DE LA PEI3E DIE AU PÉCBÉ
Rappelons -nous d'abord qu'il y a deux sortes de péchés actuels qu'on nomme aussi personnels, par opposition au péché d'Adam dans lequel nous sommes conçus : le péché mortel et le péché véniel.
Le péché mortel mérite une peine éternelle et une peine affreuse: car il est de foi que celui qui en serait coupable nu moment de la mort, n'en eût-il qu'un seul à se reprocher, serait exclu de la société des Saints, banni de la présence de Dieu, et précipité pour toujours avec les démons et les réprouvés, dans d'effroyables supplices. Quels que soient à ce sujet le langage du monde et de ses partisans, le cri des passions et les blasphèmes des impies , il faut admettre cette terrible vérité, ou renoncera la foi chrétienne tout entière : car aucun de nos dogmes n'est plus clairement énoncé dans l'Ecriture, ni plus expressément enseigné par l'Eglise universelle.
Dieu, dans son infinie miséricorde, a bien voulu fournir à l'homme un moyen, mais un moyen unique, de sortir de L'abîme du péché , quand il y était tombé; savoir le incrément de pénitence, reçu avec un sincère repentir, ou au moins on sincère repentir fondé sur l'amour de Dieu par-dessus tout et joint au vœu de ce
sacrement, quand il n'est pas possible de le recevoir actuellement.
Ainsi, le sacrement sans repentir , ou le repentir sans le sacrement quand on peut le recevoir , ne peut en aucune manière justifier devant Dieu L'âme coupable d'uue seule de ses fautes.
Mais lorsque le pécheur se convertit, fait pénitence et reçoit la grâce de la justification dans le sacrement de pénitence, ou par la contrition parfaite avec le désir de ce sacrement , reçoit-il, en même temps et nécessairement la rémission de toute la peine due à ses péchés ? Non, et c'est un article de notre foi, consigné, en termes formels, dans le concile de Trente, sess. 14, canon 12°. La peine éternelle est remise sans restriction ; mais il reste , pour l'ordinaire, une peine temporelle plus ou moins longue selon les péchés et les dispositions du pécheur , qu'il faudra subir dans cette vie ou dans l'autre.
C'est sur cette vérité qu'étaient fondées les pénitences canoniques si sévères , que l'Eglise faisait infliger autrefois aux pécheurs repentants. Trois, sept . dix, jusqu'à quinze ou vingt années de jeûnes au pain et à l'eau, de privations et d'humiliations , quelquefois la vie tout entière , voilà ce qu'elle prescrivait pour un seul péché , et elle ne croyait pas que ces satisfactions dépassassent la mesure dont le coupable était redevable à la justice de Dieu.
Si, pour ne pas décourager les pécheurs, l'Eglise permet de les traiter aujourd'hui avec plus de ménagements , elle ne croit pas qu'ils soient moins coupables , ou que leurs fautes soient moins dignes de châtiment : elle n'a jamais donné lieu déjuger que la conduite qu'elle a tenue pendant tant de siècles fut trop rigoureuse ; la peine à subir reste toujours ce qu'elle était autrefois. Ou peut y satisfaire par la prière, le jeûne, les aumônes et toutes sortes de bonnes œuvres surnaturelles ; mais ceu). qui mourront sans y avoir pleinement satisfait, la subiront avec une bien plus grande sévérité dans les flammes du purgatoire.
De même, le péché véniel, non expié en celte vie , devra l'être dans la vie future, non par les supplices de l'enfer, mais par les tourments temporels du purgatoire.
Tous ces points sont autant d'articles de la foi catholique , articles qu'il ne nous est pas permis de révoquer en doute, et qui d'ailleurs, quand on veut les discuter, sont appuyés sur des raisons invincible*. Voilà ce que nous ne devons jamais perdre de vue.
Or, si la peine due à un seul péché peut s'étendre si loin, quelle cet la dette immense du pécheur qui a passé des années entières dans les plus coupables habitudes , et dont on peut dire, en se servant des termes du Prophète, qu'il a multiplié ces iniquités au-delà du nombre des cheveux de sa tête l ! Car, pour s'être accoutumé au désordre , il n'en était pas moins coupable chaque fois qu'il péchait, s<>it extérieurement, soit même intérieurement. Quelle multiplication de péchés résulte de là! qui peut conn.ijusqu'où s'étendent les obligations de ce pécheur enrers la justice divine, lors même qu'il a recouvré !a grâce sanctifiante?
Celui qui, après sa conversion, est vivement pénétré de ces grandes vérités, lâche d'offrir tous les jours à Dieu quelque tribut de satisfaction, afin de diminuer la masse des dettes qu'il a contractées, s'il ne peut les effacer tou; à fait. Si on lui offrait un moyen de suppléer à son insuffisance et d'obtenir une remise de sa dette , avec quel* sentiments de reconnaissance ne devrait-il pas le saisir, et <e hâter d'en profiter ! Or, c'est ce que nous trou roni dans les indulgences, comme nous allons le voir.
ARTICLE II
I I TRESOR SPIRlILEl. M 1.' EGLISE.
On entend par le trésor spirituel de l'Église, la surabondance des satisfactions de Jésus-Christ et des Saints. Pour bien comprendre la doctrine catholique sur ce point , il est à propos de faire les observations suivantes :
i Pi xxxix. 13.
1° Il existe une différence réelle entre les mérites et les satisfactions. Les mérites sont propres à celui qui les a acquis, et il ne peut, à parler strictement, les communiquer à d'autres. Ainsi, un homme, par ses vertus et ses actions héroïques, mérite une récompense; il ne peut céder ses droits à son ami , et faire que cet ami mérite réellement la même récompense. On peut, au contraire, satisfaire pour un autre; par exemple, que je donne à un créancier tout ce qu'il à le droit d'exiger de son débiteur, le débiteur sera libéré selon les lois même de la stricte justice. C'est dans ce sens que Jésus-Christ a satisfait pour nous à son Père.
2° Il est certain que les satisfactions de Jésus-Christ ont surpassé de beaucoup la peine due aux péchés des hommes; car, de quelque côté qu'on les envisage, elles sont infinies : une goutte de son sang, la moindre de ses actions offerte à Dieu son Père , aurait pu racheter mille mondes. L'Apôtre dit donc avec raison : Qu'où le péché a abondé, la grâce a été surabondante l.
3° Un grand nombre de Saints ont offert à Dieu des satisfactions bien supérieures à la peine que méritaient leurs péchés: la sainte Vierge, qui n'a jamais péché; saint Jean- Baptiste, sanctifié dans le sein de sa mère, tant de confesseurs et de martyrs, tant de vierges si pures , tant d'anachorètes si mortifiés , qui ont passé leurs jours dans les jeûnes et les prières , dans les douleurs et les macérations , ont plus payé à la justice de Dieu qu'ils ne lui devaient pour leur propre compte. Voilà donc encore une surabondance de satisfactions.
•4° Les mêmes actions sont , tout à la fois , satisfactoires et méritoires dans les justes ; toutes les bonnes œuvres de Jésus-Christ et des Saints, en tant que méritoires , ont reçu, pour récompense, une mesure de gloire qui leur est proportionnée; sous ce rapport, il ne reste point de superflu. Mais, comme satisfactoires, ces actions n'ont pas eu toutes l'application dont elles sont susceptibles ;
1 Roii). v . 20.
nous l'avons fait voir. L'excédant de ce qui a été appliqué ne pouvant être oublié de Dieu, est conservé dans sa mémoire, et fait ce que nous appelons le trésor de l'Eglise ou le fonds dans lequel l'Église puise quand elle accorde des indulgences.
On demande si ce trésor spirituel , ainsi expliqué , n'est point une chimère. Existe-t-il réellement, et est-il composé en même temps des satisfactions de Jésus- Christ et de celles des Saints ?
Luther l'a nié , et tous les hérétiques sortis de sa prétendue réforme le nient également , tant des satisfactions de Jésus-Christ que de celles des Saints. Prouvons donc contre eux , en peu de mots, chacune de ces deux parties.
1° Il existe dans l'Eglise un trésor spirituel composé des satisfactions do Jesus-Christ. En effet , les satisfactions surabondantes de Jésus-Christ n'ont pas eu et n'auront jamais sur la terre toute l'application dont elles sont susceptibles : elles demeurent toujours présentes devant Dieu et composent un fonds inépuisable qui est confié à l'administration de l'Eglise ; c'est là que l'Eglise prend tous les jours de quoi justifier les pécheurs, en leur appliquant par les sacrements, le fruit des souffrances de cet adorable Sauveur. Puisqu'elle a le pouvoir de remettre la peine aussi bien que la coulpe du péché , pourquoi ne trouverait-elle pas surabondamment , dans ces mêmes satifactions, de quoi payer à la justice de Dieu ce que le pécheur sanctifie redoit encore ?
2° Les satisfactions des Saints, qui n'ont point encore reçu d'application, entrent aussi dans le trésor de l'Église: car tout le bien que font les membres de la société chrétienne tourne à l'avantage de la communauté, comme le travail , les richesses et les vertus des citoyens contribuent au bonheur d'une cité ou d'un état. Cette doctrine est fondée sur le 10e article du Symbole qui fait de la communion des Saints un objet de la foi catholique. On ne peut donc pas plus nier cette partie de notre proposition que la première.
Et qu'on ne dise pas, avec les Protestants , qu'en asso-
ÏS TRAITU
oiant ainsi les satisfactions des Saints aux satisfactions de Jésus-Christ, c'est faire injure à cet Homme-Dieu; car les bonnes œuvres des Saints, quelles qu'elles soient, ne sont telles que par la vertu et les mérites de Jésus- Christ: toute la gloire en appartient donc à Jésus-Christ et lui est effectivement rapportée.
Clément VI assure l que Jésus-Christ, comme un bon père, a amassé un trésor infini qu'il a confié à saint Pierre et à ses successeurs, pour être distribué aux fidèles, selon les règles de la sagesse, tantôt par la rémission entière, tantôt par la rémission partielle de îa peine due au péché; qu'à ce trésor, déjà si abondant , viennent se joindre les mérites de la très-sainte Vierge et de tous les élus, depuis le premier jusqu'au dernier.
Cette vérité est encore confirmée per l'ancienne pratique de l'Eglise, qui, à la recommandation des martyrs, usait d'indulgence envers les pécheurs repentants et bien disposés.
Léon X eut donc raison de condamner une proposition de Luther, qui niait la réalité de ce trésor composé des satisfactions de Jésus-Christ et des Saints. Pie VI a condamné de même une proposition du synode de Pistoie , dans îa bulle Auctorem fidei. Si notre doctrine sur ce point n'est pas absolument de foi catholique, elle en approche de bien près, et elle ne pourrait être révoquée en doute sans témérité , ni même sans erreur.
ARTICLE III