Kôrperchen proviennent de renvaliissement du protoplasma cellulaire par des grégarines. La membrane des cellules ainsi envahies, et probablement i^on protoplasma, se cornifient dans les régions supérieures du molluscum contagiosum pour y prendre l'aspect des corps ovalaires dont nous avons parlé. Pour lui, l'identité de l'épitliélioma des poules décrit par BoUinger avec le molluscum contagiosum est chose évidente.

Malheureusement, Neisser n'a pu obtenir de cultures de ces grégarines qu'il décrit longuement et minutieusement, et par conséquent il n'a pu en pratiquer des inoculations. Ce sont là des désiderata d'une importance capitale qu'il faudra combler avant de pouvoir affirmer d'une façon péremptoire que les grégarines doivent être considérées comme les micro-organismes pathogènes de l'acné varioliforme.

ACNÉ.

La cuticule de ces cellules globuleuses ou ovoïdes semble d'ailleurs s'être également kératinisée, comme l'avait déjà bien observé E. Geber(l). En résumé, l'acné varioliforme est, comme nous l'avons dit, la résultante de deux altérations différentes qui frappent les cellules glandulaires des régions profondes, et qui évoluent parallèlement :

1° Une altération particulière, due peut-être à l'envahissement de la cellule par des parasites de l'ordre des grégarines, qui atteint une partie des cellules du lobule dès ses régions les plus profondes ;

2° Une altération due à la transformation cornée (par conséquent atypique d'une partie des cellules du lobule. Cette altération débute un peu plus haut que la précédente,

A partir de la zone où elles se trouvent réunies, ces deux altérations évoluent parallèlement et simultanément, se complétant pour ainsi dire l'une par l'autre, dans la formation des pointes d'aspect verruqueux de la tumeur d'acné varioliforme.

Ces deux altérations parallèles ont complètement arrêté et remplacé en totalité le processus normal sébacé des cellules glandulaires.

Variété conglomérée de l'acné moUuscum contagiosiim (planche IV, fig. 2). — Il est des cas rares, où les tumeurs de l'acné varioliforme constituent des tumeurs assez volumineuses, saillantes, parfois un peu pédiciilées. L'examen histologique d'un de ces cas a permis à l'un de nous (2) de constater que ces grosses tumeurs étaient formées par la réunion de plusieurs cavités présentant tous les caractères des glandes sébacées altérées de l'acné varioliforme.

Au niveau de chacun des lobules et culs-de-sac de ces tumeurs conglomérées, l'on retrouvait dans leurs détails les altérations épidermiques que nous avons décrites plus haut.

Nous n'avons pas à y revenir.

Ces tumeurs conglomérées étaient séparées les unes des autres par des tractus conjonctifs très allongés renfermant des vaisseaux également très allongés.

De ces tractus partaient, dirigés perpendiculairement à ceux-ci, des tractus conjonctifs secondaires, séparant les divers lobules de ces tumeurs épithéliales et présentant les caractères que nous leur avons assignés à propos de l'acné varioliforme ordinaire.

L'ensemble de ces tumeurs conglomérées était recouvert latéralement par un derme et un épidémie normaux (voir planche IV, fig. 2).

(1) E. Geber, Epithelioma molliiscum, in Verteljahreschrift fur Dermatologie, 1882.

(2) Voir Leloir, Acné varioliforme, in Bulletins de la Société anatomique, mai 1883 et Exposé des titres et travaux scienlifiqncs, 1887, p. 33 et 54.

ACRODYNIE.

Il est une affection qui présente une certaine analogie avec l'acné varioliforme et avec l'épilhelioma contagieux des poules décrit par Bollinger : nous voulons parler de cette curieuse altération généralisée des glandes sébacées étudiée par Bazin et par Lut/ sous le nom d'hypertrophie générale du système sébacé (1).

ACRODYNIE

Le nomd'acrodynie (de dtV.psa, extrémités, et ôoûvy;, douleur) proposé par Chardon pour désigner la maladie épidémique qui régna dans Paris et dans les environs pendant les années 1828 et 1829 ne tarda pas à être employé par la plupart des auteurs à l'exclusion des dénominations de mal des pieds et des mains, de cheiropodalgie (Bailly), à'érytlième épidémique (Alibert), à.e p/degmasie gastro-cutanée aiguë multiforme^ sous lesquels elle avait été primitivement décrite.

Caractérisée pas des douleurs et des engourdissements dans les membi'es, plus particulièrement dans les extrémités inférieures, par des troubles digestifs, par des taches érythémateuses et plus rarement par une coloration noirâtre de l'épiderme, cette singulière affection, presque toujours épidémique, n'a été qu'exceptionnellement observée à l'état sporadique.

De Paris elle s'étendit dans les départements de Seine -et-Oise et de Seine-et-Marne, et dura jusqu'à l'hiver de 1830. Elle atteignit près de 40,000 personnes. On en vit encore quelques cas en 1831 et môme en 1832. Depuis cette époque l'acrodynie n'a pas reparu en France sous forme épidémique. En Belgique, en 1844, en 1845 et au commencement de 1846, une petite épidémie atteignit plusieurs habitants de Bruxelles et beaucoup des détenus des prisons de Saint-Bernard, de Namur et de Gand (2j.

Pendant la guerre d'Orient, Tholozan (3) putrecueillir vingt observations d'acrodynie, dans les hôpitaux français de Constantinople, sur des militaires dont les mis étaient tombés malades en Crimée, les autres à Constantinople.

(1) Lutz, Hyper Irophic générale du système sébacé. Thèse de Paris, 1860.

(2) Bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgique, 1845-1846, t. V, p. 4H.

• (3) Tholozan, De l'acrodynie qui s'est montrée en octobre et en novembre 1834 à l'armée d'Orient, in Gazette méd. de Paris, 1861.

ACRODYNIE.

Dans l'épidémie de Paris, qui peut servir de type pour la description des symptômes, des troubles nerveux caractéristiques se montraient chez tous les malades ; ils étaient précédés ou accompagnés de diarrhée et de vomissements. L'érythéme des pieds et des mains, des altérations de coloration de la peau, la desquamation de l'épiderme, diverses éruptions s'observaient fréquemment ainsi que l'œdème de la face et la conjonctivite.

Les phénomènes nerveux furent les plus remarquables parleur constance et par la multiplicité de leurs manifestations. De l'engourdissement, des picotements, des fourmillements et souvent aussi des élancements se faisaient sentir dans les mains et dans les pieds, plus constamment dans les extrémités inférieures. L'hyperesthésie cutanée et l'hyperesthésie musculaire, avec sentiment de chaleur insupportable, étaient souvent portées à un tel point que le moindre contact, le plus léger attouchement ne pouvaient être supportés. Chez quelques malades il y avait au contraire une anesthésie telle qu'on en vit plusieurs perdre leur chaussure, sans s'apercevoir qu'ils marchaient pieds nus.

Quelques-uns éprouvaient des soubresauts de tendons, des crampes, des spasmes; chez d'autres il existait une contracture douloureuse des extrémités, une sorte de tétanie.

Pendant la période d'invasion, les troubles digestifs étaient presque constants : inappétence, nausées, vomituritions, parfois des vomissements opiniâtres et mêmedel'hématémèse; fréquemment aussi une diarrhée persistante ne cessant qu'à la convalescence. Tholozan insiste sur la prédisposition créée par le choléra et la dysentérie, et sur les vingt sujets de ses observations douze virent les symptômes de l'acrodynie paraître dans la convalescence de ces maladies.

Assez souvent dès le début la face, les pieds et les mains étaient œdématiés. On observa même quelques cas d'ascite.

La conjonctivite qui se montra fréquemment dans l'épidémie de Paris et à l'armée d'Orient persistait pendant toute la durée de la maladie et coïncidait ordinairement avec l'œdème de la face.

Altérations de la peau. — Les lésions de la peau furent très variées.

Le plus fréquemment c'était un érythème occupant la paume des mains et la plante des pieds et paraissant quelquefois dès l'invasion. Très marqué au niveau des phalanges, accompagné parfois de tuméfaction, il présentait une rougeur analogue à celle des engelures (Genest). L'attention d'Alibert avait été frappée par cet exanthème, d'où le nom à'énjthèmp épidémique sous lequel il désignait l'acrodynie. A Constantinople Tholozan observa aussi, mais exceptionnellement, de véritables ecchymoses.

ACRODYNIE.

En Belgique on constata de la cyanose avec algidité et même la complication de gangrènes partielles.

Assez souvent la peau prenait une teinte brune ou noirâtre, notamment sur l'abdomen, au cou et au pli des articulations ; rarement cette teinte superficielle s'étendait à la face.

Autour des pieds et des tnains survenaient diverses éruptions ; ici des papules, ailleurs des bulles, des furoncles, des taches cuivreuses. L'épiderme notablement épaissi desquamait par larges lambeaux. C'était principalement quand il y avait eu des phlyctènes que Fépiderme se détachait largement.

Anatomie pathologique. — Aucune altération caractéristique ne fut constatée. Les lésions trouvées à l'autopsie se rapportent les unes aux complications, les autres aux suites de l'acrodynie. Cependant sur dix autopsies faites à la prison Saint-Bernard (Belgique), Tosquinet dit avoir trouvé trois fois des signes irrécusables d'inflammation de la pie-mère et de l'arachnoïde spinale. Camberlin, à la prison de Namur, constata deuxfois des lésions de la moelle et de l'arachnoïde.

D'une durée moyenne de deux septénaires dans les cas sporadiques et de quinze à vingt jours dans l'épidémie de Constantinople, l'acrodynie dura trois à quatre semaines, dans l'épidémie de Paris, et un assez grand nombre de malades qui éprouvèrent des rechutes n'étaient pas encore rétablis après cinq ou six mois de souffrances.

Par ses symptômes nerveux et par ses lésions trophiques de la peau l'acrodynie se rapproche des affections dont la cause toxique agit sur les centres nerveux et plus particulièrement sur la moelle épinière.

L'un de nous (1) écrivait en 1864 : « Comme les manifestations cutanées de la pellagre, celles de l'acrodynie semblent être sous la dépendance du système nerveux. Je crois parfaitement justifiée la comparaison faite entre ces deux états morbides, l'un aigu, l'autre chronique par Rayer et par Gintrac, qui, tout en les distinguant avec soin, les rangeaient l'un à cùté de l'autre dans la même classe nosographique. »

On peut en rapprocher encore les lésions cutanées de l'alcoolisme, les érythèmes pellagroïdes dont Hardy a montré de beaux spécimens à l'Académie de médecine.

On est frappé des grandes analogies qui existent entre les symptômes nerveux et les lésions cutanées de l'acrodynie comparées aux effets pro-

(!) Vidal, art. Acrodynie tlu Dictionnaire encj/clnpédiqtie des sciences médicales.

ACTINOMYCOSE.

duits par l'intoxication arsenicale chronique. En lisant les communications faites en 1888, à l'Académie de médecine, par les médecins d'Hyères sur les nombreuses A'ictimes des vins empoisonnés par l'acide arsénieux et sur cette sorte d'épidémie qui dura plusieurs mois, on voit que les auteurs, Emile Vidal, Marquez, Dubrandy, font ressortir cette ressemblance (1).

Marquez insiste sur cette analogie dans sa relation publiée sous le titre de : Acrodijnie et Arsénicisme {2).

ACTINOMYCOSE

Les lésions cutanées de l'actinomycose chez l'homme ne se sont guère présentées jusqu'à ce jour que sous forme d'abcès froids, de lymphangites phlegmoneuses aboutissant lentement à la suppuration. Elles sont en général secondaires à des lésions osseuses des maxillaires. Cependant elles peuvent être primitives et, dernièrement, a.uDix-/niitiè77ie Congrès de la Société allemande de chirurgie (Berlin, 1889), Léser, de Halle, a communiqué trois observations d'actinomycose primitive de la peau, avec intégrité des autres organes et même des glandes lymphatiques. Albert en a cité deux autres cas.

Dans un des cas de Léser, la marche fut presque aiguë et les symptômes les plus graves d'une infection septique hâtèrent la terminaison. Dans les deux autres cas, l'évolution fut chroniqvie ; les ulcérations cutanées assez nombreuses ressemblaient assez à des lésions tuberculeuses. Au fond de quelques-unes de ces ulcérations l'aponévrose était perforée en plusieurs points et, par ces perforations multiples, des cônes parasitaires, en forme de cordons, pénétraient jusque dans la substance des muscles sous-jacents.

Paltauf (3), dans une communication faite à la Société des médecins de Vienne ^ a pu citer 35 cas d'actinomycose humaine, dont 16 à localisation pulmonaire ; les autres cas se rattachaient aux deux autres des trois

(1) Rapport sur les communications relatives à Vaffaire des vins empoisonnés d'Hyères, au nom d'une commission composée de MM. Vidal et A. Ollivier, rapporteur. Bulletiyi de l'Académie de médecine, séance du 6 novembre d886.

(2) Marquez, Gazette hebdomadaire, février 1889, p. 91. (3j Paltauf, Wiener medicin. Wochenschrift, février 1887.

ACTINOMYGOSE.

formes initiales, la forme abtlominale ou la forme cervicale, cette dei'iiière débutant dans le tissu conjonctif qui entoure la glande sousmaxillaire.

La caractéristique de l'actinomycose est fournie par les grains jaunâtres que contiennent le pus et les bourgeons végétants des parois des abcès. Ces grains mùriformes, dont la coloration peut varier du blanc jaunAtre au jaune safrané, sont formés par une végétation parasitaire à laquelle Hartz a donné le nom (\!actinomijces (de âV.x'.v, étoile, et |j,u'/.oç, champignon). Ces étoiles sont formées au centre par un amas de mycélium, tandis qu'à la périphérie se voient de nombreux hyphes articulés et composés chacun d'un tube et d'un renflement en massue, ou pyriforme, ou en forme de crosse, contenant des spores.

Les organes en massue, qui sont considérés par Harz et par presque tous les auteurs comme des gonidies, ont une longueur moyenne de 20 à 30 \i et une longueur de 10 à 20 1»., pouvant, du reste, avoir des dimensions beaucoup plus petites ou plus considérables .

Ils paraissent disposés en rosaces autour du centre, auquel ils adhèrent par leur petite extrémité, l'extrémité renflée étant libre (voir fîg. 2).

En dissociant les éléments d'une de ces rosaces il n'est pas rare de trouver deux ou trois gonidies Pig sur la même tige ; parfois

elles forment comme de petites branches, les renflements gonidiens simulant les feuilles. Mandereau (1) a vu des rameaux composés de sept, huit, dix et même douze gonidies dans l'actinomyces du bœuf. C'est dans les anciennes lésions qu'on voit cette richesse de végétation.

Les gonidies se composent d'une membrane d'enveloppe, d'un contenu très réfringent, et, dans l'intérieur de la partie renflée ainsi que dans la tige, on peut constater la présence de spores très réfringentes (fig. 2).

L'actinomyces tend à provoquer le développement de tumeurs aux-

(1) Léon Mandereau, De l'actinomycose. Mémoire couronné par l'Académie de médecine, prix Daudet, i 887.

AGTINOMYCOSE.

quelles Johne a donné le nom à' actinomy cornes. Ce sont des tumeurs arrondies, noueuses, dont la consistance inégale varie entre la mollesse d'un sarcome médullaire et la dureté d'un fibro-sarcome ou d'un sarcome. Elles sont formées d'un slroma de tissu conjonctif parsemé d'amas tuber- CLiliformes, de la grosseur d'une tête d'épingle à celle d'un pois, isolés ou conglomérés. Chacun de ces néoplasmes renferme un granule jaunâtre qui est un glomérule d'actinomyces.

Les tentatives de culture de l'actinomycète n'ont pas donné de résultats constants. La reproduction des champignons sur les animaux a réussi dans les inoculations de Johne et de Ponfick, mais l'inoculation de l'actinomycose humaine est restée stérile dans les expériences d'Esser sur le bœuf et dans celles d'Israël sur le chien. Ce dernier expérimentateur aurait réussi à inoculer l'actinomycose de l'homme sur le lapin (citation de Ch. Firket) (1).

On ne connaît pas d'observation authentique de transmission des animaux à l'homme. Ils paraissent plutôt contracter la maladie à une source commune. Des recherches nouvelles sont nécessaires pour sanctionner ou pour infirmer l'opinion qui a cours en Allemagne, d'après laquelle un champignon des prairies serait le point de départ de cette affection parasitaire.

La première observation d'actinomycose qui ait été publiée a été faite en France par Lebert(2).

Le dessin qui la reproduit dans son Atlas d'anatomie pathologique (t. I, pl. II, fig. 16, 1857) représente très exactement l'actinomycète. Dans son mémoire (3) Bollinger dit formellement qu'il ne connaît qu'une planche représentant l'actinomycose et qu'elle se trouve dans Lebert.

Langenbeck avait observé dès 1843 l'actinomyces chez l'homme, dans des grains jaunâtres trouvés dans le pus, mais il ne communiqua son observation qu'en 1878 à James Israël, qui la mentionne dans son important travail (4).

Dans une revue générale, Albert Mathieu (S), et dans sa thèse inaugurale Joseph Jeandin (6) donnent une bibliographie très complète. Nous

(1) Ch. Firket, L'actinomycose de f homme et des animaux, in Revue de médecine. Paris, 1884, p. 305.

(2) Lebert, Corps particuliers trouvés dans le pus, in Traité d'anatomie pathologique générale, t. I, p. 54.

(3) Bollinger, Veber eine neue Pilzkrankeit beim Rinde. Centralblatt fur die medicinischen Wissenschaften, 7 juillet 1877, p. 481.

(4) James Israël, Neue Beobachtungea auf dem Gebiete der Mycosen des Menschens, in Virchow's Archiv, t. LXXIV, p. 13, 1878.

(5) Albert Mathieu, Revue des sciences médicales d'Hayem, 1886, vol. XXVIII, p. 73o.

(6) Jeandin, Èiwde sur Vactinomycose de Vhommc et des animaux, Genève, 1886.

AINHUM.

y ajouterons l'indication des travaux plus récents sur l'actinomycose humaine.

A.-W. MùNCii, Ein Kall von actiiiomycosis hominis. Corresp. Blati f. Schweizer Aerzle p. 97 et 129. 15 février et 1" mars 1887.

Kapper, Ein Fall von acuter actinoniycose. Wien. med. Presse, n» ;i, p. 94, 1887.

R. HiîBB, A case of actinomycose hominis. Brilish med. Journal, p. 331, 1887.

H0C11ENEG6, Zur Casuistilc der Aclinomycose des Menschen. Wiener med. Presse, 1887, p. o37.

0. Neill, Actinomycose chez l'homme. The Lance t, 21 août 1886. J. OcHSNER, Un cas d'actinoniycose. Journal of Americ. med. Association, 21 nov. 1886. MoosBRUGGEK, De l'Actinomycose chez l'homme. Beïtrage z. klin. Chirurgie. Tiihingen, 1886.

Majocghi, Notes cliniques et liistologiques sur un cas d'actinomycose cliez l'homme. Ateneo med. Parmense, janv. 1887.

Skerritt, Un cas d'actinomycose chez l'homme. Americ. Journal of the med. sciences, janv. 1887.

V. SuBBOTic, Un cas d'actinomycose de la paroi abdominale. Pester, med. chirurg. Presse, n° 46, 1886.

Bradn, De l'actinomycose chez l'homme. Correspondblatt dcr Allg. Aerzte Ver. v. Thuringen, n" 2, 1887.

0. Israël, Un cas d'actinomycose. Berlin. Klin. Wochens., p. 71, 1828.

Ern. Partsch, L'actinomycose chez l'homme considérée surtout au point de vue clinique. Yolkmann's Samml. Klin. Vort. 1888.

Majocchi, De l'actinomycose cutanée de l'homme et de quelques animaux. Congrès de Pavie, sept. 1 888.

Dl'prat, L'actinomycose chez l'homme. Bulletin méd., 17 oct. 1888.

Kœttnittz, Un cas d'actinomycose. Allg. med. cent. Zeit, n" 12, 1888.

Petrow, Étude de l'actinomycose. Russkaia med., n" 38, 1888.

BuLHŒs et Magalhan, Actinomycose humaine. Brazilmed., w 2, 1888.

Glaser, Étude de l'actinomycose chez l'homme. Inaug. Dissert. Halle, 1888.

Sur un cas d'actinomycose humaine observé à l'hôpital mihtaire d'Ostende, par le D' Lejeune. Démonstration par Ch. Firket. Annales de la Société médico-chirurgicale de Liège, 1889, p. 17.

Geissler, Casuistiche Beitrage zur Actinomycose des Menschen. Breslau,' Aerztl. Zeit., 9 mars 1889.

AINHUM

Le nom âHAïnhum appartient au langage des nègres africains, de la tribu des Nagos, et répond au sens de couper, de scier. Sous ce nom ils désignent une affection qui détermine l'amputation spontanée d'un ou de

AINHUM.

plusieurs orteils. Cette dénomination a été employée par le D'' J.-F. da Silva Lima qui, le premier, a décrit cette maladie.

Son premier mémoire publié en 1867, dans la Gazeta medica de Bahia (13 et 15 novembre), a été traduit par Le Roy de Méricourt (1). Une monographie plus complète de l'auteur brésilien a été lue, en son nom, à l'Association dermatologique américaine, dans sa quatrième réunion (2) ; on n'a ajouté que peu de choses à la description qu'il a faite de cette singulière affection.

Ce qui caractérise l'Aïnhum, c'est l'amputation spontanée d'un orteil, — presque toujours du cinquième — avec hypertrophie et altération graisseuse de la partie amputée.

Un sillon annulaire, semblable à celui que produirait un lien constricteur, se montre à la racine d'un orteil.

Au début, il n'est pas complètement circulaire ; il commence par le pli digito-plantaire sur les faces plantaire et interne et s'étend peu à peu aux faces externe et dorsale. Graduellement le cercle devient complet et se rétrécit. L'étranglement de l'orteil va en progressant.

Cette constriction permanente et progressive amène des modifications dans l'extrémité du doigt située au-delà du sillon. Elle se tuméfie, atteint souvent le double, et même le triple, de son volume normal. Le gonflement commence à partir de la rainure. De là des formes diverses : tantôt l'extrémité de l'orteil est conique, tantôt elle est en massue, ou bien ovoïde ou même presque sphérique, quand la tuméfaction atteint jusqu'à l'extrémité unguéale. Le gonflement n'est jamais œdémateux, il est ferme ; sa surface est lisse. Quand il est très prononcé il peut prendre une consistance résistante à la surface, molle en profondeur, qui rappelle celle d'un fibro-lipôme.

Par suite de l'étranglement de la base et du développement de l'extrémité, le petit orteil, au lieu de rester parallèle au quatrième, semble s'en écarter en bas, s'en rapprocher en haut, de manière à laisser entre eux un espace vide de forme triangulaire. L'orteil tout entier subit en outre un mouvement de torsion en vertu duquel l'ongle regarde en dehors.

La plupart des auteurs disent que l'ongle n'éprouve aucun changement, cependant Hermann Weber (3) l'a trouvé déformé dans un cas et Pereira Guimaràes (4) dit qu'il subit quelquefois une légère atrophie et peut même disparaître complètement.

(1) Da Silva Lima, Études sur VAinhum, traduction par Le Roy de Méricourt. Archives de méd. navale, 1897, t. VIII, p. 128 et 206.

(2) Da Silva Lima, Archives of dermatology, 1880, p. 367.

(3) Hermann Weber, Transactions of pathological Society, t. XVIII.

(4) Pereira Guimaràes, Bevista Medica. Rio-Janeiro, 1876.

AINHUM.

L'épiderme dans le fond du sillon devient rugueux, s'épaissit inégalement, forme de grosses écailles épidermiques qui recouvrent souvent une fissure ou même une ulcération (voir Musée de l'hôpital Saint-Louis, le moulage en cire n" 1245 envoyé à la Société de chirurgie par Pereira Guimaràes, de Rio-de-Janeiro).

Les ulcérations, d'autant plus fréquentes que l'Aïnhum est plus ancien, peuvent être provoquées par des causes externes, telles que traumatisme, contact de substances irritantes, malpropreté, etc.

Le pédicule va se rétrécissant de plus en plus, la phalange s'amincit, finit par disparaître et être remplacée par du tissu fibreux. L'extrémité de l'orteil devient mobile, comme flottante, gêne la marche et est dès lors exposée à tous les trauniatismes. C'est à ce moment que les douleurs paraissent ou deviennent plus intenses si, par exception, elles existaient déjà, douleurs irradiées souvent vers la racine du membre, sur le trajet du nerf sapliène externe. Dans cette période terminale, quand le pédicule n'a pas été tranché par le chirurgien ou par le malade, il s'ulcère et finit par se détacher spontanément. La cicatrisation se l'ait très rapidement.

Une des particularités les plus caractéristiques de l'Aïnhum c'est sa localisation aux orteils et presque constamment au cinquième orteil. Da Silva Lima, Pereira Guimaràes, Hall, Batista Santos, Pottopidan de Bahia, Emilio Cani de Buenos-Ayres, ont vu l'affection se développer sur le quatrième orteil. Corre l'a observée, par exception, sur le troisième. Crombie a décrit un cas dans lequel le quatrième orteil du pied droit et le quatrième et le cinquième du pied gauche étaient atteints.

Sur environ oO observations, recueillies par Da Silva Lima, on trouve que le cinquième orteil était atteint 45 fois et le quatrième 5 fois seulement. Quand le quatrième orteil est envahi, il arrive très fréquemment

Leloir et Vidal. 4

— D'api'ès J.-l'\ Da Silva Lima.

AINHUM.

que le cinquième l'est aussi, soit simultanément, soit peu de temps après.

L'Aïnhum atteint souvent les deux petits orteils ou même les quatrièmes symétriquement, ce qui tendrait à faire penser à une analogie entre cette affection et les lésions tropliiques delà sclérodactylie, et en particulier de celles de la sclérodermie mutilante.

Beaucoup plus commun chez les hommes que chez les femmes, à ce point que sur 40 cas recueillis par Pereira Guimaràes on ne trouve qu'une seule femme, l'Aïnhum est très rare avant l'âge adulte et n'a pas été observé avant l'âge de douze ans ; on l'a vu plusieurs fois ne commencer que pendant la vieillesse.

Cette affection est héréditaire; Dupouy (1) a publié une observation dans laquelle le père et les deux frères du malade étaient atteints par l'Aïnhum.

DaSilva Lima, dans sa première publication [loc. cit., 1867),avaitditque l'Aïnhum était une affection spéciale à la race africaine. Dans son second mémoire de 1880 il reconnaît comme appartenant au véritable Aïnhum les faits observés sur les Malgaches de Nossi-Bé par Corre (2), sur les Indous par Collas (3). Les observations de ce dernier prises sur les Indous de race croisée (rameau Tamoul) sont moins probantes que les faits de Thomas, d'Eugène Rochard (4) et Quétand, que les quatre cas relatés parD.-G. Crawford (5) tous appartenant à des Indous.

L'Aïhum peut-il être congénital? L'affirmative a été soutenue par Francisque Guyot (6), qui a publié des faits d'amputations congénitales et de strictures annulaires également congénitales observées chez des négrillons et coexistant avec des syndactylies congénitales. Ce sont des faits de strictures et d'exérèses congénitales résultant le plus souvent de constrictions exercées par des brides pseudo-membranevises de l'amnios qui, en s'enroulant aiitour des membres ou des doigts, peuvent arriver à les couper complètement, ainsi que le démontrent les observations de Montgomery (7), de Braun, de Simonart, de Schrœder, de Levert, de A. Charpentier (8).

{{) Dupouy, Archives de médecine navale, 1881, p. 386.

(2) Gorre, Une observation d' Aïnhum à Nossi-Bé,, in Archives deméd. navale, 1879.

(3) Collas, Note sur la maladie df?crite sous le nom d' Aïnhum observée citez les Indous. Archives de méd. navale, t. VIII. 1867.

(4) E. Rochard, Archives de méd. navale, 1883, t. XXXIX, p. 460. (o Crawford, Edimbourg med. Journal, jain 1886, p. 1120.

(6) Francisque Guyot-, Archives de méd. navale, t. XXXII, p. 440, et Progrès médical, 7 mai 1881.

(7) Montgomery, An exposition of the symptoms of pregnancy. London, 18o6.

(8) A. Ciiarpentier, Traité des accouchements, 1883, t. I, p. 921.

AINHUM.

S'appuyaiit sur les faits de Guyot et sur ceux de Lannelongue (1), de Menzel (2), de Chancerel, de Verneuil (3) ainsi que de Trélat, Fontan(4), dans son mémoire sur la question de l'Aïnlium, après avoir admis que l'affection peut être congénitale chez les nègres, en arrive à conclure que cette forme congénitale se rencontre chez toutes les races et dans tous les climats et que par conséquent l'Aïnhum n'est pas une maladie spéciale aux races colorées.

Ces mutilations congénitales ne doivent pas être confondues avec l'Aïnhum, qui n'a jusqu'ici été obsei'vé que chez des individus de couleur, qui ne s'observe qu'après l'âge de puberté, et peut même commencer pendant la vieillesse.

On n'a pas encore vu l'Aïnhum se produire sur un adulte de race blanche, tandis que les mutilations congénitales, strictures et exérèses telles que celles des cas de Fontan, de Francisque Guyot, Trélat, Proust, Legroux, etc. [voir Mtisée de l'hôjjital Saint-Louis, moulages 908, 1419, 1420 et 1421), ont été maintes fois observées.

On a encore confondu avec l'Aïnhum la sclérodermie symétrique des extrémités, dans sa forme mutilante. L'observation de Mirault d'Angers et l'examen anatomique de Verneuil (5) sur un doigt de la malade qui en fait le sujet, appartiennent à la sclérodermie. C'est avec raison que Coliez (6) qui a publié la fin de l'observation la range dans les sclérodermies. C'est un de ces faits aujourd'hui bien connus de sclérodermie symétrique des extrémités (sclérodactylie) avec arthropathies, atrophies osseuses, sphacèle et mutilation des doigts.

Les causes de l'Aïnhum sont encore inconnues. La lésion est sans retentissement sur l'état général et paraît indépendante d'un état morbide antérieur. Elle commence par la peau et les altérations multiples qu'elle produit sont consécutives à l'étranglement produit par l'anneau fibreux qui va chaque jour se rétrécissant. Ce qui vient à l'appui de l'opinion de ceux qui pensent que la peau est primitivement atteinte, c'est qu'en débridant l'anneau scléreux, perpendiculairement à la direction du sillon, Da Silva Lima (7) a pu arrêter la marche progressive de l'Aïnhum et avoir raison d'espérer la guérison de ses deux opérés.

(1) Lannelongue, Bulletins de V Académie de Médecine, 2o novembre 1881 et Gazette hebdomadaire, 1881, p. 757.

(2) Menzel, Spon/«/ie dactylose, in Archiv f. klin. Chirurgie, XVP vol., p. 667.

(3) Verneuil, Mémoires de Chirurgie, t. I, p. 601.

(4) Fontan, Laquestionde l'Aïnhum, in Archives de Médecine navale, 1882, t. XXXVII, p. 177. (o) Mirault d'Angers et Verneuil, Affection singulière tt non décrite des doigts et des

mains, in Gazette hebdomadaire, 1863, p. 113 et 131.

(6) Coliez, Du Scléréme des adultes. Thèse de Paris, 1873, p. 26.

(7) Da Silva Lima, American Archives of Dermatology, oct. 1880, p. 377.

AINHUM.

Anatomie pathologique. — Les premières études anatomo-patliologiques ont été faites en \ 867 par Wucherer, à la demande de Da Silva Lima. Voici ce qu'il a constaté : quand on coupe le pédicule d'un coup de bistouri ou d'un coup de ciseau, la surface de section est concave, ce qui est causé par la rétraction du tissu fibreux.

L'épiderme est épaissi, rugueux. Dans les cas les plus avancés, la première phalange avait entièrement disparu, et de la seconde il ne restait que quelques vestiges osseux. L'altération graisseuse envahit l'extrémité de l'orteil en voie d'amputation spontanée. Les cavités osseuses s'élargissent, se remplissent de larges globules de graisse jaunâtre.

On trouve des amas de cellules embryonnaires et une prolifération de tissu conjectif autour des vaisseaux sanguins.

Moncorvo de Figueiredo (1), Pereira Guimaràes (2), Corré de Buenos- Ayres et Pirovano (3) ont constaté les mêmes lésions. Des recherches plus récentes de H. Wile (4), Campbell de Morgan et John Wood (5), Hermann Weber (6), Duhring (7), Cornil (8), Eugène Roohard et Bonnafy (9), de C.-H. Eyles (10), nous fournissent des renseignements positifs sur l'anatomie pathologique de l'Aïnhum.

Les examens microscopiques de Menzel (H) et de Suchard (12), qui sont cités dans la plupart des publications récentes, se rapportent à des mutilations congénitales, et les lésions qu'ils ont décrites sont différentes de celle de TAïnhum.

Nous regrettons de n'avoir pu nous procurer une pièce anatomique d'Aïnhum; c'est d'après les publications des auteurs^ dont nous avons donné les indications bibliographiques, que nous avons cherché à décrire l'anatomie pathologique.

L'épiderme est considérablement développé, surtout dans sa couche cornée qui est très compacte, mais cependant facilement séparable en plusieurs plans. Son épaississement, qui peut atteindre jusqu'à 5

(1) Moncorvo de Figueiredo, Archives de mdd. navale, août 1865, t. XXVI, p. 127.

(2) Pereira GmmOiTa.es, RevMaMedica de Rio etArch. de méd. navale, \ 877, t. XXVIII, p. 147.

(3) Corré et 'PÏTOva.no. Revista medico-quiriirgica. Buenos-Ayres, 1876.

(4) H. Wile, Journal of Médical Sciences, 1884, p. 151.

(o) Campbell de Morgan et John Wood, Transactions of pathol. Society, t. XIX, p. 448.

(6) Hermann Weber, eodem loco, t. XVIII, p. 277.

(7) Duhrijig, The American Journal of Bled. Sciences, 1884, p. 150. i

(8) Cornil, Comptes rendus de la Société de Biologie, 1869, p. 202.

(9) E. Rochard, Archives de méd. navale, 1883, t. 39, p. 460.

(10) C.-H. Eyles, Histologie de l'Aïnhum, in The Lancct, 23 sept. 1886, t. II, p. 576. ]

(11) Menzel, Spontané clactyloly se, in Archiv f. Min. Chirurgie, t. XVI, p. 667. t

(12) Suchard, Bulletins de la Société anatomique, 1881, p. 690 et Vrogrès médical, 1828, p. 100.

AINHUM.

millimètres (Eyles), augmente à mesure qu'on se rapproche du pédicule.

Les prolongements interpapillaires sont les uns très allongés et les autres très élargis ; ainsi que la couche papillaire ils atteignent un volume anormal. Le tissu conjonctif est infiltré de cellules embryonnaires.

Les capillaires des papilles et ceux des couches supérieures du chorion sont très dilatés et remplis de globules du sang. Ces capillaires sont entourés de cellules embryonnaires mélangées de cellules fusiformes en voie d'évolution fibreuse.

La tunique adventice des artères et leur tunique moyenne sont notablement épaissies (H. Wile). L'hyperplasie de la tunique interne peut aller jusqu'au rétrécissement et à l'oblitération des plus petites artérioles (Eyles).

On a souvent constaté que des deux artères collatérales de l'orteil, l'externe restait seule perméable, l'interne étant oblitérée au niveau du sillon.

Les vaisseaux lymphatiques peuvent être très distendus (IL Wile).

Les nerfs ne paraissent pas avoir été suffisamment étudiés; aucun auteur ne mentionne leur altération.

Les lésions des glandes ne sont pas bien déterminées ; elles varient naturellement suivant l'ancienneté de l'xVïnhum.

La compression par le tissu fibreux de l'anneau amène l'atrophie des glandes sudoripares sous-jacentes à l'étranglement.

Le tissu fibreux envahit graduellement l'espace compris entre l'os et la peau, en confondant dans une même masse le périoste, les tendons et l'hypoderme.

Partout oîi il y a du tissu fibreux, on le trouve augmenté, et il finit par remplacer tous les autres tissus préexistants.

Les lésions des os sont celles de l'ostéite raréfiante. En général, le processus marche régulièrement en partant du périoste. Vers le centre, la destruction de l'os se fait avec beaucoup de rapidité et très irrégulièrement; l'os se creuse dans presque toute son étendue; les cavités qui s'y forment se remplissent d'un réticiilum de tissu fibreux délicat, avec vaisseaux capillaires et globules de graisse. Le tissu médullaire se vascularise, s'infiltre de cellules embryonnaires et se transforme graduellement en tissu fibreux. En coupant en travers, on ne voit qu'une lame mince et déchiquetée de tissu osseux entourant ce qui parait être de la moelle, et le pénétrant par des prolongements irréguliers.

Au niveau du sillon, dans sa partie la plus profonde, le réseau muqueux de Malpighi est aminci et les papilles sont complètement atrophiées (Cornil). Le corps papillaire finit brusquement.

Au-dessous le derme et l'hypoderme sont confondus en des faisceaux très serrés de tissu conjonctif mélangé de tissu jaune élastique.

ALOPÉCIE.

Presque tous les auteurs qui ont fait l'histologie pathologique de l'Aïiihum, H. Wile, Duhring, Eyles, etc., mentionnent la prolifération des fibres élastiques. C'est un caractère important pour différencier cette affection des strictures congénitales. Dans l'examen histologique fait par Suchard sur un pouce de la main d'un négrillon de six semaines, atteint de lésions congénitales multiples, le tissu fibreux tendu transversalement dans le fond du sillon, ayant son maximum d'épaisseur au milieu, était sans mélange de fibres élastiques.

Cette abondance de fibres élastiques dans l'anneau fibreux de l'Aïnhum rapproche cette lésion de la sclérodermie, dans laquelle Forster, Auspitz, Hébra, Duret et Lagrange, l'un de nous (1), etc., ont constaté la prolifération en quantité considérable de fibres élastiques.

Au point de vueanatomo-pathologique, l'Ainhum pourrait être considéré comme une sclérodermie partielle, linéaire, circulaire, d'origine inconnue, peut-être deutéropathique, chez des sujets prédisposés par la race et par l'hérédité, et consécutive à des traumatismes, à des fissures, à des piqûres d'insectes, etc. Toutes les causes, qui peuvent amener une. inflammation chronique, ont été relevées dans un bon nombre d'observations, sans qu'il soit encore possible de déterminer leur action pathogénétique sur l'Ainhum qui, comme nous l'avons déjà dit, paraît jusqu'à co jour être une affection spéciale aux races de couleur.

ALOPÉCIE

U alopécie est un état anormal du cuir chevelu ou des parties habituellement couvertes de poils, caractérisé par l'absence ou par la chute des cheveux ou des poils.

La dénudation du cuir chevelu est le plus souvent désignée sous le nom de calvitie. Elle peut être naturelle ou accidentelle et d'origine pathologique.

L'alopécie naturelle, celle qui ne reconnaît pas pour cause un état pathologique, peut être congénitale ou sénile.

(i) Vidal, Leçons sur la Sclérodermie, in Gazette des hôpitaux, 10 oct. 1878, p. 939.

ALOPÉCIE GONGÉiNITALE.

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