L. Laveur, Edit
Imp.Mon
MALADIES PAILISITAIRES 163
La grisette communique ordinairement au bois altéré une odeur fétide. D'abord localisée dans les nœuds, elle gagne rapidement le cœur de Tarbre, et file en descendant. Par contre, elle ne remonte pas. En tronçonnant à 20 ou 30 centimètres au-dessus du nœud, on trouve généralement le bois sain ; en revanche, la partie inférieure est longuement allé' rée.
La vitesse de propagation dans le sens vertical varie de 6 à 10 centimètres par an. Dans une révolution de 30 ans, on peut donc perdre 1™,80 à 3 mètres, soit en moyenne 2", 40 de bille.
On juge de la gravité du mal à l'aspect du nœud. Si Tintérieur est filamenteux, d!un brun chocolat, on éboutera à 3 mètres au-dessous ; s'il est ponctué de blanc ou de jaune orangé, on éboutera à 2 mètres; s'il est simplement flambé de taches huileuses, on peut espérer trouver le bois sain à I mètre.
Il est facile de voir à la façon dont se propage le mal, pourquoi les grisettes du pied sont moins dangereuses que iesgrisettes du fut. Comme le mycélium ne remonte pas, le travail de décomposition se trouve localisé sur une hauteur de 1 mètre à 1", 50 ; il se produit alors une caverne au pied de l'arbre, caverne où l'on peut souvent passer la main. On dit alors que la grisette est sèche ou morte (fig. 94, PI. V). Dans ce cas, Tarbre est mûr pour le marteau, mais la perte n'est pas considérable, le mal étant localise'.
Le bois griseté n'est propre qu'au feu. Débité en merrain, il ne garde pas le vin. Converti en planches et en charpentes, il s altère rapidement, même employé avec précaution et dans des conditions d'abri favorables à sa conservation. C'est une non- valeur pour le conmierce.
Le Stereum frustulasum est le plus redoutable parasite du chêne. Chaque année, il occasionne, dans nos forêts françaises, des pertes qui doivent atteindre près d*un million de francs.
b) Polyporus sulphureus. — Par sa fréquence dans nos forêts feuillues et les dégâts qu'il y occasionne, le Polyporus sulphureus ne le cède guère au Stereum frustulosum. C'est lui qui donne naissance à la pourriture rouge ordinaire du
chêne, parfois qualifiée de rouge tendre, par opposition au rouge dur déjà décrit, et que les auteurs anciens (Anonyme, Instruction sur les Bois de marine ; Garraud, Etudes sur les Bois de construction) désignaient sous le nom de pourriture sèche, tabac d^ Espagne, etc. Contrairement à ce qu'ont avancé les mycologues modernes, c'est accidentellement que ce parasite s'attaque a la partie supérieure du fut et s'introduit par une lésion de branches. Presque toujours, l'infection se produit dans le bas de la tige et consécutivement à une blessure profonde qui a mis le bois de cœur à nu, attaque du Nectria ditissima par exemple. C'est ordinairement dans la rosace de ce chancre, que se déposent et que germent les spores et les conidies du parasite. Les bois gras sont plus fréquemment envahis par cette pourriture, que les bois maigres, nerveux.
Les organes annuels de fructification se montrent de mai à novembre. Ils sont normalement constitués {fig. 95, PI. V) par des masses épaisses, charnues, sessiles, d'un jaune soufre en dessous, d'un jaune doré en dessus. La chair est blanche, caséeuse ; elle dégage une odeur légèrement sulfureuse.
Tantôt ces chapeaux sont exophytes, tantôt et plus souvent ils sont inclus dans une petite caverne située au pied de l'arbre. Dans ce cas, il faut, pour les cueillir, engager la main dans la cavité. Les échantillons ainsi obtenus diffèrent sensiblement de la forme normale : ils sont plus ou moins aplatis, en raquette, et les tubes hyménophores sont en petit nombre, parfois même absents.
La première altération du bois se manifeste par une coloration d'un rouge brun clair, un peu analogue à celle des flammes de grisette, mais s'en distinguant néanmoins assez facilement par Tabsence de tout aspect gras et huileux. Les hyphes du champignon se propageant rapidement dans l'intérieur des tissus, les épuisent et les dessèchent. Il se produit, principalement dans le sens rayonnant, de larges fentes, que le mycélium remplit, soit de croûtes blanches, en forme de peau de gant, soit de filaments très fins et cotonneux. Ces larges cordons blancs [fig, 96, PI. V) suffisent pour distinguer à première vue la pourriture rouge du cœur rouge. A son dernier degré de décomposition, le bois très friable, s'écrase entre les doigts, et donne une poussière couleur cannelle, qui
I ressemble à du tabac d'Espagne. Doii le nom. sous lequel
I cette pourriture a été longtemps désignée dans le commerce.
I Généralement, les arbres atteints de cette pourriture pré-
I sentent au point d'infection, une légère excavation remplie de
cette poudre si caractéristique qui permet au praticien de reconnaître en tout temps cette maladie.
La pourriture du Polyporus sulphureus est essentiellement rayonnante. Les spores et les conidies ne germent que sur le bois parfait, et le mycélium ne se développe que dans le bois de cœur. En ce qui concerne la progression en hauteur, elle est moins rapide que celle de la grisette ; elle varie ordinairement entre 3 et 5 centimètres par an. Dans les conditions les plus habituelles, lorsque le vice se manifeste au pied de l'arbre par la présence d'une poudre cannelle, on peut affranchir la pièce en éboutant à une distance de la culée comprise entre 2 et 3 mètres. Il ne faut pas marchander sur la longueur de cette découpe, car il suffit d'une petite parcelle de bois rouge restant dans la partie saine pour l'altérer ultérieurement. Le bois pourri est, d'ailleurs, impropre à tout usage. Cette pourriture rouge est très répandue dans les taillis sous futaie et les perchis en conversion. Elle se propage non seulement d'arbre chancreux à arbre chancreux, mais encore de section fraîche à section fraîche. Lorsque deux arbres sont soudés, il faut ou bien les garder tous deux, ou bien les abattre ensemble, si l'on ne veut que le rouge envahisse le sujet réservé.
Les organes de fructification étant relativement très rares et souvent privés de tubes hyménophores, on peut se demander comment la propagation du P^olyporus sulphureus peut s'effectuer aussi rapidement. Or, en examinant au microscope la poussière provenant du bois décomposé, on y observe de nombreux corpuscules elliptiques, isolés ou plus communément réunis comme deux grains de chapelet, plus réfringents et plus brillants que la masse d'entourage. Ce sont des conidies naissant par grappes sur les gros filaments mycéliens, et qui, transportées par le vent, la pluie et les insectes, ensemencent au loin le champignon. Leur rôle pressenti par Hartig a été mis en évidence par de Seynes.
Le Polyporus sulphureus engendre aussi la pourriture rouge du noyer, du peuplier, de l'aune, de l'acacia et des saules.
2° Sapin. — Les deux pourritures rouges du sapin, les plus fréquemment observées par nous dans les forêts françaises, sont dues : Tune au Polyporus vaporarius, Fries, Fautre au Trametes radiciperda, R. Hartig.
a) Polyporus vaporarius. — Ce parasite engendre une pourriture du pied (fig. 97), excessivement fréquente dans les forets du Jura et du Doubs,où elle est connue sous les noms de pain d^èpice.
pourriture /iéye, etc. Cette maladie s'observe principalement chez les très gros arbres, et offre une frappante analogie de faciès et de développement, avec la pourriture rouge du chêne.
Les premières traces de l'altération du bois consistent en des flammes d'un jaune brun apparaissant d'abord isolément sur la se4'tion horizontale, puis formant ensuite comme une auréole à la pourriture proprement dite. Celleci se présente sous une teinte générale d'un jaune brun clair, rappelant bien sur une section transversale, l'aspect et la couleur d'une tranche de pain d'épice fraîchement coupée. Cette couleur se fonce et brunit sensiblement dans les régions les plus anciennement infectées, au voisinage de lames blanches, caractéristiques, s'étendant à la fois dans le sens radial et dans le sens circonférenciel {fig. 98, PL >'), lames qui ne sont autre chose que des amas feutrés de mycélium tapissant toutes les fentes du bois. En ouvrant ces fentes, on voit ces lames volumineuses, veloutées, ayant jusqu'à 5 millimètres d'épaisseur et ressemblant à des paquets de coton hydrophile.
L'altération se poursuivant à l'intérieur de l'arbre, le bois cpii a conservé sa structure primitive avec ses couches d'automne et de printemps nettement tranchées, prend une colo-
Fig. 97.
MALADJES PARASITAIRES 467
ration d'un brun rouge très foncé {fig, 99' PI. VI) ; il est alors léger comme du liège, tendre et facile à découper en tranches minces à Tétat frais, plus dur, friable et d'aspect satiné à rétal sec. Cette friabilité apparaît déjà dans le bois gris. Les fragments se pulvérisent aisément entre les doigts, donnant une poussière d'un jaune gris, qui rappelle celle du tabac d'Espagne. En examinant cette poussière au microscope, nous avons constaté qu'elle renferme de nombreux corpuscules ellipsoïdaux, qui ne sont autre chose que des conidies, c'està-dire des organes de reproduction et de dissémination du champignon. Ce fait, signalé pour la première fois, est très important, car il permet d'expliquer par quel mécanisme s'effectue la transmission du mal d'arbre en arbre. Il suffit, en effet, que cette poussière soit transportée par le vent, les insectes abondant dans le bois brun, les souris, les écureuils, sur une plaie du fût ou des racines, pour que ces conidies germent et infectent la plante. Indépendamment de ces conidies, le Polypoms vaporarius présente de véritables organes de fructification en forme de croûtes blanches, naissant entre l'écorce et le bois pourri, et portant à la face inférieure des tubes hyménophores, très peu distincts et supportant des spores incolores et oblongues.
Ces différents caractères extérieBrs permettront toujours au praticien de reconnaître facilement, sans l'aide d'aucun instrument, la pourriture due à ce parasite. Pour ceux qui voudront pousser plus loin l'analyse, ils tireront bon profit :
1" De l'examen des hypbes du mycélium formées de filaments gros et fins enchevêtrés, les fins cloisonnés et munis de boucles apparaissant au microscope sous Taspect de nodules brillants ;
2* De la façon dont ces byphes se propaf^ent à travers les tissus ligneux, utilisant d'abord les ponctuations aréolées où elles pénètrent par couples, perçant ensuite les parois de sculptures disposées comme les barreaux d'une échelle ;
3* De la recherche et de l'étude des conidiophores ramassés, glohnleuxy et des conidies éparses et abondantes dans le bois altéré et la poussière qui en provient, conidies dont la présence suffira à différencier le bois attaqué par le Polyporus vaporarius, de celui envahi par le Merulius lacrymans ;
4* Enfin, des altérations progressives subies par la matière ligneuse sous Tinfiuence de l'humidité et des ferments sécrétés par iet hyphes, altérations dont le résultat ultime est l'imprégnation
des parois cellulaires par un liquide brunâtre, très avide d'eau et qui rend le bois friable. Il est à noter encore que le bois pourri se durcit en séchant, d'où le nom de powri rouge dui\ donné aussi à cette maladie.
Sur les arbres debout, ce vice très grave ne se reconnaît que lorsqu'il est déjà très avance, soit à la poussière jaune qui s'échappe parfois d'une cavité située entre les racines, soit à la présence du tissu brun et liègeux qu'on découvre au pied du fût, en faisant sauter l'écorce. A ce point de l'attaque, les arbres sont franchement dépérissants.
Comme l'indiquent les planches ci-jointes, cette pourriture est à la fois rayonnante et filante. Si elle apparaît sur la découpe du pied sous sa forme pain d'épice, il faut, pour affranchir, lever une bille de 2 à 4 mètres ; mais si l'on trouve du bois liégeux sous la scie, la pourriture monte au moins à 5 mètres. Et, comme il suffit d'une flamme mycélienne pour que la maladie se propage à l'intérieur des charpentes et les mine sourdement, on ne saurait apporter trop de soin à la découpe et à la réception des bois viciés. La moindre tache rousse, existant à l'extrémité d'une poutre déjà affranchie, doit être une cause de rebut.
La reproduction de ce parasite se fait surtout par des blessures aux racines ou au niveau du collet de l'arbre. Il semble que les spores ou les conidies aient besoin pour germer, des chaudes et humides effluves dégagées parle sol. Hartig admet également la possibilité d'une infection, de racine à racine. Ce serait facile à voir. En tous cas, la présence d'un sous-étage feuillu est le plus sûr préventif contre le développement de cette pourriture si commune et si redoutable.
b) Trametes radiciperda, — Cette pourriture, généralement dénommée Rouge tendre du sapin, est très commune dans presque toutes les forêts montagneuses de France, en particulier dans le Jura, le Doubs et les Alpes do Savoie. Elle sévit principalement sur les sols marneux. Son mode d'attaque offre une très grande analogie avec celui de la grisettc du chêne. La première trace du mal consiste dans l'apparition, au cœur de l'arbre, de flammes teintant légère-
DÉFAUTS ET Maladies des Bois.
Planche VI.
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L Laveur, Bdii.
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ment le bois d'automne en brun violacé. Puis, généralement dans la zone interne la plus poreuse du bois de printemps, on voit apparaître des ponctuations d'un jaune orangé très pale, où le tissu ligneux est comme rongé, et, après le passage de la scie, comme réduit en un son grossier. Le mal se propage, tantôt circulairement et en faisant tache d'huile, tantôt radialement, en poussant des prolongements digités, tantôt enfin annulairement et dans une seule couche d'accroissement poreuse et large. Les régions du cœur, à cernes minces et à bois d'automne abondant, résistent mieux que les régions moyennes, où les cernes sont larges et le bois mou. Il en résulte que, si le mal n'est pas très ancien, la pourriture forme des îlots, des plages, séparés par des épaulements de bois brun {fig. 100, PI. VI).
Peu à peu, cette pourriture envahit tout le cœur de Tarbre : le bois pourri devient tendre, léger comme plume ; il s'arrache facilement par morceaux, s'émiette sous les doigts en longs et grêles filaments, puis tombe en poussière jaune. Une caverne conique se forme au cœur du sapin ; la couche de bois dur diminue de plus en plus, et il vient un moment où la pourriture gagne sur un côté, laissant la base du fût percée d'un trou où l'on peut engager le bras (fig. 101).
Il est à noter que, sur une section fraîche et venant d'être mordue par la scie, les teintes sont beaucoup plus accentuées, et le bois imprégné d'un liquide brun, qui entoure et auréole la pourriture proprement dite, revêt une couleur écorce de marron. Les tâches farineuses incluses dans le bois, sont également plus sombres, et c'est seulement dans les îlots excentriques, que la couleur son, jaune blanc, jaune orangé, se netteté.
Examiné au microscope sur une section transversale, le
pztrot
Fig. 101.
manifeste dans toute sa
bois brun violaco montre ses rayons médullaires fortement brunis, les lumens étroits des trachéides du bois d'automne bouchés et remplis par un liquide brunâtre, qui, peu à peu, pénètre les parois et dissout les matières incrustantes.
Sur une section radiale, ce même bois présente des taches noirâtres, puis des vacuoles ruisselantes du liquide brun, où le bois est réduit en sciure. Ce liquide se diffuse dans les tissus voisins, la cavité se dessèche et les parois sont tapissées d'un indûment en forme de voile aranéeux, d'abord jaune brun, puis jaune blanchâtre, constitué par des filaments mycéliens. Tout à Tentour, le bois est profondément altéré ; les membranes des trachéides sont progressivement corrodées, dissociées, effilochées {fig, 102), et il ne reste plus finalement, qu'une masse de cellulose déchevêtrée et jaune, pâlissant à l'air.
En détachant des anneaux de ce bois pourri, on voit sur la
Fig. 102.
surface, tantôt des efflorescences mycéliennes blanchâtres, tantôt des paquets d'indûment, tantôt enfin de gros cordonnets mycéliens, ramifiés en pattes d'oie, qui ressortent en relief comme des fils blancs, sur le fond jaune d'entourage.
Cette maladie frappe les arbres de tout âge ; elle est cependant plus commune sur les perches âgées de 80 à 100 ans. Quand elle se présente sous l'aspect de la planche figure lOO, il suffit d'ébouter à une distance de 1 mètre à 1",50 pour
atteindre le bois sain ; mais, quand la caverne du pied est formée, le mal embrasse une hauteur variant entre 3 et 4 mètres au naoins.
II est difficile de reconnaître cette pourriture sur les arbres debout, tant qu'il n'existe pas au pied de caverne décelée par la percussion. Cependant, les méplats de la tige constituent un indice rarement trompeur, alors surtout que la cime manifeste quelques traces de dépérissement.
Conune nous le montrerons plus loin pour Tépicéa, la propagation de ce parasite se fait dans le sol, par les racines. Ce point a une importance capitale dans la culture, car il montre d'une part, combien sont extravagantes et dangereuses les théories qui reposent sur l'élimination systématique du feuillu dans les sapinières et, d'autre part, combien sont aléatoires les plantations d'épicéa dans un sol infecté par les germes de ce parasite.
3** Epicéa. — Les principales pourritures de l'épicéa sont dues au Polyporus vaporarius^ au Trametes radiciperda et au Trametes pini (Pries).
a) Polyporus vaporarius. — Ce redoutable champignon cause la pourriture liège de l'épicéa, commune dans les forêts du Jura (Boujailles, Levier, Fuans, Gilley, etc.). Les caractères distinctifs de l'altération du bois sont les mêmes que pour lé sapin, avec cette différence , cependant , que la forniation du tissu brun, liégeux, est beaucoup plus rapide; la maladie file dans ce bois mou, à partir des racines, avec une vitesse prodigieuse et comme l'indique
la figure 103. En huit ou dix ans, la pourriture peut monter dans l'arbre jusqu'à 12 mètres de haut, en moyenne jusqu'à 6-8 mètres. Le garde Lanquetin, de Roujailles, de (jui nous
beu Join.
tenons les meilleurs échantillons de pourritures résineuses, nous écrit avoir même vu un épicéa de 2 mètres de tour, de 30 mètres de longueur, pourri de la base à la tète, au point qu'on n'a pu en tirer un seul morceau de bois de service.
Sur les arbres debout, les signes apparents de la maladie consistent surtout dans le dépérissement de la cime. Il faut avoir soin de sonder au marteau le pied des épicéas dépérissants et d'enlever un éclat d'écorce. Si le bois brun apparaît, inutile d'estimer la pièce : elle est perdue et impropre à tout usage. Les fourmilières situées entre les racines sont également un bon indice d'altération intérieure.
b) Trameles radiciperda, — Cette pourriture rouge et circulaire du cœur se rencontre fréquemment dans les forêts jurassiennes (Levier, Courvières, etc.), où elle sévit sur les sujets de tous âges, depuis les perches de 70 à 80 ans, jusqu'aux arbres de 130 à 150 ans; elle est plus rare en Savoie, où on l'observe surtout aux basses altitudes.
C'est une pourriture du pied, rayonnante et filante, qui se propage dans les sols fertiles et argilo-calcaires, et dans les peuplements issus de plantations, partout en un mot où les épicéas ont crû vigoureusement dans leur jeunesse, où, par conséquent, le cœur est surtout formé de bois de printemps mou et spongieux. Elle concourt singulièrement à limiter l'emploi de l'épicéa hors de sa station naturelle, sur les premier et deuxième plateaux jurassiques, d*où Von a parfois systématiquement banni le hêtre.
Pour constater la cause du mal et récolter les appareils fructifères du champignon, il faut découvrir et arracher avec précaution quelques racines, principalement celles avoisinant une galerie de taupe ou un trou de souris. On y verra alors {fig, 104) des plaques parfois volumineuses, étalant une surface hyméniale d'un blanc de neige, ou des sortes de consoles à surface stérile, tourmentée, brune, un peu soyeuse dans la jeunesse, dont les bords blanchissent avec TAgc. Puis, entre l'écorce et le bois pourri, apparaissent de minces membranes mycéliennes, également blanches, qui se renflent légèrement dans les boutonnières de l'écorce.
La propagation de la maladie peut se faire ou bien souterrainement, par contact de racine malade à racine saine.
c'est ce qui explique le dépérissement des épicéas, par taches circulaires, ou bien encore par Tinterniédiaire des spores échappées de l'hyménium, spores qui vont germer sur des racines blessées accidentellement par des rongeurs, après avoir été apportées, soit par les eaux des pluies, soit par les insectes, soit par les rongeurs eux-mêmes. 11 est évident que plus la racine attaquée sera grosse et le
Fig. 104.
point d attaque proche du collet, plus aussi la pourriture se propagera rapidement dans le fût. Si Tinfection se produit sur des radicelles, le mal gagne lentement les grosses racines, puis le collet. Alors, il y a généralement plusieurs foyers distincts de pourriture {fig. 105) ; Tattaque se faisant plus près de la périphérie, dans des tissus plus résineux et
plus résistants, on constate que la progression du mal est beaucoup ralentie.
La première trace de l'altération du bois consiste dans Tap-
rition de flammes d'un gris brun foncé tirant sur le lilas ; puis les tissus s'altèrent davantage, prennent une teinte jaune orangé très pâle ; enfin ils brunissent de nouveau dans les régions centrales les plus anciennement infectées.
Sur une section transversale (/î^. 106, PI. VI), on reconnaît immédiatement la bande à contours irréguliers et sinueux du bois brun lilas, toujours dur et résistant ; puis le tissu orangé, mou, spongieux dont les fragments s'enlèvent à la main ; enfin le tissu du cœur, bruni superficiellement, et qui ne tarde pas à se fendre en se desséchant.
Il est à noter que les nœuds renîermés, formés de bois rouge particulièrement résistant, ne sont pas altérés ; leur couleur claire tranche donc vigoureusement sur la couleur foncée du bois pourri. La racine de ces nœuds, elle-même imprégnée de résine, reste à peu près indemne. On peut inférer de là, que les dommages causés par le Trametes radiciperda seraient singulièrement moindres, si ce parasite n'avait affaire qu'à des peuplements ayant crû lentement et dont les sujets présentent un bois fin et serré. Létal de massif plein est donc celui qui convient le mieux à l'épicéa, tant au point de vue de la quaUté du bois, que de la santé des peuplements.
En poursuivant l'analyse et sur une section radiale ifig. 107, PI. VI), on observe, à la limite entre les tissus sains et les tissus malades, des plaques caractéristiques d'un brun excessivement foncé, disposées comme des rayons médullaires. Ces taches sont remplies d'un liquide brunâtre, dans lequel baignent des filaments mycéliens pelotonnés en
MAL^VDIfS PARASITAIRES 175
masse compacte. C'est le liquide de ces' taches, qui, par osmose, imprègne le bois sain, lui donne sa coloration brune en dissolvant le contenu des trachéides et qui surexcite l'activité des hyphes.
Immédiatement après ces taches et en liaison intime avec elles, apparaît le bois lilas pouvant avoir de 2 à 6 centimètres d'épaisseur, au sein duquel se produit l'altération fondamentale de la matière ligneuse. En recourant au microscope, on constate que les trachéides se sont petit à petit vidées de leur contenu ; que leurs parois sont criblées de perforations dues au cheminement latéral des gros cordonnets mycéliens, et cpie, sous l'influence du liquide qui les imprègne, les mêmes parois se gonflent, se déchevétrent en longs filaments, par perte de leurs matières incrustantes.
Le tissu suivant, pâli et orangé sur la section transversale, se montre, au contraire, d'un brun foncé sur la section radiaie ; il a perdu toute consistance et s'est creusé de vacuoles lenticulaires et allongées. Déjà apparaissent, çà et là, de petites plaques blanches de cellulose à peu près pure, qui, plus loin, prennent l'aspect caractéi^istique de traînées d'un blanc soyeux d'amiante. •
Les taches noires figurées par Hartig et représentées par cet auteur comme précédant l'apparition des membranes blanches soyeuses, n'existaient sur aucun de nos échantillons. C'est donc un caractère peu fixe^ à écarter de la diagnose.
Par contre, sur un fragment de rondelle en mauvais état {MTovenant de la forêt de Courvières et faisant partie d'un gracieux envoi de notre excellent camarade, M. Maurice Bouvet, on retrouve tous les symptômes de l'attaque décrite pour le sapin. Dans- la masse profonde du tissu bruni et vigoureusement travaillé par des larves d'insectes, apparaissent des sillons radiaux digités, des fentes sillonnées longitudinalement de canaux vacuolaires imprégnés de liquide brun, puis des tâches jaunâtres, farineuses, où le bois est en sciure, et qui sont si étroitement symptomatiques de la maladie {fig. 108, PI. VI). Une caverne profonde paraît exister au pied du sujet d'où provient la rondelle.
Les caractères extérieurs de la maladie sont : l'état des cimes dépérissantes, la présence de fourmilières entre les
racines et la formation de cavernes dans la partie basse des fùts, cavernes qu'indique toujours la percussion.
Quant à la hauteur de la pourriture, elle varie suivant l'aspect de la section d'abatage. S'il y a plusieurs points d'attaques et si le cœur est sain, le mal est localisé entre 1 et 2 mètres ; si l'attaque part du cœur et que le 1/3 environ de la rondelle soit pourri, le vice se poursuit sur une hauteur de 2 à 4 mètres ; si la pourriture occupe les 2/3 de la rondelle, il faut compter sur un déchet de 6 mètres au moins, et de 8 à 10 mètres s'il y a une caverne au pied de la tige.
c; Nœuds jaunes des arbres résineux. — Chez les arbres résineux de toutes essences, les nœuds noirs ne font que déparer la beauté et amoindrir la valeur des planches ; en revanche, les nœuds jaunes constituent un défaut sérieux, annonçant toujours un commencement de pourriture intérieure.
Si l'on pratique, en effet, une section transversale au niveau d'un de ces nœuds, on constate {fig, 109, PI. VII) qu'en face de ce dernier, s'est développée vigoureusement une pourriture d'un jaune brun, d'abord embrassante, mais finissant par envahir la tige tout entière.
Prenant une rondelle de bois attaqué, et la brisant sur une pierre ou un angle quelconque, on voit la séparation se faire suivant un anneau qui délimite exactement les surfaces de contact entre deux couches annuelles. Sur le morceau extérieur, se trouve {fig, 110, PI. VII) la face arrondie du bois de printemps, ornée de très nombreuses sculptures blanchâtres, creuses, qui se détachent en noir sur le fond d'entourage. Au milieu de toutes ces dentelles, dirigées le plus souvent dans le sens transversal, se trouve un fil blanc, qui paraît être comme la première ébauche d'une reprise de couturière au milieu d'un accroc. C'e&t un cordonnet mycélien qui chemine normalement aux couches, perce le bois dur d'automne dans la traversée des rayons médullaires, et s'épanouit dans le bois mou de printemps, sous forme de grêles filaments.
Dans la figure citée, les gros cordons mycéliens s'avancent jusqu'au cœur de la rondelle ; mais ce sont seulement les petites hyphes qui donnent au bois sa teinte jaune caractéristique. L'attaque se poursuit par la perforation des parois
DÉFAUTS ET Maladies des Bois.
Planche Vil.