‹ Traite dogmatique et pratique des indulgencesChapitre 6 sur 69 · DU POUVOIR D'ACCORDER DES 1>DI'I.GENCES · texte numérisé non relu

DU POUVOIR D'ACCORDER DES 1>DI'I.GENCES

Personne ne peut douter que l'Église n'ait le pouvoir d'appliquer les satisfactions de Jésus-Christ par les sacrements: il s'agit ici de savoir si elle peut nous les appliquer hors le sacrement de pénitence par les indulgences.

Terlullien, devenu montaniste, blâma la facilité avec laquelle on adoucissait la peine canonique et on récon-

1 Extrav. com. , Hv. 5, chap. 2.

DES LNDILGEISCES. 9

ciliait à l'Église ceux qui étaient tombés dans la persécution l. Les disciples de Valdo, connus sous le nom de Vaudois et de Pauvres de Lyon , secte grossière et ignorante qui commença dans le 12e siècle, regardaient les indulgences comme une fiction inventée par les prêtres pour séduire les peuples ; Wiclef, fameux hérésiarque, mort en 1384, s'éleva contre l'abus des indulgences, selon les uns, et plus probablement contre le pouvoir même de les accorder, comme il parait par sa 42° proposition condamnée au concile de Constance.

Tout le monde sait que Luther, fâché qu'on eût confié aux Dominicains la commission de prêcher les indulgences accordées par Léon X, plutôt que de la donner aux Augustins , dont il faisait partie, cria d'abord contre l'abus des indulgences, puis contre les indulgences ellesmêmes, contre le pouvoir du Pape et des évèques, et

iitre une foule d'autres articles; qu'il souleva toutes les passions, donna les plus grands scandales, et fut le chef d'une hérésie fameuse qui en a produit beaucoup d'autres. Voilà quels ont été , dans les siècles passés, les adversaires des indulgences. Aujourd'hui les hommes irréligieux eu rient et s'en moquent, sans se donner la peine d'étudier la doctrine de l'Eglise, ni de savoir ce qu'elle croit et enseigne à ce sujet.

Nous prouvons aisément, par l'Ecriture sainte et par la tradition, que l'Eglise a reçu de Jésus-Christ le pouvoir d'accorder des indulgences.

1° Par l'Ecriture sainte; Jésus-Christ dità saint Pier Je vous donnerai les clefs du royaume des c'ieux: tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dons le ciel , et tout ce qw vous délierez stir la terre sera délié dans le ciel2 ; il fait la même promesse aux Apôtres collectivement , en leur parlant de l'autorité de l'Église : En vérité, je vous le dis,

1 Libro de Pudicilià , cap. 21 et 22.

âTibi dabo claves regni coelorum Et quodcumqne tigateril l mm, erit ligatum et in cœlis ; et quodeumque Bolveris suner | erit Bolutum et in cœlis. Malth. xvi , 19.

toutes les choses que vous aurez liées sur la terre seront liées dans le ciel } et toutes celles que vous aurez déliées sur la terre seront aussi déliées dans le ciel '. L'Eglise a donc le pouvoir d'ouvrir le ciel et de rompre tous les liens qui pourraient empêcher d'y pénétrer : les paroles de Jésus-Christ sont générales et n'indiquent aucune exception. Or, la peine temporelle est un lien spirituel qui empêche ou retorde l'entrée du ciel. Pourquoi l'Église ne pourraitelle donc pas en délier le pécheur, en tout ou en partie, pourvu que, dans l'usîige de ce pouvoir, elle suive les règles de la prudence, comme elle est obligée de le faire dans l'exercice de ses autres droits ?

Aussi saint Paul2, usant de cette faculté envers l'incestueux de Corinthe qu'il avait frappé d'excommunication et soumis à une pénitence publique, abrégea le temps de son épreuve, en lui remettant une partie de sa peine: c'est le sens que les théologiens catholiques donnent à son texte. Nous pouvons donc conclure, sans entrer dans de plus amples discussions , que le pouvoir qu'a l'Église d'accorder des indulgences est fondé sur l'Ecriture sainte.

2° Il est plus clairement prouvé encore par la tradition. En effet, une tradition claire, constante et universelle, qui n'a éprouvé aucune interruption depuis les Apôtres jusqu'à nous , est justement regardée comme un moyen sûr de connaître la vérité. Le nouveau Testament ne renferme qu'une petite partie de ce que Jésus-Christ a dit et a fait pendant les trente- trois années qu'il a passées sur la terre : c'est saint Jean lui-même qui nous l'assure à la fin de son Evangile. Combien donc de vérités révélées qui n'ont point été écrites ! Lorsque , remontant do siècle en siècle, nous trouvons une doctrine généralement crue, en««ignée et pratiquée comme venant des Apôtres et de Jésus-Christ, nous devons la regarder comme divine;

* Amen dico vobis : quaccumque alligaveritis super terram , erunt ligata et in cœlo ; et quaecumque solveritis super terram, erunt soluta et in cœlo. Matth. xvm, 18.

* II Cor. n, 10.

elle est, par là même, l'objet de notre foi. Nous n'avons pas d'autre fondement pour croire à la validité du baptême, administré par toutes sortes de personnes, et cependant il n'est pas permis d'en douter. Or , on a toujours cru que l'Église avait le pouvoir d'accorder des indulgences : nous la voyons dans tous les temps, dès les premiers siècles, faire usage de ce pouvoir, et imiter , envers les coupables bien disposés , ce que saint Paul avait fait à l'égard de 1 incestueux de Corinthe.

Dans les horribles persécutions que les Chrétiens souffrirent sous les empereurs païens pendant les trois premiers siècles, il s'en trouva un grand nombre que la peur ou la rigueur des tourments fit apostasier : les uns sacrifiaient aux idoles ; d'autres , ne pouvant se résoudre à pousser jusque là leur perfidie, tâchaient d'obtenir du magistrat civil un billet appelé libelle l , pour faire croire qu'ils avaient sacrifié , quoiqu'ils ne l'eussent pas fait. Quand la persécution était calmée, ces faibles chrétiens manifestaient souvent leur repentir; ils venaient en foule trouver les évêques et les prêtres, et demandaient à être admis de nouveau dans la communion des fidèles. On les soumettait auparavant à une longue pénitence publique dont il leur fallait parcourir les divers degrés. Affligés de se voir ainsi sous le poids d'une humiliante excommunication, et privés de la participation aux choses saintes, ils s'adressaient aux confesseurs qui étaient dans les prisons , obtenaient deux des lettres de recommandation auprès des évêques pour faire abréger leurs peines. Quand les évêques les voyaient très-répentants et les jugeaient assez éprouvés, ils leur appliquaient les satisfactions surabondantes des confesseurs et des martyrs, diminuant la pénitence qui leur avait été imposée , ou qu'ils méritaient de subir, et leur remettaient devant Dieu une partie de la peine due à ledrs péchés.

Terlullien en parle dans son opuscule, Ad martyres, chapitre premier , comme d'une pratique louable et très-

Cest de là que ces sortes d'apostats furent nommée Libella tiques.

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commune. Il est vrai que , dans le livre Je PwJicitid, chapitre 22, il se moque de cet usage et le condamne; mais alor9 il était engage dans les erreurs de Montait. Ce qu'il dit ne laisse pas d'être précieux , car il nous montre clairement quelle était la pratique de l'Église dans ce temps reculé.

Saint Cyprien , qui a si souvent parlé de ces recommandations données par les martyrs, notamment dans sa dixième lettre, (pag. 19 Je l'édition Je Baluze) , blâme l'abus qu'on en faisait, en règle l'usage par de sages ordonnances, et ne le condamne nulle part : cette pratique n'avait donc rien que de bon, selon lui. II est certain qu'elle supposait la persuasion où tout le monde était que l'Église a le pouvoir d'accorder des indulgences; car il s'agissait de remettre réellement la peine dont les fidèles étaient redevables à la justice de Dieu , et non pas seulement de remettre extérieurement la peine canonique; pour remettre purement et simplement la peine canonique dans le for extérieur , il n'y avait pas lieu d'appliquer les satisfactions des martyrs. Ce n'aurait pas été d'ailleurs rendre un grand service aux pénitents, qui seraient restés plu3 coupables devant Dieu, en vertu de l'indulgence même dont on aurait prétendu les favoriser. Tertullien , devenu hérétique, n'aurait pas eu raison, dan" ce cas, de reprocher aux martyrs de vouloir en quelque sorte imiter Jésus-Christ , en remettant aussi les péchés.

Ce moyen d'obtenir l'indulgence cessa avec les persécutions. L'Eglise continua néanmoins d'accorder des faveurs aux pénitents qui s'en montraient dignes. Les conciles d'Ancyre, en 314, de Nicée , en 325, canon 12°, et le IV0 de Carthage, en 398, abandonnent à la discrétion des évêques l'usage de cette faculté.

Saint Basile, dans le 4° siècle, Innocent Ier, dans le 5°, et saint Léon-le-Grand , dans le G0 , font mention de ce pouvoir des évêques.

Dans le 9e siècle, la coutume s'établit de racheter les pénitences canoniques, surtout les jeûnes, qui étaient plus

ordinairement imposés, par des psaumes récités un cer^tain nombre de fois, par des aumônes, par des flagellât ions et par d'autres pratiques pieuses, moins rigoureuses que la pénitence même. L'autorité ecclésiastique réglait ces espèces de commutations. Relâchant ainsi quelque chose de la sévérité de ses lois, elle accordait devant Dieu, à ceux qui paraissaient le mieux mériter, un soulagement qu'on appelait indulgence l.

En 1095, le pape Urbain !I , présidant en personne le concile de Clermont , en Auvergne, accorda la rémission entière de la peine due aux péchés à tous ceux qui , par religion et non par des vues d'honneur ou d'intérêt ,

croiseraient 2 pour la délivrance des lieux saints , et mourraient chrétiennement dans l'expédition. Telle est la première indulgence plénière que nous trouvons dans lhistoire ecclésiastique. Depuis cette époque , nous y en voyons beaucoup d'autres, et alors il n'est plus possible d'élever aucun doute sur la pratique de l'Eglise touchant la concession des indulgences tant plénières que partielles, ni sur la valeur qu'on doit y attacher.

Si donc il existait quelque incertitude à cet égard, il faudrait la placer dans les siècles antérieures; or, la tradition devait être constante et universelle à l'époque du

* Delà vint, longtemps après, l'usage d'accomplir en peu de jours , quelquefois même en peu d'heures , la pénitence d'un grand nombre d'années ; de là aussi sont venues certaines pénitences de cent, deux cents ans ou d'avantage , qui , par conséquent , dépassaient de beaucoup la vie de l'homme , mais qu'on rachetait par deo œuvres de con> pensation , principalement par la récitation du psautier , accompagnée de coups de discipline ( Fleuri/ , liv. 60, n° 52) ; de là encore, probablement, les indulgences de cent ans, deux cents ans , mille ans, etc., s'il est vrai que lesPapes'en aient accordé de semblables. C'est co que nous examinerons ailleurs.

2 On appelait se croiser, prendre ou recevoir une croix d'étoile qu'on portait sur ses habits, et qui était le signe extérieur do l'engagement que l'on contractait d'aller combattre les Sarrasins à Jérusalem , afin de délivrer de leur tyrannie les Chrétiens de ces pays-là et les lieux sancliûés par la présence corporelle de Jésus-Christ , durant sa vie mortelle.

concile de Clermont. puisque personne ne songea à contester au Pape le pouvoir dont il usait solennellement. Les moindres nouveautés , en fait de doctrine*, ont de tout temps excité des réclamations dans L'Église. Il n'est donc pas douteux que si le dogme des indulgences plénières eût été introduit pour la première fois dans le concile de Clermont, comme les Protestants osent le soutenir, on ne se fût élevé contre cette innovation: l'erreur naissante aurait été combattue, repoussee; et jamais elle ne serait devenue universelle.

Cette considération , jointe à ce que nous avons dit touchant la tradition , fournira, à quiconque voudra y réfléchir, la preuve la plus convaincante que l'Eglise a le pouvoir d'accorder des indulgences.

De plus, l'Eglise , d'après les promesses de Jésus-Christ, jouissant du privilège de l'infaillibilité, jamais elle n'érigera ni ne permettra que l'on érige dans son sein le mensonge en article de foi. Cependant, dès le 11° siècle, an moins, de l'aveu de tout le monde, la croyance universelle des pasteurs et des fidèles lui attribuait le pouvoir divin dont nous parlons. Celte croyance n'a souffert aucune altération depuis ce temps-là. Elle fut attaquée, il est vrai, par Wiclef, au 14° siècle, et par Luther, au 10e , mais ce ne fut que pour être mieux confirmée.

Le concile de Constance condamna expressément Wiclef sur cet article, et, dans sa dernière session, il accorda lui-même une indulgence plénière.

Le concile de Trente s'est exprimé en ces termes l : La puissance de conférer des indulgences ayant été donnée à V Eglise par Jésus-Christ , et la même Eglise ayant usé de cette puissance dès les premiers temps , le saint concile enseigne que l usage des indulgences , très-salutaire au peuple chrétien, et approuvé par l'autorité des saints conciles, doit être conservé. /,e même concile frappe d'anathème tous ceux qui assurent , ou quelles sont inutiles , ou que la puissance de les accorder n'est pas dans V Eglise 2.

1 Traduction do Bossue t.

* Cùm potestns conferendi indulgentias a Christo Ecclesise conceasa

Après une telle décision, nul Catholique ne peut hésiter seulement un instant; il doit croire , du fond de son àme, que les indulgences sont utiles, et que l'Église peut en accorder. La foi ne nous oblige pas à en croire davantage : mais sur ces deux points, elle exige notre assentiment sous peine d'anathème. Qui donc oserait préférer son jugement, ou les opinions divergentes des hérétiques modernes , à cette définition précise d'un concile œcuménique ?

Comme nous ne prétendons pas faire un ouvrage de controverse, destiné à combattre pied à pied les subtilités dans lesquelles l'erreur a coutume de s'envelopper, nous nous abstiendrons de rapporter ici les difficultés que les Protestants opposent à ce dogme catholique. Nous avons exposé la saine doctrine et montré les fondements qui lui servent de base ; cela doit suffire au plus grand nombre de nos lecteurs. Ceux qui voudront étudier plus théologiquement cette question, auront recours à des ouvrage* plus étendus , principalement au traité de Bellarmin; Ha y trouveront des réponses détaillées , claires et solides , ■tu objections de Luther et de ses partisans.

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