‹ Traité dʹexploitation commerciale des bois; (volume 2)Chapitre 46 sur 110 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES BLESSURES

Le corps d'un arbre se couvre toujours de parois Ik^ geuses, adhérentes, sans méats ni interstices ; c'est la condition même de sa pérennité. Toutes les fois donc que l'epiderme vient à être détruit et qu'il y a blessure, il se forme un afflux de sève au point lésé, et de nouveaux tissus cellulaires s'organisent, recouvrent la plaie, et la soustrayent partiellement aux causes externes de destruction. On dit qu'il y a cicatrisation. Cette cicatrisation s'eflfectue plus ou moins vite, laissant à l'intérieur du bois des traces plus ou moins apparentes, suivant la grandeur et la nature de la plaie, suivant aussi le végétal considéré et sa vigueur. D'une façon j^énérale, les plaies contuscs et csquilleuses sont plus longues et plus difficiles à guérir, plus dangereuses aussi au point de \ue technique, que les plaies nettement sectionnées. C'est pour cela que Tamputation est parfois un bien, qu'il s'agisse de l'économie animale ou de l'économie végétale.

Quelle que soit la nature de la blessure, la cicatrisation s'opère toujours par le même processus. Les anneaux lili^neux de nouvelle formation se renflent au voisinage de la blessure et dessinent deux bourrelets de recouvrement qui marchent à la rencontre l'un de l'autre, en appuyant leurs bords externes sur la partie découverte 'fiff. 57 PI. 1\ En se réunissant, les deux bourrelets n'adhèrent jamais complètement : il reste, face au milieu de la plaie, une solution do continuité ou mieux une entre-écorce, (fui persiste plus ou

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moins longtemps, sous forme d'un sillon noirâtre, contourné et tranchant sur le gris clair de la jeune écorce.

Quant à la partie blessée du tissu ligneux, avant d'être entièrement recouverte par les bourrelets de recouvrement, elle a été exposée plus ou moins longtemps à Tair ; elle s est donc desséchée, altérée ; souvent même elle a éprouvé un commencement de décomposition organique sous Tintluence de divers ferments ou champignons.

La plus commune des altérations consécutives aux blessures, est la gangrène ou britnissure du bois, due à l'action de ferments pathogènes. Lorsque le bois brun est étroitement emprisonné dans le bois sain, que, par suite, l'air et Teau n y accèdent pas, la maladie progresse avec une extrême lenteur ; mais, s'il existe entre eux deux une entreécorce ou un vide où la sève peut s'extravaser, les tissus se gorgent d'eau et la décomposition marche rapidement, en bas et en haut, dans la direction des libres ligneuses. A la longue, ce bois brun s'alt(»re, devient léger, friable et tombe en poussière. Sa coloration passe successivement du brun foncé au gris clair.

Parmi les principales lésions mécaniques du bois, on peut distinguer :

A. Les blcssires «aisées par le gibier et les sol ris. — Elles proviennent de décortications effectuées sur les jeunes tiges, principalement sur les résineux. Ces plaies peu étendues et localisées à la partie du fut voisine du sol, se cicatrisent aisément, laissant à l'intérieur du bois des placjues de tissu brujii, assez adhérentes pour ne point gêner le débit. Parfois, la blessure est plus profonde, plus élevée (décortications produites par lès sangliers} ; elle met longtemps à se cicatriser pins , et la tige reste méplate du coté attaqué. Chez les résineux, le bois gangrené passe graduellement au bois sain, en traversant un degré intermédiaire de pourriture rousse. Pour affranchir la pièce de tout défaut, il faut alors pratiquer la découpe a 0™,50 au-dessus du point où la tige se creuse.

B. Blessires du coup de marteau. — Sur une section transversale faite à bonne hauteur, l'empreinte du marteau se montre chez le chêne et le frêne sous forme d'une plaque

quadrangulaire, très souvent envahie par la pourriture blanche et qui apparaît ainsi qu'une tache d'aubier en plein cœur {jîg. 57 bis).

D'ordinaire, la partie gangrenée est représentée par un parallélipipède de 8 à 10 centimètres de hauteur, de 3 x ^î à 7 centimètres de base. Mais, lorsqu'il s'agit de chênes trc»s gras, la pourriture blanche s'étend jusqu'au cœur, entraînant la perte d'une bille de 0"%80 à 1 mètre de longueur.

C. Blessi'res de l'écorce. — Frottires. — Sous le nom général de frottures, on désigne de larges décortications pratiquées au iïit des arbres par les essieux des voitures, Tabatage d'arbres voisins, ou des branches.

Fig. 57 bU.

Lorsque la frotture n'est pas trop ancienne, on la reconnaît facilement à la différence de teinte existant entre la Nieille et la jeune écorce, et au sillon noirâtre qui s'étale au milieu de la plaie (fig. 58 .

Chez lechénc en général, et chez tous les bois feuillus en particulier, le bois sous-jacent présente, dans les tissus profonds du cœur, une teinte brune de gangrène, et, dans les tissus superficiels de l'aubier, une teinte verdàtre, occasion-

)ÉFAUTS ET Maladies des Bois.

Planclie 1.

Ij LsTeur, Bdit

Imp. MoTiroca

LES BLESSURES

née par une discomycète, Peziza œruginosa. Tant que la lésion est apparente, on peut être sûr que Taltération est superficielle. Le bois gangrené reste dans les chutes : il n'y a aucun déchet lors de la mise en œuvre. Mais, lorscjue la

lésion est très ancienne, elle n'apparaît qu'en ouvrant la pièce. Au-dessous de la roulure qui accompagne toujours la frotture, le bois bruni, spongieux, est plus ou moins altéré. Après le débit, les planches sont sillonnées de veines de couleur foncée, ou parcourues par des bavures noirâtres qui. sont bien connues des agents recetteurs et font déclasser la marchandise. Le déchet est encore plus considérable si l'arbre doit être fabriqué en merrain. En s'attachant à ne point meurtrir les arbres, les commerçants travaillent donc dans leur propre intérêt.

Mathby. — Exploitation des bois, l 9

Chez les arbres résineux, les frottures constituent un vice d'autant plus grave, que le bois renferme moins de résine. Le mélèze et les pins arrivent assez facilement à isoler les plaies faites à Técorce, des influences de Tatmosphère et du contact des germes pathogènes, cela au moyen d'un enduit extérieur de résine. Le sapin et surtout Tépicéa n'y parviennent jamais complètement. Il en résulte un défaut d'abord localisé et insignilîant, mais qui devient grave avec le temps. Les frottures et autres blessures faites à l'écorce par l'abatage des arbres, le bétail, les roues de voitures, les pierres roulantes, etc., sont, en effet, la cause première de la carie ou pourriture noire (voir page 178).

Tantôt la frotturé est apparente, marquée extérieurement par un sillon ouvert dans le bois et accompagnée de pourriture, de piqûres du gros et du petit ver, de trous de pics ; tantôt elle est recouverte, cachée, et l'on ne s'aperçoit du vice qu'en ouvrant l'arbre. Dans le premier cas, le déchet est toujours considérable, et la hauteur de bois de service perdu oscille entre 4 et 12 mètres. Dans le second cas (^^. 59, PI. I;, il n'y a point trace de pourriture : on trouve seulement une roulure partielle, à l'intérieur de laquelle le bois est coloro en brun noirâtre, la teinte décroissant de l'extérieur vers l'intérieur. La carie fermée est morte, et ne s'étend plus avec rage ; elle ne monte pas au delà de 0"50 à 1 mètre ; le bois y est généralement travaillé par les vers.

Comme nous le montrerons ultérieurement, toutes les caries noires du bois sont dues à l'action de sphéro-bactéries aérobies.

D. Graille du hêtre. — Dans les coteaux pierreux des régions calcaires, on observe fréquemment, au pied des gros hêtres, un cran triangulaire de bois mort, logé entre deux racines et ne présentant aucune trace de pourriture. C'est la graille {fig. 60), due tantôt au miroir trop large pratique par le baliveur, tantôt à une plaie occasionnée par la roue des voitures. Ce défaut, dont les gardes s'exagèrent l'importance, est sans action sur le débit : toute la partie sèche du fût disparaissant dans la découpe.

E. Blessures causées par les balles. — On voit très souvent, au printemps, un petit suintement de liquide brunâtre

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s'échapper du fut des arbres par un point circulaire. C'est la porte d'entrée d'une balle. Tantôt la plaie reste ouverte, et il en sort un flux bactcrio-mycotique, marbrant de plus en plus

Fig. 00.

récorce de noir; tant<>t la plaie se ferme, et il se forme un bourrelet de recouvrement qui reste visible durant de longues années {fig. 61). En ouvrant l'arbre, on trouve le bois mâché, esquilleux, sur tout le trajet de la balle, (fig, (>2 La «ève chargée de tanin et d'impuretés venues du dehors, s'épanche daftis la cavité ainsi creusée, imprègne les tissus et les colore en brun rouge de proche en proche. Le bois perd (le sa consistance, devient léger, cassant, friable, se fragmente en aiguilles, en prismes, et, finalement, tombe en poussière. La pro- Fig. 61.

gression du bois rouge se fait

^vec rapidité en suivant les fibres du bois : elle atteint souvent et dépasse 0"»,10 par an. En 25 ans, un arbre peut ainsi

perdre 2"*, 50 de fut et les 2/3 de sa valeur au moins ; car la bille gâtée se trouve ordinairement dans la région basse ou moyenne de la tige, laissant au-dessus et au-dessous d'elle deux billons, à la vérité sains, mais trop courts pour être avantageusement débités en sciages.

Il est à noter que le choc causé par la balle provoque presque toujours la formation d'un cœur étoile.

Fig. 62. — liloâsure de balle sur un jeune arbre: a, section longitudinale; 6, section transversale.

F. Taches de résine. — Nous rangeons parmi les blessures, les taches de résine qui se produisent si fréquemment chez les arbres résineux à écorce peu épaisse, comme les épicéas, tsugas, cyprès, à la suite de contusions chocs de gréions, piqûres d'insectes, etc. Invisibles sur l'arbre debout, elles apparaissent sur les planches fraîchement débitées, sous forme de taches jaunes, allongées, en chapelet;/?^ 63 PI. I}. Ces taches sont logées entre deux anneaux ligneux consécutifs, et

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sont formées par des amas de résine liquide qui coule sur la face de sciage et la marbre de noir en s'oxydant. Ce défaut est excessivement commun chez les épicéas de Savoie. 11 ne nuit pas à la qualité des planches, mais il leur enlève beaucoup de leur beauté et les fait ou déclasser, ou rebuter pour certains usages. Lorsque les taches sont trop abondantes, la fente devient difficile.

G. Blessures occasionnées par des clous, crampons, etc. — Les clous plantés dans le corps des arbres, les crampons des élagueurs, provoquent très souvent des écoulements ferrifères ou des flux bactério-mycotiques, qui se retrouvent dans les planches sous forme de taches couleur de rouille, ce qui diminue sensiblement la valeur et la beauté des produits. Lorsqu'un commerçant achète des arbres d'avenue ou de pâture, il doit soigneusement insérer au contrat une garantie pour les clous qui se trouveraient enfermés dans le corps des arbres et qui provoquent de graves accidents dans les scieries. La présence de ces clous doit d'ailleurs être considérée par les tribunaux comme une cause de résiliation du marché, nonobstant la réparation des dommages pour les accidents dérivant de leur fait.

H. Branches cassées. Plaies abreuvantes. — Des branches maîtresses de la couronne peuvent être brisées ou éclatées sous l'action du vent et du poids des neiges ; il se forme ainsi des plaies, dites abreuvantes, parce que les eaux plu- \iales s'y ramassent et s'infiltrent dans le bois sain, provoquant ici la formation du cœur rouge, déterminant ailleurs l'invasion des champignons les plus redoutables. Lorsque l'accident est de date récehte, ce qui se reconnaît facilement à la couleur de la gouttière, celle-ci ne déprécie pas la valeur de l'arbre ; mais lorsque cet accident s'est produit depuis un certain temps déjà, il y a de grandes chances pour que la bille qui porte la blessure soit impropre à fournir du bois d'œuvre, sur une longueur de 2 à 3 mètres au moins. Bien \érifier si le fût n'est pas troué du pic ou garni de champignons au-dessous de la gouttière. C'est une bonne indication pour déterminer la réduction de longueur à faire subir à la pièce.

L Blessures d'élagage. — L'élagagc peut être naturel ou

13i DÉFAUTS ET MALADIES DES BOIS

artificiel. Lorsque Télagage naturel se fait dans un peuplement suflisamment serré et évoluant* normalement, le fut des arbres est lisse, propre, sans nœuds, et le bois ne présente à son intérieur aucune trace de ce travail. Lorsque le peuplement s'est constitué dans des conditions difficiles, qu'il est demeuré plus ou moins longtemps clairière, les fûts sont g;arnis de branches basses qui ne disparaissent que tardivement : le bois est alors plus ou moins noueux et ronceux à son inl(^ rieur. C'est, comme nous l'avons vu, une cause de dépréciation notable. Enfin, dans les taillis sous futaie, les cimes ont un grand développement, et il arrive souvent que le premier cercle des branches de la couronne meurt par défaut de lumière, laissant des chicots plus ou moins longs implantés dans le fût (fig. 64). Le même accident frappe fortuitement d'autres branches maîtresses de la couronne. Ce n'est point là une cause de dégradation pour l'arbre. En effet, les branches qui ont donné naissance à ces chicots, ne sont point mor-

Fig. 64.

tes subitement : leur raccourcissement est le résultat d'une phase très longue de ralentissement et d'arrêt dans la croissance d'abord, de lente décomposition sous l'influence de végétaux saprophytes ensuite. Pendant cette longue phase de préparation, les tissus ligneux, (|ui se trouvent à Ja patte de la ç branche, ont eu le temps de s'organiser en vue de la protec-

\ tion ultérieure de l'arbre. Ils se sont desséchés et durcis, en

!; même temps que les accroissements du fut enserraient pro-

gressivement le bois mortifié et prenaient peu à peu sa place. Finalement, lorsque le chicot vient à tomber, il ne reste sur

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l'arbre qu'un pertuis très étroit, où les eaux de pluie s'infiltrent difficilement, pertuis qui ne tarde pas, d'ailleurs, à se fermer hermétiquement, en laissant sur le fût une bosse caractéristique (fig. Oi}. En ouvrant Tarbre, on trouvera sous la bosse un nœud quelquefois sain, plus souvent atteint légèrement de pourri

blanc, mais nullement dangereux pour le débit ^. G5;.

Par contre, lorsque la branche a été brisée proche du tronc et que la section est esquilleuse ifig. B6;, il est bien rare (|ue le nœud soit sain, si l'accident remonte à 25 ou W ans. On peut alors s attendre à trouver de la grisette chez le chêne, du rouge chez le hêtre et chez les résineux.

L'clagage artificiel se fait, tantôt avec chicot, c'est-à-dire en

Fig. 65.

Fig. m.

rognant la branche à une distance plus ou moins grande du fût, tantôt rez-tronc. En laissant un chicot adhérent au fut, on

se rapproche davantage de Télagage naturel. Cependant, la mort de la branche étant plus rapide, les tissus de base n'ont pas eu le temps de se durcir, et la décomposition se propage de l'intérieur de la branche à Tintérieur du fût, sous forme de carie grisâtre. D'ordinaire, des brindilles d'appel naissent sur le chicot, entretiennent l'activité des couches superficielles et le mal ne se trahit extérieurement que par un trou foré dans la branche. Si le trou est habité par le pic épeichette, le torcol ou la huppe, c'est l'indice que l'altération est profonde, et il faut alors diminuer fortement la hauteur du bois de service. En général et en moyenne chez une branche de chêne rognée à 0"»,30 du fut et mesurant 10 centimètres de diamètre, il faut 25 à 30 ans pour que l'altération gagne l'angle d'insertion ; par suite, un arbre élagué à l'état de moderne de 1™,10 de tour et qui reste debout pendant trois nouvelles révolutions perdra, de ce fait, une longueur de bois de service égale à environ 1 mètre (0°>,30 x 3".

L'élagage rez-tronc est basé sur ce que le recouvrement de la section tronçonnée s'opère plus facilement par les bords latéraux, au moyen de bourrelets directement formés parles anneaux ligneux du fût {fig, 67). La trace des amputations disparaît donc très vite, et la jeune écorce, formée sur le nœud recouvert, perd peu à peu sa teinte gris pâle caractéristique, sous l'afflux de la mousse et des lichens. Ce n'est qu'en ouvrant et sciant l'arbre (|u'on se rend compte des désordres intérieurs causés par cette funeste opération. Dans les exemples précédents, nous Fig. 67. avons vu que la carie s'allongeait en sui-

vant les fibres de la branche pour pénétrer dans le fût, d'où une localisation de la lésion. Ici, au contraire, la blessure, beaucoup plus large, intéresse le fût . lui-même. En effet, les fibres du tronc étant dévié^es et déjetées vers l'extérieur par la formation de la branche, on voit ififl. 68) que la section rez-tronc AA' s'étend sur le fût luimême dans toute la partie hachée abc rf (Martinet). De plus, en se rompant, la branche meurtrit à sa base une plaque plus ou moins large d'écorce. Cette écorce meurt, se soulève et

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forme un puisard, dans lequel viennent s'amasser toutes les eaux pluviales coulant sur le fût, ainsi que les germes qu'elles charrient. C'est par là que se produit presque toujours lin fection par les champignons lignicoles. Aussi, ce puisard mérite-t-il Fappellation d'Harlig, qui en fait le talon d'Achille de la plaie d'clagage.

Que se produit-il après Télagage ? Chez les bois feuillus, que la section soit ou non goudronnée, les tissus brunissent rapidement, se gangrènent et sont creusés par les larves de différents insectes. Pour des plaies d^ moyenne étendue ( 1 0 à 1 2 centimètres de diamètre moyen), observées sur le chêne, le mal progresse à raison d'environ 1 centimètre par an dans le sens transversal et de 2 centimètres dans le sens longitudinal. Par suite, en 25 ans, l'arbre perd 0"*,50 de sa hauteur de service. L'altération est singulièrement plus rapide lorsque des enlre-écorces existent à l'intérieur de la plaie. Il se forme alors de véritables poches qui se creusent jusqu'au cœur sous l'influence de l'humidité qu'elles renferment. C'est ce qu'indiquent les photographies «9, 70 et 71 de chênes élagués et goudrohnés, débités en planches et plateaux à la scierie de Saint-Jean-de-Losne et provenant des bois de Pagny-le- Chàteau Côte d'Or;. Il est superflu d'insister sur la perte considérable causée par ces élagages rez-tronc, infiniment plus dangereux que les autres.

Fig. dV.

L'opération qui, dans l'esprit de ses promoteurs, devait augmenter la proportion de bois de se^^ ice, la réduit au contraire sensiblement. En effet, pour se mettre à Tabrides aléas qu'entraînent ces mutilations désastreuses, le commerce devra estimer la hauteur des arbres seulement jusqu'au bas du

Fig. 70 et 71.

premier nœud recouvert et diminuer encore d'un mètre les nombres ainsi trouvés.

L'élagage des peupliers plantés sur les rives des canaux est tout aussi dommageable. Les Ingénieurs sont étonnés du bas pri\ de vente de leurs^ arbres : ils le seraient moins s'ils les avaient vus débités. I/échanlillon (fig. 7i) d'une planche de 27 millimètres d'épaisseur et de 30 centimètres de découvert, provenant d'un peuplier du canal de Bourgogne, montre ce qu'on peut obtenir de pièces ainsi déshonorées. Le bois ronceux, rougi, coupe d'entre-écorces, troué par la larve du Cerambix héros, n'est propre qu'à faire du mauvais bois de

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feu. On ne saurait donc se montrer trop prudent en estimant ces peupliers ; car en les payant peu, il se trouve qu'on les paye souvent trop cher encore.

(liiez les bois résineux, Télagage occasionne des désordres tout aussi considérables : nœuds vicieux et pourri jaune chez le sapin et Fépicéa ^Vosges, Jura et Alpes}, carie chez

Fig. 72.

le pin sylvestre Cévennes . Lorsque les résineux ont été élagués à l'état jeune, le défaut n'est pas apparent : Técorce recouvre la blessure, les veines du bois se referment ; mais, en ouvrant, on voit la gangrène apparaître au bas du nœud. Le bois, teinté de noir verddtre sur une hauteur de 0"\50 à 2 mètres^ est absolument impropre au débit en planches de menuiserie. Proscrire tous élagages de résineux.

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