CHAPITRE V
TÉLÉFÉRAGE (1).
Depuis plus de 30 ans, le transport des bois, au moyen de fils métalliques et de câbles porteurs, s'opère, dans les Alpes suisses et autrichiennes, avec un succès toujours croissant partout où l'installation de chemins est impossible ou bien trop onéreuse. Une statistique dressée, en 1895, par notre collègue, M. Millier, montre que, dans le seul canton du Tessin, près de 165 kilomètres de câbles porteurs étaient, à cette époque, livrés à l'exploitation. C'est plus assurément qu'il n'en existe à l'heure actuelle dans toute la France.
Art. I«. — CABLE DORMANT SIMPLE POUR TRANSPORT DE FAGOTS, CHARBON ET BOIS DE FEU.
Réduit à sa plus simple expression, le câble porteur se compose d'un fil de fer de 7 à 15 millimètres de diamètre, fixé en haut de sa course à un tronc d'arbre, en bas à un tambour tendeur couché horizontalement. Deux appuis, formés par des poteaux croisés, permettent de relever suifisam-
(i) Die Drahtseilritse, von F. Fankhauser, Berne, 1873. — Journal forestier suisse, années 1896 à 1904. — Annales des Ponts et Cliaussies, Notes de MM. Gros et Bonhomme, années 18S7 et 1888. — M. Stein, a Danjoutin-Belfort, in litteris.
Mathey. — Exploitation des bois, I. 24
ment le fil aux stations de départ et d'arrivée (fig. 260). La tension se fait aisément en enroulant ce dernier autour du tambour A. A cette fin, ce tambour, qui a de 20 à 25 centimètres de diamètre, porte un ou plusieurs leviers, à l'aide desquels on peut le faire tourner sur son axe.
Lorsque le fil ne peut franchir l'espace d'un seul trait, on
Fig. 268.
intercale à mi-versant des stations intermédiaires. La manu* tention est alors plus compliquée, et le nombre des ouvriersemployés au chargement se trouve multiplié par celui de» stations»
La suspension mobile des charges au câble s'effectue soit avec des poulies en fer, soit plus économiquement avec de» crochets en fer ou des fourchettes en boi&.On emploie la poulie lorsque la pente est faible, les crochets lorsqu'elle est moyennement forte, les fourchettes lorsqu'elle est plus.
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grande. La pente règle donc l'emploi de ces différents moyens de suspension. En règle générale, on doit se servir :
De la poulie en fer, lorsque la pente varie de 5 à 15 % î
De la fourchette en bois sec ou du crochet en fer, lorsque la pente varie de 15 à 25 % ;
De la fourchotte en bois vert, lorsque la pente varie de 25 à 50 %•
La pente se détermine aisément en divisant la différence de niveau existantentre les stations de départ et d'arrivée, par la distance horizontale qui sépare ces deux points. Le câble ne peut jamais être suffisamment tendu pour figurer une ligne droite; il se recourbe plus ou moins en arc, sous la seule influence de son. poids. L'inclinaison diminue de la station supérieure à la station inférieure.
Les poulies, utilisées pour la suspension des charges, ont au minimum 3 centimètres de diamètre et 2 centimètres d'épaisseur ; le calibre de leur gorge répond à celui du fil. Afin qu'elles ne sautent point en dehors du cable, on les munit {fig. 269) d'un guide et d'un crochet fermé en bas pour plus de sûreté par un ressort. Le fardeau est suspendu à la partie inférieure de ce crochet par un lien ou une chaîne. Ces poulies se vendent au poids et coûtent environ 2 fr. 50 pièce. Il en faut une cinquantaine pour une exploitation un peu importante.
Les crochets en fer sont en forme d'S ; ils cassent fréquemment et ne peuvent servir à plu6 de trois ou quatre voyages. Les fourchettes en bois sont dessinées figure 270 ; elles se font de préférence en hêtre ou en bouleau. Celles en bois vert réalisent l'idéal' de la simplicité et du bon marché.
Les poulies, crochets en fer et fourchettes en boift sec offrent l'inconvénient qu'il faut les remonter, après un certain nombre de voyages, de la star
Fig. 269.
Fig 270.
tion d'arrivée à la station de départ. Les fourchettes en bois vert sont faciles à trouver dans la coupe même, et ne servent qu'une seule fois.
Pour remonter les crochets et les poulies ou pour tout autre besoin, on se sert de sacs ou de corbeilles attachés à une corde de chanvre qui peut s'enrouler autour d'un treuil à la station supérieure.
Dès que les instruments de suspension viennent à manquer, on attache à un fardeau la corbeille ou le sac. L'ensemble se met en marche, entraînant avec lui la ficelle fixée à ce récipient. Il suffit alors de remonter ce dernier à l'aide de cette cordelette après qu'il a été rempli et suspendu à une poulie ou à un crochet.
Les fils sont très exposés à se rompre, surtout au voisinage du support de la partie supérieure, et dans la partie la plus incurvée de l'arc.
Pour obvier à cet inconvénient, on renforce souvent le fil dans les premiers mètres de sa chute. De plus, il est indispensable que les ouvriers sachent réparer sur place les cassures des fils utilisés pour le transport. Cette soudure se fait très simplement, à l'aide d'une lame rectangulaire de laiton. Les deux parties dû fil étant limées comme l'indique la mss^ figure 271, on place la lame entre les bouts des brins, puis on brase par les procédés ordinaires.
Lorsque le fil est rouillé par la lg* ' pluie et que la pente est faible,
le glissement se fait avec difficulté. On entortille alors, autour du câble, deux chiffons gras attachés au cadre de la poulie, et le graissage se fait automatiquement, en môme temps que la poulie descend.
Tous les fils de fer ne sont pas convenables pour les installations téléfériques ; il faut des fils de fer au bois, ou, à leur défaut, des câbles formés de fils d'acier. Pour calculer la résistance des fils de fer, on se basera sur ce qu'ils peuvent porter une charge maxima de l i kilos par millimètre carré de section. Dans la pratique, on calcule la charge moyenne sur moitié seulement de la charge de rupture. Par suite, on pourra faire supporter aux fils de :
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6 millimètres de diamètre une charge de 198 kilos
12 * » » -jy* •
Quelques exemples de ces installations de fortune, à la portée de tout adjudicataire, feront encore mieux ressortir l'économie de ce mode de débardage ; ils sont tous empruntés à la statistique de M. Mûller.
1° Fil dArogno. — Fil de 7 millimètres de diamètre. — Longueur du câble : 400 mètres. — Pente : 233 °/0. — Transport à la fourchette en bois vert. — Poids du fil par mètre courant : 0k,35 ; poids total : 150 kilos. — Poids moyen de la charge : 40 kilos; maximum : 70 kilos ; minimum : 30 kilos. — Quantité de bois transporté : 400 quintaux de fagots de branchages, à raison de 88 quintaux par jour. — 3 ouvriers employés à la manutention. — Frais inconnus.
2° Câble de Bcdrctto. — Câble en fils tressés, de 10 millimètres de diamètre. — Longueur du câble entre chaque station : 700 mètres; nombre de stations : 4 ; longueur totale : 2.800 mètres. — Pente 33 °/0. — Transport à la fourchette en bois vert. — Poids du câble par mètre courant ; 0k,55 ; poids total : 1.925 kilos. — Poids moyen de la charge : 60 à 70 kilos ; maximum : 100 kilos ; minimum : 40 kilos. — Quantité de bois transportée : 2,500 quintaux, à raison de 80 quintaux par jour. — Durée du voyage : 30*. — Nombre de voyages par jour : 120.
i Achat du câble 850 fr.
Frais } Installation de la conduite 150 fr.
( Frais de transport (0 fr. 12 par quintal)... 300 fr.
3° Câble de Faido. — Câble en fils tressés, de 10 millimètres de diamètre. — Longueur du câble : 1.300 mètres. — Nombre de stations : 3. — Longueur : 1™ station : 400 mètres ; 2e : 600 mètres ;
3e : 300 mètres. — Pente : 55 %• — Transport à la fourchette en bois vert. — Poids du câble par mètre courant : 0k,90 ; poids total : 1.170 kilos. — Poids moyen de la charge : 30 kilos; maximum : 50 kilos; minimum : 15 kilos. — Quantité de bois transportée : 2.200 quintaux. — Durée d'un voyage : 60". — Nombre de voyages en un jour : 500. — Poids des charges descendues en un jour : 125 à 150 quintaux. — 10 ouvriers.
( Achat du câble. . 600 lr.
( Frais d'installation 180 fr. j
( Frais de transport 750 fr.
4° Fil d'Airolo. — Fil de H millimètres de diamètre. — Longueur du fil : 500 mètres. — Pente : 10 °/0. — Transport à l'aide de crochets en fer. — Poids du câble par mètre courant : 0k,55. — Poids moyen de la charge : 80 kilos ; maximum : 100 kilos; minimum : 50 kilos. — Quantité de rondins transportée : 1.000 quintaux, à raison de 100 quintaux par jour. — Durée du voyage : 20". — Nombre de voyages par jour : 100 à 150.
( Achat du fil 100 tr. )
'Frais | Installation de la conduite 40 fr. > 300 fr.
( Frais de transport ,160 fr. )
•o° Câble de Cadro. — Câble en fils tressés, de 14 millimètres de diamètre. — Longueur du câble : 1.030 mètres. — Pente : 25 %>• — Transport à la fourchette en bois vert. — Quantité de rondins transportée : 900 quintaux. — Frais d'installation : 600 francs.
Art. AI. — CABLES POUR LE TRANSPORT DES .BQIS D'GEUYHE.
On s'est longtemps borné à utiliser les cables aériens pour le transport du charbon et du bois de feu ; il paraissait impossible de transporter avec sécurité des charges de 100 kilos et plus, qui en vertu de leur vitesse énorme, devaient, ou bien s'échapper, ou bien tout briser en arrivant au bas. L'emploi de régulateurs et de freins a permis de ralentir la vitesse à volonté et d'écarter ainsi tout danger.
L'installation pour le transport des longs bois comporte :
1° Un cable porteur, invariablement fixé. par ses deux extrémités ;
2° Un cable régulateur sans fin ;
3° Un wagonnet avec poulies, chaînes, etc., pour recevoir les bois ;
4° Un frein.
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