‹ Traité dʹexploitation commerciale des bois; (volume 2)Chapitre 44 sur 110 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Art. !•'. — ANOMALIES DE CROISSANCE.

Nous classons sous cette rubrique un certain nombre de défauts affectant la structure générale du bois sain, et influant plus ou moins sur sa solidité, son débit et son emploi. Ces anomalies de croissance sont tantôt spécifiques et héréditaires, tantôt purement accidentelles.

A. Torsion des fibres. • — Les fibres, au lieu d'être rectilignes et parallèles à Taxe de croissance, s'enroulent autour de cet axe en dessinant des hélices. Les bois qui présentent ce défaut sont dits à fibres torses. On trouve l'explication du phénomène dans ce que la périphérie de chaque couche s'allongeant encore quand la région centrale a fini de croître, les fibres superficielles, plus longues (jue les fibres profondes, doivent nécessairement, pour se placer, s'enrouler autour de l'axe. Lorsque les racines traversent d'abord une couche de terrain peu perméable, puis rencontrent des fissures ou des couches meubles et riches, il y a ordinairement production de bois à fibres torses. Ce défaut paraît être héréditaire dans certaines forêts (Marchiennes et Saint-Amand , ; dans la plupart des autres, il est fortuit et sporadique.

L'enroulement des fibres se fait tantôt de gauche à droite, dans le sens du mouvement des aiguilles d'une montre, f tiges dextrorses), tantôt de droite à gauche (tiges senotes), La torsion peut n'affecter que l'aubier, ou à la fois le cœur et

Faubier ; elle est d'autant plus forte que les arbres sont gros et vigoureux.

Cette anomalie de croissance est très fréquente chez le chêne, le charme, le marronnier, le'pin sylvestre et Tépicoa ; plus rare chez les érables, le tremble, Taune et les saules. Chez le chône, le charme-, réraUe, le tremble, les saules, le marronnier, répicéa, l'enroulement se fait tantôt à droite, tantôt à gauche ; il se fait exclusivement à droite chez le pin sylvestre. D'une façon générale, l'angle de torsion à gauche est moindre que Tangle de torsion à érOTte.CestpouT'ce motif que les épicéas senotes du Risoux peuvent être encore utilisés pour la fente. La torsion exagérée des fibres diminue sensiblement la \ aleur du bois. D'une part, en effet, les arbres qui présentent ce défaut sont impropres au sciage et à la fente ; d'autre part ils offrent dans les constructions, «une faible résistance comme pièces d'assemblage. Cependant, pour certains usages, cette disposition anormale des fibres est sans inconvénients : tel est le cas du débit en traverses. Elle peut même offrir des avantages, soit qu'il s'agisse de faire travailler les pièces debout (poteaux), soit qu'on les utilise pour ms de pressoir, blocs d'enclume, pièces de fondations, pieux pour constructions hydrauliques, etc.

Le bois provenant des arbres à fibres torses, est lourd, compact, peu élastique, difficile à travailler, se dé- L^hirant et s'arrachant sous routil.

Il est facile de reconnaître ce défaut sur l'arbre debout, car l'écorce participe au mouvement en spirale des fibres intérieures du bois. Si l'arbre est coupé et écoroé, les fentes de retrait, au lieu d'être parallèles à la direction de l'axe de croissance, sont toujours obliques par rapport k cet axe ifig. 31). Enfin, si la pièce est travaillée, les fibres sont coupées par les plans d'équarrissage, et les solutions de continuité sont très apparentes à la surface du bois.

Fig. 31.

BËFAUTS PHYSIQUES

Fig. 32.

B. Cboissànce MA8a£E. — Nous avons vu que, chez certains végétaux exotiques, les fibres, au lieu de rester parallèles, s emméleait à 4a façon des J^rins d'une cbeveliire. Cette structure enchevêtrée s'observe aussi :

normalement dans le bois de racines de nos arbres indigènes et anormalement dans le bois de tige de nos piincipaJes essences feuillues, hêtre, ciiéne, frêne, orme et érable.

Dans ce dernier cas, tantôt elle est Bée, comme chez le hêtre, à fa déviation des fibres de la souche, et alors elle ne se maintient qu'à une petite distance du sol, apparaissant au dehors sous forme de benrrelets annulaires de récorce; tantôt elle provient d'une irrégularité de croissance sur les différentes faces de l'arbre, auquel cas elle donne naissance à la structure ondulée, si commune chez le frêne et les érables.

En débitant suivant AB {fig. 32) un tronc de frêne présentant des couches ondulées, on obtient des planches ornées de dessins variés {âg, 33) qui font rechercher ces bois pour l'ébénisterieet la lutherie.

C. Bois botîceux. — Les bois ronceux ont les fibres tordues et comme tressées ; fe sont kmrds, compacts, saoïs élasticité, difficiles à travailler, mais particulièrement résistants, surtout quand ils sont employés sous de faibles di- «aensions. Ils conviennent pour la machinerie et pour la fal)ri-

Fîg. 33.

cation des pièces exposées au frottement et à l'usure. Les ébénistes en tirent également bon parti en les nuançant au moyen de matières colorantes. Us sont, par contre, peu estimés par les menuisiers et les entrepreneurs de constructions civiles.

D'une part, en effet, ils perdent par Téquarrissage une partie de leur force. D'autre part, la surface des planches est toujours plus ou moins irrégulière, trouée et pelucheuse, car la scie et la varlope travaillant souvent au rebours du fil du bois, les fibres sont nécessairement déchirées et arrachées par places.

Ce défaut est fréquent chez les chênes des taillis sous futaie, les peupliers, les frênes et les ormes de routes et d'axenues. Il provient, soit de ce que l'arbre a cru sur vieilles souches, soit de ce qu'il a été périodiquement émondé ou élagué. Généralement, les tissus ronceux sont disséminés par places dans la portion haute du fût et au niveau de l'insertion des anciennes branches ; ils forment alors des marbrures éparses sur les faces de sciage, marbrures qui ne déprécient point les planches et les plateaux. D'autres fois, comme cela se produit chez la plupart des chênes de la forêt de Fontainebleau, le cœur lui-même est ronceux, auquel cas le fût, impropre à la fente et au sciage, perd considérablement de sa valeur.

D . Sphéroblastes . Loupes. Broussins. — On désigne sous le nom de Sphéroblastes, de pe- Fig. 34. tites sphères ligneuses

pouvant atteindre la grosseur d'un œuf et apparaissant fréquemment sur Técorce des chênes et des hêtres {fig, 34). Ce sont des bourgeons dormants qui n'ont plus conservé d'adhérence avec le bois de la tige et qui se sont accrus par voie de développement endogène. Ils ne sont susceptibles d'aucun emploi. Les loupes {fig, 35) sont le résultat de blessures et de pi-

qùres d'insectes ; elles se produisent aussi consécutivement * à l'action des ferments pathogènes. Les tissus qui les constituent ont une te\ture plus ou moins confuse ; parfois les fibres sont absolument enchevcHrées et comme nouées.

Ces loupes sont recherchées dans Tébénisterie et la marqueterie, à cause du parcours irrégulier des éléments de leur bois. Elles sont débitées en tranches minces et colorées artificiellement. En France, les loupes sont surtout fréquentes chez le hêtre, le chêne, le bouleau, Torme, l'aune, le tilleul et Térable ; les conifères en présentent rarement.

La formation des broussins est liée à la production, dans les tissus ligneux de la souche ou du'fùt de certains arbres, d'une multitude de bourgeons adventifs, qui, ne pouvant se développer normalement, finissent par se lignifier, en produisant de nombreuses excroissances. Débites en minces feuillets, ces broussins donnent un

Fig. 36

Fig. 37.

beau bois de placage, tantôt richement nuancé, tantôt finement moucheté. Quant à la cause qui a provoqué l'évolution des bdUrgeons, on peut l'attribuer, soit à des incendies fréquents, soit à un abroutissement continu, soit môme à des émondages et à des élagages répétés.

En Algérie, les iRœndies et le pâturage, qui ont détruit les ptas belles forêts <ie thuya, provoquent une hypertrophie volumineuse des souches de cette essence. Ces loupes de thuya, d'ailleurs très rares et fort belles, étaient recherchées autrefois pour la fabrication des meubles de fantaisie. Mais, comme pour trouver de beaux échantillons, il fallait détruire des cantons entiers, on a renoncé à cette exploitation. Aujourd'hui, les ébénistes emploient surtout les loupes du noisetier du Levant, dont la formation a sans doute m^e origine. Les broussins de lerable à sucre et du bouleau {/ig. 36 et 37) fournissent également de beaux placages à l'industrie. Ceux du noyer, des ormes, du frêne, des érables, du buis, du hêtre et du cbarme sont moins appréciés.

E. Entre-écorce. — Lorque deux ou plusieurs tiges ou

branches se greffent par approche, la soudure est raremeoi complète, et une lame d'éooi>ce subsiste généralement entre les billes ; d'où le nom d'entre-éoorce donné à ce défaut. L'entre-écorce peut être nette, saine et marquée seulement surla déx'oupeparun double cœur (fi g. 38; ; ce n'en est pas moins une cause de rebut, prévue par la plupart des cahiers des charges. Il est facile de voir, en effet, que la présence de ce double cœur diminue sensiblement la résistance de la pièce appelée à travailler comme poutre ou solive et nuit k son débit en sciages. Fréquemment d'ailleurs, l'entre-écorce est accompagnée de défauts plus graves. Le vent produit souvent réclatement des tiges et des branches jumelles ; tout au moins, il occasionne des frottements suivis de flux de sève ; ce sont autant de portes ouvertes aux germes de la pourriture. Lors donc que Ton veut estimer un arbre formé par deux tiges jumelles (fig. 39), il est indispensable de mesurer la section au-dessus de leur point d'attache, c'est-à-dire sui- \ant AB et CD, et de vérifier soigneusement la bille de pied, qui sera toujours classée comme douteuse. Suivant les cas.

Fig. 38.

on fait alors porter la réduction sur la longueur de l'une seulement ou des deux billes réunies.

F. ExcEis'TRiciTÉ DU CŒUR. — Co défaut consiste en ce que Farbre étant mal centré (Jig. 40), le cœur n'est pas situé exactement en son milieu. Ce défaut est surtout fréquent

Pig. 4flL

en monta^gne rfiez ies «s^es résineux ; al^&t du à des <*auses variées, parmi lesqvdles «ous citerons amplement : la dissymétrie de Tappareil des racines eit des branches J'acûon du vent et les courbures géotropiques, L'exoenAricité du cœur ne constiliie pas, pour les pièces de charpente, une tare sérieuse, bien <ïiie le bois soit moins homogène, donc moins élastique^ moins résistant, et que la mise en œuvre entraîne un déchet plus considérable. Mais, pour le débit en sciages, rincoirvénieat est beaucoup plas important. D'une part, en effet, «ne trop grande excentricité gêne beaucoup le débit sur quartiers, et permet difficilement de décœurer la pièce ; d'autre part, les planches provenant de tels arbres sont très exposées à se fendre et à se voiler.

L'excentricité du cœur existe dans toutes les grosses branches ; elle est souvent accompagnée de défauts très graves, tels que la gélivure et le rouge.

G. iRRÉGm-ABiTÉs DE CROISSANCE. — Los accroisscmcnts

successifs et annuels sont loin d'cHre réguliers. Leur épaisseur varie avec les alternatives sèches et pluvieuses des saisons, les gelées printanières, les invasions de chenilles et d'insectes, le traitement auquel la forêt est soumise. Les variations tenant au mode de traitement sont les plus importantes, parce qu'elles produisent des phases durables de ralentissement et d'activité dans la croissance, phases qui ont un retentissement marqué, sur la qualité du bois.

Les arbres qui ont cru à l'état isolé ou en massif plein, présentent des accroissements remarquablement réguliers ; le bois en est donc très homogène, par suite très apte à la fente et au sciage. Ceux qui ont cru tantôt en massif et antôt à l'état isolé, commedans les futaies jardinées, les taillis sous futaie et furetés, offrent des accroissements alternativement larges et minces ; le bois hétérogène travaille inégalement : il est donc très exposé, une fois mis en œuvre, à se gercer, à se tourmenter et à se fendre ; par suite, il ne peut être employé sous de faibles épaisseurs, notamment pour le débit en tranchage et en minces feuillets.

Croissance- à l'étojb ùfold

CroissoJLCA' en. /iitaie plesùvt^

Croissance en. fkitouùe^

jarébùhée, au- tcalUr

fïireU

Croissanae- en. tnillis sous futaxjt^

Fig. 40 hh.

H. Courbures des tiges. — Une courbure trop accentuée des tiges constitue un véritable défaut qui limite les emplois des bois. Les grumes destinées aux compagnies de che-

mÎTis de fer doivent notamment présenter une rectitude parfaite sur des longueurs minima de 4 à 5 mètres. Les traverses, châssis, étais de mines,

grumes de grande Ion-

gueur, bois de marine, etc. , y^"^'^ y ^"\^^ comportent ordinairement y^ ^.^-"''^ \ ^^""-v^^ n,^

des tolérances de cour- \^ ! ^v/

bure,soigneusementspéci- - ^ C "S

liées aux cahiers des char- i''»g- 41.

ges.La courbure se mesure

au moyen de la flèche CD, perpendiculaire élevée vis-à-vis de la plus forte dépression sur la corde sous-tendue AB jusqu'à sa rencontre avec la surface concave de la pièce fiy. 41). Il est rare que le commerce accepte des bois dont la flèche de courbure est supérieure à 0™, 15. Tantôt la courbure se manifeste dans un seul sens ; tantôt, au contraire, elle se produit dans deux sens opposés, auquel cas, le défaut est beaucoup plus grave (/î^. 42;.

A première vue, il paraît très facile de trouver dans nos taillis sous futaie, des pièces de chêne parfaitement droites sur 4 mètres et 5°", 50 de longueur, ^^ pour des découpes exigées de 1°,20 et de 1™,60 ff n de tour. En réalité, il ne faut pas compter sur un rendement en volume supérieur à HO y^. Ainsi, dans 100 mètres cubes d'arbres abandonnés, on trouvera rarement plus de 30 à 35 mètres cubes satisfaisant pleinement aux conditions requises. Avant donc de soumissionner Fig. 42. pour la fourniture de bois droits, le commerce devra peser avec soin les difficultés de l'entreprise, inventorier soigneusement son matériel et tenir les prix en consé- (juence. Il est facile d'écrémer un lot de chênes, mais difficile de placer ensuite le surplus.

En ce qui concerne le débit en sciages, il est bien évident ijue la courbure exagérée des pièces entraîne un déchet dans le rendement. Pour le débit en plots, ce déchet peut ne point être considérable, mais il est toujours très grand pour le débit en sciages avivés.

La courbure n'est avantageuse que pour certains bois de

marine et de batellerie, d'ailleurs de moins en momsdeman* dés. Tels jpont les bois courbants, qui présentent une courbure régulière et continue sans coude, ni jarret (varangues et allonges), et les bois courbes. Ceux-ci sont des pièces droites, qui, en un certain point de leur longueur, font un coude brusque sur une face et qui, sur l'autre face, présentent la • forme d'un congé raccordant les deux parties (Jottereaux). La région moyenne du congé se nomme collet. Les deux parties de la courbe sont désignées sous le nom de branches.

Aai. IL

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