‹ Traité dʹexploitation commerciale des bois;Chapitre 170 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

TANINS ET EGORGES

Art. ^^ — GÉNÉRALITÉS SUR LE TANIN.

Le tanin se présente, à Tétat sec, sous forme d'une substance amorphe, d'un blanc jaunâtre, inodore et d'une saveur astringente. Très soluWe dans Teau, il l'est beaucoup moins dans l'alcool et très peu dans l'éther privé d'eau. Sa solution rougit faiblement la teinture de tournesol. Sec et conservé à l'abri dé l'air, il ne s'altère pas sensiblement ; mais ses solutions subissent, au contact de j'air, une fermentalion dite gallique, qui le dédouble en glucose et en acide tannique. Ce dernier réagit sur les sels métalliques et de fer, qu'il réduit à l'état métallique ou à un nloindre degré d'oxydation. On obtient ainsi, avec certains sels, des produits diversement colorés, utilisés, soit dans la fabrication de Yencre, soit dans l'industrie tinctoriale. Mais la propriété la plus importante de l'acide tannique réside dansson action sur la gélatine de la peau, qu'il transforme en cuir.

Autrefois, on employait exclusivement pour la tannerie le tan, écorce pulvérisée de certaines essences (chêne, saule, aune) ou les feuilles pulvérisées du sumac. Aujourd'hui, on substitue en tout ou partie, à Faction très lente du tan sur les peaux, celle beaucoup plus active et plus rapide de jus tanniques, préparés par la décoction ou la macération

dans l*eau, soit des écorces, soit des bois de certaines essences. On prépare ainsi en quelques semaines, des cuirs qui demandaient deux ou trois ans de fosse par le procédé ordinaire ; mais les produits obtenus sont de qualité très inférieure.

Art. II. — MATIÈRES PREMIÈRES EMPLOYÉES A LA FABRICATION DU TANIN.

On extrait industriellement le tanin d'un grand nombre de végétaux. Nous donnons ci-après l'énumération des priflci' paux d'entre eux avec leur teneur en tanin :

Bois de Quebracho sec • 60 ^,'q Bois de Palétuvier rouge. 58 ^.q {Uhizophora mangle).

Ecorjce de Quebracho . . 50 <>/o Bois d* Acacia oatechu, 45 à 50 ^/q Racines de Ganaigre . . 42 o/o {Polygonum hymenose-

palum).

Bois de Pyinkado ... 37 o/^ {Hylia doîabrifortnis).

Bois d'Uncaria Gambier. 35 ^/q Bois de Châtaignier . . 30 o/q » Tsuga .... 30 o/o » Chêne .... 28 0/^ Galles de Hhus semio-

lata 70 o/o

(Gobalschi du Japon).

Ecorce de Palétuvier

rouge 39 à 46 o/^

Capsules de Querout

CEgylops ..... AA ^!o Glands et galles de chêne

pédoncule 38 o/o

Vallonnée (Cupules du

gland de chêne Velani). 35 ^/q Gousses de Dividi((7af«ai-

pi7ja coriaria) ... 35 o '^ Palétuvier (autres provenances) 50 o/o

Ganaigre, tiges .... 30 ^/^

Myrobalanum (Fruits sèches de Badamiers ou d'Buphorbiacées diverses) ...... 30

Quebracho Lorentzia . . 20

Ecorce des Mimosas australiens (Acacia mêlanoxylon. A, decurrens, A. homalophylla, etc.). 20

Ecorce de Chêne l*"* qualité 20

(rouvre et pédoncule).

Ecorce de Chêne liège . 19

Ecorce de Ciiêne (rouvre et pédoncule) âgé de 40 ans iO

Garouille (ecorce de la racine du Chêne kermès) 18

Ballabs (fruits d'acacias .exotiques) i^

Ecorce de Querctis den" siflora et de Picea Engelmani ^^^

Ecorce de Tsuga mertensiana '^i'

Ecorce de Chêne yeuse . ^^

Ecorce d'Aune glutineux. ^^-^

Ecorce de Sumac thezera ^*

TAMSS ET FXORCES

Ecorce de Pseudotsuga Douglasii ....

Ecorce de Chêne zéen

Ecorce d'Epicéa de 25 ans.

» 55anfi,

Ecorce de Casuarina .

Ecorce de Shorea robusta (Indes)

Kcorce de Saule. . .

Ecorce de Tsuga cana densis

Vieilles écorces de Chêne » d*Epicéa

Ecorce d*Aune blanc .

Ecorce de Sapin. . .

, 0 Vo o/o

Ecorce de Quercus pri-

no8 et de Castanea

americana

Ecorce de Queràus alba.

6 Vo

Ecorce de Chêne afarez .

Ecorce de Quercus rubra.

Ecorce d'Orme . . • •

Ecorce de Châtaignier .

Galles de Cynips . . .

Ecorce de Chêne chevelu.

Ecorce de Bouleau. . .

Ecorce de Marronnier

d'Inde

Ecorce d'f<:rable. . . .

Ecorce de Hêtre , . .

Ecorce de Mélèze . . .

L'importation des écorces à tan en France a successivement diminué depuis 15 ans ; elle a passé, de onze millions de kilogrammes en 1890, à cinq ou sept millions durant la période comprise de 1900 à 1906. Et, comme la production des cuirs va toujours en augmentant, il faut conclure de ces faits que la tannerie française emploie de moins en moins d'écorce de chêne et de plus en plus d'extraits tanniques. Les principales substances que nous importons sont :

Le sumac fustet en feuilles et en poudre, environ 10 à \i millions de kilos par an ;

Le cachou, environ 4 à 5 millions de kilos par an ;

Les noix de galle, gousses de Dividi, Myrobalanes, Vallonnée, etc., environ 6 mille tonnes par an ;

Le bois de Québracho, environ 17 000 tonnes par an.

Les tanneurs allemands tendent de plus en plus à remplacer Técorce de chêne par le bois de Québracho, importé en billes de la République Argentine. Il comprend deux variétés : la rouge et la blanche. Le Québracho rouge est plus riche en tanin que le blanc, et contient 18 à 20 7o de cette substance. Ce bois est moins coûteux que Fécorce de chêne et presque aussi bon marché que l'hemlock.

En raison même de sa haute teneur en matières tannantes, le Québracho contient une proportion relativement faible des matières non tannantes qui contribuent à nourrir le cuir et à acidifier le bain de tannage, sans toutefois secom-

098 PIUHIUITS ACCESSOIRES

biner d'une façon directe à la fibre animale. Pour ce motif, oa n'emploie le Québracho qu'à l'état de mélange avec d'autres produits plus riches en matières non tannantes.

Le Québracho rouge re»ferme une quantité considêrahlo de maliére colorante rouge, difficilement- soluMe dans l'ean froide, mais facilement soluble dans leau chaude. Danscos conditions, le bois de Québracho, qui n'a pas été traité d'une façon convenable, donne au cuir une teinte rougeàtre.

Employé seul, l'extrait de Québracho Jie communique au cuir qu'une teinte assez faible ; mais, si on lui incorpore de Talun ou du sel marin, il donne de plus beaux résultats que le gambier. Le cuir tanné au Québracho, à Falun et au sel, prend une teiale jaune paille, le C(Mé du cuir adhérent a la chair restant presque blanc.

L'extrait de Québracho se prépare, soit en cristaox à G5-70 Yo ^^ tanin, soit en pâte molle à 45 '/<, de tanin.

Depuis quinze ans, les pays d'Europe, spécialen>enl l'Allemagne, (Hit réduit dans une proportion sensible les demande? qu'ils nous font chaque année de nos meilleures écorces do chêne. De 1890 à 18ÎK3, nous exportions de 54 à 55 mille tonnes d'écorces. De 1893 à 18ÎW, les exportations sont tombées à 45 mille tonnes. Actuellement, c'est à peine si nous livrons 10 mille tonnes à l'étranger.

Par contre, les fabriques corses et françaises d'extraits de châtaignier ont beaucoup augmenté leur production. Non contentes d'alimenter largement nos tanneries, elles hvreni encore aux états voisins plus de 38 mille tonnes d'extrait:?.

Art. lit. — LES ÉGORGES DE CHÊNES ROUVRE ET PÉûONCHÉ.

A. Leî» KACTKiRs 0E pnoDicTio. — La qualité des écorces dépend d'un grand nombre de facteurs, dont les principaoi sont l'espèce, le climat, le sol, Tàge, le mode de traitement, la composition et l'état du peuplement, les procédés d'extraction et de préparation.

a) Dans l'Europe centrale, on écorce indistinctement k chêne rouvre et le chêne pédoncule ; toutefois le premier forme le fond des taillis à écorce. Quant à savoir au juste

TA^IINS ET BCORCES 699

quelle est celle des deux espèces qui fournit les produits les meilleurs et les plus abondants, cela est impossible à préciser, attendu que les facteurs locaux de sol et de climat jouent toujours un rôle prééminent.

Dans TEurope méridionale, en Hongrie et en Slavonie, c'est le chêne pubescent {Querciis pubescens) qui fournit Técorce à tanin ; dans le Midi de la France, en Algérie et en Tunisie, c'est le chêne vert {Quercus ilex) et le chêne liège {Quercus suber); dans TAmérique du Nord, c'est le chêne rouge, bien pauvre en tanin cependant ; dans l'Amérique du Sud, c'est le Quercus densiflora ; au Japon, le Quercus dentaia.

b) Nous avons montré dans le premier volume de ce Traité que les- essences les plus riches en tanin habitent les régions chaudes du globe. En ce qui concerne plus spécialement le chêne, on peut dire de même que la proportion d'écorce et la teneur de ces écorces en tanin sont d'autant plus fortes que le climat est plus chaud. Par suite, toutes les particularités de sol, d exposition, de radiation, qui élèvent la température d'un lieu, contribuent puissamment à développer la production du tanin dans le bois et dans Técorce des chênes. Néanmoins, comme la finesse des écorces est aussi un élément très important de classification, on ne peut attacher une importance excessive aux indications du climat. C'est ainsi, en ce qui concerne particulièrement les chênes rouvre et pédoncule, que les meilleurs taillis français à écorce sont ceux des Ardennes, de TAube, de l'Yonne et du Morvan.

c) Plus le chêne croît vite, et plus sont grandes la quantité et la qualité d'écorce produite. Les plus forts rendements sont donc obtenus dans les meilleurs sols. D'une part, eu effet, la formation d'écorce est plus rapide sur les lions que sur les mauvais sols ; d'autre part, cette écorce renferme moins de rhytidôme, parlant plus de tanin, en terrain fertile qu'en terrain maigre. Les sols humides ou simplement mouilleux ne sont pas favorables à la production du tanin. La base minéralogique ne parait pas avoir une influence marquée sur le rendement quantitatif et qualitatif. On trouve de bonnes écorces sur les formations siliceuses, argileuses ou calcaires, pourvu que le terrain soit profond^ meuble ei frais.

d) C'est dans les longues cellules du parenchyme de récorce interne que le tanin s'amasse en grande quantité. Et, comme chaque année le cambium produit une nouvelle couche de parenchyme et de tubes criblés, il s'ensuit que l'épaisseur d'écorce et, partant, la quantité de tanin augmentent avec rage des arbres. Mais cette progression n'est pas indéfinie. Il arrive, en effet, un moment où, à la périphérie, récorce se gerce se fendille et meurt. Or, dans ces parties fendillées et mortes, le tanin, entraîné par les pluies, a presque totalement disparu. Théoriquement, l'époque où l'exploitation des taillis donne les meilleurs résultats se trouve réalisée quand il se produit intérieurement autant d'écorce vivante qu'il s'en détruit extérieurement sous forme de liège. Ce moment est difficile à préciser, car il varie avec la croissance plus ou moins rapide des peuplements, la fertilité plus ou moins grande du sol, l'insolation plus ou moins vive des perches. Tout ce que l'on peut dire d'une façon générale, c'est que la richesse d'une écorce en tanin augmente rapidement avec l'âge ; elle culmine vers 15 à 20 ans, se maintient à peu près constante pendant 5 à 6 ans, puis diminue

progressivement, comme le montre le tableau ci-contre:

e) L'insolation complète des perches est nécessaire pour obtenir une forte proportion de tanin dans les écorces. Des peuplements par trop épais, le mélange d'une trop forte proportion d'essences d'ombre, la présence de réserves trop abondantes, abaissent sensiblement la production en écorce et en tanin.

/) 11 est reconnu depuis longtemps, que Técorce du chêne est d'autant meilleure pour la tannerie, qu'elle provient de taillis ayant cru plus rapidement. C'est pourquoi les bois à écorce ont été pendant longtemps traités en taillis simples» à des révolutions variant de 13 à 25 ans. Mais la mévente des petits bois et la dépréciation constante des écorces ont conduit partout à allonger les révolutions, à transformer les

Age des boU

Teneur en tanin dus écorces

2 à 7 ans

TANINS ET ÉGORGES 701

taillis simples en taillis sous futaie. Ceux-ci sont maintenant coupés entre 25 et 40 ans. Les écorces provenant de ces derniers sont nécessairement moins fines, plus lourdes et moins riches en tanin ; par contre, la levée en est plus facile et le rendement plus élevé. La différence de valeur entre les écorces de 20 et de 40 ans se monte en moyenne à 20 francs par mille kilogrammes ; elle devrait être compensée par une économie dans la main-d'œuvre.

Dans les taillis sous futaie, on écorce non seulement les brins de l'âge, mais encore les surtaillis, c'est-à-dire les petits arbres de 0",40 à 0",80 de tour. Ceux-ci produisent plus de marchandises pour l'ouvrier ; la récolte en est aussi plus aisée. Cette grosse écorce ou caiin est, tantôt vendue à part, tantôt mélangée à celle des brins du taillis. La proportion en est alors déterminée à l'avance sur le contrat qui lie le vendeur à l'acheteur : elle varie de 25 à 35 7©; en général, elle est de 20 %.

ff) Les meilleurs taillis à écorce sont peuplés exclusivement de chêne. Les autres essences de lumière, qui pourraient lui être mélangées, comme le tremble et le bouleau, donnent bien des produits très appréciés, mais ils nuisent à la production et à la qualité des écorces de chêne. L'état de massif clair est également favorable au rendement. Toutefois, la présence en sous-étage de la bruyère, des genêts, d'un gazon haut et feutré, trahit un sol en voie d'épuisement ou un mode de traitement défectueux.

C'est en augmentant hardiment la durée de la révolution, en supprimant certaines pratiques vicieuses, comme le soutrage, qu'on parviendra progressivement à restituer au sol sa fécondité perdue et à resserrer la trame trop lâche des peuplements.

L'ensouchement ne doit être ni trop épais, ni trop clair ; la bonne moyenne doit se tenir autour de 4000 à 4500 perches par hectare. On peut augmenter sensiblement la production d'écorce et la richesse des écorces en tanin, en pratiquant, aux deux tiers de la durée de la révolution, une éclaircie-nettoiement dans le taillis, portant sur les essences accessoires, sur les traînants de chêne recourbés et pauvres

7U2 PRODUITS ACCESSOIRBS

en tanin, comme aussi sur les perches faibles et étriqnées,

situées à l'intérieur des plus grosses cépées.

Tout enlèvement de mousse, d'herbes et de feuilles mortes doit être sévèrement prohibé dans les taillis à écorce, qui doivent également élre soustraits au parcours.

B. Pratique de l'égorçace. — a) On commence par couper en hiver tous les brins d'essences autres que le chêne, voire même aussi les brins de chêne trop petits pour donner de l'écorce. Dans certaines régions, les ouvriers élaguent encore les perches de chêne, qui doivent rester debout, sur toute la hauteur que peut atteindre la hache. Ces premiers produits, dénommés bois d'hiver, sont ioimédiatement façonnés et mis en tas.

Dans les régions où les taillis à écorce sont soumis à une culture agricole temporaire, on pioche et on gratte le sol aussitôt après la coupe des bois d'hiver, si la température le permet. Les places cnherbées et embroussaillées, qui ont été cultivées, ont alors le temps de s'aérer et de sécher plus complètement, ce qui ne se produirait plus si Ton attendait pour effectuer ce travail jusqu'à la fin de la période d'écorçage, coïncidant avec Tépoque des semailles.

b) Dès que les bourgeons font mine de s'ouvrir, que la sève travaille, on procède à la levée de l'écorce, en commençant autant que possible par les surlaillid, en finissant par les brins de l'âge. Il est à noter, en effet, que les grosses perches et les billes de pied sont plus faciles à écorcer au début qu'au milieu et surtout qu'à la fin de la saison d'écorçage. En ce qui concerne les espèces de chêne, le rouvre est plus facile à écorcer que le pédoncule ; mais, pour ce dernier, la période d'écorçage est avancée d'une dizaine de jours. Ce travail demande à être mené rapidement, car la saison d'écorçage ne dure, sous notre climat, que de 4 à 6 semaines. Un temps chaud et humide le favorise ; un temps sec et froid le contrarie. On nécorce pas par la pluie. En France, la meilleure saison d'écorçage est comprise entre la fin avril et la mi-mai. Sur le Rhin, on prolonge Técorçage jusqu'en été, car Técorce tardivement récoltée est plus lourde. Dans d autres localités, on n'écorce (ju'au voisinage du 24 juin, c'est-à-dire au moment de la seconde poussée de sève, afin de récolter la feuille

TA>'n(S ET écOAGKS 7éZ

lïlilisée oomme fourrage. Enfin, dans les régions où les gelées d'été sont à craindre, il est nécessaire de protéger le recru qui se développe après l'écorçage. A cette lin, on peut ou bien rocéper le recru en mars de Tannée suivante, ce qui provoque une vigoureuse repousse des rejets, ou bien encore laisser debout, pendant près d'un an, les tiges de chêne, qui peuvent être ainsi écorcées et abattues de bonne heure, au printemps suivant.

c) L'ccsorçage peut se faire sur pied ou sur chevalet, le brin ou l'arbre clanl dans ce dernier cas préalablement coupé.

a) L ccorçage sur chevalet est le plus usité. Dans les grands chantiers, les ouvriers sont divisés en trois équipes : les coupeurs, les levcurs et les taqueurs. Les coupeurs abattent le bois et Tébranchent ; les leveurs ocorcent ; les taqueurs ne s'occupent que des branchages et des brins qui ne sont pas assez en sève pour qisre l'écorce puisse se lever facilement. Ce travail demande à être méthodiquement conduit. Les perches doivent être écorcées aw fur et à mesure de l'abatage. En général, un coupeur habile suffit pour préparer la besogne de deux leveurs. Toute perche coupée depuis 24 heures est difficile à écorcer. Les ouvriers doivent donc apurer chaque soir leur chantier et ne rien y laisser en retard.

Le leveur s'empare des perches abattues qu'il place srar -an chevalet et qu'il rogne à la grosseur de la charbonnette. Il pratique ensuite sur chacune d'elles, de dislance en distance, avec une serpe bien tranchante, des incisions annulaires. Puis, avec le môme outil, il fend l'écorce de haut en bas, suivant une ligne droite, et il la détache finalement, en la soulevant avec un morceau d'os, de bois ou de fer, en forme de spatule. Quant aux quelles et branchages, ils sont préalablement débités à la scie ou à la serpe, en longueurs de charbonnette. Les taqueurs détachent ensuite l'écorce en frappant ces bûches sur une enclume de bois avec un maillet recouvert d'une douille de fer. En répétant l'opération sur deux directions diamétralement opposées, "on obtient ainsi deux demi-fourreaux d'écorce, dont les bords mâchés ne contiennent plus de tanin.

U arrive souvent, surtout chez les bois ronceux, que récorce va mal. Pour faciliter son travail, l'ouvrier frappe alors les places où il trouve de la résistance avec un maillet ou le manche de son outil. En ces points, le tanin est enlevé, et si les fourreaux séjournent un peu à l'humidité, la pourriture blanche gagne rapidement à l'intérieur de Técorce.

Au fur et à mesure qu'on écorce, il faut avoir soin de scier et de dresser le bois pelard. Ce travail va vite quand le bois est frais, mais très lentement quand il est sec. On sait que le chêne écorcé et sec est très dur.

Les ouvriers occupés à l'écorçage sont largement payés ; les coupeurs ont de 4 à 6 francs par jour ; les leveurs de 3 à 4 francs ; les femmes de 2 à 3 francs, selon la besogne qu'elles exécutent.

Fig. 368.

p) Dans un procédé mixte {fig, 368), on se contente de plier la tige entaillée d'un coup de serpe à une certaine hauteur ; la partie p est alors écorcée sur pied, et la partie q au chevalet.

ï) L'écorçage sur pied se pratique encore sur de nombreux points, dans le Taunus près de Lorch, dans certaines vallées de la Forêt Noire, enfm dans la plupart des cantons forestiers d'Autriche.

Les perches à écorcer sont élaguées aussi haut que possible, puis couronnées aussi haut que possible également, par l'enlèvement d'un anneau d'écorce, de 2 à 4 centimètres de largeur. A l'aide d une serpe ou d'un couteau à écorcer, on fend ensuite l'écorce de haut en bas*, suivant des lignes verticales parallèles, et on la détache en bandes ou lanières, qui restent suspendues, pour sécher, à la partie supérieure, proche du couronnement. Ces bandes sont légèrement enroulées. L'écorce du sommet de la tige est levée de la même façon à l'aide d'une échelle ; les rou-

TANINS BT ÉCORCES 705

leaux restent de même suspendus au-dessous de la cime. Par ce procédé, on n'utilise pas Técorce de la cime et des branches ; par contre Técorce du fût, qui n'a pas été meurtrie par le maillet, est de toute première qualité.

Les deux procédés d'écorçage ont chacun des avantages et des inconvénients. On peut reprocher à Técorçage sur pied de ne pas utiliser toute Técorce et d'en laisser une fraction notable inutilisée dans la cime. En revanche, le travail est plus facile, le séchage plus rapide et plus économique, l'écorce plus belle, car elle n'a pas été battue et mçurtrie avec le maillet. En ce qui concerne le travail d'extraction proprement dit, Neubrand constate qu'un ouvrier exercé peut faire de 2 1/4 à 4 quintaux d'écorce par jour en écorçant sur pied, et seulement 1 1/2 quintal en écorçant sur chevalet. 11 en conclut que ce dernier procédé est le plus imparfait. Pour obvier à ces inconvénients, le même auteur conseille de lever d'abord un canon d'écorce de 1™,50 de hauteur sur la perche debout, puis de couper incomplètement cette dernière entre deux terres, enfin de terminer l'écorçage de la partie supérieure au chevalet et au maillet.

C. SÉCHAGE DE l'écorce. — Du séchago, dépendent en grande partie la qualité des écorces et leur richesse en tanin. Des écorces laissées à l'humidité peuvent perdre jusqu'à 70 Yo de leur tanin. Cette perte est beaucoup plus grande chez les bonnes que chez les mauvaises écorces. Quand les écorces sont mouillées au début du séchage, la perte do tanin est particulièrement considérable. Les tanneurs redoutent cependant davantage les pluies qui se produisent à la fin du séchage, car les écorces sont alors notoirement plus lourdes. On reconnaît qu'une écorce a été mouillée, à la couleur de son intérieur qui est rouge. Une bonne écorce doit présenter sur sa face interne une coloration variant du jaune citron au jaune orangé.

Pour obtenir une bonne dessiccation, les fourreaux doivent être complètement isolés de l'humidité du sol et disposés de façon que l'air puisse circuler facilement autour d'eux. Les places de dépôt doivent être couvertes avec des- bâches ou des toits rustiques en feuilles de carton goudronné, soutenus par des perches.

Mathev. — Exploitation des bois. II. 43

Les procédés de séchage sont très nombreux. Dans VîM de la France, dès qu'une certaine quantité d'écorce est fabriquée, un ouvrier la saisit, en forme une brassée et la met ea grille. Pour le faire, il dispose les écorces sur demx loogue^ perches, en ayant soin de tourner face à la terre la parUf concave des fourreaux. Quand le tas est suffisamment gn>. il prend ces perches par leurs extrémités et il les porte entre 4 piquets fichés en terre et qui servent de montants. On recouvre ensuite de branchages, ou mieux de bâches qui serviront plus tard au transport en gare.

Fig. 369.

En Allemagne, on adopte souvent, pour le séchage des écorces, Tune des deux dispositions représentées par les ligures 369 et 370. La première est défectueuse, car les fourreaux sont en contact par leurs extrémités inférieures a\ec Iltumidrté du sol.

Fig. 370.

Si récorce est façonnée en rouleaux ou en bottes, la dessiccation est simplifiée. Immédiatement après leur préparation, ces bottes peuvent être enlevées des coupes et portées sous des hangars bien aérés. Que si néanmoins le tran^>ort se

TANINS ET ÉCORCES 707

trouvait différé pour une cause ou pour une autre, on facilitera la dessiccation provisoire en disposant les écorces par tas pyramidaux de 5 à 10 bottes. Le bottelage facilite la dessicca- ^ tion parce que Tair circule aisément à travers les rouleaux

! d'écorce ; cependant, les parties on contact mutuel sont sou-

^ vent moisies. Le séchage par le procédé d'écorçagé sur pied ^ n'offre pas de manutention supplémentaire. Les bandes

' d'écorce, restant attachées à Tarbre, s'enroulent au fur et à * mesure qu'elles se dessèchent, en sorte que la partie interne

se trouve toujours naturellement à l'abri de Thumidité et de la pluie. Par suite de leur dessiccation et de leur enroulement, les bandes d'écorce se trouvent ainsi suspendues vers la cime des perches.

Le degré de siccité des écorces est 1res variable. En langage commercial, on distingue l'état sec de forêt, de l'état I sec de magasin. Le premier est .réalisé lorsqu'on prenant

un fragment d'écorce et en le tordant, il se casse nettement. La marchandise est alors de bonne vente. Si, au contraire, l'écorce se laisse tordre, c'est qu'elle est encore trop humide : elle moisira en route, et l'acheteur pourra la refuser. ^ D'après Baur, en passant de l'état vert à l'état sec, l'écorce

éprouve une diminution de poids de ^9 7© pour l'écorce brillante des branchages, de 45 % pour l'écorce terne des branchages, de i2 7o pour l'écorce brillante des liges, do 32 Vo pour l'écorce terne des tiges. La dessiccation produit également une perte de volume qui peut se monter à 41 y^ du volume vert pour l'écorce brillante des branchages, a 36 Vo pour l'écorce terne des branchages, à 34 % pour l'écorce brillante des tiges, à 21 7^ pour l'écorce terne des tiges. Par le passage de l'état sec de forêt à l'état sec de magasin, la perte de poids n'est que de 4 à 5 %, et le retrait du volume de 11 à 20 Vo.

D. Bottelage des kcorcrs. — Classement de la mabchan- DISE. — En France, les écorces une fois sèches sont immédiatement bottelées et expédiées aux tanneries. On ne fait pas de triage suivant qualité ; on se borne à séparer l'écorce des brins de taillis, de celle des jeunes réserves. Les produits sont payés suivant la qualité supposée. Pour être mar**

chande, une écorce doit renfermer 10 7^^ de tanin.

Dans les provinces rhénanes, oii Ton fait beaucoup irécorce, le commerce classe : écorces brillantes, divorces ternes et écorces grossières. Les premières provienne^nt dv tiges ayant au plus 8 centimètres de diamètre, mesure pris** sur écorce ; les secondes, de tiges ayant 8 à 25 centimètres de diamètre ; les troisièmes, d'arbres ayant plus de 25 centimètres de diamètre. En ce qui concerne la première qualité, on distingue encore 3 sortes de marchandises, suivant là partie de l'arbre dont elles proviennent : on classe comme Erdgût, l'écorce provenant de la partie basse des perches: comme Baûmgùi, celle provenant de la partie îmméiliatement supérieure ; enfin comme Gipfellohe, celle provenant des branchages. C'est l'écorce du pied qui a le plus de valeur, celle des branchages qui en a le moins. La teneur en tanin est trois fois plus élevée chez la première que chez la dernière.

Le liage des bottes d'écorce se fait à la main ou à la forme, avec des liens d'osier ou de fil de fer. On place extérieurement les écorces les plus grossières, et intérieurement les plus fines, ou celles qui ont été cassées. Il faut avoir soin de ne pas serrer trop fort les liens, tpour ne pas briser les écorces ; mais d'assujettir néanmoins solidement la ligatun", pour que les bottes ne se délient pas en route.

Le poids des bottes d'écorce varie avec les régions : il est de 16 kilos dans la Meuse, de 16 à 18 kilos dans le Jura, de 20 kilos dans les Vosges, de 18 à 20 kilos dans le Morvan et dans l'Yonne. La botte de 18 à 20 kilos mesure 1",17 à 1~,20 de long, 1™, 17 à l'",20 détour. On ne pèse pas toutes les bottes. Chaque grille en renferme d'ordinaire 4 ou 5. Dans quelques régions, on pèse avec une bascule primitive, fabriquée par les ouvriers. Elle se compose d'une travée basculant sur un couteau taillé dans un madrier en bois et portant à chacune de ses extrémités une forme pour recevoir l'écorce. On équilibre la balance en faisant varier la longueur des bras ; on fixe celte travée avec un tourillon, puis dans une des formes on place une botte de 18 kilos ; c'est la tare. 11 suffit alor^ de remplir l'autre forme jusqu'à ce que Téquilibre soit établi et à botteler.

* TANINS Et ÉCORCES 709

E. Modes d'achat et de vente des écorces. — a) Dans Texploitation à bail, le propriétaire veiid en bloc et sur pied, à un tanneur, Técorce à provenir des coupes de sa forêt. L'adjudicataire exploite alors seulement Tccorce et laisse au propriétaire le bois tout façonné. Comme modalité de ce système, on peut encore concevoir la vente aux 1 000 kilos, avec ou sans garantie d'une teneur minima des écorces en tanin.

b) Dans Texploilation par régie, le propriétaire fait façonner lui-même le bois et l'écorce, qu*il vend alors séparément aux négociants en bois et en écorces.

c) Dans l'exploitation en bloc, le propriétaire vend à la fois le bois et Técorce, c'est-à-dire toute la superficie de la coupe, à un adjudicataire qui façonne les produits à sa guise et qui a la responsabilité de l'exploitation et de la vente.

En France, les écorces se vendent généralement aux 1 000 kilos, avec fourniture de 4 au cent ; plus rarement aux 100 kilos ou au cent de bottes. Les prix ont beaucoup iléchi depuis 20 ans. Loe 1040 kilos provenant de taillis simples, coupes entre 15 et 20 ans, valent actuellement de 90 à 95 francs ; ils ont valu jusqu a 1 40 francs. Le même poids provenant de taillis sous futaie âgés de 25 à 30 ans, et renfermant 20 7o d écorces de surtaillis, ne vaut que 70 à 80 francs. Enfin, Técorce des surtaillis seuls ne se vend guère que 40 francs en moyenne, savoir : 25 francs pour celle du fût, et 55 francs pour celle des branches.

Les frais correspondants de façon s'élèvent :

!à 40 fr. pour les taillis au-dessous de 15 ans à 37 50 » de . . . 15 »

à 35 . de. . . 16àl7ans.

à 32 50 » de . . • 18, 19 et 20 ans.

Dans la Bourgogne, la Marne et la Haute-Marne, à 38-40 francs dans des taillis sous futaie de 25 à 30 ans.

Pour les surtaillis et perches de mines, les frais de façon sont de 24 à 25 francs seulement, toujours par 1 040 kilos.

710 PROIHJITS ACCESftQilieS

F. ËVALlATIOiN Wi REIXDSIIENT EN KCOHCE PCS TAlLUS. Oa

admet généralement que :

i s^Àre cl» ebirboontlta don^* 45 k^. d*foarca

» de OMiUéft >» ...... €>2 »

» d« bois à éebalas » 65 »

» d'étaia de mines » 70 »

et que 6 stères de bois couvert laissent à peu près 5 stèr» (le bois écorcé. Le déchet dû à l'écorçage varie avec Tàge des peuplements ; il est en moyenne de un cincpiième. Pour les surtaillis, la production d'un arbre de :

0m,60 de tour est à peu près de 25 kg. pour le fût et 30 kg. pour le hottppier.

le déchet dû à l'écorçage est d'enTÎron t/7.

Dan^ un taillis sous Aitaie de 25 à 30 ans, il l^ut environ 30 stères de bois tout venant pour fournir 1 040 kilos d'écorce, ce qui donne à peu près 54 kilos par stère de charbonoette et rondin mélangés. Partant de là, on peut estimer d'une façoii approchée le rendement d'un taillis en bottes d'écorres de 18 kilos, au moyen de la formule :

P exprimant la production totale en stères du sous-bois à l'hectare et l/n la proportion de chêne dans le peuplement. Si un taillis estimé 120 stères renferme 3/10 de chêne, il rendra :

i20 X yqX^=-- 108 bottes de 18 kilos = 1 944 kg. à Fheclare,

En Allemagne, on utilise surtout Tes tables de production. D'après le D' Jentsch, le rendement en écorce d'un hectare de taillis de chêne serait le suivant, dans le Sud de IMlIe-

TANINS ET ECORCES

lï if à

C\w de ferlilité

Age «lu Uitlis

15 ans

18 ans

20 ans

(qainUox)

(qtiintanx)

(qaintaux)

G. BÉ.NÉFICE LAISSÉ PAR l'écorçage. — Cc béiiéfice diminue de plus en plus avec la dépréciation subie par les écorces. En admettant que le déchet d'écorçagc soit de 1/5, le prix de revient des 1 040 kilos rendus en gare et chargés sur wagon s'établit comme suit :

Ecorce, prix moyen 80 fr.

Perte de volume, 4 stères à 5 fr. . 20 fr. \

Façon, prix moyen 39 [• 69 fr.

Transport en gare, chargement . . 10 )

Soit une plus value de 11 fr. pour 20 stères, ou de

O.fr 50 par stère.

C'est peu, élant donnés les risques d'avarie que court la marchandise. Aussi, l'écorçage tend à se réduire partout où cette pratique ne donne pas une plus-value au bois de feu et au charbon, partout où l'industrie ne demande pas, comme pour les étais de mines, l'écorcement complet des perches de chêne.

H. Influence de l'écorçage sur la repousse des brins de TAILLIS. — EcoRÇAGE A LA VAPEUR. — Sous le cHmat uu pcu froid de FEst de la France, l'écorçage est presque toujours dommageable pour le recru. Les rejets de chêne, éclos tardivement, n'ont pas le temps de s'aoûter suffisamment en été, et ils sont saisis par les gelées d'hiver. Retardées d'un an dans leur croissance, les cépées de chêne, souvent buissonnantes, sont dominées et étouffées par les essences auxiliaires, qui finissent par se substituer complètement au chêne.

L'écorçage du chêne à la vapeur permet d'éeorcer les bois en toute saison et remédie complètement à ces inconvénients.

EiêiHilioit di'

iéHiÊfiiûA *i4fial^

Fig. 371.

Dans le procédé Maître, les bois transportés sous écorce à l'usine, sont placés dans des caisses hermétiquement closes,

TAXINS ET ECORCES

dans lesquelles on fait passer un courant de vapeur d'eau bouillante. Après 40 minutes de traitement, Técorce se détache facilement du bois. L'ingénieur de Nomaison a remplacé le courant de vapeur humide par un autre, de vapeur sèche, obtenue dans un cylindre surchauffeur. Son appareil {fig. 371) ne pèse que 240 kilos et peut donc facilement être transporté en forêt. En ce qui concerne la qualité des produits, il résulte des expériences de M. Grandeau que les écorces obtenues par les procédés à la vapeur ne sont pas inférieures à celles que donnent les procédés ordinaires. Ces appareils ont leur place tout indiquée dans les forges et les usines à produits chimiques consommant une grande quantité de bois qui doivent être préalablement écorcés.

Art. IV.

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