II. - APPLICATION DU PAVAGE EN BOIS AUX CHAUSSÉES DES GRANDES VILLES
a) Essences employées. — Depuis une vingtaine d'années, l'usage des pavés en bois se généralise de plus en plasdans les grandes villes de France et de TElranger.
On distingue :
l** Les bois durs, dont les meilleurs sont : le Bois de fer de Bornéo, qui est vraisemblablement une légumineuse. le Lient du Tonkin {Peliophornm ferruffineum^ Benth), artre de la même famille, le Teck, le Karri [Eucalyptits colosm, Ilort, E, Diversicolor, Mùller), le Jarrah {Eucalyptusmarginaia, Mùller) et le Pitchpin. Ces deux dernières essences sont moins recommandables que les autres, en raison des variations considérables de densité et de dureté quelles présentent.
2^ Les bois tendres, qui comprennent le pin maritime gemmé, le pin sylvestre du Nord, le pin maritime non gemmé, le pin sylvestre var. d'Auvergne, le sapin et l'épicéa. Le pin maritime gemmé l'emporte beaucoup, comme nous I avons vu par les essais, non seulement sur le pin maritime non gemmé, mais encore sur le pin du Nord et le pin d'Auvergne, Le sapin et l'épicéa ne conviennent pas pour le pavage.
A ces essences plus particulièrement utilisées à Paris, nous voudrions voir ajouter les Eucalyptus cultivés en Algérie, c'est-à-dire les E, globulus, E. rostrata, E. b<h tryoides, etc., puis iBnfinle pm d'Alep algérien. Nous avons la ferme conviction que ce dernier, convenablement traité, fournirait des produits au moins aussi bons que ceux du pin maritime.
h) Prix des chaussées de diverses natures. — Au point de rue de rélîiblissement, sans tenir compte des frais de démolitioQ et d'enlèveineiit de l'ancienne chaussée, les prix moyens à Paris sont les suivants :
Asphalte comprima*, de 0™,15 d'épaisseur, .sur bélon de 0™,15
d'épaisseur, le mètre carré lofr.î')
Pavage en grès de l'Yvette sur sable, le mètre car*-é .... \^ ^
Pavage en pin marilifne, 0™,t5 d'épaisseur IS 30
Pavage en quarlzite de l'Ouest, sur sable 18 M
Pavage en quarlzite de l'Ouest, sur béton 2;? 50
D*un autre côt<^. les frais d'entretien par an, nettoiement non compris, se montent aux chiffres ci-après :
Asphalte comprimé, le mètre carré i fr. 35
Grès de FYTeUe, 8ur sable 0 80
Pin maritime 1 10
Quartzite de l'Ouest, sur sable 1 10
Quartzite de l'Ouest, sur béton 1 ^
Il résulte de là que le pavage en bois ne coûte pas sensiblement plus cher que les autres pavages, mais qu'il est d'un plus grand entretien.
c) Dimensions des pavés. — A Paris, Les pavés ont 0"*,!^ de hauteur, 0<°,08 sur 0"',2'3 de face. Ils sont débités par des scies circulaires à plusieurs lames» dans des madriers de 0<",08 x 0'",22 d'équarrissage, et dont la longueur dépasse parfois 20 mètres. La production est d'environ 3000 pavé» à l'heure. Le madrier pavé de pin maritime vaut, dans les Landes, de 32 à 34 francs le mètre cube sur w^agon départ. Les essences exotiques coûtent plus du double.
d) Mode d'exécution du pavage. — Après avoir été créosotes, les pavés sont amenés sur les chantiers et posés debout sur une fondation en béton de ciment de Portland de On^jio d'épaisseur, réglée suivant le bombement voulu, au moyen du lissage d'une légère couche de mortier. Les pavés sont posés joiutivement et les rangées sont séparées par des réglettes, de façon à donner des joints parallèles, perpendiculaires à l'axe de la chaussée et larges de iO millimètres environ. Ces joints sont entièrement coulés en Portland.
Les rives sont limitées généralement par deux ou trois rangées de pavés, placées parallèlement aux bordures des trottoirs et séparées d'elles par un vide de 5 à 7 centimètres, qu'on remplit de sable fin.
Quand la chaussée est terminée, on répand, sur toute sa surface, une couche de gravier à gros grain, sur lequel on laisse la circulation s'effectuer, de manière à faire pénétrer une partie de ce gravier dans la tête des pavés.
A Sydney, les pavés d'Eucalyptus sont disposés sur des fondations parliculières. On coule d'abord un lit de béton de 23 centimètres d'épaisseur, constitué par o parties de pouzzolane, 2 parties de sablo un lavé et 1 partie de ciment ; on recouvre ensuite ce fond d'une couche d'un centimètre et demi de sable et de ciment mélangés. La surface supérieure, sur laquelle s'appuient les pavés, forme une convexité dont la flèche mesure Tcm^o. Après la pose, on goudronne la chaussée, puis on la sable et on la couvre de gravier concassé.
La durée du pavé de pin maritime est de 8 ans sur les grands boulevards et de 10 ans sur les voies secondaires. On ignore si
GUi LES GRANDS EMPLOIS DU BOIS
l'accroi.ssement de durée des bois exotiques compensera rélévaLîon de leur prix de revient.
e) Entrelien des pavages en bois. — L'entretien des pavages comporte les opérations suivantes : le relevage à bout, qui consiste à retourner sens dessus dessous les pavés ; le repiquage, ou renouvellement des petites positions ayant beaucoup soufTert ; le remaniement, ou réfection complète d'une section.
Dans tous les cas, il faut procéder à Vébarbagc, c'est-à-dire à li rectification des arêtes détériorées. Quand un pavé se trouve en place depuis quelque temps, les fibres superficielles sont écrasées et déchirées par le choc des sabots des chevaux et le passage des voitures ; il faut donc' nécessairement enlever ces barbes, pour que la nouvelle surface de roulement soit parfaitement unie.
Cet ébarbage se fait mécaniquement à l'aide d'une fraise et d'an moteur. La fraise est formée par une large roue de 16 dents, ?ur laquelle se trouvent fixées autant de lames rectangulaires et mobiles, ajustées au moyen de deux vis. Cette fraise est placée sur une table et actionnée au moyen d'un moteur à essence de Dion-Boaton; elle permet de retailler environ 600 pavés à l'heure.
in. — APPLICATIONS DIVERSES.
On ne saurait assez recommander le pavage en bois dan? les ateliers où Ton manipule des pièces délicates qui se briseraient en tombant sur des carrelages. Les meilleure> essences à employer sont le chône à découvert, le hêtre a couvert. Dans latelier de montage des locomotives de la compagnie de l'Est à Epernay, les paves, de forme cubiquo, sont en chêne injecté et ont 10 centimètres d'arôte. Ils sont posés debout sur une chape en sable de rivière, de 0",20 d'épaisseur.
Dans les cours d'usine et d'hôtel, dans les couloirs de portes cochères, on ne saurait utiliser le chêne qui est trop glissant: mais le hêtre injecté ou créosote donne d'excellents pavés, dont la durée ne le cède guère à celle du chêne. Ces pavés de hêtre ont communément 14 à 17 centimètres de longueur et 9 X 10 à 7 X 14 centimètres de face. Un mètre cube grume donne 450 à 500 pavés valant 120 à 140 francs le mille. Déduisant la façon et le transport, évalués à 30 francs par mille, il reste en moyenne 35 francs pour la valeur du mètre cube à l'usine.
Enfin, dans les écuries, on emploiera de préférence des
BOIS DE nOULEAUX ET DE CHEVILLES
bois légers et résistants au choc, comme Taune et les peupliers noir et d'Italie.
La confection des pavés n'exige pas de bois de choix. On peut les tirer, soit de madriers d'épaisseur, soit des déchets (le scierie un peu gros et dont on trouverait difficilement un meilleur emploi.
Art. XX. — BOIS DE ROULEAUX.
Les rouleaux pour les tailleurs de pierres et les carriers se font principalement en tilleul, accessoirement en érable et en châtaignier ; ceux de l'agriculture se font eu hêtre noueux.
Art. XXI.