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à des bégaiements linguaux ; lorsque la gêne de la respira- « tion y jouait un grand rôle. » J’ai déjà dit que cette distinction n’était pas réelle, et ne pouvait être faite.
Telles sont les opinions des principaux chirurgiens qui se sont occupés de la section des muscles génio-glosses dans le bégaiement; il est inutile d'augmenter le nombre des citations, car ce serait retomber dans des redites continuelles. Il s’agit maintenant de dire notre opinion à ce sujet.
Je repousse formellement cette opération ou ces opérations, pour trois raisons :
1° Parce que la cause potr laquelle elles sont faites n’est
‘pas réelle, et par conséquent parce que l’opération est sans but. Je me suis déjà assez étendu sur cette raison pour qu'il soit inutile d’y revenir ici.
2° Parce que les succès obtenus, ou plutôt qu’on a prétendu obtenir, ne sont pas réels.
3° Parce qu'en supposant les succès véritables, l’opération cffrirait trop de dangers, et compromettrait même trop la vie pour qu’on soit tenté de la subir pour une simple infirmité. Entrons dans quelques détails relativement à ces deux deinières et puissantes raisons.
Les succès qu’on a prétendu obtenir ne sont pas réels.
Qu'il y'ait eu quelques améliorations momentanées , c’est ce qu’il n’est pas permis de nier. On a vu certains bègues s'exprimer avec facilité, les uns pendant quelques heures à peine, les autres plusieurs jours; d’autres enfin, peut-être, mais j'en doute, pendant quelques semaines. Ces améliorations n’ont pas été nombreuses : mais pourquoi et comment ont-elles eu lieu ? Jene saurais l'expliquer. Peut-être pourrait-on invoquer l'influence nerveuse exercée sur les bègues qui se sont mis à bien parler pendant quelque temps, parce qu’ils étaient per-
suadés qu’ils devaient s'exprimer avec facilité, après avoir été opérés ; ou bien la perturbation momentanée apportée dans l’innervation des muscles de la respiration et de articulation; peut-être aussi pourrait-on l’attribuer à la gène que détermine l’opération et le travail de la cicatrisation, gêne qui oblige les malades à parier plus lentement ; c’est ce que je ne saurais dire; quoiqu il en soit, ces améliorations en petit nombre ne se sont pas maintenues.
Souvent il n’y a pas eu même amélioration, et dans d’autres cas, elle ne s’est pas maintenue. Je puis le prouver: 1° par induction, 22 par des faits.
1° Par induction. Pourquoi, en présence de ces pompeuses annonces de guérison , de cette proportion énorme de succès, a-t-on abandonné rapidement toutes ces opérations ? Pourquoi n’en est-il plus question? Pourquoi aucuns chirurgiens, et même ceux qui les ont le plus vantés , n’en pratiquent-ils plus, et même n’en parlent-ils plus ? Pourquoi enfin n’a-t-on pas reparlé surtout des bègues opérés, et n’a-t-on pas dit si leur guérison s'était maintenue? C’est que toutes ces guérisons . ne s’étaient pas maintenues ou n’avaient point eu lieu; et que ceux là même qui étaient convaincus qu'ils s’étaient trompés d'abord y avaient cru.
2 Par les faits. Je pourrais rapporter ici les opinions de beaucoup de chirurgiens ou de médecins qui ont pratiqué ou vu pratiquer ces opérations, et qui sont tout-à fait convaincus de leur inutilité; mais je ne‘veux parler ici que de ce que j'ai vu.
Sur douze ou quinze opérations que’ j'ai vu pratiquer par divers chirurgiens, deux fois seulement j’ai entendu les bègues s'exprimer avec plus de facilité, et même parler très-bien immédiatement après la section des génio-glosses, Leur guérison s’est elle soutenue? je l’ignore, car je n’ai jamais pu savoir ce qu'ils étaient devenus ; quant à tous les autres, je n’ai constaté absolument aucune amélioration; ils parlaient même, pour la plupart, plus mal qu'auparavant.
Depuis que j'ai fait connaitre la méthode Jourdant, j'ai vu beaucoup de bègues qui sont venus me consulter, et parmi eux il en était un certain nombre qui avaient été opérés ; quelquesuns avaient éprouvé une amélioration momentanée ; d’autres n’en avâient éprouvé aucune, et tous parlaient aussi mal qu’auparaavant.
En supposant réels les succès qu'on a prétendu obtenir, on ne devrait pas tenter l'opération en raison des dangers qu’elle présente. Ces dangers sont , les hémorrhagies considérables, la gangrène, la suppuration abondante, la perte de la parole , enfin la mort; accidents dont il n’a été fait aucune mention dans les journaux, et qui tous se sont présentés. J’ai toujours présent à l'esprit un malheureux enfant qui était dans les salles de chirurgie de l’hôpital des Enfants-Malades, que M. Guersant fils opéra pour un bégaiement médiocre ; et pendant plus de dix jours, les hémorrhagies se renouvelèrent continuellement et exigèrent plusieurs applications du fer rouge, on fut obligé de maintenir presque sans cesse dans la bouche des styptiques et de la glace Gil prit aussi du seigle ergoté à l’intérieur); plus tard on eut à combattre un gonflement de la langue et du plancher inférieur de la bouche, sonflement qui détermina une gène très-grande dans la déglutition et dans la respiration. Enfin, pendant plus de quinze jours, cet enfant fut véritablement entre la vie et la mort. Il fut un temps très-considérable à se rétablir, et ensuite. il parlait certainement beaucoup moins bien qu'auparavant.
Telle est donc mon opinion relativement à la cure du bégaiement par la section des muscles génio-glosses, je considère cette section comme une opération mauvaise, inutile, et dangereuse; je ne saurais toutefois mieux terminer, qu’en disant qne les opinions que j’ai exprimées ici sont celles de la plus grande partie du monde médical.
J’ai dit ,en m'occupant de l’étiologie du bégaiement, que
MM. Yearsley et Braïd avaient conseillé la section de la luette et des amygdales pour guérir le bégaiement.
Cette opinion repose sur une base trop peu solide, pour que je prenne la peine de la discuter. f
Avant d’en venir à l’exposé des deux méthodes gymnastiques les plus employées à notre époque, je puis encore citer les moyens proposés par Arnolt et Muller, pour guérir le bégaiement. Voici le pasage de ce dernier, relatif à la question qui nous occupe.
« Si les lèvres de la glotte étaient visibles comme celles de « la bouche, dit Arnolt , la nature du bégaiement ne serait « pas restée si longtemps couverte d’un voile. La glotte se « ferme de temps en temps chez l’homme qui bésaie ; il s’agit « de faire perdre cette habitude à la nature par l’exercice. Ar- « nolt propose de faire unir tous les mots en un seul, par des « intonations intercalées jusqu’à l’épuisement de l’haleine. Ce « moyen est bon, mais ilne suffit pas, puisque l’obstacie prin- « cipal existe la plupart du temps dans l’intérieur même des « mots, et tient aux mouvements associés que réclament cer- « taines articulations. Si j'avais une méthode à proposer pour « la guérison du bégaiement, outre le procédé d’Arnolt, j’em- « ploierais Le suivant : je ferais au sujet des écritures dans les- « quelles il ne se trouverait aucune consonne aboslument « muette ou explosive, (b, d, g, p, t,k, q, c dur), ces écritures « ne contiendraient que des phrases, dans la composition des- « quelles il n’entrerait, outre les voyelles, que des consonnés « susceptibles d’intonation concomitante(f, x,sch,s, r, 1, m,n, « ng ); je ferais une loi de prononcer toutes ces lettres avec « intonation, et de les traîner très-longtemps. Be là résulte « une prononciation dans laquelle l'articulation est constam- « ment accompagnée d’intonation de manière que la glotte ne « se trouve jamais complétement fermée. Une fois le sujet bien « exercé à tenir sa glotte ouverte sans interruption, même « entre les mots, comme le conseille Arnolt, à ne jamais la
« fermer pendant et après chaque consonne et chaque voyelle, « on pourrait passer à La consonne muette h et aux consonnes « explosives, car parvenu là, il sait déjà de quoi il s’agit. Le « procédé de M°"° Leigh est d’un empirisme aveugle : ni le « maître, ni l’élève ne savent ce dont il est question.
Nous avons démontré, en nous occupant de rechercher la cause première du bégaiement, que la théorie d’Arnolt ne pouvait être admise, attendu que dans cette affection c'était l'articulation des sons qui était viciée et non pas la voix, et que C'était par conséquent une hypothèse que de supposer que le bégaiement fût dû à une affection spasmodique de la glotte. Le traitement proposé par Arnolt et Muller repose doncsur une base fausse, et l’explication qu’ils donnent des moyens qu’ils conseillent, et qui consistent à faire maintenir aux bègues la glotte dilatée, n’est guère plus admissible; de ce qu’ils ne sont pas rationnels, on ne peut tirer la conséquence qu’ils ne doivent pas nécessairement réussir. Pour se prononcer à cet égard, il eût fallu voir des bègues traités par ce moyen. Nous resterons donc dans le doute.