‹ Traite dogmatique et pratique des indulgencesChapitre 12 sur 69 · HKS CAUSES POUR LESQUELLES ON PEUT ACCORDER DES INDULGENCES · texte numérisé non relu

HKS CAUSES POUR LESQUELLES ON PEUT ACCORDER DES INDULGENCES

Le pouvoir d'accorder des indulgences venant de Jésus-Christ, le Pape et les évèques n'en sont que les dépositaires, et non les maîtres, comme ils pourraient l'être d'une loi purement ecclésiastique. Si donc ils s'écartaient des règles de la prudence dans l'exercice de ce pouvoir, s'ils agissaient sans cause raisonnable, ils abuseraient de leur autorité, pécheraient contre leur ministère; et Dieu ne ratifierait pas plus cette concession qu'il ne ratifie l'absolution sacramentelle donnée à un pénitent mal disposé, ou la dispense d'un vœu accordée sans cause légitime.

Tous les théologiens conviennent que la cause d'une indulgence ne peut être qu'une chose pieuse et agréable a Dieu. On y distingue ordinairement, dit Bellarmin (De Indulg. lib. 1 , cap. 11 ), la fin, qui doit être agréable à Dieu, et une œuvre propre à atteindre cette fin.

1 II faut une fin agréable à Dieu. Si le souverain Pontife, en accordant une indulgence , cherche à obtenir quelque chose de plus agréable à Dieu que l'accomplissement de la pénitence qui doit être remise par l'indulgence , il est clair qu'il prend les intérêts de son maître; il peut être appelé prudent et fidèle dispensateur; autrement il dissiperait le trésor qui lui est confié.

On ne pourrait se proposer uniquement pour fin la rémission de la peine due au pL-ché; ce serait ne point offrir a Dieu de compensation , et agir sans cause : si une telle indulgence était valide, il serait permis de remettre,

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sans autre motif, toute la peine temporelle due au péché, et dans tous les cas possibles; ce qui est absurde.

On ne pourrait pas plus se proposer une fin purement temporelle, par exemple, d'obtenir de l'argent : car il est visible que Dieu n'y serait pour rien , et que Ton n'offrirait aucune satisfaction à sa justice, pour les droits dont elle devrait se relâcher. Aussi le saint concile de Trente veutil que ces grâces spirituelles soient non-seulement accordées gratuitement , mais encore de telle manière que le public soit convaincu que la considération des intérêts temporels n'y entre pour rien (sesaionIX , ch. 9).

Les fins pour lesquelles il est permis de donner des indulgences , sont : 1° la conversion des infidèles, l'extirpation des hérésies , l'exaltation de la sainte Eglise notre mère, la paix et la concorde entre les princes chrétiens. Voilà les intentions les plus communes pour lesquelles doivent être faites les prières exigées par les bulles des souverains Pontifes. 2° L'augmentation de la piété parmi les fidèles, que la vue des indulgences engage à fréquenter les sacrements, à veiller davantage sur eux-mêmes , à se corriger de leurs défauts et à mieux vivre. C'est là ce que se proposent le plus ordinairement les Pontifes romains dans les nombreuses concessions d'indulgences qu'ils font chaque jour, et surtout dans les solennités du jubilé. 3° La construction ou la restauration d'une église, la fondation ou l'entretien d'un hôpital ou de certaines maisons religieuses, autant que ces établissements sont propres à honorer Dieu ou ses Saints , à augmenter la piété des fidèles, à leur faire exercer des œuvres de charité utiles au prochain et très-méritoires pour eux; car il /?st clair que dans ces divers cas on fait une chose agréable à Dieu. 4° 11 serait encore permis de se proposer immédiatement une fin temporelle, mais qui se rapporterait à une fin spirituelle, comme d'obtenir la cessation d'un fléau public ; car il est louable de le demander à Dieu, et bon par conséquent d'y porter le peuple, même en lui proposant des indulgences à gagner.

2 ' 11 faut une œuvre propre à obtenir la fin qu'on se pro- I

pose ; car , quoique la fin soit bonne, si l'on ne prenait pas un moyen propre à l'obtenir, ce ne serait pas administrer sagement les biens spirituels de l'Eglise ; par exemple, si Ton accordait de grandes indulgences à une personne, en lui demandant seulement la récitation d'une petite prière pour la conversion de l'univers, ou l'aumône d'un franc pour la construction d'une église, ce ue serait point un moyen proportionné à la fin.

Il n'est pas nécessaire néanmoins que l'œuvre prescrite Nrit aussi satisfactoire en elle-même , que la péuitence qui doit être remise par l'indulgence : autrement, ce ne serait plus une remise de peine, mais une commutation : il n'est même pas nécessaire qu'elle soit bien pénible ; il suffit qu'elle soit propre à obtenir la fin qu'on se propose. Par exemple, se prosterner devant le souverain Pontife quand il donne sa bénédiction solennellement, ou devant un evêque qui est autorisé à donner la bénédiction papale , n'est sûrement pas une chose très-pénible en soi ; mais elle est propre à inspirer du respect pour le Siège apostolique, et de la vénération pour le vicaire de Jésus- Christ : or , cette fin est grave aux yeux de la foi, et Pacte extérieur de vénération est propre à atteindre cette fin ; on ne doit donc pas être surpris que, pour cette action , simple en elle-même, on accorde de grandes indulgences Quand l'indulgence est accordée à tous les fidèles en général, à une classe entière ou à un grand nombre, il peut se fait que l'œuvre prescrite soit pen de chose dans chaque individu, relativement à la fin qu'on veut obtenir, que néanmoins l'ensemble présente un moyen convenable ; alors on ne peut pas dire que cette indulgence est aecordée sans cause suffisante. Ainsi , qu'une personne dise cinq Pater et cinq Ave pour la conversion des infidèles , pour l'extirpation des hérésies , etc., c'est assurément tres-peu de chose; mais qu'un grand nombre de personnes fassent la même prière, cette multitude de petites [•rieres répétées font un objet considérable, et la prouoition entre la fin et le moyen ne paraît plus déraisonnable.

Quelquefois même on ne demande puint d'œuvre nouvelle , mais on accorde des indulgences pour des œuvres passées , afin de montrer L'estime qu'en fait l'Église et de porter les fidèles à en faire de semblables. C'est ainsi qu'on donnait autrefois des indulgences à la recommandation des martyrs et des confesseurs, sans rien exiger de ceux qui les recevaient , et que maotenant encore on en accorde de très-abondantes, à l'heure de la mort, aux fidèles qui ont fait quelque pratique de dévotion pendant leur vie, ou rendu qnelque service à l'Église.

Au reste, cette proportion qu'on requiert , dans les indulgences , entre la fin et les moyens, ne doit pas se déterminer selon une précision mathématique, mais selon une estimation morale, dictée par la prudence. En tout cas, ce ne sont point les fidèles, ni même les simples prêtres , qui doivent prononcer sur la validité des raisons pour lesquelles des indulgences ont été accordées : qu'ils laissent ce soin aux supérieurs ecclésiastiques.

D'ailleurs, lorsqu'il s'agit d'une chose divisible, celui qui accorde plus qu'il ne peut accorde au moins tout ce qu'il peut dans le même genre. Si donc la cause n'est réellement pas proportionnée à l'indulgence, il s'ensuivra qu'on ne la gagnera pas telle qu'elle est énoncée ; mais, en remplissant exactement les conditions prescrites , on gagnera au moins ce qui correspond à la cause. Ainsi , au lieu d'une indulgence plénière, ce ne sera qu'une indulgence partielle ; une indulgence de sept ans ne sera peutêtre que de sept semaines ou de sept jours. Quelque petite qu'ellesoit dans la réalité, nous y attacherions le plus grand prix si nous la considérions d'après les principes de la foi.

Nous ferons observer, pour la tranquillité des âmes tiiJ:orées , que, dans le cas où le défaut de cause rendrait l'indulgence totalement nulle, les privilèges qui l'accompagnent, comme le pouvoir d'absoudre des cas réservés , de dispenser de l'irrégularité, de commuer les vœux, etc., sont néanmoins valides, de l'aveu de tous les théologien* ; car la concession de ces privilèges ne dépendant que de la volonté du supérieur ec lique, qu'elle soit d' n-

nre avec cause ou sans cause, elle n'en sera pas moins valide. Il en serait de même , à plus forte raison , si l'indulgence n'était que diminuée par défaut de cause suffisante.

ARTICLE III

DE CE Qc'lL FAUT FAIRE POUR DEMANDER DES INDULGENCES ET LES FAIRE CONSTATER.

Quand on désire avoir des indulgences , il y a ordinairement deux choses à faire : les demander, et en faire reconnaître l'authenticité.

J Ier. Demande des indulgences.

Pour obtenir des indulgences , il faut s'adresser directement au supérieur qui a le pouvoir de les accorder , ou à ceux qui sont délégués par lui. Les évèques obtiennent assez facilement des induits apostoliques, qui leur confèrent, à cet égard, des pouvoirs plus ou moins étendus : alors c'est à eux naturellement que les prêtres de leurs diocèses doivent s'adresser.

Feu M. de Pidoll , évèque du Mans , avait obtenu , en 1803 , du cardinal Caprara , légat à latere , la faculté d'ériger , dans son diocèse , diverses confréries dont nous parlerons dans la troisième partie de ce traité. M. de la Myre , son successeur , avait , par induit du S juillet 1824, le pouvoir d'établir par lui-même ou par ses grands-vicaires , dans toutes les églises de son diocèse, pendant dix ans, les confréries du Sacré-Cœur, du Saint-Sacrement, du Rosaire et du Scapulaire. Du moment où les Dominicains et les Carmes viendraient à être rétablis, le pouvoir d'ériger ces deux dernières confréries leur serait dévolu , parce qu'il est propre à ces ordres, d'après leurs anciens privilèges Cette clause était mise formellement dans l'induit qu'avait obtenu M. de la Mvre.

Hors le cas d'induits ou de ces rescrits particuliers accordes à l'évèquc, si l'on veut avoir des indulgences plé-

nieres , ou même des indulgences partielles , qui dépassent quarante jours, c'est à Rome qu'il faut avoir recours. On fait une supplique a Sa Sainteté ; on l'envoie à Borne, à quelqu'un qui veuille bien la présenter au prélat chargé de cette partie et en solliciter l'expédition. Si on l'adressait directement au Pape, par la poste, peut-être recevrait-on une réponse ; nous en avons vu des exemples ; mais ce serait une inconvenance qu'on ne doit pas se permettre.

Il serait dans l'ordre que la supplique fût d'aboid présentée à l'évêché et apostillée par l'évêque ou un de ses grands-vicaires ; autrement , le moindre aventurier pourrait demander et obtenir des indulgences : toutefois cela n'est pas nécessaire. On pare aux inconvénients en exigeant que les pièces venues de Rome soient soumises au irisa de l'ordinaire, avant d'être mises à exécution.

Toute concession d'indulgence est essentiellement gratuite : le concile de Trente en a fait un précepte (sess. 21 6 ch. 9). Néanmoins, les soins, les embarras et le travail de ceux qui font l'expédition , les frais , les pas et les démarches de l'agent que l'on emploie , doivent être compensés : on ne peut raisonnablement exiger tout cela pour rien. Maintenant les frais d'expédition sont plus élevés qu'ils ne l'ont été par le passé.

Le moyen le plus sûr de réussir dans la demande que l'on fait , est d'avoir à Rome un homme de confiance qui se charge de toutes les démarches nécessaires.

Les simples prêtres ne peuvent guère user de cette voie'; la plupart ne connaissent personne dans cette ville et ne sauraient à qui s'adresser. Comme les évêques ont tous un correspondant avec lequel ils ont des relations fréquentes pour les affaires de leurs diocèses , le plus expédient est de se servir de la voie de leur secrétariat , s'ils veulent y consentir. On tient compte du port des lettres et des frais d'expédition.

Souvent on nous a demandé comment il fallait écrire an Pape , et quelle forme devait avoir la supplique pour être convenable. Peut-être a-t-on fait aussi de semblables

questions dans d'autres diocèses. Nous croyons ne pouvoir mieux satisfaire à toutes les demandes de cette nature, qu'en établissant ici on modèle de supplique que l'on n'ait pour ainsi dire qu'à copier. Ceux qui n'ont point besoin de ce secours voudront bien pardonner ce menu détail en faveur de ceux qui peuvent y avoir recours utilement.

Le français étant très-connu à Rome, on pourrait écrire en cette langue. Toutefois un ecclésiastique écrit bien plus convenablement en latin. Il doit le faire succinctement et très-clairement, énonçant sans ambiguïté ce qu'il demande, et exposant les vrais motifs sur lesquels il se fonde; sans quoi les faveurs qu'il obtiendrait ne seraient d'aucune valeur. Les curés qui ont de grandes paroisses à gouverner , manquent rarement de bons motifs à alléguer; les vicaires et les autres prêtres ne peuvent apporter que des raisons personnelles.

Pour ménager les frais de port , on peut se servir de papier à lettre ordinaire; on le plie en quatre, et on le met sous enveloppe.

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