‹ Traité du bégaiement et des moyens de le guérirChapitre 9 sur 23 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

Des influences externes ou internes qui peuvent déterminer

ou entretenir le bégaiement.

Le sujet que je me propose de traiter ici, pour terminer ce qui est relatif à l’étiologie du bégaiement, est celui qui comprend*es influences auxquelles on donne plus particulièrement le nom de causes dans les traités de pathologie , et en cette circonstance, dans les dissertations dans lesquelles on s’est occupé du bégaiement. Gette partie étant en général bien developpée, et ayant du reste peu de choses à y ajouter, je serai aussi bref que possible.

Statistique. — On a cherché à évaluer le nombre des bègues existant en France, et même à en déduire proportionnellement le nombre de ceux qui existent dans le monde entier. On ne saurait admettre un travail analogue, et par conséquent les chiffres qui ont été présentés comme en étant la conséquence, parce qu’il semble impossible de recueillir les matériaux qui doivent servir de base à une semblable statistique. Je me contenterai de dire que cette affection est malheureusement assez fréquente.

L'âge exerce une grande influence sur le bégaiement ; il est incontestable que dans le jeune âge, cette affection est beau. coup plus commune, et qu’elle tend en général à diminuer à mesure qu’on atteint une époque plus éloignée de la jeunesse. Il faut cependant se garder de croire qu’on ne rencontre pas de bègues parmi les personnes âgées, J’en connais, pour ma part, plusieurs. Il est rare, toutefois, de voir se développer le bégaiement chez des personnes ayant dépassé 15 ans, et à plus forté raison chez des vieillards. Le contraire a lieu; c’est-à-dire

que c’est presque toujours dans les quinze premières années de la vie que cette affection se développe.

Elle peut être congéniale ; mais ce n’est que vers l’âge de 2 ans à 3, lorsque les enfants commencent à enchainer leurs idées de manière à faire des phrases, qu’on s'aperçoit qu'ils bégaient et qu'ils répètent plusieurs fois la même syllable ou les mêmes mots. Moins souvent le bégaiement est acquis, et on le voit se développer à la suite de causes différentes que nous allons examiner, et en particulier de l’imitation.

Le sexe paraît exercer une grande influence sur le développement du bégaiement : il est incontestableique cette afféction est infiniment plus fréquente chez les hommes que chez les femmes. 4 priori on devrait penser le contraire, en raison de la prédominance du système nerveux dans le sexe féminin ; mais il n'en est rien, et tout inexplicable que soit le fait, il n’en faut pas moins l’admettre : nous manquons de chiffres positifs et exacts pour apprécier le rapport des hommes bègues à celui des femmes.

La constitution est loin d’exercer une influence aussi puissante qu’on l’a prétendu. Le tempérament nerveux, disait-on, prédispose singulièrement au bégaiement : on le rencontre surtout chez les personnes vives, impressionnables, à constitution éminemment nerveuse. C’est une erreur. Sans doute on rencontre le bégaiement chez des personnes de cetteclasse, et je ne doute même pas qu’elles ne soient les plus nombreuses; mais il y en a beaucoup aussi qui sont dans des conditions toutes opposées , ou au moins avec des constitutions qu’on pourrait en quelque sorte appeler indifférentes. On trouve, et pour ma part, j'ai eu plus d’une fois occasion d'en observer, des bègues à tempérament sanguin, lymphatique ou bilieux, enfin avec toute espèce de tempérament ; je pense cependant que ceux qui sont éminemment nerveux y sont un peu plus prédisposés que les autres.

L'intelligence, par sa vivacité ou son peu de développe-

ment, peut-elle exercer une influence sur la production du bégaiement? Je ne le pense pas. On voit des personnes douées d’une imagination très-vive et chez lesquelles la pensée naît en quelque sorte plus vite que la parole: ces personnes parlent souvent fort viteet bien, mais fréquemment aussi on les voit bredouiller. J’ai établi en commençant la différence qui existe entre le bégaiement et le bredouillement, et aucun médecin , je pense, ne pourra les confondre. Chez les personnes peu intelligentes , on voit dans quelques circonstances le contraire, les idées leur viennent lentement , ils cherchent les mots et hésitent. Avec un peu d'attention on pourra encore reconnaitre que ce n’est pas un véritable bésaiement. En conséquence, et d’après les faits que jai observés, je pense qu’on rencontre le bégaiement chez des personnes d’une intelligence vive, ordi- naire, médiocre ou bien faible , c’est-à-dire chez tout le monde.

Les émotions morales vives exercent certainement une influence notable sur le bégaiement; on voit nombre de personnes qui dans l'état naturel s'expriment avec facilité, et qui, sous l'influence de ces émotions, présentent un bégaiement véritable, et qui reviennent ensuite à l’état normal. Chez les bègues, on voit presque toujours les émotions, augmenter fortement leur difficulté de parler; mais quelquefois aussi elles semblent, selon une expression vulgaire, délier leur langue,et ils s'expriment alors avec plus de facilité ; tel est en particuher ce qui arrive dans la colère.

Les émotions qui semblent agir comme je viens de le dire, sont la colère que j'ai déjà citée , la joie , le plaisir , la crainte, les désirs violents, les disputes un peu vives. Les émotions fortes peuvent-elles déterminer le développement d’un bégaiement permanent? c’est une question à laquelle jene saurais répondre , vu l’absence de faits sur lesquels on puisse s'appuyer.

Le fait de parler dans l'intimité où en public n’est point

sans influence sur le bégaiement ; mais cette influence n’est point toujours semblable à elle-même. La plupart du temps les bègues parlent infiniment plus mal en public que dans l'intimité, et il leur arrive même quelquefois de ne pouvoir prononcer un seul mot. On observe quelquefois le contraire, c’est-à-dire que des personnes qui bégaient fortement ou faiblement dans l'intimité, s'expriment avec une certaine facilité en public. Cela n’a lieu en général que pour les premiers temps du discours, car s’il vient à se prolonger , elles ne tardent pas à retomber dans leur bégaiement.

La défiance de soi-méme, la timidité, exercent une influence sur le bégaiement qui certainement est beaucoup plus fort chez les personnes qui, soit habituellement, soit accidentellement, sont dans cette condition. On doit observer toutefois que cette timidité est assez souvent plutôt la conséquence du bégaiement que sa cause , et qu'elle est due à l’impression désagréable et pénible qu’elle détermine chez les autres personnes, et: surtout chez celles qui sont inconnues de l’interlocuteur.

Les moqueries tendent en général à augmenter le bégaiement; mais cela n’est pas constant, et on voit quelquefois des bègues dont l’amour-propre est alors piqué, se mettre à bien parler. :

L’imitation est une cause puissante sous l'influence de laquelle se développe le bégaiement, Elle a été constatée un si grand nombre de fois, et on observe si souvent de pareils faits que je me crois dispensé d’y insister : lorsqu'il se développe de cette manière, cela a lieu en général et d’une manière presque insensible.

Plusieurs auteurs ont cité des exemples d’enfants qui, voulant éviter de réciter leurs leçons en classe, ont simulé le bégaiement pour en être exemptés, et ont conservé ensuite ce malheureux vice de langage. Je connais pour ma part un médecin âgé de 31 ans, chez lequel le bégaiement ne reconnaissait

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pas d’autre cause, et qui a été délivré de son infirmité par l'application de la méthode Jourdant.

Les veilles prolongées, les excès vénériens paraissent en pénéral augmenter le bégaiement, mais non le produire.

L'ivresse détermine quelquefois un certain embarras momentané de la parole qu'on a confondu avec le bégaiement; mais en dehors de ces faits, on peut dire qu’en étudiant l’influence de l’ivresse sur les bègues, ont la voit tantôt augmenter, tantôt diminuer et même faire disparaître momentanément l'infirmité dont ils sont affectés. |

Les saisons, la température exercent-elles une uence sur le bégaiement? On a dit que pendant qu’ils étaient soumis à certaines températures, et en particulier à une température humide, les bèguess’exprimaient avec beaucoup plus de difficulté : ainsi l'hiver exercerait cette influence ; d’autres ont dit que les grandes chaleurs au contraire détermineraient cet effet. Tout cela est au moins fort douteux; on ne connaît rien de positif à cet égard; et le bégaiement présente tant de varia- ‘tions journalières chez les personnes qui en sont affectées, que je considère comme à peu près impossible d’apprécier linfluence des saisons et de la température. En supposant même qu’elles puissent augmenter ou diminuer le bégaiement, elles ne pourraient du moins pas le produire.

L'heure de la journée paraît exercer une influence sur le bégaiement. C’est un fait généralement admis et que j'ai observé pour ma part assez souvent, que l’on bégaie plus le matin qu’à un autre instant de la journée. Pourquoi cela? on n'en sait rien, et malgré toutes les explications qu’on a cherché à en donner, la cause de ce fait est restée inconnue.

Les courses forcées, les exercices violents augmentent quelquefois le bégaiement ; mais je ne pense pas qu’ils puissent le produire.

Pour terminer tout ce que j'ai à dire sur ce sujet, je signa- Lerai la çause la plus commune et la mieux constatée du bé-

gaiement, c'est l’hérédité. La moitié peut-être des cas du bégaiement ont été ainsi transmis héréditairement, et c’est un fait tellement connu et incontestable, qu'il me suffit de le signaler.

D’après le tableau que nous venons de tracer des circonstances qui peuvent exercer une influence sur le bégaiement, nous pouvons conclure que si beaucoup d’entre elles peuvent exercer une action quelconque pour augmenter ou diminuer le bégaiement, on ne éonnait cependant que deux causes incontestables de cette affection , ce sont : 19 l’hérédité ; 2 l’imitation; ce qui prouve quenous sommes bien peu avancés à cet égard.

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