C. CAUSES CONSTITUTIONNELLES DE LA CÉF.ÉBRITE
Nous plaçons en première ligne le tempérament sanguin, le nerveux, l’idiosyncrasie cérébrale et génitale, le sexe, l’âge , certaines constitutions héréditaires.
Donnons une définition des tempéraments en masse : on entend par ce mot un état de l’économie qui mérite cette dénomination, c’est-à-dire dont l’influence sur l’organisme, soit générale etimmé-
diate. L’idiosyncrasie dépend au contraire du développement spécial et ,fle l’influence prédominante d'un organe important ou d un appareil organique tout entier (Bégin). Le sexe féminin , en raison des révolutions qui lui sonl propres et qui dépendent de sa plus grande susceptibilité nerveuse, est souvent exposé à des maladies cérébrales , tandis que le sexe masculin ayant les organes plus robustes et soumis à des fatigues sans nombre, doit aussi être bien exposé aux maladies cérébrales. Ce que la prédominance matérielle et physique fait chez 1 homme ^ l’excès de l’innervation le fait chez la femme ; donc le résultat est toujours le même , la cause seule diffère.
Le tempérament sanguin , avons-nous dit , contribue à favoriser le développement d’une liypérémie cérébrale ; en effet , les personnes de cette constitution , ont une poitrine bien conformée , très ample , les vaisseaux rouges sont très développés , le sang est très riche en principes nutritifs; les personnes sanguines ont tous les téguments colorés , ils semblent être dans un état de congestion ; le poumon jouit d’une plus grande activité, l’hématose se fait d’une manière active: de là, cette plus grande quantité de fluide sanguin qui se trouve dans les
tissus.
Le centre cérébral, comme tous les autres tissus , recevant une grande quantité de sang, doit toujours être dans un état d’excitation : le cœur, cet
organe qui le chasse clans tous les points du corps, se contracte avec force en raison de la plus grande somme de vitalité nerveuse qu’il reçoit du cerveau. Comme tous les sanguins sont remarquables par la facilité qu’ils ont de percevoir les sensations, de les varier, nous pensons que lorsqu’une cause quelconque trouble une des fonctions de l’économie , le centre nerveux , en vertu de son état continuel d’excitation , doit en ressentir bien vivement et bien profondément l’effet. Une explication qui peut satisfaire tous les esprits judicieux et qui a rapport au mode d’agir de la constitution ianguinp, pet celle-ci : le cerveau étant toujours dépositaire d’une masse surabondante d’innervation , les organes qu’il tient sous sa dépendance doivent , en vertu de leur constitution robuste , la dépenser bien facilement , et ce qui en consomme le plus , ce sont les sensations et les impressions trop fugitives qui en résultent. Pour satisfaire à la vivacité de leurs passions , à leurs inconstances, le cerveau redouble d’action , à chaque moment il est comme soulevé , distendu par l’abord considérable du sang ; cette fatigue cérébrale est prouvée par la facilité avec laquelle la phlogose envahit cet organe , et par la fréquence de apoplexies circonscrites chez ceux qui ont la constitution sanguine. La lésion principale ici , est celle, de la circulation ; celle de l’innervation occupe un rang secondaire , et ne doit pas nous occuper.
Le tempérament nerveux produit d une façon bien évidente une maladie cérébrale ; tous les individus qui en sont doues ont une tête considérable , le cerveau est on ne peut plus volumineux, toutes les parties de l’économie semblent lui être sacrifices, il est doué d’un surcroît remarquable d’action. Les nerveux éprouvent des sensations plus vives, plus durables que les autres hommes , leur cerveau est toujours dans une activité tics grande, et disposé à réagir contre les impressions
qui lui arrivent de toutes parts.
T.pç ojKipoilnes du cerveau , dans ce cas, sont
très vives , toutes les parties du corps s cmpics— sent de partager le malaise qu’une d’elles éprouve \ les impressions les plus faibles sont perçues et suivies d’effets auxquels on était bien loin de s at-
tendre.
Le cerveau ne reste pas étranger à cet ensemble de phénomènes dont il est la source, comme il réagit avec force sur les impressions qui lui arrivent de toutes parts, il se fatigue, s inite , tiouble ses fonctions ; à ce désordre cérébral , participent les principaux appareils organiques. Le îésultat le plus commun de ce trouble , est un ensemble de maladies du centre nerveux , que nous considérons plutôt comme des phénomènes irréguliers, appelées malignes, nerveuses ataxiques , adynamiques, etc., ici ce que le fluide nerveux produit , le fluide sanguin l’a déterminé chez celui qui est sous l influence
du tempérament sanguin; l'effet est semblable, les
causes seules sont differentes.
Au chapitre des symptômes des maladies cérébrales , nous passerons en revue un grand nombre de phénomènes nerveux qu on considère a tort comme ayant une existence propre, tandis qu’ils ne sont que la conséquence inévitable d’une modification organique , cérébrale ; c’est, en un mot, les névroses des auteurs, c’est-à-dire maladie sans lésion de tissu, ce qui implique contradiction et ne peut exister, car, pour qu un symptôme existe , il faut de toute nécessité, lésion d’organisation. On a dit que les douleurs viscérales, tout en déterminant l’agitation , le malaise de tout le système nerveux de la vie animale , aucun signe de fièvre ne se manifestait. Nous savons bien que ces prétendues névroses déterminent des phénomènes nerveux, sympathiques , au lieu de provoquer 1 agitation du pouls, de la faire comme cela existe chez les sanguins, en ayant égard à la constitution des sujets.
L’ idiosyncrasie cérébrale , comme cause de maladie du cerveau , a un mode d’action à peu près semblable au tempérament nerveux; ce que nous avons pu dire de ce dernier, peut donc s’appliquer ici , avec cette différence que les viscères sont plus robustes et que leurs fonctions se font plus régulièrement. Plus haut, toute l’économie était parcourue de conducteurs d’une sensibilité exagérée,
les organes les moins vivants y jouissaient d’une surexcitabilité extraordinaire, tandis que dans le cas qui nous occupe , rien de semblable n’existe: d’où nous nous pensons autorisés à conclure que les impressions , quoique vives et exagérées , étant moins communes, ayant moins d’agents provocateurs, le cerveau doit s’enflammer bien moins facilement. Nous ne prétendons pas dire cependant qu’il ne s’enflamme pas , telle n’est pas notre pensée , car nous savons que les organes les plus prédominants sont les plus disposés à contracter les maladies auxquelles par leur constitution , ils sont prédisposés. Si nous ne parlons pas ici de ces irritations nerveuses , essentielles , de ces névroses en un mot, on en connaît déjà la raison : ce serait pourtant le cas pour tout autre que pour nous, car c’est sous l’influence d’une inflammation cérébrale et d’une modification intestine du cerveau idiosyncrasie', que tous ces phénomènes bizarres se montrent. Nous renvoyons à ses lieu et place la description de ces prétendues maladies sans lésion d’organisation.
L’ idiosyncrasie génitale , c’est-à-dire le développement extraordinaire des organes de la génération , favorise , indépendamment de plusieurs maladies , celle du centre cérébral , dont nous ne devons que nous occuper seulement. Les effets des excès vénériens diffèrent et chez l’homme et chez la femme : chez l’homme. , ils sont toujours plus lu-
nestes, par la raison que les travaux assidus auxquels, par sa position sociale il doit s’occuper, l’cnervent déjà considérablement ; la dépense nerveuse est , dans ce cas , portée outre mesure ; les travaux réclament de cette force , le cerveau se fatigue, les organes génitaux, en vertu de leur excitation démesurée , tiennent le centre cérébral daus un état de veille continue. Si les passions ne sont pas satisfaites , l’idée dominante , l’union des sexes, acquiert plus de force , toutes tentatives sont hasardées, l’agitation devient générale, le cœur précipite ses mouvements , le pouls est fort , vibrant, la respiration est accélérée, plus de sang estoxigéné et parcourt le poumon dans un temps donné. Le cerveau, cet organe vital par excellence, ne peut et ne doit pas rester étranger à de telles secousses, scs fonctions se troublent , le fluide nerveux est fourni en moins grande quantité, il se congestionne, s’irrite encore, s’engorge encore , et ainsi de suite jusqu’au moment où se développe l’hypérémie cérébrale. Ce qui semble prouver et étayer ce que nous avançons, est la vive douleur de tête qui suit presque toujours l’union des sexes longtemps désirée. Comme chez les individus qui nous occupent , les parties génitales ont un grand développement le rapprochement sexuel doit être très vif. Les effets des excès vénériens devront encore varier suivant le tempérament de 1 individu : chez les femmes , les suites sont bien moins funestes
que chez l’homme, en ce qui concerne seulement le développement des maladies cérébrales , mais pour celles de ces organes, comme elles ne doivent pas nous occuper, nous ne ferons qu’en indiquer deux ou trois, telles que les leucorrhées abondantes,
1 hystérie, la nymphomanie chez les nerveuses, etc. Supposons une femme lésant des excès dans les plaisirs de l’amour autant qu’un homme , elle s’exposera bien moins que lui , tant en raison des fatigues auxquelles sa constitution la met à l’abri , que de toutes les circonstances qui ont précédées l’union : d’où il suit que chez elle les conséquences des plaisirs vénériens trop répétés sont moins funestes que chez l’homme. Cependant le même effet arrive, il est obtenu avec plus d’excès, si l’on peut s’exprimer ainsi ; la lésion d’innervation est ici , comme pour l’homme, la lésion prédominante.
Le sexe influe aussi sur le développement des maladies cérébrales : 1 homme , quoiqu’ayant une constitution plus robuste, plus susceptible de résistera 1 influence des impressions morbides, est pourtant affecté de maladies cérébrales plus facilement que la femme : ce qui ne dépend certainement que des fatigues plus nombreuses auxquelles il est journellement exposé , et des sensations plus profondes et plus stables que chez celte dernière qui n’a au contraire que des passions fugaces, mobiles , et n’éprouve que rarement des fatigues physiques. Donc tout chez l’homme concourt à déve-
lopper une maladie cérébrale organique , tandis que pour la femme les maladies sont mobiles, moléculaires , etc. , sa constitution favorise leur naissance. A cette occasion, nous allons jeter un coup d’oeil rapide sur une cause qui produit dans le cerveau une maladie éminemment dangereuse : celte cause, jusqu’à ce jour, n'a pas été décrite ; elle n’existe pourtant pas moins ; la maladie qu elle provoque n’est ni hypérémique ni sthénique , c’est une maladie dont l’innervation qui se trouve modifiée dans sa quantité , est un symptôme ; elle est toujours fournie en grande quantité dans le début de la maladie , l’organe qui la sécrète , le cerveau enfin , est modifié atomiquement , puisque nos sens n’y découvrent rien ; mais si nous jetons un coup d’œil sur les organes qui la reçoivent le plus directement, nous verrons qu’il se passe quelque chose d’insolite dans son intérieur. Contre ce quelque chose de caché, nous le disons hautement, toutes les ressources actuelles de la médecine ne peuventrien, mais plus tard nous espérons que lorsqu’on connaîtra bien la nature de cette maladie, on pourra la juguler à son début. Une chose digne de remarque, c est que les symptômes qui annoncent ce désordre dans l’innervation , ne se montrent que d une manière intermittente : c’est ce. qui s’explique , nous pensons, par la somme considérable du fluide nerveux qui est sécrété par le cerveau dont les molécules sont irritées. Cet organe , semblable
à une machine électrique , le laisse accumuler dans son intérieur et dans l’arbre nerveux jusqu’au moment où ne pouvant plus en contenir, il se distribue avec vélocité dans tous les tissus, c’est alors que commence la fièvre. L’accès terminé, une autre congestion nerveuse se forme et éclate , lorsque l’accumulation est. à son comble’; l’accès sera plus ou moins rapproché suivant la vitalité plus ou moins grande de l’individu. Comme dans chaque accès fébrile la circulation est accélérée et le cerveau recevant plus de sang , il doit finir par s’irriter, s’enflammer ; l’engorgement cérébral commence alors d’autant plus facilement, que cet organe était dans des dispositions malheureusement trop favorables.
Ce que nous venons de dire a été décrit par plusieurs auteurs sous le nom de fièvre maligne nerveuse , ataxique , adynamique : c’est . suivant nous, toujours une maladie secondaire. Les recherches qu’on fera sur le sujet qui nous occupe seront utiles à la science des maladies cérébrales qui est encore bien peu avancép.
Uâge , avons-nous dit , favorise le développement des phlogoscs cérébrales. Lorsque nous avons traité du sommeil prolongé comme cause de ces maladies, nous avons aussi parlé de l’influence de l’âge sur leur production, ce que nous dirons ici ne sera donc qu’un résumé de ce qui a été décrit plus haut. La constitution de l’enfant de quatre à huit ans, le
prédispose aux maladies cérébrales : celle des adultes, à l’époque de la puberté ; celle des vieillards, vers cinquante à quatre-vingts ans : l’cïat intermédiaire entre trente à cinquante ans , y prédispose peu.
Dans le premier cas, l’enfant , en vertu de son organisation cérébrale , frêle , chétive , doit être exposé aux phlogoses de ce viscère, tant à cause de la surexcitabilité dont cet organe jouit, qu’à cause de l’activité qu’a l’appareil circulatoire.
Dans le deuxième cas , quoique le cerveau soit toujours dans un état de tension , les maladies cérébrales doivent être plus rares que chez l’enfant ; nous avons dit plus haut qu’elle en était la cause.
Dans le troisième cas, au contraire , la phlogose redevient plus fréquente que chez les adultes ,! en raison de la fréquence des apoplexies locales du cerveau qui déterminent toujours son inflammation. Nous avons déjà décrit ce que nous ne fesons qu énoncer ici , nous n’y reviendrons donc pas. Chez 1 enfant , la vitalité exagérée du cerveau , l’activité de la circulation, les impressions plus nombreuses et plus fortes, sont les causes de la phlogose ; chez le vieillard, la lenteur de la circulation } le peu d activité du cerveau, sont les agents provocateurs de la cérébrite.