BOIS DE MEULES
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cence, les tissus qu'elles composent ne peuvent plus réagir contre les influences extérieures ; Thumidité les pénètre et en dissout petit à petit les substances minérales solubles. 11 est facile de suivre pas à pas ce lent travail de décomposition. Alors que la perche A [fig. 30(5; est déjà formée de bois pourri, la souche B qui la porte, est encore formée de bois résistant, généralement coloré en jaune brun.
En y regardant de plus près, on voit sur la branche et la souche, des lignes à contours irréguliers, m^ii.p.c/, qui délimitent des zones diversement nuancées, dont la densité va en augmentant du haut vers le bas. Ces lignes sont dues à Thumidité qui pénètre le bois de plus en plus profondément, au fur et à mesure que les tissus perdent leur turgescence. Ce sont les parties supérieures, comprises entre les lignes n,p, qui se sont décomposées le plus promplement et le plus profondément, d'où vient que le bois pourri pour meules se récolte généralement pres(|u'à fleur de terre.
Jadis, quand les forêts étaient visitées par de nombreux délinquants qui coupaient sans discernement les perches à une grande hauteur au-dessus du sol, la formation de bois pourri était abondante; maintenant que les arbres sont exploités rez-terre et qu'on élimine les feuillus des sapinières, il est évident que le bois pourri ne se forme plus. Cependant on en trouvera encore des quantités importantes dans les Alpes de Savoie, où cette exploitation sera facile et rémunératrice. Si l'on veut produire artilîciellement le bois pourri, il suffira de faire périr naturellement les vieilles souches, en recépant leurs brins à 0'",5() ou 1 mètre du sol ; mais il faudra attendre au moins 40 à 5U ans avant que le travail de décomposition soit complet. Peut-être le bois pourri
Fig. 366
688 LES GUA>DS EMPLOIS DU BOIS
blanc de la tige des sapins et des hêtres, dû à l'attaque de champignons parasites, comme Polyporus fulvus, ou saprophytes, comme Polyporus imbricalus, pourra-l-il remplacer dans une certaine mesure le bois pourri des souches : il n en aura cependant jamais la légèreté, la douceur et la finesse.
Art. XXIII. — BOIS DE BOUCHONS.
Pour remplacer le liège, on fabrique des bouchons de bois avec du peuplier à fibres bien droites, sans nœuds, ni autres défauts, que Ton imprègne de paraffine ensuite. Depuis quelques années, à Bex (Suisse), pour cette fabrication on utilise exclusivement du bois de sapin qu'on assouplit et qu'on rend inodore et sans saveur au moyen d'un proc^'dé particulier (vraisemblablement par un traitement à Tacide chlorhv- (Irique). Cette invention permet de se passer de paraffine et (le réduire de 50 7o 1© prix de revient. Le bouchon de sapin offre, sur celui de peuplier, l'avantage de pouvoir s'extraire du goulot de la bouteille à Taide du tire-bouchon tout aussi bien qu'avec la pince ; en outre, la capsule de métal dont od le coiffe s'insinue entre le verre et lui, il est donc impossible d'enlever cette capsule sans déboucher la bouteille.
Art. XXIV. — BOIS D'ÉCLISSE ET DE VANNERIE.
Les vanniers livrent à l'industrie des corbeilles et des paniers de tous genres et de toutes dimensions, depuis les nasses grossières jusqu'aux plus fins articles de luxe, pour bonbonneries, etc. En général, on emploie pour la fabrication de tous ces objets des écllsses de vanniers, qui sont obtenues par la fente de jeunes pousses de différentes espèces de saules: Salix viminaliSy S, purpurea^ S. rubra, S. amygdalina, S. Lamberliana. etc. Les meilleures baguettes de saule sont minces, entièrement dépourvues de branches, longues de i mètres à 2™, 50, à bois bien blanc et élastique. On livre à l'état tantôt brut, tantôt écorcé. Les baguettes brutes, non fendues, ayant jusqu'à 1,5 centimètre de diamètre, servent
BOIS d'éclisse et de vannerie 689
à faire des nasses et des corbeilles grossières. Pour tous les autres travaux, les osiers doivent être écorcés et fendus.
L'écorçage se pratique généralement de suite après la coupe. Si cette dernière se fait en hiver, on réunit les brins en grosses bottes que Ton met tremper dans de l'eau courante en attendant le printemps. On peut encore écorcer en dehors du temps de sève, en plongeant les brins, soit dans un bain de vapeur, soit dans de Teau à 30 ou 40 degrés. Une fois écorcées, les baguettes doivent êtres séchées à Tair et au grand. soleil, pour éviter qu'elles ne deviennent grises et cassantes ; en les plongeant dans l'eau un peu avant leur travail, on leur rend leur souplesse et leur flexibilité primitives.
Pour les travaux plus fins, les brins doivent être fendus. On fait en sorte que les éclats aient même épaisseur au gros bout. La fente des osiers se fait au moyen de couteaux particuliers.
Dans les régions viticoles, on se sert aussi de pousses de saules blanc et viminal pour lier les sarments.
Les éclisses de saule n'étant pas assez abondantes pour suffire à tous les besoins de la vannerie, on en demande à la bourdaine pour les bourriches et les petits paniers ; au chêne, au châtaignier, au coudrier, au sapin, pour les corbeilles de plus grandes dimensions. Parfois, on se sert aussi de fines radicelles de pin maritime et de mélèze. 11 y a environ 40 ans, chaque domestique de ferme devait, en Bresse, fabriquer quelques paniers pour pommes de terre, durant les longues veillées d'hiver, qui se passaient ainsi en famille. Aujourd'hui, on préfère aller au café, et l'industrie de la vannerie grossière est devenue l'apanage des Romanichels et autres errants, voleurs de bois, plaie des campagnes.
Le tressage des corbeilles fines se fait sur des formes en bois ou en caoutchouc. Pour ces objets de fantaisie et de luxe, on emploie surtout le rotang des Moluques, de la Sonde et de la Cochinchine {Calamiis rudenium), ou de l'Inde [Calamus rotang).
Les manches des fouets de charretier sont souvent composés d'éclats arrondis et tressés de brins de micocoulier, de frêne ou d érable. Les tiges propres à cet usage sont fendues en morceaux carrés, de 2 à 3 centimètres d'épaisseur, puis
Mathey. — Exploitation des bois, IL 44
690 LES «EANKS KMHjMS »D MIS
ceux^n sont divisée, ji partir do petit bout, en 4 on 5 lanèn?s. On ménage, à Tautr^ extrémité, une poignée non fendvf, de 15 à 20 cenlimctres <le iengueur, que Ton arreodit proprement pour empoigner ie fouet. Quant aux éclis8K, elles M polies, passées à Teau bouillante, puis tressées en fnolm^ ment de la poignée.
Art. XXV. - BOIS DB SPARTERIE.
La spartcrie emploie également diverses essences et [tories foreslières. La tillcy écorce du tUleul, est très utilisée ei Russie, où elle sert aux usages les plus variés: nattes, chaussures, harnais, corciages. Les nervures des feuilles d^ cocotier el d'agave, dénommées fibres d'aloès, sont importées en grande quantité de Manille, du Mexique, de l'île Maurire. de la Réunion, et sont utilisées pour la fabrication decwles et d'agrès de gymnastique, d'articles de sparterie, de htmacs, etc. Les cordes en fibres daloès sont imputresdbh et ont des emplois divers, soit pour laisses de chiens, cowfe à lessive et à sauter, vannerie, brides, licous, sangles, fen^e? pour chevaux. Les fils de cocos proviennent de laoôteâe Malabar et de Ceylan. Ils donnent des tapis-brosses, des tapis rustiques pour vestibules et appartements carrelés, des sjcs à charbon.
En IDOi, le D*^ Trabut nous avait envoyé, pour planter dans les dunes d'Ouréah, des Agaves sisal et rigide, peisant faire, avec ces plantes, la richesse des sables alférien^ el oubliant que notre colonie possède, dans le palmier nain, un textile de tout premier ordre, dont il importe avant toui (le prévenir la disparition imminente. Avec les ner\'uresdci feuilles, les indigènes font des nattes, des cordes grossières, des paniers, des malles, des chapeaux. Ces mêmes ik^ \ures donnent aussi un excellent crin végétal, dont on tire parti dans Tameublemcnt comme rembourrage) après l'avoir teint en noir et frisé. Le prix des feuilles varie de 2 franc *» 2fr. TïO les 50 kilos; un homme peut en récolter 200 kilos par jour.
. La laine de bois, brute ou colorée, peut servir à rempaifer
DOIS DE SPAIITERIE
des chaises, à garnir des tamis ; à confectionner niécaniquement des cordes [fig. 367), des câbles, des fds pour couvertures, rideaux, nattes, paillassons, tapis. Pour ces différentes fabrications, on utilise sui*tout des laines de sapin, ayant 40 à 60 centimètres de longueur. En Angleterre, on fabri(jue également des tapis en bois (parketls) avec des rubans larges de 1 pouce et provenant de bois durs fnoycr, chêne, fruitier, acacia).
Ces rubans sont réunis avec un lien de fil de fer.
Les produits les plus lins de la sparterie en libre de bois sont tissés au métier et donnent des formes de chapeaux et de cas- (|uettes, des porte-bouteilles, des étuis à cigares, des boutonnières, des nattes de tables, des stores.
Pour les formes de chapeaux, on utilise surtout le tremble et accessoirement Tépicéa. Les tiges de tremble sont découpées en morceaux de 30 centimètres de longueur qui sont écorcés et décœurés. On a soin d'écarter tous ceux dont la fibre n'est pas bien droite. On met tremper dans Peau avant de défibrer.
Dans certaines régions, la préparation des fibres se fait par voie chimique. Les copeaux d'épicéa, longs, de 20 à 30 centimètres, sont mis dans un bain de sulfite. Secoués dans le li(juide, ces copeaux se divisent et se séparent en fragments plus petits, dont on achève la dissociation par un peignage. On obtient ainsi des lils très menus, qui servent à la fabrication de cordes, de câbles, de nattes, etc.
Fig.367. — Machiae à fabriquer la corde de fibre.