‹ Traité dʹexploitation commerciale des bois; (volume 2)Chapitre 47 sur 110 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Art. l«'. — CŒUR ROUGE.

Nous désignons sous cette rubrique, un vice très fréquent chez le chêne et le hêtre, assez mal défini au point de vue scientifique, mais bien connu des marchands de bois, vice du sol autant que de l'Age, qui frappe principalement les vieux bois. Il n'est point le fait d'une altération mycélienne. mais bien la conséquence d'une action purement physicochimique. Les uns l'ont attribué à une dégénérescence sénile, les autres à des infiltrations pluviales ayant leur origine dans des plaies abrcuxantes. En fait, chacune de ces causes concourt à la formation du rouge, mais de façons différentes.

Tout d'abord, il est incontestable que le sol joue un grand rôle dans l'étiologie de cette maladie, et c'est là un point capital pour le commerce des bois. En ce qui concerne le chêne. le rouge ne se produit que dans les terrains donnant un bois gras et dou\ ; on ne le rencontre jamais sur les alluvions quaternaires et les sables argileux ; il est rare sur les argiles profondes et moyennement compactes, plus fréquent sur les argiles ferrugineuses. Par contre, il est commun sur les terrains superficiels à sous-sol dallé ou fiUrant, comme les calcaires crétacés et jurassiques, les porphyres, les gneiss*, les nappes de cailloutis, les conglomérats, etc.

Dans les forets où le rouge sévit avec le plus d'intensité, la proportion des chênes de ln»,40 et au-dessus, atteints par ce ^ice, peut osciller entre 20 et 40 %.

MALADIES PHYSIQrES 141

Il est rare que l'on puisse diagnostiquer la maladie sur l'arbre vivant, car les sujets en apparence les plus vigoureux, peuvent tHre Aiciés du pied à la tcHe. Cependant un fut en carotte, ronceux, portant ou ayant porté, lors de Tisoleinent, de nombreuses branches gourmandes et qui s'empâte au voisinage du sol, est un indice presque certain du rouge. 11 faut également se montrer méfiant dans les cantons où les chones sont presque tous couronnés ou morts en cime. Là encore, la proportion des arbres à cœur rouge est considérable.

L'influence du sol sur le cœur rouge du hêtre est tout aussi •manifeste; malheureusement, les rares auteurs 1; qui se sont occupés de cette maladie ont toujours fait abstraction du milieu. Elle ne frappe cependant que certaines forêts, en particulier celles traitées en futaie pleine, et que les hêtres à grain fin. tels que ceux ayant vécu sur les grès vosgiens Xeufeys. Gérardmer, Vosges) ou sur les plateaux calcaires du Jura Boujailles, Morez, etc.). Les hêtres au grain grossier de la plaine en sont généralement indemnes. Sous avons cependant récemment trouvé du cœur rouge dans la parcelle li^ de la forêt domaniale de Citeaux sur des argiles ferrugineuses du pliocène, dans de vieux perchis en conversion.

A. ClELU ROUGE DU CHENE. RoLT.E DUR. RoUfiE. Co

cœur rouge , (fig. 73P1.I) est caractérisé anatomiquementpar sa pauvreté étonnante en matière mtercellulaire, tous les autres éléments du bois, vaisseaux, fibres, etc., restant absolument normaux.

Sans insister sur ces détails anatomiques, nous dirons que lout se passe comme si la vasculose, principe dont nous avons montré l'importance pour la conservation du ligneux, avait subi une sorte A'ulmification. Et cela donne immédiatement Texplication de toutes les particularités présentées par le cœur rouge, notamment celles d'être spongieux, gorgé d'eau, coloré en brun rouge ou brun cannelle par le tanin abondamment répandu dans les parois des cellules muri-

(i) Cœar rouge da hêtre, d*ARB0i8 db Jobairvillb. Revue des Eaux et Forets, iS83, — Formation du bois parfait, Emile Mbr, Bulletin du Ministère de r Agriculture, 1888.

formes des rayons médullaires, dans les vaisseaux et même le lumen des fibres, tanin qui s'oxyde spontanément à Tintorieur de l'arbre en présence d'un excès permanent d'humidité, f^la explique également pourquoi ce bois rouge peut demeurer longtemps sans s'altérer sur l'arbre debout, mais tombe au contraire très vite en décomposition dès qu'il a été exposé à Tair. Après débit, les copeaux s'arrachent, se ploient, se tordent comme du caoutchouc. Sur une section fraîche et rabotée, le bois, richement maillé, apparaît comme ciré ou passé au brou de noix. En séchant, il devient très léger et perd peu à peu sa coloration foncée, mais il se fend, se craquelé en tous sens, si bien que, dans les piles de sciage, on le reconnaît à première vue aux fentes larges et innombrables qui se sont formées sur la tranche. Afin d'éviter autant que possible la formation de ces fentes, il faut empiler les sciages de chêne rouge à Tombre, sans tasseaux, face sur face, et dépiler au fur et à mesure des besoins. Chose remarquable, ce bois qui se craquelé et se gerce presque en tombant du fer est très difficile à fendre. Il est aisé d'en faire l'expérience sur la souche d'un arbre qu'on vient d'ébouter.

L'aubier des chênes rouges est en tout semblable à l'aubier des chênes ordinaires, ce qui permet parfois de faire passer dans les fournitures aux compagnies quelques traverses atteintes de ce vice. Sur la découpe fraîche, le rouge apparaît nettement sur les racines, et alors même qu'une seule en offre des traces, l'altération se propage jusque dans les branches. II est donc inutile de chercher à purger une pièce atteinte du rouge : il faut se résoudre à la débiter telle quelle.

Le cœur rouge du chêne n'est point du tout lié à une plaie abreuvante ; il peut se développer, et il se développe ordinairement, en dehors de la présence de toute lésion, à la suite de la mort d'une racine, par exemple.

La cadranure s'observe presque toujours consécutivement au rouge. C'est même par le ^ide de cette fente de cadranure que commence la décomposition du bois, décomposition qui se traduit par la friabilité d'abord, par la pulvérulence ensuite, des tissus les plus proches du cœur.

Le chêne rouge est exclu de toutes les fournitures ; saignant, on en fait des cercueils ; sec, des planchers tects

à porcs et de la mauvaise menuiserie. Ces sciages ne dépassent pas 70 francs le mètre cube. La dépréciation de valeur subie par les arbres atteints de ce défaut, est donc de 35 y^ en moyenne.

B. Cœur rouge du hêtre. — A la différence du cœur rouge du chêne, celui du hêtre n'intéresse pas toujours l'arbre entier, et la bille du pied est parfois saine. Sous sa forme la plus commune, ce vice occupe un cylindre central dont le diamètre peut être légèrement supérieur à la moitié de celui de l'arbre, et dont la couleur louche, renforcée sur certains anneaux, pâlie sur d'autres, varie du rouge brun au rouge violet (/î^. 74, PI. II). Sur une section transversale, le liseré extérieur est irrégulier, ondulé, cranelé ; il ne suit jamais exactement les zones concentriques des accroissements et se termine, du côté du bois sain, par une ligne d'un brun noirâtre, légèrement baveuse. Le cœur étoile de l'arbre est ordinairement flambé de brun le long de la fente, et les bords de cette dernière sont souvent tapissés de concrétions calcaires.

Anatomiquement parlant, ce bois rouge ne diffère pas du bois ordinaire, et sa coloration est due à la présence, dans les rayons médullaires surtout, de véritables chapelets de globules de tanin, dont l'oxydation s'est faite en présence d'un excès d'humidité. Les membranes cellulaires n'étant pas altérées, la dureté reste toujours la même, et les propriétés physiques du bois ne sont pas sensiblement modifiées, comme dans le chêne. Pour le hêtre on se trouve, en somme, en présence d'une véritable injection tannifère naturelle et persistante. Quanta la manière dont s'est faite l'injection, la figure 75, PI. II, en donne une idée. Il s'agit là évidemment d'une tache de gouttière, occasionnée par le bris d'une branche. On remarquera que, dans ce cas, la tache ne s'étend pas au cœur tout entier : elle forme un cran triangulaire dans le bois. De plus, les bavures noirâtres du liseré extérieur sont plus accentuées, et la couleur générale est plus brune. Si donc il est démontré qu'une plaie abreuvante peut donner la couleur caractéristique du rouge, il ne l'est pas que ce défaut, généralisé au cœur tout entier, soit le résultat nécessaire d'une blessure de la tige. La simple oblitération d'une racine, comme aussi une moindre activité des phénomènes

de plasmolyse dans les tissus cellulaires, peuvent produire les mêmes résultats.

Quoi qu'il en soit, le cœur rouge du hôtre ne doit pas être regardé comme un vice rédhibitoire, mais bien comme un léger défaut. En effet, ce bois ne se fend, ni ne se craquelé en se desséchant ; il prend même moins de retrait que le bois sain qui l'environne, ce qui donne naissance à des fentes sur le pourtour du liséré inférieur {fig. 75, PI. H). En outre, il ne s'altère pas à Tair et à l'humidité, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre en le laissant séjourner dans les endroits les plus humides. Comme il ne s'injecte pas, à cause des bouchons de tanin obturant les rayons médullaires, les Compagnies de chemins de fer le rejettent, à tort, de leurs fournitures de traverses. Cette résistance à Tinjection est cependant tout bénéfice pour elles. Il résulte des expériences de M. Quincpiet, ingénieur du P. L. M. à Dijon, que le bois rouge du hêtre est légèrement pénétré par la substance antiseptique (huile lourde de goudron), dans l'épaisseur du liseré noir, ce qui le rend comme enrobé par cette substance ; de toute façon, il échappe donc aux causes de destruction. Certaines compagnies étrangères utilisent môme le cœur rouge du hôtre sans préparation préliminaire. Cela est parfaitement justifié, étant donné que cette coloration est le fait d'une injection naturelle et antiseptique.

En l'état, le hôtre à cœur rouge n'est guère employé cou ramment que par la saboterie et la caisserie. Quand les préventions dont il est injustement l'objet auront cessé, il pourra convenir pour tous les débits auxquels se prête cette essence, sauf cependant pour le sciage. Il vaut, actuellement, environ 7 fr. 50 au mètre cube réel, de moins que le hêtre à cœur blanc.

Art. II. - LES NÉCROSES.

Les nécroses sont dues à la mort des tissus par excès de froid ou de chaleur. Nous distinguerons :

1* La lunure. — La gelure. — Le double aubier. — L aubier entrelardé. — Comme l'a si bien dit Nanquette, la lunure est un des défauts les plus fréquents et les plus graves

FAUTS ET Maladies des Bois.

Planche II.

Lï/eor, Éêii.

Irnx>. Monrocq-

du bois de chêne ; nous ajouterons que c'est peut-cHre celui auquel le commerce prête le moins d'attention. Sur la section transversale du bois, la lunure apparaît sous forme d'anneaux de couleur tantôt plus claire, tantôt plus sombre que celle de la masse d'entourage. La largeur de ces anneaux varie entre 1 et 5 centimètres ; elle est, en moyenne, de 2 à 3 centimètres.

La lunure est centrale ou excentrique. Centrale, elle ne monte pas très haut dans le fût ; excentrique, elle se propage dans toute la longueur de Tarbre propre au service.

Lorsqu'on examine un anneau luné, on reconnaît que la première couche de bois formée après la lunure a une largeur normale, mais que celles qui suivent sont considérablement réduites, presque indistinctes. Ce n'est qu au bout d un temps variable avec la vigueur de Tarbre (en moyenne 3 à 6 ans;, que l'accroissement reprend sa marche régulière [fig. 76, PI. II).

La lunure est due à l'action du froid des hivers rigoureux sur l'assise cambiale et sur les couches voisines d'aubier (179i-95, 1800-01, 1817-18, 1829-30, 1879-80). Tout se passe comme si la première couche avait été engourdie, et les secondes mortifiées. Or, la transformation de l'aubier en bois parfait étant un acte essentiellement vital, les tissus lunés ne peuvent se transformer en duramen ; ils constituent donc de véritables enclaves de bois mort au milieu^ du bois vif; de plus, ils renferment peu de tanin et une proportion notable d'amidon. Il est facile de voir d'après cela, que si la couche lunée reste incluse dans l'aubier, elle ne peut être distinguée du bois sain ; elle n'apparaît sur une section fraîche, qu'autant qu'elle dessine une enclave dans le bois parfait. Mais, là encore, elle est plus ou moins distincte suivant sa coloration, coloration qui décèle la marche de la décomposition des tissus nécrosés. Les dénominations de lunure blanche, lunure rousse,- lunure rouge et lunure noire n'indiquent que des stades de la mc^me maladie.

A l'état de lunure blanche, la teinte de l'anneau luné se

fond souvent insensiblement avec celle des couches voisines

du cœur, lorsque le bois a été exposé longtemps à l'air et au

soleil. Pour ramener le contraste entre le bois sain et le bois

Mathey. — Exploitalion des bois. I. *0

altéré, il suffît de rafraîchir la section, ou de la mouiller avec de Teau froide ou de Teau chaude 'Nanquette i. Cette dernière précaution est indispensable lorsqu'on veut éprouver des douelles suspectes de lunure. Au point de vue technique, le l)ois luné blanc est lâche, mou, très porté à s'imbiber d'eau, donc souvent spongieux. Débité en charpente, il se pourrit rapidement ; débité en planches et en parquets, il est très vite atteint par la vermoulure. Un grand nombre de panjuets de chêne employés dans le Lyonnais, ont été pi- ([ués ces années dernières par le Lyctus canaliculcUus ; presque tous portaient des traces non équivoques de lunure. Mais où la lunure produit le plus de dommage, c'est dans le débit en merrain. D'une part, en effet, la douelle attaquée est très exposée à se casser brusquement : d'autre part, elle communique au vin un goût de pourri qui le déprécie beaucoup. Ce vice n'est d'ailleurs pas spécial à nos bois indigènes ; un grand nombre de chênes exotiques, provenant d'Allemagne, de Russie et d'Amérique, en sont également affectés.

Au bout de 10 à 12 ans, la lunure blanche passe à la lunure rousse, et celle-ci à la lunure noire après 7 à 8 ans. Ce travail de décomposition se fait sous l'influence d'un excès d'humidité, causé par l'extravasion de l'eau séveusc.

A l'instar de ce qui se produit dans les gélivures accompagnées de nécrose, le bois devient le siège d'une fermentation énergique 'Amylobacter et exhale une odeur infecte, (jui ne s'observe jamais dans la maladie du cœur rouge.

La lunure est un défaut frappant surtout le chêne rouvre,, spécialement les bois gras dont la croissance est ralentie. On la rencontre très fréquemment chez les chênes épars au sein de vieux taillis en conversion, qui ont souffert de l'étreinte du sous-bois. Les pédoncules en sont généralement exempts, et nous ne l'avons jamais observée sur la variété tardive, ou chêne de juin. Elle est souvent accompagnée de roulure totale, produite sur le pourtour du dernier cerne luné. Enfin, il arrive spécialement chez les chênes \igoureux et à cœur excentrique, que la lunure n'affecte point un anneau complet, mais seulement une fraction de cet anneau. Tous les sciages portant traces de lunure doivent être

exclus du bon bois marchand et classés comme inférieurs ; les frises lunées sont des rebuts.

2° La brûlure. — C'est un défaut redoutable pour le propriétaire de bois, mais non pour le commerçant, attendu qu'il est toujours apparent et que, d'un seul coup d'œil, on peut en mesurer rétendue. 11 atteint spécialement le hêtre et le frêne, et provient tout simplement des feux allumés dans la coupe par les bûcherons. L'écorce et le bois nécrosés se décomposant rapidement, il se forme, à rintérieur de l'arbre, une vaste gouttière reproduite ci-contre {fiy. 77; en section transversale. Les bois ainsi creusés ne sont bons (ju'au chauffage.

Fig. 77.

Art, m. — CAUIES DU COEUR DES BOIS BLANCS.

Pour nous conformer au langage du commerce, nous continuerons à désigner, sous le nom de carie, Taltération du cœur des bois blancs, saule, tremble, etc., altération qui offre cependant une analogie étroite avec le cœur rouge du hêtre, et dont rétude va nous permettre de justifier ce que nous avons avancé au sujet des causes et du processus de la maladie. Chez les trembles âgés de 70 à 80 ans, dont Técorce est épaisse, rouge, crevassée, envahie par la mousse, on trouve fréquemment le cœur coloré du rouge jaune au brun noirâtre, sur une largeur qui atteint et dépasse le quart du diamètre de la bille. Cette altération se propage très rapidement de bas en haut, en suivant les libres ligneuses, jusqu'à iO-12 mètres et plus; par contre, elle gagne insensiblement, lentement dans le sens du rayon. En abattant Tarbre et extrayant la souche, on constate que le vice a son origine dans la mort dCune racine.

Sur une section transversale ifig. 77 bis, PI. Il;, le cœur est coloré en jaune rouge, et la partie altérée est enveloppée d'un liséré noirâtre, également caractéristique du cœur rouge du hêtre. Cette partie centrale est molle, spongieuse, comme granulée après le passage de la scie.

Au microscope, les membranes des cellules du parenchyme médullaire, des fibres et des vaisseaux du liséré noirâtre, apparaissent imprégnées d'une forte proportion de tanin oxydé. Les vaisseaux sont presque tous obstrués par des thylles très taonifères dont le vélum léger est tendu d'une paroi à une autre. Dans la partie rou^eâtre du cœur, le tanin est beaucoup moins abondant chez les éléments cellulaires ; il paraît avoir été lavé par les eaux qui imprègnent en tout temps le bois altéré, et entraîné vers Textérieur. Sous un très tort grossissement, on noie que les cellules ne sont plus intimement unies ; la matière intercellulaire a disparu, et de larges cavités sont creusées entre les membranes ; le bois se met en charpie. L'altération est surtout frappante dans les rayons médullaires situés près de la moelle ; les parois y sont transformées en une cellulose blanche, cotonneusOr s*enlevant en minces filaments sur une section transversale, et criblant alors le bois de petites vacuoles lenticulaires, allongées de bas en haut.

En résumé, à la suite de la mort naturelle ou de Thypertrophie d'une racine, Teau du sol monte par imbibilion à l'intérieur de Tarbre, gagne le cœur, et dissout le tanin renfermé dans les cellules. Ce tanin est oxydé et précipité à l'intérieur des membranes ; mais, dissout à nouveau, il émigré, sous l* influence de la pression osmotique, des parties mortes vers les parties vivantes du bois, laissant les membranes profondément altérées, comme dissociées.

La différence entre les effets de la maladie du cœur rouge et de la carie, ne tient en somme qu'à la structure particulière du bois ; mais les causes sont identiques. On comprend d'ailleurs fort bien, que l'altération soit plus grande et plus rapide chez les essences à fibres humides, comme le chêne et le tremble, que chez les essences à fibres sèches, comme le hôtre ; plus dommageable chez le tremble, le saule, etc., où l'injection t^nnifère est promptement dissoute, que chez le chêne et surtout le hêtre, où cette injection subsiste cotalement ou partiellement.

11 est d'ailleurs facile de distinguer, chez le tremble, Tin-

filtration lente venant du cœur, par Faction du sol, de Tinfil- Iration produite par une plaie abreuvante. La figure 78, PI. II montre, en effet, les désordres occasionnés par une gouttière chez un arbre de cette essence. La rondelle, dont on a repro-^ (luit rimage, est prise à une hauteur de 6"^, 60 du sol ; jusqu'à 4 mètres, le sujet était sain. Dans cette forme de carie, le cœur s'injecte le dernier ; le pourtour est taché de façon 1res capricieuse, fortement du côté de la gouttière, légèrement du côté opposé ; la coloration est louche, baveuse ; le liseré noirâtre, limitant le bois altéré, commence seulement à se former çà et là. Nous avons bien là une répétition de ce qui se passe chez le hêtre ; mais ici, la tache est beaucoup plus étendue, parce que le bois du tremble est infiniment plus perméable que celui du hêtre.

Ainsi se trouvent expliquées par des faits, les différentes formations de bois rouge. Au point de vue technique, la carie du tremble diminue sensiblement la valeur de cette essence. Les taches brun rouge, s'oxydant à Tair, passent au brun et au brun noir. Les papetiers refusent le tremble noir pour les pâles mécaniques ; ils ne le prennent que pour les pâtes chimiques, en lui faisant subir une réduction de 5 à (3 francs par 1.000 kilos. Comme ce bois est d'ailleurs très léger quand il est mi-sec, il est préférable de l'empiler à part, et de le fendre pour la boulangerie. Il passe alors avec l'autre bois (bouleau, tilleul et aune), sans subir de dépréciation.

Nota. — On peut encore rattacher à ces caries, le cœur rouge des arbres résineux, du sapin en particulier, causé par l'asphyxie et la pourriture des racines. Les sapins, ({ui se portent bien sur le grès vosgien, pourrissent par le pied sur Je grès bigarré, argileux, à Wasselonne (Alsace), dès i'âge moyen (M. Broilliard, m Htteris). Quelle est la proportion des arbres atteints, quel encore le déchet qui en résulte, lors du débit ? Autant de questions restant à élucider.

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