‹ Traité dʹexploitation commerciale des bois; (volume 3)Chapitre 71 sur 107 · I. — Utilisation d'une risse · texte numérisé non relu

I. — Utilisation d'une risse

Dans une riese bien confectionnée, on peut guider des bois de grosseur et de longueur arbitraires. Les tronces sont engagées dans le canal, le gros bout en avant. Entraînées par leur patte, ces pièces épousent mieux la voie et sont moins sujettes à sauter. Ce n'est guère que dans les rieses les mieux construites, et pour des échantillons courts, que Ton peut lancer les bois la pointe en avant. Comme l'indique la figure 235, le bout de la tronce qui chemine le premier doit être chanfrené sur 1/3 ou 2/3 de son diamètre. On évite ainsi l'usure de la riese et l'esquillage des bois.

Pendant la descente, on doit exercer une surveillance assidue sur la voie. H faut, en effet, que la vitesse des bois soit suffisante jusqua 20 mètres par seconde), mais qu'elle ne devienne pas assez forte pour causer de graves accidents. Même en se contentant d'une vitesse modérée, la surveillance est encore nécessaire. II arrive forcément que cette vitesse devient trop faible, ou trop forte dans les changements de pente et dans les parties du canal encombrées de pierres roulantes ; te bois est dès lors exposé à se casser, à se détériorer. On poste donc des gardiens tout le long de la riese, à portée de la vue les uns des autres ou tout au moins de l'ouïe. Chacun d'eux a une portion déterminée de riese à surveiller, à nettoyer et à réparer. Dans les endroits particulièrement dangereux, on place deux ouvriers qui se prêtent un mutuel concours. Les gardiens sont échelonnés les uns au-dessus des autres, et se transmettent de proche en proche les cris ou signaux né* cessaires.

Lorsqu'il s'agit de rieser de gros plots de sciage ou des bois de construction, ces différentes pièces mettent à peu près le même temps pour descendre. Aussitôt qu'un arbre est arrivé au bas de sa course, on l'extrait du chenal, on le range,

Fig. 235.

puis on lance le signal Kehret 0, qui se passe d'ouvrier à ouvrier, tout le long de la riese et de bas en haut. Dès que ce cri parvient à la partie supérieure de la riese, l'arbre qui est le plus près de l'embarcadère et qui a déjà été préparé est poussé dans le chenal, et son départ est annoncé par le cri Flux 0, répété de haut en bas, par chaque ouvrier, dès que l'arbre a franchi son poste.

Cette précision dans les mouvements pourrait paraître oiseuse et retardatrice ; elle est cependant nécessaire pour éviter les accidents. Et ce n'est guère que dans les rieses dont le chantier d'arrivée est très vaste, point encombré et d'où les ouvriers employés à la manutention des bois voient arriver les tronces de loin et peuvent toujours s'en garer, que l'on peut supprimer la perte de temps signalée ci-dessus, en lançant les arbres à la station de départ dès que le précédent a passé au poste immédiatement inférieur, ou tout au moins à quelque point primithement désigné.

Pour les bois de 4 à 6 mètres de long seulement, on peut aussi se départir de cet excès de précaution. On lance alors les bois morceau par morceau, à intervalles réguliers et suffisants pour que les pièces ne soient pas exposées à chevaucher les unes sur les autres.

Pour le bois de feu, on peut lancer sans interruption, car il importe peu que les morceaux se poussent et se heurtent. Du reste, un seul ouvrier peut facilement mettre ces bois en mouvement, et un morceau qui s'échappe n'entraîne pas une perte appréciable et ne peut dégrader la riese.

Les ouvriers qui doivent rester à leurs postes par les plus mauvais temps, par les tempêtes et les tourmentes de neige, ont besoin d'abri. A cette fin, on construit des huttes aux points de stationnement.

Le bois descend dans la riese, tantôt tranquillement et avec un mouvement ondoyant de serpent, tantôt avec une rapidité terrible et un bruit effrayant.

Dans les circonstances les plus favorables, par un temps propice et avec des pentes suffisantes, on peut rieser les différents assortiments de bois 'rondins, billots, bois en grumes) mélangés les uns aux autres. Mais habituellement, on ne lance qu'une seule espèce de bois, suivant le

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temps qu'il fait. En pratique, on riese, pendant la nuit et sur la terre glacée du chenal, le bois de feu, le bois à papier et les étais mesurant moins de 4 mètres de long ; pendant le jour, on lance les longs bois.

La facilité de descente des divers assortiments doit nécessairement entrer en ligne de compte dans le tracé de la riese. Il est évident qu'il faut une pente beaucoup plus forte pour du bois de feu, relativement très léger, que pour de longs bois, cubant jusqu'à 6 mètres cubes, dont le poids est considérable. En outre, il est toujours préférable de rieser les. bois dans toute leur longueur, quitte à les découper, sur le chantier du bas, suivant les dimensions voulues.

L'influence des circonstances météorologiques sur le fonctionnement d'une riese est indéniable, mais point aussi grande qu'on le prétend communément, la pente jouant un rôle très important. II y a, pour chaque riese et pour chaque nature de produits, un temps particulièrement favorable au débardage. Les très fortes pentes contre-indiquent le riesage sur un chenal glacé et exigent simplement une voie couverte de neige humide ou formée de terre sèche ; c'est là, en effet, que le frottement est le plus considérable. En revanche, avec une pente longue et continuellement faible 10 °/o et moins), on ne peut rieser que sur un couloir couvert de glace. A cette fin, on arrose préalablement le couloir, en utilisant l'eau des sources et des ruisseaux, qui ne manquent guère dans les montagnes.

La saison chaude d'été est en général défavorable au riesage. Sur les rieses qu'une pente raide ou une construction particulière, font employer surtout en été, on lancera de préférence par la pluie ou tout au moins par un temps humide. Lorsque l'exploitation d'été sera la règle, le constructeur devra choisir de très fortes pentes jusqu'à !)0 °/0 , ce qui interdit tout débardage en hiver. Même sur les rieses où l'on peut, en hiver, lancer indistinctement toutes sortes de bois, il vaut mieux procéder par catégories marchandes, afin d'éviter un triage difficile et onéreux sur la place de dépôt.

D'après des observations répétées, la neige humide constitue le meilleur sitbsiralum pour le riesage des petits bois, principalement de ceux que l'on ne peut écorcer, comme

le hêtre. Cela tient à ce que la neige molle adhère à l'écorce et retarde le mouvement. Les longs bois non écorcés et les tronces de sciage blanchies glissent également bien dans les mômes conditions.

En résumé : les longs bois et les grumes pesantes doivent être lancés par temps pluvieux, humides ou très secs, ou encore par neige molle ; pour le bois de feu et les assortiments moyens, découpés à 4 mètres de long, on riesera sur le sol gelé ou sur la voie couverte de neige dure ; enfin les bois les plus légers exigent une surface de glace.

IL — Construction de là riese.

On distingue dans une riese trois parties principales, qui sont :

a) Le lançoir ou station de départ, placé en tête de la riese et au voisinage duquel les bois sont amenés par la main des travailleurs, la traction animale ou par simple lançage le long des pentes ;

b) La voie courante ;

c) La place ou station d'arrivée, terme de la riese, près d'une route, d'un fleuve, d'une station de téléférage, où à son arrivée, le matériel est rangé et empilé par catégories, soit pour être immédiatement vendu, soit pour être débité par des scieries volantes, soit pour être transporté ailleurs.

A. Lançoir. — Les bois de la coupe sont rassemblés sur une petite plate-forme, autant que possible située au pied de l'exploitation, de préférence dans un combet vers lequel les arbres gravitent d'eux-mêmes, puis s'arrêtent sous l'action de leur poids. Ces arbres, gisant côte à côte, sont rangés en amont de la tête du lançoir ou distribués de part et d'autre de son axe, comme dans un chantier de scierie par exemple. Lorsque la place manque pour un dépôt suffisamment vaste, on dispose en amont plusieurs plates-formes ou bien on branche au sommet de la riese, des voies latérales, aboutissant à des lançoirs distincts.

La pente du lançoir doit être modérée, afin d'éviter que les bois prennent « le mors aux dents » , ce qui pourrait être

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dangereux pour le personnel chargé de l'exploitation et infliger de grosses dégradations à la voie courante. Elle doit a voir 20 à 25 % au maximum, aller en augmentant du haut vers le bas pour que les arbres, amenés au moyen d'une griffe, puissent se mettre spontanément et progressivement en marche. Quelques constructeurs donnent une plus forte déclivité à la naissance de la riese, et recommandent des pentes de 25 à 50 °/0. C'est parfaitement inutile, attendu qu'il est très facile d'augmenter le glissant de ce tronçon en le ravetonnant, c'esUà-dire en garnissant sa sole de rondins de 5 à iO centimètres de diamètre, espacés de mètre en mètre perpendiculairement à l'axe.

11 est à remarquer que le lançoir n'est pas nécessairement fixe ; il peut être placé à volonté dans les dépressions naturelles qui se rencontrent en remontant ou en descendant la riese. 11 en résulte que les rieses peuvent suivre très facilement les exploitations qui se déroulent sur les versants au pied desquels elles circulent. C'est donc un moyen extrêmement commode et pratique de dévestiture dans les forêts de montagne où l'ouverture de chemins carrossables serait impossible ou trop dispendieuse.

B. Voie courante. — C'est surtout dans la construction de la voie courante, que la sagacité du constructeur doit se donner carrière, pour réduire les frais de terrassements et autres façons, le gaspillage des bois. Partout, la voie se déroule comme un long serpent, avec sa forme caractéristique en fond de bateau ; mais ici, c'est un chenal dont les parois sont boisées par des pièces tendues sur des murs de soutènement ou portées par de véritables échafaudages ; là, elle s'enfonce sous terre pour éviter un éperon rocheux; ailleurs enfin, elle s'allonge dans les terres en fossé dont le fond est rendu plus glissant par un ravetonnage approprié. Le tout réglé par la nature du terrain, la pente nécessaire et l'économie désirable dans la construction.

a) Profil en travers. — Le profil en travers le plus anciennement adopté est représenté dans la figure 236. Le glissement des bois dans le sens de leur longueur y est assuré par une rangée extérieure de tiges assemblées bout à bout, en une sorte de garde-fou, de parapet, dont la fonction est de

su

prévenir le déraillement

Fig. 236.

des arbres riesés et de protéger contre les chocs le bord extérieur de la riese.

II est aisé de voir qu'avec cette disposition, la première de ces fonctions n'était presque jamais remplie, et les bois avaient toujours tendance à sauter hors de la voie courante. On a donc été naturellement con-

duit à encaisser la voie et à lui donner la forme actuellement usitée de la ligure 237. La section du chenal dessine un

Fig. 237.

triangle isocèle de lm,50 d'ouverture à la gueule et de 0m,20 de profondeur au sommet. Le garde-fou est toujours constitué par des pièces de bois alignées et maintenues latéralement par de forts piquets.

Dans les pentes longues et faibles et sur des sols résistants, on peut supprimer les parapets, ce qui oblige à creuser la

voie davantage et à lui donner la section représentée par la figure 230.

L'ouverture à la gueule reste la même, mais la profondeur est portée à 0m,40 ou 0"\50.

Dans les courbes, le garde-fou du bord convexe de la voie

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doit être composé de plusieurs perches superposées, afin d'éviter le jaillissement des bois hors du [chenal. On adopte alors le profil de la figure 239.

Enfin, lorsque le sol a été fortement entaillé en des tour-

nants ou dans des terrains trop peu résistants, il est nécessaire de soutenir les remblais de la voie avec un mur de soutènement, comme l'indique la figure 240.

rf^--

Fig. 240.

Pour éviter des achoppements, les grumes utilisées comme garde-fous doivent toujours être placées la pointe en haut, et de façon que chaque pointe soit engagée en dehors de la

queule qui la précède (fig. 241) ou embrévée directement avec elle (fa~ 242).

Dans ce dernier exemple, on remarquera que la voie «Mirante est bordée des deux côtés par des garde-fous solidement maintenus par des piquets ; des blocs de rochers forcent, en outre, des ravetons placés, pour faciliter le glissement, sur le terrain naturellement uni ou même parfois aplani à dessein.

Les grumes qui constituent les garde-fous sont prises parmi les arbres bordant la voie ; exceptionnellement, elles pro-

Fig. 241.

viennent des régions supérieures d'où elles ont été amenées par la riesc elle-même. Dans ce cas, il faut rebuter tous les bois meurtris ou éclatés, n'employer que des arbres tirés à la main jusqu'à leur lieu d'emploi. Ces pièces de bordure peuvent être utilisées comme bois d'œuvre, dès que la riese ne sert plus, à condition toutefois qu'elles ne soient pas restées plus de deux ans exposées aux influences atmosphériques. Généralement on les laisse se consumer sur place, car elles sont surtout formées de bois avariés.

Lorsque les garde-fous sont composés

de pièces étagées les unes au-dessus des

autres, il arrive souvent que le sol ne

suffit pas pour les maintenir en place ; on

doit alors soutenir les pieux et les étré-

sillons au moyen de petits murs en terre ou en pierre sèche.

La recherche de pentes régulières et de grands rayons dans

Je tracé des rieses impose des exhaussements de voie très

fréquents. Le chenal de la riese est alors en bois et porté

Fig. 242.

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