POURRITURES
Les ponrritures sont occasionnées par des champignons lignicoles. Parmi ces derniers, les uns ne s'attaquent qu'au bois mort : ce sont les saprophytes ; les autres, au contraire, ne se développent que dans le bois vert et sain : ce sont les parasites. Les premiers sont utiles aux forestiers, car ils contribuent puissamment à hîUer Télagage naturel ; les seconds leur sont toujours nuisibles, parce qu'ils causent de graves défauts dans le bois.
Dans tout champignon, il y a lieu de distinguer l'organe végétatif ou mycélium, endophytc et invisible, qui est l'agent de la décomposition des tissus ligneux, de l'organe reproducteur, généralement exophyte, et apparaissant sur le fut des arbres sous forme de chapeaux ou de consoles [Polypores, Trametes\ de champignons proprement ôi\X^ 'Armillu' ria, etc.), de croûtes grisâtres (Stereum frustulasvm , de corpuscules noirs ou rouges, à peine gros comme une tête d'épingle (Nectria), etc.
Le mycélium est vivace et sa lente végétation contraste avec Texistcncc éphémère du champignon qui en provient et qui, trop souvent, est le seul et tardif indice de la décomposition intérieure. C'est d'ordinaire par les spores, petites sphères microscopiques naissant en quantité innombrable à Textérieur ou à l'intérieur des organes de fructification, que se propagent les pourritures ; mais, pour que ces spores,
dispersées par le vent ou entraînées par les insectes, puissent germer et infecter le bois, il faut encore que l'arbre présente une blessure (plaie d'élagage, gouttière, frotture, piqûre d'insecte,..) qui ait mis à nu les tissus ligneux et ouvert une porte d'entrée au parasite. 11 faut, en outre, que Tarbre constitue un milieu de culture propice pour le champignon considéré. Toutes les forêts sont loin d'être également atteintes par les pourritures ; là encore, le sol joue un rôle considérable, primordial, dans la genèse et dans le développement de ces maladies.
Parfois, mais plus rarement, la propagation du germe de la pourriture ne se fait point par la spore à travers Tair, mais bien par le mycélium et dans le sol, par contact de racine à racine. Le mal gagne alors circulairement et de proche en proche {Rhizina undulala, Armillaria meltea, Polyporus annosus^ etc.), donnant naissance aux maladies du rond.
On distingue pratiquement les différentes pourritures, par l'aspect que prend le bois consécutivement à l'attaque des champignons ; les plus communes sont les pourritures blanches, rouges et noires; il s'en trouve également de vertes et de bleues.
Art. I«. ~ POURRITURES BLANCHES.
1** Chêne. — Nous rattachons les principales pourritures blanches du chêne, observées par nous dans l'Est de la France, à quatre espèces de champignons, qui sont : le Polyporus Ùryadeus, lePolyporus marginatus, le Polyporus igniarius et le Polyporus hispidus,
a) Le Polyporus Dryadeus, Fr. {fig. 78 bis, PI. Il) occasionne la pourriture blanche du piedy dite aussi pourriture de racine, excessivement fréquente dans certaines forêts de plaine à sous-sol imperméable, appartenant aux étages les plus variés : grès bigarrés argileux (Ban d'Escles, série de l'Etang Marchand) (1), conglomérats aquitaniens (Arceau, Magny, Belleneuve), cailloutis calcaires du pliocène (Izeure, Crimô-
(1) H. Broiluard, in litterU,
lois), chailles siliceuses oxfordiennes (Cuiseaux), argile à minerai de fer du pliocène (Citeaux pro parte), etc. C'est une des pourritures les plus répandues, s'attaquant aux sujets de toute grosseur et de tout âge, depuis le jeune moderne jusqu'à Tancien de 3 mètres de tour et plus. Elle s'insinue dans l'arbre par les plaies de l'écorce, les blanchis du martelage, les frottures des roues sur les racines, la coupe des rejets adhérents par le pied aux arbres réservés. Elle est généralement invisible sur l'arbre debout, car le mycélium donne naissance à des appareils fugaces de fructitication, qui ont disparu au moment de F estimation des coupes. Ces appareils de fructification sont toujours situés à une faible distance du sol.
Ce sont des chapeaux épais, sessiles, en forme de coussinets, larges de iO à 20 centimètres, recouverts d'une croûte mince, molle, produisant des gouttelettes olivâtres dans la jeunesse. La surface supérieure est mamelonnée, verruqueuse, d'un jaune rouille passant au brun noirâtre sur les aspérités, plutôt molle, humide et recouverte de feuilles mortes et de débris de toute nature enfoncés dans la masse ; la surface inférieure porte sur ses bords festonnés un large liseré d'un brun noirâtre, le surplus est d'un blanc jaunâtre. La chair est épaisse, d'un rouge brique. Ces chapeaux naissent en septembre, fructifient en octobre, et tombent en décomposition vers la fin de janvier, en répandant une forte odeur de tan.
Le bois envahi par les hyphes du Polyporus Dryadeus prend d'abord une coloration brunâtre, puis il se décompose rapidement en une substance molle, spongieuse, d'un jaune rougeâtre, présentant à son intérieur des cordons longitudinaux d'un blanc neigeux, semblables à de l'amiante, formés par des éléments cellulaires dissociés et transformés en cellulose {fig. 79, PI. III). A la longue, la substance ligneuse, feutrée, tombe en poussière noirâtre, et le fût devient caverneux.
Cette pourriture est surtout rayonnante et centrale. Localisée d'abord dans les parties externes de l'aubier, elle gagne rapidement le cœur, et se propage suivant le fil du bois : lentement en haut et dans le fût ; plus rapidement en bas et dans les racines, ce qui expose les arbres à être renversés par le vent.
3EFAUTS ET MALADIES DES BOiS
Planche III.
1fid Manroca.
Au point de vue technique et commercial, la pourriture blanche du pied est un vice de faible importance, spécialement lorsqu'il s'agit de longs chênes. Ce n'est qu'exceptionnellement et chez les très gros arbres entièrement caverneux, qu'il faut ébou ter jusqu'à 2 mètres pour arriver au bois sain. Habituellement, la partie inutilisable a de O^'fGO à 1",50 de hauteur. Dans la pratique et dans les sols les plus exposés aux ravages de ce parasite, on se prémunira suffisamment contre les pertes, en faisant subir une réduction de longueur de 1 mètre, à toutes les catégories de grosseurs.
b) Le Polyporus marginalus, Pers. est plus rare, mais beaucoup plus dommageable que le précédent. Les organes de fructification sont formés par des chapeaux pérennes, habituellement en forme de console {fig. 80, PL III), naissant en automne et disparaissant dans le cours de l'hiver sous l'attaque de larves variées. La surface supérieure, zonée, mamelonnée, un peu verruqueuse et laissant exsuder dans sa jeunesse de petites gouttelettes d'eau, est recouverte d'une croûte ocracée, ferrugineuse, qui disparaît çà et là, laissant voir une pellicule d'aspect résmoïde, tout à fait caractéristique. La surface inférieure porte sur son bord ondulé un liseré marginal d'abord jaune, puis brun rouge; le surplus varie du gris chamois au brun rouge. La chair est épaisse, absolument semblable à du liège.
Les spores germent dans les plaies profondes de l'aubier ; le mycélium se propage ensuite rapidement vers le cœur, produisant une pourriture blanche rayonnante et centrale. Le bois attaqué est transformé en une masse spongieuse, gorgée d'eau, d'un blanc d'amiante jaunissant à l'air, et dégageant à l'état frais une forte odeur de champignon.
La propagation des hyphes se fait aussi vite de bas en haut, que de haut en bas. Et même, la pourriture a plutôt tendance à monter, contrairement à ce qui se produit chez le Polyporus Dryadeus. En 40 ans, le mal progresse de I mètre à 4", 25 en bas, de 1",50 à 2 mètres en haut, réduisant ainsi de 3 mètres la longueur de fût utilisable.
Nota. — Le Polyporus applanalus. Fers., très voisin du précédent, donne une pourriture blanche, analogue à celle décrite cidessus.
c) Le Polyporus igniarius, ou faux amadouvier, est répandu dans toutes les forêts françaises, spécialement dans les vieilles futaies de chêne rouvre, et dans les taillis sous futaie de plaine. C*est lui qui donne le pourri blanc des nœuds et des parties supérieures du fut. On le rencontre plus rarement dans les parties basses ou moyennes des tronces.
L'infection se produit par les plaies de la tige (élagages, bris de branches, frottures). Ce parasite attaque les chênes de 50 ans et plus. Il trahit sa présence sur les vieux arbres par ses chapeaux vivaces. Les trous de pics sont souvent symptomatiques de cette pourriture.
Les organes de fructification sont des chapeaux ligneux très durs, en forme de tubercules globuleux ou de sabots de cheval, de 6-20 centimètres de diamètre. La face supérieure, d'abord lisse et d'un brun velouté, finit par devenir grisâtre, puis noirâtre, et par se marquer de zones assez nettes ; elle est revêtue d'une cuticule très résistante, finissant par être fortement fendillée et crevassée. La face inférieure varie du brun jaunâtre au brun cannelle {/ig. 81, PI. III).
Le premier degré d'infection du bois se manifeste parTapparition de taches en forme de flammes d*un brun rougeâtre, flammes qui s'avancent en rayonnant du point d'attaque et en dessinant un coin irrégulier de 5-12 centimètres d'épaisseur. Les tissus primitivement atteints perdent progressivement leur matière intercellulaire et se réduisent en une masse légère, d'un blanc jaunâtre caractéristique, au milieu de laquelle les rayons médullaires plus résistants forment de véritables épaulements. Cette pourriture se distingue facilement de la précédente par l'absence, dans le bois, de cavités tissées de fils amiantiformes, et parla présence, dans la zone de passage des tissus sains aux tissus mortifiés, de veines d'un jaune brunâtre {fig. 83, PI. III). Elle est d'ailleurs moins rayonnante qu'embrassante et que filante, et, par là, se montre plus dangereuse au point de vue technique.
Sur une section transversale, faite au niveau d'un réceptacle {fig. 82, PI. III), c'est-à-dire dans la partie où le mal est le plus développé et le plus profond, cette pourriture blanche apparaît sous forme d'un éventail ou d'un croissant finissant carrément dans l'aubier sur les deux côtés opposés, et occu-
pant une largeur variant d'un peu moins de moitié au tiers de la circonférence. La flamme brune qui cerne le pourri blanc, très réduite sur les bords, s'avance en coin vers le cœur (|u'elle n'atteint presque jamais, au moins dans des conditions habituelles d'exploitation. Sur des sections de 0",50 de diamètre, la partie altérée pourri et flamme^ ne dépasse pas 20 centimètres de profondeur. On voit donc, qu'au niveau même du champignon, une bonne partie du bois reste saine et peut être convertie en lattes, frises et merrain.
Sur une section longitudinale, la pourriture finit en coin dans les couches externes de l'aubier pour lequel le champignon a une prédilection marquée. Chez les arbres les plus anciennement contaminés que nous ayons observés, la hauteur du bois pourri, comptée à partir du chapeau, a sans cesse oscillé autour de l^mètre à lin,20en dessous et de 0",80 à 1 mètre en dessus. Par suite, en diminuant la hauteur du fût, à partir du dernier champignon observé, de 4 mètre, en haut et en bas, on aura la longueur du bois propre au service.
On remarquera que le mycélium se développant d'abord avec rapidité dans Taubier, il provoque la mort de ce dernier sur un contour assez grand. En ces points, Tarbre cesse de croître, devient méplat ; il se forme une large gouttière bordée à droite et à gauche par deux bourrelets de recouvrement [fig, 81, PI. Iir . Cette gouttière n'existe que chez les sujets très anciennement attaqués ; sa présence suffit pour préciser la réduction à faire subir à l'arbre debout.
Lorsque la pourriture remonte dans le fut et rencontre une branche, elle se développe vigoureusement dans l'aubier, charme la branche et la fait périr ; mais le cœur reste sain pendant très longtemps. C'est le contraire qui se produit a\ ec le Polyporus hispidus.
En résumé, la pourriture blanche, ou mieux jaune, provoquée par le Polyporus igniarius, n'est pas aussi grave qu'on l'admet généralement ; il est môme facile de se rendre compte du dommage qu'elle entraîne, car elle est toujours décelée par les organes volumineux et persistants de fructification. Quant à sa vitesse de propagation, nous l'avons trouvée de 2
à A millimètres par an dans le sens du rayon, de 4 à 5 centimètres par an dans le sens des fibres ; c'est donc bien, comme nous l'avons fait déjà remarquer, une pourriture filante.
d) Polyporus hispidus, — Beaucoup moins répandu que les précédents, ce polypore donne une pourriture blanche qui se développe surtout dans les branches et dans les nœuds avec tendance à s'enkyster. Ce que le commerce désigne sous les noms d'œil de perdrix, de huppe, n'est pas autre chose que le résultat des attaques de ce parasite. Neuf fois sur dix, les trous de pics observés sur les branches de chêne sont en relation avec cette pourriture.
Les spores du Polyporus hispidus ne se développent que sur le bois de cœur, peut-être môme exclusivement dans la moelle. La propagation de ce champignon se fait donc par des plaies profondes : élagage et bris de branches par exemple. Les réceptacles, rares en forêt, se trouvent fréquemment dans les jardins et les vergers, sur les poiriers, pommiers, noyers et mûriers. Ils sont constitués par des chapeaux épais, en forme de coussinets, larges de 10-20 centimètres, mous, spongieux à l'état jeune, devenant à la fin coriaces, subéreux et noirs. Leur face supérieure est couverte de poils courts et roux {fig. U, PI. 111).
La chair, d'abord bistrée fauve, devient ensuite d'un brun noirâtre.
Les hyphes commencent par colorer le bois en brun rouge. L'altération s'étend, mais avec une grande lenteur, radialement d'abord, longitudinalement ensuite. Les parties primitivement attaquées se transforment, au bout d'une douzaine d'années, en une masse tendre, friable, d'un blanc rosé à l'état frais, d'un blanc de céruse à l'état sec, toujours séparée des tissus sains par un étui de bois très fortement coloré en rouge brun. A la longue, le cœur se détruit entièrement, et l'arbre ou la branche deviennent creux. Les pics, les huppes, les torcols affectionnent particulièrement ces cavités pour faire leurs nids.
La vitesse de propagation dans le sens radial est d'environ 1 millimètre par an. II est rare que le fût ou la branche soient cariés sur plus du 1/3 de leur diamètre. Cette vitesse est un peu plus grande dans le sens des fibres où elle marche
à raison de 5-6 millimètres en haut et de 6-10 millimètres on bas et paran. En un demi-siècle, ce pourri blanc peut atteindre, dans une branche de chêne, environ 80 centimètres de longueur totale, savoir 0'",30 au-dessus du point d attaque et O'°,50 au-dessous. Dans le fût, il reste très longtemps pelotonné en boule à Tintérieur des tissus ronceux des nœuds. Il en résulte au point de vue pratique, que les trous de pics, fréquemment observés sur les branches de chênes \dgoureux, ne nuisent ni à la longévité de ces arbres, ni à l'utilisation rationnelle de leur bois ; ce sont des accidents en somme négligeables.
2" Préne. — Noyer. — Erable, — Mûrier. — Marronnier. — La pourriture blanche de toutes ces essences est généralement due au Poly portes squamosus, Huds. Les arbres attaqués sont plus ou moins caverneux ; ils portent à la base du fût des champignons groupés ou imbriqués, de 20 à 40 centimètres de largeur, aisément reconnaissables à leur surface claire, recouverte d'écaillés fibrilleuses foncées ; la chair de ces champignons est blanche, tendre d'abord, coriace ensuite, exhalant une douce odeur de miel.
C'est une pourriture rayonnante que nous avons surtout rencontrée chez le frêne et le noyer ; elle s'attaque de préférence aux arbres âgés et s'étend sur une hauteur de fût de 0",90 à 1",50. Chez le marronnier, elle file beaucoup plus, entraînant souvent la perte de Tarbre tout entier.
3^ Hêtre. — La pourriture blanche du hêtre est causée par le véritable amadouvier Polyporiis fomentarius, L. Ce champignon, fort heureusement rare dans nos forêts françaises, se reconnaît {fig. 85, PI. IV) à ses chapeaux dimidiés, sillonnés-zonés, d'un gris pâle. La chair est molle, subéreuse, fauve rouillé ; la surface hyméniale porte des pores petits, blanchâtres, puis fauves.
Les spores disséminées par le vent et tombant sur une plaie profonde, germent et produisent un mycélium qui gagne immédiatement le cœur de l'arbre. Le bois altéré prend d'abord une coloration d'un brun foncé, puis il pâlit, blanchit, se sillonne de fentes cadranées entre lesquelles s'étendtat les hyphes feutrées du mycélium. A cet état, le bois a l'aspect et la consistance de l'amadou.
Cette pourriture centrale file avec une très grande rapidité, aussi, lorsqu'elle devient apparente extérieurement par réclosion des organes de fructification, Tarbre est presque totalement perdu ; on ne peut Testimer que comme bois de feu.
4° Bouleau, — La pourriture rousse du bouleau doit être attribuée au Polyporus betuUnus, B., champignon fréquent surtout dans les terrains crétacés, où le bouleau n'a qu*une médiocre vigueur certaines parties de la forêt d'Othe, etc.;. Les organes de fructification ' fig, 86, PI. IV) apparaissent en août, et atteignent leur complet développement en novembre. Ce sont des chapeaux dimidiés, dont la surface suptTieuro présente la même coloration que l'écorce du bouleau et s'exfolie comme elle, laissant voir au-dessous, la chair d'un blanc neigeux, et dont la surface hyméniale varie du blanc au jaune verdàtre. Près de son point d'attache sur larbre, le réceptacle drésente toujours un crochet très caractéristiques. Les spores sont petites, hyalines ; elles germent sur les plaies superficielles du fut, donnant naissance à une pourriture embrassante et filante, qui détermine très rapidement la chute de la cime et occasionne de nombreux chandeliers dans les peuplements infectés.
Les arbres attaqués par le Polyporus betulinus sont en général peu vigoureux, souvent même dépérissants. Si le fut porte des champignons, il est prudent de n'estimer comme service, qu'une petite bille de pied, même de tout porter au feu ; si c'est un volis, examiner la cassure pour voir si elle porte des traces de cadranure ou de pourri roux. En cas d'affirmative, classer tout au feu pour plus de sûreté,
5® Sapin el épicéa. — La pourriture blanche causée par le Polyporus fulvus, Scop. est très fréquente sur le sapin, dans le Jura, les Vosges et les Alpes ; elle l'est moins sur répicéa. C'est un champignon bien connu de tous les marchands de bois, qui se montre indistinctement sur toutes les parties du fut ; il se propage par des plaies, plus particulièrement par les plaies chancreuses de la dorge ou du chaudron.
Les réceptacles fructifères, larges de 10 à 20 centimètres, apparaissent d'abord sous forme de mamelons d'un brun
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marron, puis ils se développent en forme de sabots de che- \al ifig. tt7, PI. IV;. La surface supérieure est d'un brun noinUre.zonée-sillonnée; la surface hyménophore est d'un brun jaunâtre. La chair est zonée, fibreuse, d'un rouille foncé.
Ces organes fructifères persistent pendant de longues années, tantôt isolés, tantôt géminés et disposés les uns audessus des autres ; ils peuvent donc ainsi semer aux \ents, durant plusieurs années consécutives, leurs spores cannelle, qui vont propager au loin Tinfection.
Les premières traces de Taltération du bois consistent dans l'apparition de flammes d'un brun jaunâtre, d'abord éparses, puis confluentes, mais gardant toujours leur dureté.
Petit à petit, sous le travail des In phes, dont le lumen des trachéides est gorgé, les tissus ligneux, corrodés, perdent leur consistance, deviennent d'un jaune sale fig, 88, PI. IV) et finalement d'un crème jaunâtre. A ce dernier état, les ongles s'enfoncent facilement dans la chair molle du bois.
Si Ton examine une section transversale, on voit qu'à la limite entre les tissus sains et les tissus pourris, existe une petite zone de bois colorée en brun rose. Cette coloration provient du liquide osmose, fourni par une tranche de bois très vivement teintée en noir et dont les contours festonnés, capricieux et irréguliers épousent généralement les sinuosités de la pourriture jaune crème.
Si, maintenant, on fend la rondelle d'un coup sec de marteau, le bois sain et le bois altéré depuis peu éclatent suivant une section nette ; mais un anneau se détache dans le bois pourri, laissant apercevoir la surface de contact entre deux couches annuelles. Cette surface se montre parsemée d'hiéroglyphes, de lignes d'un noir blemltre (fig. 89, PI. IV , tout à fait caractéristiques ; le bûcheron le moins expérimenté peut ainsi reconnaître cette pourriture à première vue. Ces hiéroglyphes sont en relation avec le liséré noirâtre qui festonne capricieusement la section transversale, et dont la forme e\pli(jue le contour irrégulier sur cette dernière section.
La pourriture en question est essentiellement embrassante, c'est-à-dire qu'elle se développe vigoureusement en croissant face au point d'infection, gagnant et dépassant largement le cœur; puis elle se propage en coin, montant rapidement dans
les tissus de la périphérie, mous et gorgés de sève. Sur une coupe longitudinale, elle affecte donc la forme présentée par la figure î)0. Comme le bois pourri est sans consistance, il arrive
nécessairement un moment où l'arbre se brise suivant ab sous le poids de sa cime. Un grand nombre de chandelles de nos sapinières sont causées par cette pourriture.
Lorsque le champignon apparaît sur le fût, le mal est déjà ancien et profond, et la bille de bois altéré a une longueur de 2 à 4 mètres, moitié au-dessus, moitié au-dessous du réceptacle. Comme le mycélium tue les tissus de Tarbre qu'il ronge, la tige devient méplate sur une plus ou moins grande hauteur ; elle se creuse légèrement au ni- \eau du point d'infection, et ce caractère suffit souvent à lui seul pour diagnostiquer sûrement le mal en l'absence de champignon ou de chancre. Dans les estimations, on devra diminuer de 1/10 le volume de tous les arbres champignonnés, dorgeux ou présentant un méplat fortement accusé sur une partie de la tige.
Pour se prémunir contre les attaques de ce parasite, il faut enlever comme chablis les arbres champignonnés, éliminer, au moment des éclaircies, tous les sapins chancreux.
Fig. 90.
Art. II. — POURRITURES ROUGES.
1° Chêne. — Nous nous bornerons à signaler les deux pourritures rouges du chêne les plus communes et les plus dangereuses, dues Vune an Stereum frustulosum, Fr., lautre au Polyporus sulphureus, Fr.
a Stereum frustulosum, — C'est ce champignon i\\\\ donne naissance à la grisclte du chêne, si redoutée des marchands de bois. Elle se montre sur tous les sols, à Texception cependant des terrains d'allu^ions quaternaires, et
ET Maladies des Bois
PlandielV
iaveur, Edit.
Imp.Monro
frappe indistinctement les rouvres et les pédoncules. C'est une pourriture protée, essentiellement filante, qu'il n'est pas toujours facile de reconnaître sur les arbres debout. Pratiquement, on peut distinguer la grisette du pied et la grisette du fui. La première est de beaucoup la moins dommageable, mais elle est pour ainsi dire impossible à deviner lors des estimations. Cependant, on peut s'attendre à la trouver très fréquente dans les coupes de futaie, où les arbres portent l'empreinte répétée des marteaux. La marque en réserve dans les futaies, dans les perchis sur souches en conversion, est essentiellement dommageable et entraîne une perte de bois dont on se fait difficilement un compte exact. .La grisette du fût se propage par des plaies abreuvantes gouttières, branches éclatées ou brisées esquilleuses). On la reconnaît : soit à l'aspect de la plaie, c'est ce qui arrive lorsque celle-ci présente une couleur rouillée et laisse suinter un liquide noirâtre ; soit à l'aspect d'un chicot de bois mort, c'est ce qui se produit lorsque la surface est recouverte d'une croûte grisâtre, lépreuse, comme craquelée ; soit plus souvent, à la présence d'un gi-oupe de trous de pics, dont run au moins pleure, en laissant sur le tronc une bavure noirâtre. Ce dernier indice est tout à fait caractéristique de la grisette du fût. Quelquefois, cependant, on ne s'aperçoit du vice qu'en ouvrant la pièce ou en sondant les nœuds.
Les appareils de fructification ne sont pas apparents comme chez les Polypores, et ils échappent presque toujours à une observation superficielle. Ils se montrent sur les chicots de branches mortes, sous forme de croûtes compactes, otalées, larges de 1/2 à 8 millimètres et ressemblant à des lichens crustacés (fig, 91).
Rien n'est variable comme l'altération produite par ce champignon, d'où les noms de grisette noire, grisette jaune, grisette blanche, grisette à chair de poule, flammes de grisette, qu'on lui donne suivant Taspect présenté par le bois en voie de décomposition.
La première attaque se manifeste par un léger brunissement du bois qui apparaît, comme taché d'huile, sur une section transversale {fig. 92, PI. IV). Ces taches se forment ça et là donnant naissance aux flammes de grisette, ainsi nommées Matbet. — Exploitation des bois, L • 11
parce qu'elles filent comme le feu. Ensuite, apparaissent dans les veines grasses et plus ou moins jaunies et brunies, des ponctuations blanches caractéristiques î grisette à chair
Fig. 91.
de poule), qui promptement deviennent autant de cavités tapissées d'un revêtement blanc. Ces ponctuations, d'abord isolées, puis confluentes, se répartissent par plages ou par anneaux concentriques ; la couleur passe successivement du blanc au jaune orange, puis au noir {fig, 93, PI. V).
A partir de ce moment, la décomposition marche à pas de géant. Les hyphes corrodent les cloisons cellulaires, la masse des tissus ligneux se transforme en une sorte de charpie blanche, épaulée par les larges rayons médullaires superficiellement altérés seulement, puis elle passe au brun chocolat, et tombe finalement en poussière charbonneuse, laissant Tarbre creusé de cavités irrégulières et noirâtres (/î^r. 94,PLV>.
DÉFAUTS ET Maladies des Bois.
Flanelle V.