CHAPITRE II
LES OUTILS
Art. I". — OUTILS D'ABATAGE.
Les outils servant à l'exploitation des bois peuvent être rapportés à deux types :
1° Les outils tranchants, qui agissent à la façons des coins et des couteaux, comme les serpes, les cognées, les haches ;
2° Les scies, qui travaillent à la façon des grattoirs.
A. Outils tranchants. — a) Serpes. — Elles servent au débroussaillement et au façonnage, et affectent deux profils différents, suivant qu'il s'agit de bois feuillus ou résineux. Dans les régions où les feuillus dominent, le tranchant est fortement courbé, le manche, court, a une longueur de 0n,,14 à 0m.15 (fig. ï 4tt) . Dans les pays de montagnes, peuplés de résineux, le tranchant pourvu d'un bec très court a une forme rectiligne ; le dos, relativement large, est relevé d'un cran assez prononcé pouvant servir de masse [fig. 14ti bis). Ce dernier outil a un poids beaucoup plus élevé que le premier ; il est donc bien adapté au ravalement des nœuds des arbres résineux, ordinairement très durs.
b) Haches. — Les haches ont un fer large et court ; elles sont relativement légères et conviennent spécialement pour l'exploitation des perches du taillis et des réserves feuillues; elles donnent une coupe en talus très favorable à la conservation des souches et à la production des rejets. Le profil et la
Fig. 14G et 146 bis.
EXPLOITATION DES BOIS
forme des fers varient beaucoup d'une région à l'autre. Nous donnons ci-dessous les types les plus remarquables.
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Fig. 147.
Hache des Vosges.
Fig. 148.
Hache du Charolais.
Fig. 149. Fig. 150.
Hache de Lorraine. Hache du Dan phiné.
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Fig. 151.
Hache de Bretagne.
Fig. 152.
Hache des Landes
Fig. 153.
Hache des Carpathes.
Il est à noter que, dans tous ces modèles de haches, le tranchant n'a pas une forme symétrique par rapport à une perpendiculaire au manche. La partie du sommet, qui est la plus fatiguée, fait largement saillie, ce qui permet de remédier à l'usure dans une plus large mesure.
Ces différents fers sont fixés au bout de manches en bois, ayant de 0m,80 à 1 mètre de long.
c) Cognées. — Les cognées ont le fer long et étroit; elles sont plus lourdes, plus mordantes, que les haches, et leur tête aplatie peut servir de masse. Elles doivent exclusivement être employées dans les futaies résineuses et feuillues, où la reproduction se fait par semis. Dans les taillis sous futaie, elles creusent les souches qui se décomposent promptement par la stagnation des eaux pluviales.
LES OUTILS
Les principales formes des cognées en usage dans es différents pays et localités sont indiquées ci-dessous.
Fig. 154. — Cognée de Retz. Fig. 155. — Cognée de l'Allier.
Fig. 156. — Cognée de l'Orne. Fig. 157. — Cogné3 des Alpes du Nord.
Fig. 158. — Cognée Fig. 159. — Coiraée Fig. 160.— Cognée
de Thûringe. italienne (Alpes du Sud). finlandaise.
EXPLOITATION DES BOIS
Les haches américaines diffèrent très sensiblement des types représentés ci-dessus. Un des perfectionnements tes plus importants apportes dans leur construction, consiste en ce que leurs faces sont légèrement bombées pour éviter qu'elles ne restent engagées dans l'entaille. On sait que, plus la lame est mince, mieux elle pénètre dans le bois.
Par contre, il est souvent difficile de l'en extraire, et son maniement est rendu plus pénible. Pour combiner ces deux avantages, on amincit (/iy. 161) les deux faces du tranchant en haut et en bas ; le milieu seul reste plus élevé.
On fabrique également des haches à deux tranchants. L'un fait le travail grossier, l'autre celui qui exige une lame toujours bien aflilée.Àvec ces haches, la besogne d'abatage va plus vite, mais les chances d'accident sont plus considérables, et leur maniement est plue difficile, le manche étant droit.
Les haches américaines pèsent de 1,5 à 1,7 kil., et sont munies d'un manche de 0,n,75 à 0m,90de longueur.
d; Aiguisage des outils tranchants. — Pour aiguiser un outil tranchant : serpe, hache, cognée, on se sert de meules de grès, mon- Fig.161.— Haches américaines, tées sur un axe en fer et arrosées
par un petit filet d'eau, meules auxquelles on donne une vitesse de lm,50 à 2 mètres par seconde à la circonférence. L'ouvrier promène le biseau qu'il veut repasser sur le plat de la meule pendant que celle-ci tourne, en ayant soin de le promener partout pour ne point creuser de sillons. Si l'outil a deux biseaux, il les aiguise successivement, mais s'il n'y en a qu'un, il doit se garder d'user sur la meule le plat de son taillant ; autrement il en refoulerait le fil, et son outil ne couperait guère mieux que s'il avait deux biseaux. Cependant, lorsque la meule a produit une bavure ou morfil, il faut s'en débarrasser en
LES OUTILS
promenant le biseau sur une pierre fine, telle qu'une pierre à rasoir à surface bien plane, la bavure marchant toujours en avant. Il est prudent de faire porter sur cette pierre, d'abord le talon du biseau, puis d'incliner progressivement ce biseau jusqu'à ce que son arête porte, auquel cas Fhuile reflue ; enfin, il faudra passer le plat de l'outil sur la pierre pour achever d'en enlever le morfil. L'emploi de cette pierre à rasoir avive en outre le tranchant (Dupont et Bouquet de la Grye;.
B. Outils, raclants. — a) Scies. Généralités. — Les scies à main sont formées d'une lame d'acier plane, mince et •droite, portant d'un cùté un grand nombre de dents aiguës, montée sur un cadre en bois ou sur des poignées, ce qui permet de lui imprimer un mouvement alternatif de translation sur elle-même. Chacune de ces dents coupe ou racle le bois, creusant un sillon, nommé trait, qui s'approfondit progressivement. Le trait doit avoir une épaisseur plus grande que la lame, pour éviter un coincement qui augmente l'effort et occasionne réchauffement de l'outil. Ce surcroît d'épaisseur forme la voie. On l'obtient en faisant dévoyer les dents de la scie, alternativement à droite et à gauche du plan de la lame. La voie sert non seulement à faciliter le passage de la scie, mais encore au dégagement de la sciure.
Il y a intérêt à réduire la voie au strict minimum, pour éviter une perte de matière ligneuse et d'énergie mécanique. Chaque dent ne peut, du reste, être dévouée plus que de la demi-épaisseur de la lame (6, fig. i(>2 , sans quoi il resterait entre les dents (c, fig. U)2. un onglet de
Fig. 162.
bois non attaqué, qui nuirait au travail de la scie. On recommande même de ne pas dévov er les dents de plus du
"280 EXPLOITATION DES BOIS
quart de la largeur de la lame (a, fig. 162) ; avec cette proportion, une lame de 0m,002 d'épaisseur fait un trait de 0"\003, qui suffit le plus souvent au dégagement de la sciure.
D'une façon générale, la voie doit être plus grande pour les bois tendres et humides, dont la sciure foisonne beaucoup, que pour les bois durs et secs, dont la sciure foisonne peu. Dans les bois résineux, pin d'Alep algérien principalement, la sciure s'agglomère et empâte la lame : pour faciliter le fonctionnement, on est alors obligé de graisser souvent, ou de frotter avec un linge imbibé d'essence de térébenthine. Pour le chêne, la voie doit être au plus égale à une fois et demie l'épaisseur de la lame.
L'espacement des dents et la profondeur de l'intervalle qui les sépare sont calculés de façon que la dent soit assez résistante et que la gorge soit suffisante pour loger la sciure produite par la course de l'outil. Il est facile de calculer l'espace vide mnpq [fig. I C3\ , sachant que le volume de la sciure est de 3 à 5 fois celui du bois dont elle provient.
Si on désigne par d la distance mq, par a l'angle sous lequel la dent attaque le bois, par w la voie et E l'épaisseur de la bille, le volume du bois enlevé par une dent sera égal à Ewad, et le volume de la sciure sera compris entre 3 YLwad et 5 Ezflae/.
D'après ce qui a été dit précédemment, il faudra espacer plus ou moins les dents, g* suivant qu'il s'agira de bois blancs et rési-
neux, ou de bois durs. Pour ces derniers, les dents seront moins longues et plus rapprochées.
La forme et le profil des dents dépendent du mode de travail à accomplir. Les scies employées dans les exploitations doivent travailler dan6 les deux sens, c'est-à-dire en montant et en descendant, et servent tantôt à abattre des arbres debout, tantôt à débiter des bois abattus. Dans le premier cas, ou emploie des scies à tronçonner ou passe-parlout, manœuvrées par deux ouvriers ; dans le second cas des scies à main, manœuvrées par un seul ouvrier.
LES OUTILS
a) Scie à main. — Elle est formée {fig. 164) d'une lame a raidie par les deux bras b, dont l'écartement est réglé par une traverse d fixant leurs milieux. Une corde à plusieurs brins relie les autres „ .
^^+M+4*+t***+4+*AI*+*+t+^^
Fig. 164.
extrémités des bras et porte une clef c servant à produire le serrage par la torsion du faisceau des brins. Dans ces scies, le profil des dents consiste en un triangle isocèle; les deux faces symétriques et inclinées en sens contraire forment deux
arêtes tranchantes travaillant chacune dans un sens. On dévoyé chaque dent de façon que l'arête tranchante soit extérieure.
Le seul élément à déterminer est l'angle a, c'est-à-dire l'angle au sommet de la dent {fig. 165). On le fixe d'après la nature de l'acier, la dureté du bois à couper et le plus ou moins grand intérêt qu'on a à éviter de fréquents affûtages ; il varie généralement de 50° à 60°. Plus cet angle est faible, et plus la scie a de mordant; mais plus aussi elle est fragile, plus elle demande à être affûtée souvent.
Si la pièce à scier est trop grosse pour que l'intervalle entre les dents suffise à loger la sciure, on adopte le profil {fig. 166), dans lequel les dents ont été écartées, mais sans changer leur angle ni leur hauteur.
La longueur des scies à main utilisées en forêt varie de 0m,50 à Om,75. Elle dépend de la grosseur des bois à couper, de l'amplitude du mouvement du bras et du poids de la scie par décimètre de longueur.
/3) — Passe-partout. — Le passe-partout (fig. 167) se compose d'une lame de 12 à 22 centimètres de largeur, de
Fig. 165 et 166.
EXPLOITATION DES BOIS
4mr20 à 2™, 40 de longueur, portant deux douilles recevant des poignées en bois coudées à angle droit sur l'alignement
Fig. 167.
Eig. 168. — Scie de Thûringe.
du dos'de la lame (fig. 1(57;. La lame a plus de largeur au milieu qu'aux extrémités, parce que ce sont les dents centrales qui s'usent le plus rapidement.
Dans les scies à tronçonner, ce sont les arêtes latérales des dents qui font presque tout l'effort ; elles doivent donc être très tranchantes ; au contraire, l'arête au sommet peut être quelconque, car son travail est faible.
Le profil des dents est essentiellement variable, mais néanmoins toujours symétrique, pour travailler dans les deux sens. Les scies de la Thûringe et du Tyrol, comme du reste la plupart des scies françaises, ont des dents à profil triangulaire, avec ou sans espacement [fig. 168 et 169); elles conviennent particulièrement pour les forêts feuillues, peuplées de gros arbres. Beaucoup de vieilles scies présentent {fig. 170) des dents tronquées, dents non coupantes et non croisées, qui ont pour objet de séparer les dents coupantes, en ménageant des espaces pour loger la sciure ; elles ne sont pas recoin mandables, car elles ont un faible rendement.
Les scies américaines, très répandues aujourd'hui, sont à proiil, les unes de dents de loup, les autres de dents molaires
Fig. 169. — Scie du Tyrol.
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Fig. 170.
LES OUTILS
évasées, avec ou sans dents à espaces. Dans les profils en dents de loups (fig. 17 L, chaque dent est taillée suivant un angle rentrant dont les faces en brseau forment les arêtes tranchantes. Il en est de même pour les dents molaires coupantes des profils {fig. 172.) Les autres, dites dents dégor-
Fig. 171. Fig. 172.
^géantes, n'étant pas dévoyées, pourraient être considérées tomme de simples dents à espaces ; cependant elles sont affûtées comme les autres, et leurs pointes sont situées dans l'alignement des pointes des dents coupantes. En réalité, elles concourent activement au travail de la scie.
Toutes les scies américaines Disston et fils, à Philadelphie; Sussfeld, Lorch, 21, rue de l'Echiquier, à Paris), sont -construites en excellent acier, et offrent des dispositions ingénieuses pour la rapide fixation et le facile enlèvement des .poignées.
Nous donnons ci-dessous, à titre d'exemple, le passe-par-
Fig. 173.
tout américain « Simonds » fabriqué par la maison Sussfeld, Lorch et Ci4\ avec le prix courant des lames et les modes de fixation des poignées {fig. 173 à 175.
EXPLOITATION DES BOIS
Prix-oourant des lames de passe-partout « Simonds »
Longueur (mètre)
Largeur au milieu
Prix la pièce (fr.)
Manche à brides de
serrage,
la paire 2 fr. 25.
Les passe-partout américains conviennent surtout pour l'abatage et le tronçonnage des bois feuillus. Ils procurent ^ une économie de temps
que Ton peut estimer raisonnablement à 35 ou 40 °/o de celui dépensé par les outils similaires français, ce dont ne se préoccupent pas assez nos fabricants endormis dans leur routine.
Enfin, nous ne pouvons terminer cette rapide incursion dans le domaine des scies passe-partout, la scie « i\ec plus ultra » du forestier
r*ft*
Fig. 174 et 175.
sans mentionner Docteur Gayer.
Fig. 176.
C'est une scie à dents triangulaires espacées (fig. 176), à la fois très résistante et très légère, car elle est percée de trous en arrière des gorges, et qui nous parait spécialement convenir pour les arbres résineux. Elle se fabrique en 6 longueurs : im,30, lm,45, lm,80, 2m,60, et se vend de 10 fr. 05 à 10 fr. 25, prise chez Dominicus et Sœhne, à Remschied-Bieringhausen (Allemagne).
b ; Affûtage des scies. — Lorsque les dents sont émoussées, on rétablit leur tranchant en les affûtant à la lime. Les limes triangulaires, dites tiers-points, servent à affiler les pointes taillantes, les faces planes et les angles rentrants ; celles
LES OUTILS
Tiers-point
Ronde,
Plate.
rondes, dites queues-de-rat, servent à approfondir les parties
courbes ; les plates et les demi-rondes
sont moins employées. Jffl)^
Pour affûter, on saisit la lame entre les mâchoires d'un étau qui la maintiennent verticale {fig. 178 et 179) et on lime les dents, en ayant soin que leur face soit bien normale au plan de la lame et qu'après leur affûtage il n'y en ait aucune plus saillante que les autres. On donne la voie aux scies, soit avec un marteau, soit avec un tourne à gauche (fig. 180). On peut aussi employer l'appareil à deux fins figure ci-contre (fig. 181). La lame de scie mn repose d'un côté sur une tête de vis d que l'on peut faire monter à volonté, et de l'autre côté sur la surface plane o. Les dents à
nn
Fig. 178.
Fig. 179.
Fig. 180.
aiguiser sont placées entre les deux arrêts aa, et le marteau k sert à donner la courbure convenable aux dents. L'appareil, très simple et très pratique, se fixe au moyen d'un harpon dans une surface résistante.
Une lame de scie est bien affûtée, quand toutes les dents sont affilées avec mômes saillies en hauteur et de côté. Une bonne scie doit rester 5 à G jours sans être affûtée. Dans les chantiers de bûcherons, on se contente d'affiler à la lime les dents les plus fatiguées ; on ne donne un affûtage gêné-
EXPLOITATION DES BOIS
rai à la scie, qu'après que la saillie primitive des dents a été réduite d'un bon tiers par les affûtages légers quotidiens.
Fig. 181.
Oi'tils a fendue. — On se sert de coins en bois ou en fer, présentant la forme de prismes triangulaires. On démontre facilement que l'angle au sommet y (fig. 182) ne doit pas être trop grand, car il serait repoussé au dehors par la pression du bois après chaque coup de masse. On lui donne une valeur de 10° sur les petits coins employés à ouvrir |jes fentes, de 8° sur les gros qui servent à les agrandir et de î)° sur ceux de moyenne grosseur. Les gros coins étant exposés à rencontrer des nœuds et à.
s'user rapidement, on remédie à cet inconvénient en portant] leur angle d'attaque à 50° (fig. 183). Cet accroissement de l'angle au sommet sur une très faible longueur ne nuit pas au travail de l'outil. Généralement le coin est isocèle, et « = /5. Le travail moteur] appliqué par choc tend sans cesse à déformer la tète du coin ou celle du
Fig. 182 et 183.
LES OUTILS
marteau, suivant la dureté relative de ces deux outils. Pour prévenir la formation de bavures saillantes chez le coin en fer, on lui donne une tête sphérique plus résistante (fig. 103" .
Les merlins (fig. 184 et 185) sont des coins plus petits enfoncés dans le trait d'une scie à tronçonner, en arrière de la lame, pour en faciliter le jeu.
Lorsqu'on veut fendre des bûches pas trop noueuses, on peut se servir de coins en bois ayant environ 9° d'angle au sommet.
Oitils d'ébrancheurs. — Ils se composent de crampons s'attachant aux pieds et de hachettes de même forme, mais plus légères que les haches ordinaires et dont le manche présente une longueur de 0m,«5 àOm,70 (fig. 186 à 188).
Fig. 184 et 185.
Art. II. — NUMÉROTAGE DES ARBRES ABATTUS ET DES STÈRES.
Le numérotage des arbres abattus et des piles de produits peut se faire au charbon mou, au crayon rouge, ou à la craie Faber qui dure environ deux ans. Cependant, on emploie plus habituellement, en France, la rouanne ou des jeux de numéros*
nJ
Fig. 186 h 188.
nécessitant alors l'aide de pinceaux et de couleurs à l'huile» Ces différents procédés sont fort longs et font perdre beaucoup de temps. En Allemagne et en Suisse, on se sert exclusivement de marteaux numéroteurs ou revolvers, qui permettent de marquer 2.000 à 3.000 arbres par jour.
EXPLOITATION DES BOIS
Le type montré par la fig. 189 permet de pousser le numérotage jusqu'à 10.000 : il est donc suffisant dans la plupart des cas. L'avance des chiffres des unités et des dizaines se
Fig. 189.
fait à l'aide d'un levier manœuvré par le pouce. Les chiffres des centaines et des mille se placent à volonté au moyen de vis.
La ligure 190 reproduit le revolver de la maison Meyer, de Berthoud (Suisse) ; il permet de marquer jusqu'à 20.000 pièces. Sa valeur est de 45 francs. Le mécanisme en est très simple. La roue a est en communication avec le levier g, et une pression du pouce sur ce dernier la fait avancer d'une unité. En retirant la goupille à tôte de laiton /, de son logement dans le disque b portant les dizaines, celuici peut tourner pour présenter la dizaine voulue. Les disques isolés c d portent les centaines et les milliers, et sont fixés à volonté à l'aide de la vis e. On voit immédiatement qu'avec la roue a dirigeant les unités, l'anneau b les dizaines et les disques isolés c et d, chaque numéro de 1 à 9999 inclusivement peut être composé instantanément et qu'au moyen d'un type portant le n° 1 on peut atteindre 19.999.
Fig. 190.
LES OUTILS 289
Pour s'en servir, on tient l'appareil de la main droite, la gauche maniant la brosse à noircir les chiffres. On encre et on frappe d'un coup sec l'objet à marquer. On change le chiffre des unités en exerçant avec la main gauche une pression sur le levier g, sans toutefois lâcher la brosse, puis on remet avec la main droite l'appareil dans sa position première, et ainsi de suite.
Pour faire avancer l'anneau b, on retire la goupille et on presse sur le levier en plaçant la dizaine voulue ; ceci fait, on serre fortement la vis é», etc.
Avec un peu de pratique, cet instrument peut marquer jusqu'à 600 arbres par heure, absolument sans fatigue.
Pour encrer les chiffres, on se sert d'un noir très épais dont voici deux recettes :
1° On mélange 250 grammes d'huile de lin avec 100 grammes de saindoux, 10 grammes d'huile de pin, 20 grammes de bleu d'outre-mer, on brasse au moyen d'une palette en bois en ajoutant peu à peu 250 grammes de noir de fumée.
2° On chauffe dans un récipient 500 grammes de vaseline, on ajoute en brassant, 50 grammes de bleu d'outre-mer et 150 grammes de noir de fumée.
Pour numéroter, on prend une quantité suffisante de ces mélanges placée dans une boite de fer blanc. 11 est indispensable de n'utiliser qu'un noir peu consistant, autrement l'appareil cesserait de bien fonctionner ; il faut avoir soin de nettoyer soigneusement le revolver avec du pétrole aussitôt qu'on a fini de s'en servir.
Art. IH. — MANUTENTION DES BOIS.
Pour manœuvrer, dans les coupes ou dans les chantiers, les billes volumineuses, on se sert de l'un des appareils
Fig. 191. — Sappie tyrolienne.
figurés ci-contre (fig. 19 i et 192). Le premier connu dans le Mathky. — Exploitation des bois» I. 19
EXPLOITATION DES BOIS
Tyrol sous le nom de Sappie, est constitué par une sorte de levier, dont le manche en bois est terminé par un pied en fer, emmanché sous un angle d'environ 120°. Cet instrument
Fig. 192. — Griffe.
muni d'un manche de l,n30 et d'un crochet acier de 35 centimètres de long, vaut 6 fr. 50 chez Heyd et Cie, à Zizenhausen (Grand Duché de Bade}. Le second est formé par un bident fixé à l'extrémité d'une perche renforcée par des frettes de fer. Un crochet, également en fer et relié à un anneau, peut
Fig. 192 bU — Griffe Heyd.
s'élever à volonté sur la perche et harponner la bille à déplacer.
La griffe brevetée Heyd (fig. 192 bis) sert à manœuvrer des bois ronds ou carrés ; elle est munie d'une pointe d'acier en forme de bec de canard, permettant de la fixer solidement
C^sf^8^-;
Fig. 192 ter. — Porte-poutre Heyd.
et de l'enlever rapidement. Elle vaut de 5 à 6 fr. 50 suivant longueur.
Le porte-poutre du même constructeur {fig. 192 ter) est
LES OUTILS
tftîHsé pour transporter sans crainte d'accident, les traverses, poteaux et autres pièces carrées ou rondes, jusqu'à 0m40 de diamètre. Son prix est de 10 francs.
Pour tirer les bois et les amener sur les chantiers aux places de dépôt, on empfoiedes chaînes ou de forts câbles, de 10 à 20 mètres de longueur et de 3 à 5 centimètres d épaisseur. La fixation de la chaîne ou du câble à l'arbre se fait au moyen, soit d'un coin enfénçé dans la section dyabfrtage {fig. 193), soit de griffes emprisonnant le fut ï (fig. 194,.
Pour faire glisser les bois plus aisément, on se sert, !
en Allemagne, de glissières Fig. 193 et 194.
ou de civières en bois (fig. 195 et 190).
La partie antérieure du fit repose sur la partie postérieure
Fig. 195. — Glissière pour un mulet.
de la civière ; une chaîne courte, munie d'un coin et d'un anneau, se fixe d'une part à larbre qu'il maintient et d'autre part à une clef en bois dur, percée d'un trou on s'engage une cheville. Ces glissières très légères et faciles à traîner, pourraient rendre Fig* 196> ~ Glissière P°UP deux muletsquelques services en Algérie.
Enfin, pour soulever et charger les grosses pièces sur les
EXPLOITATION DES BOIS
voitures» on se sert de crics. Un cric se compose d'une crémaillère qui engrène avec un pignon ; sur Taxe de ce pignon est montée une roue dentée engrenant encore un second pignon ; enfin Taxe de ce dernier porte une manivelle. Tout le rouage et la partie inférieure de la crémaillère sont logés dans une cavité creusée dans l'épaisseur d'une pièce en bois et recouverte d'une plaque de fer ; la manivelle seule se trouve à l'extérieur. Son axe est muni d'un encliquetage qui permet à la manivelle de tourner dans le sens convenable pour élever la crémaillère, mais qui l'empêche de tourner en sens contraire, à moins qu'on ne soulève à dessein le cliquet d'arrêt pour le dégager des dents de la roue à rocheL L'extrémité supérieure de la crémaillère se termine par un double crochet servant à saisir plus aisément le fardeau. Des armatures en fer empêchent la caisse en bois d'éclater,
197 et 198.
et un anneau permet de transporter facilement l'appareil.
Si Ton désigne par o rj les rayons des deux pignons, parr celui de la roue dentée, par R celui de la manivelle, par/* l'effort exercé tangentiellement à Pcxtrémité'de la manivelle, le poids P que la machine peut soulever est donné par la formule
LES OUTILS
La puissance du cric est donc directement proportionnelle à la grandeur des rayons R et r et inversement proportionnelle à celles des rayons o et p'. En d'autres termes, plus les pignons sont petits, plus la roue dentée et la manivelle sont grandes, et plus le cric est puissant.
Si R = 5f ' et r = 3p, on en déduit que la puissance du cric est égale à
Par suite, pour soulever un mètre cube de bois vert pesant 1 000 kilos, il faudra exercer sur le manneton de la manivelle un effort de :
^2? = 67 kilos.
Le tableau ci-après donne les types de crics à double engrenage fabriqués par l'industrie (usines Pétolat, à Dijon), et leurs prix approximatifs suivant puissance et hauteur.
Hauteur en
centimètres
Forée en kiloi
Art. — IV. — OUTILS A ÉCORCER.
Pour écorcer les grumes sur les chantiers, les étais sur le parterre des coupes, on se sert de la hache ou mieux encore d'une petite bêche très coupante en acier, fixée à un manche muni d'une poignée (fig. 199;.
Art. V. — DESSOUCHEMENT. - UTILISATION ET FENTE DES GROSSES SOUCHES.
- Le travail du dessouchcment, toujours long et malaisé, est surtout pratiqué dans les futaies résineuses dont on
EXPLOITATION DES BOIS
utilise les
LA
Fig. 1S9.
roule une
souches pour la distillation et dans les forêts eu parties de forêts à défricher. Il s'exécute soit à la main, soit à l'aide d'instruments variés. Le dessouchement à la pioche et à la hache est nécessairement très lent et très onéreux, à moins qu'il ne s'agisse d'arbres de grande valeur dont on veut pousser le fût très loin dans la culée. On a donc cherché d'autres procédés plus expéditifs. La ligure 200 montre une extraction de souches d'épicéa, à l'aide d'un crochet analogue à celui (iguré page 290. Les racines saillantes de la périphérie ayant été coupées au ras du soL on culbute la souche en arrachant les dernières racines par un effort de levier. Lorsque l'effort est trop considérable, on peut se servir d'un cric {fig. 201).
Enfin l'appareil (fig. 202) permet de développer des efforts plus puissants. Il se compose d'un bâti en bois solidement amarré par des fiches de fer enfoncées dans le sol et portant des montants auxquels une table est fixée. Un tambour, tournant autour d'un axe vertical fixé au bâti et à la table, est manœuvré par un cheval à laide d'une flèche. Sur ce tambour s'encorde terminée à son . extrémité par une chaîne à
Fig. 200.
Fig. 201.
crochet, et passant sur une poulie de renvoi retenue également par une chaîne à crochet. II suffit d'engager ces cro*
LES OUTILS
chets dans des racines convenablement placées et de faire
agir le treuil pour pouvoir facilement extraire les souches.
Avec les souches des bois résineux, on peut fabriquer du
Fig. 202.
goudron et d'excellent charbon ; avec celles des bois feuillus, du bois de chauffage. Un hectare de taillis sous futaie donne en moyenne : après défrichement, 100 à 110 stères de souches vives, et, après exploitation, 2 à 5 stères de souches mortes, abandonnées aux ouvriers.
L'enlèvement des souches dans les futaies résineuses, spécialement dans les futaies de mélèze, est toujours très utile à la forêt, en ce sens qu'il procure au sol une culture largement mise à profit par la régénération naturelle. Un hectare de pineraie donne environ 200 stères de bois de souches à 90-100 ans et moitié à 50-55 ans.
Pour défricher à la pioche-hache 1 hectare de taillis sous futaie, puis fendre et stérer les racines, on compte 350 journées d'ouvriers à 3 francs, ci 1 050 francs ; la vente des produits donne une somme de 105 x 5 = 525 francs ; d'où résulte une dépense nette de 525 francs.
Pour fendre les petites souches on emploie le coin de fer ; pour les grosses, on se sert de poudre ou de dynamite.
Lorsqu'on utilise la poudre de mine, on commence par
296 EXPLOITATION DES BOIS
forer un trou dans la souche avec une grosse tarière, on verse une petite moitié de la charge dans ce trou, on place une mèche dessus, puis on remplit avec le surplus de la charge, en ayant soin de bourrer fréquemment. L'orifice du trou,
d'abord bouché avec de la terre glaise bien damée, est ensuite complètement fermé avec une cheville de bois. On allume enfin avec un morceau d'amadou, la mèche qui déborde du trou de 10 à 12 centimètres. L'explosion se produit une ou deux minutes après l'allumage. Suivant la grosseur des souches, on emploie des charges de 40, 80, ou 120 grammes de poudre.
En Allemagne, on se sert souvent pour l'allumage, de chevilles à poudre conformes au Fig* 203' modèle ci-contre (fig. 203) . Elles
se composent essentiellement d'une tige creuse, présentant une partie filetée, et pouvant s'enfoncer dans le trou de tarière, à l'aide de deux leviers coudés. A l'intérieur se trouve une tige mobile, terminée en haut par un anneau, en bas par une broche. En tirant cet anneau avec une ficelle, on fait détendre un ressort qui projette la broche contre une amorce placée dans une pièce de fermeture dévissable, à l'extrémité inférieure de la cheville. L'explosion de l'amorce provoque l'inflammation de la poudre.
La dynamite est d'un usage plus dangereux. Fig. 204. Qn prcn(| des charges de 70 à 100 grammes pour des souches de 0m,50 à 0n\70 de diamètre. Ces charges toutes préparées sont renfermées dans des sacs en toile portant à l'extrémité supérieure une mèche d'allumage ; elles sont introduites directement dans un trou foré dans la souche (fig. 204) et rempli avec du sable ou de la terre.