LES ÉCORCES DE CHÊNE VERT ET DE CHÊNE KERMÈS
A. CiiÉNB VERT. — L'écorce à tan constitue le revenu le plus important des forêts de chêne vert. Le tableau suivant donne, d'après M. Rousset, l'épaisseur, la densité, la proportion par rapport au bois, et la richesse en \anin des écorces dans les forêts du Sud de la France, suivant Tûge des peuplements :
Ages
Densitô moyenne
mm.
1 à 5 ans
liais »
2là25 y.
Observations
La croissance de l'écoree est plas rapide à Texposition aad qa'à Texposition nord. A l'exposition sud, l'écoree acquiert environ 10 0/q de pins d'épaisseur et présente 3.5 O/o de plus de tanin qa'k l'exposition nord. C'est entre 15 et 30 ans que les taillis de chêne vert fournissent tes produits les plus abondants.
714 PRODUITS ACCESSOIBES
L*écorçage se fait quelquefois sur pied (Algérie) , plus ordinairement au chevalet (Midi de la France), mais alors par battage au marteau ou au maillet. Les perches abattues par la méthode du saut du piquet^ sont débitées en bâches de 0"',5U à 0'",t>0 de long. Celles-ci sont alors battues à coop de marteau. Quand la sève va bien, Técorce se détache en canons que Técorceur, généralement une femme, retire facilement avec la main. Dans le cas contraire, Fécorce se bri^e en petits morceaux que Toii sépare avec le cAté du marteau formant raclette. En procédant à cette opération, les ouvrières séparent avec soin Técorce noire, provenant du piquet ou chicot, ainsi que celle recueillie sur les racines arrachées. L'écorçage sur pied, qui force le bûcheron à exploiter les perches au rez du sol, avec la cognée, et qui évite le battiiae des écorces et Tarrachage des souches, est mille fois préférable à récorçage sur chevalet, pratiqué après la saute du piquet. Sous celte dernière dénomination, on désigne un mode spécial d'exploitation, usité dans le Midi et ruineux pour les forêts qui le subissent. Les bûcherons commencent d'abord par couper avec une serpe tous les brins à 0",25 du sol ; puis, à Taide d'une grosse cognée spéciale, dont le taillant très obtus ne risque pas de se briser ou de s'émousser au contact des pierres, ils frappent sur la souche, afin de la fendre et de séparer les brins de la cépée. Ils battent ensuite violemment, avec la tète de cet instrument, chacun des chicots, de manière à déterminer une rupture souterraine. Sous ces chocs violents et répétés, il arrive le plus souvent que les racines se brisent ou se détachent ; le brin étant alors arraché et complètement déraciné, la souche se trouve perdue.
Les écorces récoltées sont mises au séchage sur le sol en petits tas longs et étroits, dont la partie supérieure est disposée en pente pour favoriser Técoulement de l'eau en cas de pluie. Parfois on laisse les écorces dans les coupes jusqu'à la saison des pluies, vers les mois d'août et de septembre, épo(jue à laquelle on les enlève pour ne pas les exposer aux pluies.
Le commerce dislingue trois qualités d'écorces : les blanches, minces, souples et fibreuses, qui ne contiennent pas
TANINS ET EGORGES 715
plus de 5 k 0 y, de tanin ; les rouges, peu fib^uses, assez épaisses, dures et cassantes, dont la teneur en tanin est de G à 7,50 7»; \^^ jaunes, très épaisses, non fibreuses, à cassure nette et pulvérulente, qui ont une richesse tanniquede 7 à 40 Vo-
Toutes les portions de la tige des chênes verts ne fournissent pas la même qualité d'écorce ; celle qui a été récoltée sur les branches est supérieure à celle du tronc dont, la surface est fortement crevassée. Mais Fécorce enlevée sur les racines, au collet et au bas de la tige sur 20 centiotètres environ de hauteur, est la plus recherchée ; c'est elle qui constitue l'écorce noire du commerce. Sa teneur en tanin varie de 10 à 20 %.
L'écorce verte se dessèche très rapidement quand elle est séparée du tronc ; c'est pourquoi on a coutume de la peser immédiatement après le bottelage, pour payer Fécorceur dont le salaire est fixé d'après le poids d'écorce verte. La vente se fait au contraire à l'état sec. La perte de poids qu'entraîne la dessiccation à l'air libre varie de 37 à 39 %. On vend aux 100 kilos, à raison de 7 à 8 francs sur le parterre de la coupe. Les frais corrélatifs de façonnage s'élèvent à 5 fr. 50 ou 6 francs.
Un. stère pesant en vert 500 kilos et en sec 360 kilos donne en moyenne 100 kilos d'écorce verte et 61 kilos d'écorce sèche. Si le bois est petit, rabougri, et que le stère vert ne pèse que 400- ou 450 kilos, il faut réduire le rendement en écorce dans le rapport des poids.
Le rendement d'un hectare de taillis de chêne vert varie avec l'âge d'exploitation des bois, la nature du sol, la composition plus ou moins dense du peuplement, la proportion des essences auxiliaires (châtaignier, pin d'Alep, morts bois}, etc. En moyenne, on peut compter que les forêts de chêne vert du Midi de la France exploitées à 20 ans, donc clairiérées et peu vigoureuses, produisent 50 kilos d'écorce sèche par hectiire et par an, ce qui représente une valeur nette de \ fr. 50 à 2 fr. 50 par hectare et par an (').
(i) D'après M. Truohot, les tami» de ehéiie vert da rHérault, exploités à! 20 ans, donnent à rh««tare : 10 quintaux d'écorce sèche, i3 stères de bois écorcë, 5 stères de bois non ëcorcé et 500 fagots, valant sur pîod environ 100 fTanea.
71 G PROni'ITS ACCESSOIRES
Les écorces de chêne vert d'Algérie sont de qualités trt^> m(Mées. Les indigènes les brisent et les réduisent en parties fines qui renferment beaucoup de terre. Aussi, malgré leur richesse exceptionnelle en tanin, leur dessiccation parfaite, leur précocité, sont-elles moins appréciées de la tannerie fran(;aise que les écorces du Midi.
Nota, — Les écorces de chênes zéen et afarez renfermeni également des quantités appréciables de tanin, comme er témoignent les analyses suivantes ; mais elles n'ont été jus- (|u'ici Tobjet d'aucune exploitation régulière :
Ecorce de chêne zéen tunisien de 5 à 15 ans . . .
*> 0 de taa.n
» It à 25 » . i .
Ecorce de chêne zéen algérien de 5 à 8 » ...
Ecorce de chêne afarez algérien de 5à 8 » ...
B. Chènk kkhmês. — Le chêne kermès est abondant dans la province d'Oran et dans les dunes entre La Galle et Bône. L'écorce des racines, connue sous le nom de garouille, renferme 22 7o de tanin, celle des tiges H % seulement. Le^ tanneurs arabes avaient déterminé empiriquement ces proportions : ils estiment, en effet, qu'il faut le double d'éeorce de tige pour un morne poids de cuir. L'écorce des tiges étant très mince, Tenlèvcment en est diflicile et négligé ; celle des racines au contraire est généralement plus épaisse et son extraction plus facile et plus rémunératrice. Cette épaisseur de l'écorce des racines varie énormément avec les sols. Sur les terrains sablonneux et maigres ^L'Agboub), elle ne dépasse guère 2 à 4 millimètres ; sur les terrains marneux, elle atteint jusqu'à 2 centimètres. Pour être exploitables, les écorces doivent avoir une épaisseur moyenne de 7 à 8 millimètres.
L'extraction des racines se fait au hasard dé la pioche. Pendant qu'un ouvrier procède au dessouchement, un enfant coupe les racines en bûches de 10 à iO centimètres de long et enlève l'écorce au moyen du battage. Le bois est mis