LIVRE V
De tous les fruits de la terre, les produits forestiers sont ceux dont le prix de revient aux lieux d'emploi dépend le plus des transports. Le bois, matière lourde et encombrante, ne peut se transporter sans une dépense de traction presque toujours considérable par rapport à la valeur vénale de la matière prise en forêt ; dans certaines localités, il n'a même qu'une valeur nulle, parce que les frais de transport absorbent les produits de la vente. Il est donc extrêmement utile, pour le commerce, d'être exactement renseigné sur la valeur de ces frais, car ils rétrécissent d'autant plus le cercle d'expédition, que les marchandises à transporter ont, à poids égal, une plus faible valeur vénale.
Le renchérissement des bois dans les pays exportateurs, renchérissement marqué par les mercuriales de nos ports, a un retentissement énorme sur les bois de notre pays, qui peuvent alors franchir des distances beaucoup plus grandes. Il suffit, par exemple, que la tonne des bois du Nord s'élève de 8 à 9 francs, pour que nos- sapins des Vosges, convenablement débités, puissent se placer dans des régions où ils n'avaient auparavant jamais pénétré.
Alors que le maximum de transport qu'ils pouvaient supporter en 1902, était de 12 à 13 francs la tonne, une élévation du prix des bois du Nord en 1903, leur a permis de supporter un transport de 20 à 22 francs par tonne, soit de parcourir une distance double. Une élévation semblable des prix sur les bois d'Amérique, permettrait aux chênes et aux frênes
de Bourgogne, aux douelles des forêts du Centre, de se substituer progressivement, sur le marché de Bordeaux, aux produits canadiens et américains, de qualité toujours inférieure. En raison de ces circonstances économiques, la question des transports et des tarifs est de la plus haute importance pour le commerce. Malheureusement, tous les efforts tentés jusqu'ici afin d'obtenir, pour nos bois indigènes, un traitement, sinon privilégié, au moins équitable, sur les canaux et voies ferrées, sont venus échouer, faute de coordination, devant l'indifférence des pouvoirs fîublics. H est loin d'en Hre ainsi dans les pays voisins, en Suisse notamment. Plus loin, nous aurons occasion d'exposer tout au long les principales revendications de notre commerce de bois.
Les transports se font : par essieux, sur chemins de terre ou de sable difficiles à parcourir, et pour ce paillés ou empierrés; par wagons, sur voie de fer; par bateaux, sur voie d'eau, etc.
Avant d'étudier chacun de ces modes de transport, nous devons chercher à déterminer la distance maxima que peut franchir une marchandise d'un prix donné et dont on a déduit, au préalable, les frais de façon. Cela revient, en d'autres termes, à calculer le rayon du cercle de valeur nulle pour la marchandise en question. Or, les frais de transport, par tonne et par kilomètre, sont indiqués ci-dessous, d'après M. J. Bert, d étant la distance parcourue en kilomètres, et le premier nombre inscrit s'appliquant aux frais de manutention :
Chemins difficiles et mauvais (argile défoncée, sable ou rocher) . . . p{ = 0 fr. 60 -f 0 fr. 83 d.
Chemins médiocres en terrain naturel, rocailleux ou paillés . . . . pt = 0 fr. 60 + 0 fr. 55 d.
Routes empierrées j>3 t= 0 f r. 60 + 0 fr. 25 rf.
Chemins de fer à voie étroite ; traction par chevaux; matériel mis à la disposition des adjudicataires . jj4 = 0 fr. 60 + 0 fr. 075 d.
•Chemin de fer à voie normale, par
petite vitesse et wagon complet . p- = i fr. 20 -f 0 fr. 06 d.
«Chemin de fer à voie normale, en petite vitesée, avec frais de transmission d'une voie à l'autre . . . p6 = 1 f r. 60 -f 0 fr. 06 d.
Canaux et rivières p, = 0 f r. 50 + 0 fr. 025 d.
Ces formules peuvent être traduites graphiquement, à l'aide d'un tableau à double entrée, qui permet de mesurer l'économie comparative de chaque mode de transport, d'évaluer les frais inhérents à un parcours tlonné, de calculer enfin la distance maxima de transport pour une marchandise dont on connait la valeur initiale et sur laquelle on veut réaliser un bénéfice déterminé.
L'usage de ce graphique, qui peut être agrandi suivant les besoins, est des plus simples. Veut-on, par exemple, calculer ce que coûte le transport d'une tonne d'étais : 1° à 15 kilomètres par voie de terre et sur chemins médiocres ; 2° à 20 kilomètres sur bonne route ; 3° à 30 kilomètres sur voie de fer t Il suffit de chercher, sur la ligne horizontale des distances, kilométriques, les ordonnées correspondant à chacun de ces parcours, de prendre leurs intersections avec les lignes /?,, p9 et p5, et de lire les nombres correspondants sur la colonne verticale de gauche : 9 fr. 80. 6 fr. 50 et 3 fr. 80.