SYMPTOMES DES MALADIES CEREBRALES
Dans ce chapitre , nous n’avons pas la prétention de décrire les symptômes propres à chacune des nombreuses maladies cérébrales; d’un côté, cette tâche ne nous appartient pas ; de l’autre , nous croyons que leur apparition est trop susceptible de varier dans chaque maladie , suivant l’intensité des causes qui les produisent et la constitution de 1 individu Nous nous contenterons seulement de les décrire en masse , mais cependant , d’après leur ordre d’importance ; nous chercherons toujours a remonter à la cause de leur apparition. Nous ne nous dissimulons pas que très souvent les lésions de nutrition et de sécrétion nous en imposeront quelquefois pour les lésions de la circulation ; il nous arrivera de regarder le coma peutêtre, comme le résultat d’une lésion de nutrition ou
de sécrétion, tandis que réellement il ne sera produit que par la lésion de circulation; mais lorsque nous réfléchirons à l’ancienneté de la maladie , nous rectifierons en partie notre jugement.
Avant d’entrer en matière, étudions qu’est-ce qu’un symptôme cérébral et quelle est la meilleure classification pour le décrire , la plus naturelle enfin. Un symptôme est pour nous et pour le sujet qui nous occupe , ce changement perceptible qui survient dans les fonctions du cerveau et dans celles des organes qui sont sous sa dépendance par suite d’une modification morbide de son tissu.
Les symptômes qui se montrent dans les maladies cérébrales sont très nombreux. Pour mettre de la clarté dans leur étude, nous les diviserons comme nous l’avons dit dans notre introduction : en ceux fournis par les lésions de circulation , et par ceux de la nutrition, de la sécrétion et de l'innervation ; cette dernière section sera très longue, car pour nous , tous les degrés de l’aliénation mentale C[ue nous croyons compatibles avec l'accomplissement parfait de la nutrition , etc. , y seront décrits , parce que nous les regardons comme des symptômes et. non pas des maladies cérébrales. Tous les auteurs se sont plus à dire le contraire de ce que nous avançons. Dans cette section , bien entendu , nous ne nous occuperons que des modifications mentales qui dépendent d’une lésion du fluide électro-animal.
Dans chacune des sections dont nous allons nous occuper, nous formerons deux paragraphes , suivant que les symptômes seront locaux ou generaux. Quant aux symptômes qui sont le produit des deux dernières lésions (nutrition et sécrétion )', en un motdc cette profonde modification de structure de situation, d’aspect et de rapport, ils ne seront bien décrits qu’au huitième chapitre , où nous nous occuperons de l’anatomie pathologique du cerveau, parce que ces divers états ne peuvent être que soupçonnés pendant la vie : ici encore, malheureusement, la boîte osseuse nous voile les désordres que ces deux lésions produisent, cependant la lésion de nutrition héréditaire nous occupera un instant, parce que certaines dégradations mentales en dépendent quelquefois.
Dans chaque maladie , les divers points de l’économie sont le siège de symptômes plus ou moins marqués : diverses classifications ont été proposées par des hommes d’un mérite rare : JBoerliciaçe les partageait en trois séries , selon qu’ils dépendaient d un trouble dans les fonctions , dans les matières évacuées, ou dans certaines dispositions de l’économie ; M. lïayle les divisait en physiques et en vitaux ; M. Chomel , qui fut notre maître , les divise en trois grandes classes , selon qu’ils dépendent de l’habitude extérieure , de la digestion, des fonctions génératrices ; M. Barbier d’Amiens , cet excellent professeur auquel nous aimons à rendre jus-
tice, établit une classification qui, sans être vicieuse , est au moins trop longue ; il les divise en ceux de l’appareil cérébro-spinal , des appareils de sensations, de la locomotion, du tube digestif, circulatoire , respiratoire , reproducteur, urinaire, dermoïde, enfin du système cellulaire et des ganglions lymphatiques. Comme ici nous ne voulons pas entrer dans des discussions de séméiotique , mais seulement substituer à ces classifications de symptômes , un autre ordre plus en rapport avec l’état actuel de la science , nous nous en tiendrons à ces quatre citations de classifications , sans leur faire aucune objection ; cependant comme celle que nous proposons est nouvelle , nous devons dire quelques mots sur son utilité et sa simplicité ; si notre division est adoptée , comme on connaîtra facilement la cause des symptômes , le traitement sera plus rationnel ; chaque partie du corps recevant un courant d’innervation , et étant le siège d’une circulation, d’une nutrition, d une sécrétion, on pourra, sans beaucoup de peine , découvrir le genre de lésion qui prédominera. Le traitement à employer dans ces divers cas, devant varier suivant le genre de lésion encore , ce sera alors seulement que l’état de guérir fera des progrès , car , qu’on le sache bien , il ne suffit pas de savoir qu’un organe est malade pour être de quelqu’utilité , il faut encore connaître si c’est la circulation , la nutrition, la sécrétion et l’innervation qui, lésées, pro-
duisent le trouble fonctionnel de l’organe. Lorsque nous nous occuperons des diverses sortes de traitements à employer dans la cérébrite, nous aurons soin d’indiquer quels sont ceux qui produisent quelques succès dans Ici genre de le'sion. Cette marche est bien naturelle et rationnelle , nous desirons vivement qu’elle soit suivie.
PREMIÈRE SECTION
Symptômes produits par une lésion de circulation.
Ces symptômes sont très nombreux et bien importants à connaître , nous allons les énumérer d’après leur degré d’importance : les étourdissements , les éblouissements , les vertiges , les tintements et les bourdonnements d’oreilles, la perte de l’ouïe, la rougeur et la vivacité des yeux , les aberrations de la vue , le délire , les pesanteurs de tete , l’embarras dans la parole , le coma , l’abolition des facultés morales , la paralysie de la face et la dilatation de la pupille , les bruits de cloches et de tambour que le malade croit entendre ; la paralysie du mouvement et du sentiment des extrémités , la lenteur de la circulation , la gène de la respiration, les vomissements , la constipation , la rétention des urines. Comme nous l’avons promis, nous for-
nierons deux paragraphes dans l’étude des symptômes des maladies cérébrales, suivant qu’ils seront ou locaux ou généraux. C’est ici que nous rencontrerons des difficultés pour classer les symptômes qui appartiennent a la lésion de circulation ou a la lésion d’innervation Dans ceux que nous venons de citer, plusieurs peuvent être du domaine d’une lésion de l'innervation, mais lorsque nous décrirons la cause de leur apparition , nous aurons soin de faire connaître que la lésion de circulation peut seule produire ces nombreux symptômes en développant une lésion d’innervation, par la grande quantité de sang que reçoit le cerveau. Cependant nous ne prétendons pas dire que cette dernière lésion ne puisse les produire primitivement , car il est trop bien reconnu que , sans trouble dans la circulation , les exaltations des sens et les facultés intellectuelles , sont très communes chez certains sujets , surtout chez ceux à constitution nerveuse.
Lorsqu’il y a lésion de la circulation, le puncipe électro- animal est plus abondant ou n’est plus sécrété par le fait de l’abord plus considérable du sang dans le cerveau. Lorsqu’au contraire il y a lésion de l’innervation, le principe électro-animal est fourni aux organes en plus grande quantité , ou n’est plus distribué qu’avec parcimonie. Un changement intestin du tissu cérébral explique la cause de cette modification de la secre tion du fluide électro- animal.