CIRCULATION
i° La paralysie du mouvement , dont nous allons nous occuper ici , comme symptôme de maladie du cerveau, se rencontre plus fréquemment que celle de la sensiblilé. Dans l’étude de ce symptôme, comme dans celle de tous ceux décrits jusqu’ici , nous ne prétendons pas dire que les explications sur la cause de leur apparition soient toutes exactes; il est à regretter que nous ne puissions étudier que la paralysie de l’extérieur de la machine , si on peut s’exprimer ainsi , car ce que nous voyons se passer sous nos yeux, a bien certainement lieu sur les organes intérieurs , attendu que tous ils reçoivent des nerfs qui effectuent les divers mouvements qu’ils sont chargés d’accomplir. Dans cette division de symptômes généraux de la cérébrite dus à une lésion de la circulation , nous ne parlerons pas à dessein des lésions de la motilité en général, sans quoi nous aurions eu à décrire deux grandes classes: dans la première , les mouvements persistent et elle comprend les différents spasmes qu’on divise en
cloniques et en toniques ; dans la deuxième classe, les mouvements n’ont pas lieu , ici se trouvent les nombreuses variétés de paralysie depuis celle où une légère diminution dans la prestesse des mouvements existe , jusqu’à celle où ils sont totalement abolis. La paralysie , qui est duc à une lésion de la circulation , peut s’établir lentement ou brusquement ; nous devons déclarer ici que si , à la suite de la paralysie du mouvement , on a trouvé tant de lésions différentes dans le cerveau pour l’expliquer, que si les lésions ne sont pas plus constantes que la paralysie, et vice versa , cela tient bien certainement à ce que les auteurs croyaient qu’un seul ordre de lésion pouvaient produire la paralysie , et que , si comme nous le fesons , ils avaient établi quatre genres de lésions comme capables de produire les memes symptômes, ils ne se seraient pas fourvoyés comme ils l’ont fait.
Nos quatre grandes sections sont établies suivant le sexe , l’âge, le tempérameut de chaque individu. Chez les sanguins, les lésions de la circulation sont les plus communes d’abord; plus tard celles de. nutrition et d’innervation se déclarent; chezles lym- . phatiques les lésions de sécrétion seront très fréquentes , celles de l’innervation seront assez rares, celles de la nutrition seront aussi rarement observées ; chez les nerveux , les lésions de l’innervation seront en premières lignes, celles de la circulation ensuite, ainsi que celles de la nutrition. Nous ne
parlons pas des lisions de la sécrétion, si elles sont possibles , elles sont au moins rares.
Sauvages prétend lui , que si les muscles cessent de sc contracter, si le tact est aboli , absent ou émoussé, c’est que la paralysie attaque les nerfs qui se distribuent dans les muscles seulement ou ceux qui vont à la peau ; plus loin , lorsque nous étudierons la paralysie du sentiment des extrémités, nous ferons connaître nos opinions à ce sujet.
Quant à ce qui a rapport à l’âge , nous aurons égard’à l’enfance , à lage adulte, àTâge mûr et à la vieillesse, parce que nous savons qu’à chacune des époques de la vie correspond presque un tempérament différent.
Quant au sexe , nous savons encore que les tempéraments sanguins sont presque exclusifs à l’homme, et lesstcmpéraments lymphatiques, à la femme ; cependant il n’y a rien d’absolu dans ce quc*nous avançons’hei , car il est des hommes lymphatiques comme il est des femmes très nerveuses , et ces dernières^sont assez communes.
Lorsqu’une cause quelconque produit une modification première de la force qui soumet à certaines règles la circulation cérébrale , la conges- • tion sanguine sc^déclarc , les nombreux courants des globules sanguins'au sein de la trame organique du cerveau , sont augmentés , les parties de cet organe qui président aux mouvements, sont remplies d’une grande somme de fluide sanguin ; ou bien ,
CCS memes parties qui reçoivent le fluide électroanimal d’un autre organe dont les lonctions sont plus élevées, ne peuvent plus fonctionner attendu que le principe vital ne lui est plus distribué par le cerveau congestionne ou par la portion de cet 01 — gane important. Nous pensons avoir suffisamment démontre que la lésion de circulation est capable de produire la paralysie des mouvements en engouant les vaisseaux du fluide sanguin’; de manière cependant que la sensibilité des parties dont nous allons nous occuper, ne soit pas abolie. Ceux qui voudront étudier tous les différents degrés du symptôme dont nous nous occupons ici, sont pries de consulter les livres des auteurs qui s’occupent de paralysie, qu’ils regardent comme une maladie, et que nous regardons comme un symptôme , et rien de plus.
Plus haut , quand nous nous sommes occupés de la paralysie de la face , nous sommes entrés dans de grands développements relativement à la cause qui peut la produire ; nous y renvoyons donc pour ne pas répéter ici ce que nous avons déjà dit tant de fois.
Lorsque nous avons avancé il y a un instant , que l’âge , le sexe, le tempérament influaient sur le genre de lésions qui produisaient les symptômes cérébraux , nous avons omis de parler de certaines constitutions atmosphériques , telles que l’électricité et l’état hygrométrique ; des diverses saisons de
l'année qui influent tant sur le développement des maladies cérébrales.
2° La paralysie du sentiment , comme symptôme encore d une lésion de circulation cérébrale, mérite de fixer notre attention. On a dit qu’elle accompagnait le plus souvent la paralysie du mouvemcnt, quoiqu’elle soit bien plus rare que cette dernière. Plus bas , nous chercherons à expliquer pourquoi la paralysie du mouvement est plus fréquente que celle du sentiment : occupons-nous du mode d’agir du fluide sanguin pour produire ce symptôme. Sous l’inflcnce d’un surcroît d’énergie circulatoire, la pulpe nerveuse qui sécrète le fluide électro-animal , est gênée dans cet acte , les tissus qui reçoivent constamment ce fluide vivifiant, peuvent en recevoir moins ou bien n’en pas recevoir du tout. Dans le premier cas , il se présentera plusieurs degrés de sensibilité à étudier , tandis que dans le second , il y aura abolition complète de sensiblité, paralysie pleine et entière : nous devons faire observer ici que la paralysie complète du sentiment, indépendante de toute paralysie du mouvement, ne se manifeste totalement que dans les organes de la vue, de l’ouïe , plus rares que ceux de l’olfaction et de la gustation. Chez les individus dont la paralysie de la sensibilité se déclare lentement et n’est pas due à une hémorragie cérébrale, on n’observe rien du côté de la périphérie cutanée chez quelques uns , tandis que chez d’autres divers
symptômes se font remarquer, tels que l'engourdissement , le refroidissement ; des picotements , des sautillements et des élancements, etc.: ces bizarres sensations peuvent être non seulement bornées aux bras et aux jambes, mais elles peuvent aussi se montrer en d’autres points, soit à la face, soit au tronc; dans ce dernier cas, plusieurs points isolés de la peau d’une largeur plus ou moins considérable , peuvent éprouver une perte absolue de sentiment. M. le docteur Andral a observé un individu dont la peau de la face du côté gauche , celle du cuir chevelu du même côté , et celle du cou et de la nuque à partir de la ligne médiane jusqu’au moignon de l’épaule , avait perdu tout sentiment, précisément dans toute la portion de la peau où avait siégé un érysipèle. De ce même côté , dit-il , l’ouïe , la vue , l’odorat et le goût , avaient presque complètement disparu. La motilité des parties devenues insensibles , n’avait pas subi la moindre altération , il demande si dans ce cas il n’y a pas eu affection spéciale de la cinquième paire de nerfs ?
Lorsque l’abolition de la sensibilité occupe les extrémités d’un côté du corps, on peut être certain que ce même côté deviendra plus tard le siège de la paralysie complète. Le temps qui s écoule depuis l’instant où commencent ces diverses sensations morbides, jusqu’à celui où arrive la paralysie entière, peut varier suivant l’âge , la constitution et le sexe de l’individu. M. Andral a observé
l'JO
une femme dont les membres furent pris de fourmillements, d’engourdissements, quelques années avant l’invasion de la paralysie. Nous pensons expliquer les fourmillements qui arrivent dans ce cas, par l’irrégularité de la sécrétion du fluide nerveux qui tantôt est en abondance et tantôt en faible quantité ; les engourdissements trouvent leur explication dans cette difficulté qu’a le cerveau de fournir aux membres leur excitant ordinaire , occasionnée par la présence dans sa pulpe d’une plus grande quantité de sang.
Il demeure donc bien prouvé pour nous , soit que la paralysie du sentiment se déclare lentement, soit qu’elle se montre brusquement, comme dans l’apoplexie , elle dépend de la présence du sang dans les trames pulpeuses cérébrales qui sont gênées dans leurs fonctions. Cependant lorsque le mouvement persiste et que la sensibilité est éteinte comme nous venons de le dire, on est porté à penser, vu qu’il n’existe qu’un seul ordre de nerfs troublés dans leurs fonctions , que la lésion d’innervation joue un bien grand rôle.
Essayons d’expliquer maintenant pourquoi la paralysie du sentiment est moins fréquente que celle du mouvement, nos explications ont quelques ressemblances avec celles qu’a données sur ce sujet M. le professeur Lallemand , qui ne pense pas comme Sauvages , que les nerfs qui se rendent à la peau et ceux qui vont aux muscles, soient d une
nature différente et puissent être affectés isolément. Pour nous , nous pensions avant d’avoir lu M. le professeur Lallemand, que le cerveau étant le siège des facultés motrices et sensitives , devait s’affecter de divers degrés , suivant la manière des excitants à troubler les fonctions. Si la paralysie du mouvement se rencontre plus souvent que celle du sentiment, cela tient à ce que le cerveau a besoin 'd’être dans un état sain pour accomplir les fonctions de la motilité, et qui pour lui elles sont un exercice actif ; tandis que pour la sensibilité , l’attention n’a pas besoin d’être soutenue , elle n’y est pour rien ; c’est, en un mot , un exercice passif qui s’accomplit à l’insu de l’individu. Ainsi donc , après ces simples explications , il est facile de concevoir maintenant pourquoi la paralysie du mouvement est plus commune que celle de la sensibité , car dans le premier cas , c’est que le sang qui engorge le cerveau ou la portion de ce centre qui préside au mouvement, l’empêche d’accomplir ses actes et de veiller à leur régularité ; dans le second , la même partie peut encore entretenir la même sensibilité dans les extrémités quoique privée de mouvement, parce que le point central cérébral n’a pas besoin de s’appliquer à la production de cette fonction ni d’entrer en érection pour son accomplissement. L’impression lui est transmise à différents degrés d’intensité , suivant que la lésion de circulation est plus ou moins ancienne ou plus ou moins active ;
telles sont les explications que nous avions données sur la fréquence plus grande des paralysies du mouvement , avant d’avoir connu celle de M. Lallemand qui s’exprime ainsi :
Le mouvement volontaire d’un membre est , dit-il, le produit d un acte spontané du cerveau ; la perception de 1 impression produite à l’extremité d’un nerl est un acte indépendant de la volonté, qui n’exige point par conséquent que le cerveau entre spontanément en action. Il est facile de concevoir que la partie malade du cerveau soit assez altérée pour ne pouvoir plus avoir une influence active sur les nerfs qui en dépendent , et pas assez pour qu’elle ne puisse plus recevoir l’impression qui lui est communiqué par ces mêmes nerfs ; précisément dans le cas où le sentiment persiste , l’altération cérébrale doit être peu considérable, puisque l’altération du mouvement est alors incomplète. Pour dernier argument , il fait ressouvenir que des malades qui ne peuvent mouvoir \olontaircmcnt leurs membres, les retirent quand on leur pince la peau.
4° La lenteur de la circulation , comme symptôme d’une cérébrite duc à une lésion de la circulation , mérite que nous recherchions avec attention par quel mécanisme elle est produite. Plusieurs auteurs croyaient que la grandeur, la plénitude du pouls, sa force , sa petitesse , son accélération et sa dureté, dépendaient d’une influence mécanique
exercée par les vaisseaux capillaires irrités sur les mouvements circulatoires. Ces changements , clans l'état des mouvements pulsatifs , sont placés sous l’influence des lois vitales de l 'influence nerveuse , sous l’empire de laquelle le centre circulatoire est placé plus qu’aucun autre organe intérieur. Nous convenons bien que très souvent les vaisseaux artériels reçoivent du cœur une plus grande somme de sang qu’ils n’en versent dans les tissus où ils se distribuent à l’infini, quoique cette proportion , entre la recette et la dépense, ne puisse aller bien loin ; mais cette circonstance n’est tout au plus capable que de déterminer une plus grande dureté dans les conduits sanguins, sans agir en rien sur la force et le rhythme des contractions du cœur qui donne au pouls ses différents caractères mentionnés plus haut.
M. Bégin , dont nous aimons toujours à citer l’autorité, pense lui, qu’un pouls rendu petit et serré , l’éréthisme nerveux, qui empêche le cœur de se dilater largement, et le force d’expulser les moindres quantités de liquide parvenues dans la cavité, peut être en même temps très dur. Mais cela
doit être attribué suivant lui, d’une part , au resserrement des canaux artériels , qui partagent l’état convulsifs du cœur, et s’appliquent avec force sur la colonne du sang ; de l’autre , à l’éréthisme qui se communique plus ou moins aux réseaux capillaires , et qui peut ne pas leur permettre de se
laisser facilement pénétrer parle liquidequelc cœur leur envoie. Ces deux causes existeraient fréquemment ensemble , et il serait facile de voir qu’elles sont entièrement subordonnées à la puissance nerveuse.
C’est à des relations sympathiques semblables , dit-il , qu’il faut rapporter toutes les varie'tés du pouls que les auteurs ont si fastidieusement multipliées , et pour l’explication desquelles leur imagination a fait de si prodigieux efforts, Par cela même qu’elles produisent , durant l’exercice normal de leurs fonctions, des impressions différentes sur le système nerveux , on doit concevoir, qu’à raison de leur importance , de leur texture et de leur degré de sensibilité , les divers organes de l’économie doivent encore agir, dans l’état pathologique, et toujours par l’intermédiaire de ce système, d’une manière différente sur le cœur. C’est ainsi, ajoutet-il encore , que la gastrite produit un pouls différent que ceux de la colite, de la néphrite , de la pleurésie, etc., qui eux -mêmes ne se ressemblent pas entre eux. Les nuances de l’affection d’un même organe , ou les lésions des éléments divers qui le composent , entraînant des variétés remarquables dans la nature et la violence de la douleur qu’elles occasionnent , déterminent par la même raison des modifications analogues dans les pulsations artérielles. C’est ainsi encox*c que le cœur, qui n’est que peu ou point ému dans la colique de
Madrid , est violemment agité lorsque la membrane muqueuse, intestinale est fortement phlogosée. Il bat autrement, selon que les gastro-entérites , les hépatites, etc., sont légères, médiocrement intenses, ou très violentes. Le pouls diffère , dans les inflammations aiguës du gros intestin , de ce qu’il est dans les diarrhées qui semblent produites par l’excitation isolée des follicules sécréteurs du meme organe.
' Toujours d’après la meme loi, c’est-à-dire selon la diversité des impressions faites par les organes malades sur l’encéphale , le pouls varie aux différentes périodes des maladies; et les caractères qu’il présente successivement constituent un des moyens les plus fidèles que nous possédions, afin de reconnaître les changements qui s’opèrent dans les tissus irrités. Ainsi , le pouls , après avoir été, pour ainsi dire , incertain et variable durant le prodromes des maladies , revêt des caractères plus tranchés lorsqu’elles acquièrent leur état moyen de violence , puis décroît à mesure que les phlogoses se dissipent , ou conserve une fréquence anormale et opiniâtre dans les cas trop fréquents où elles se perpétuent à l’état chronique. Oui n’a remarqué , dit-il, le pouls particulier qui précède et annonce la suppuration dans les abcès étendus et profonds?
Il y a plus , prétend-il , le cœur réfléchit les impressions reçues par le système nerveux , et qui annoncent la cessation subite de certaines irrita-
tions , ou l’invasion non moins rapide de quelques autres, il est l’indicateur le plus exact de ces mouvements organiques, plus ou moins brusques ou lents, favorables ou luncstcs, auxquels on adonné le nom de crises. Les observateurs n ont pas man que de remarquer celui qui annonce la dianhée, la sueur, les hémorragies capillaires, etc.
Enfin en terminant , il ajoute que les maladies aiguës et violentes se prolongent , et que l’appareil nerveux central , s épuisant par les elfoi ts même qu’il déploie, cède à l’irritation secondaire dont il devient le siège , le cœur indique fidèlement cette dégradation successive des actions vitales. Sa faiblesse , son trcmblottement, son insensibilité de plus en plus grande, annoncent la détresse pio fonde du système cérébro-rachidien , et l’extinction prochaine de tous les mouvements organiques. Ces phénomènes sont soumis aux mêmes lois que les précédents : à celles des sympathies ; et leur étude constitue pour le médecin une des sources les plus fécondes de la sûreté du diagnostic , ainsi que du
pronostic des maladies.
Maintenant qu’il demeure bien prouvé que, le Centre circulatoire modifie ses mouvements , d a— près la manière dont il est influencé par le centre cérébro-rachidien, il devient très facile de se rendre compte que lorsque la circulation est accélérée dans le centre cérébral , le fluide vital qui anime le cœur doit varier de dose , suivant 1 énergie de la
circulation. Si l'engorgement des vaisseaux sanguins est porté à un très haut degré d’intensité , la progression du sang devra être lente , à cause de l’absence presque complète de sécrétion du lluide vital ; la congestion sanguine est si bien la cause de la lenteur du pouls , que si on pratique une saignée, il devient plus fort et plus vil , parce que dans ce cas, on a diminué l’engorgement cérébral et rétabli en partie la sécrétion du fluide nerveux.
4° La gêne de la respiration que nous plaçons ici dans la section des lésions de la circulation , peut être due à toute autre cause qu’à la présence du sang dans le tissu cérébral , car le rire , le sanglot, etc , déterminent divers états cérébraux dont ce n’est pas le lieu de s’occuper ici. Il est généralement reconnu que l’encéphale tient sous sa dépendance tous les muscles du thorax , et le diaphragme beaucoup plus que le poumon , et que leurs fonctions lui sont totalement subordonnéés. Plus haut nous avons dit , en parlant de la gêne do la circulation, que tous les tissus étaient engorgés; et ici nous voulons faire connaître que la gêne de la respiration est en partie une conséquence de ce symptôme lui-même , car le poumon , plus que tous les autres points du corps , contient une grande quantité de sang. Fesons maintenant la part de la présence du sang dans le cerveau : puisqu’il le comprime, l’engorge, il doit empêcher les conducteurs du fluide nerveux Je remplir leurs fonctions.
Dans les premiers temps de l’arrivée du sang au cerveau , l’exubérante énergie qu’il imprimait aux poumons, fait place plus tard, lorsque la congestion augmente , à la pénétration circulatoire dont nous nous occupons ici. Dans cet état , le cerveau se trouve dans l’impuissance d’agir sur le mécanisme de la respiration : l’action nerveuse a éprouvé une atteinte très forte , et si la congestion augmente, comme la sécrétion nerveuse diminue graduellement, le cœur et les poumons cessent enfin de fonctionner. Cependant quelques morts par hémorragie semblent faire exception à cette règle générale que la suppression du fluide vital , occasionnée par une lésion de la circulation cérébrale , est la cause de la mort
5° Le vomissement , comme symptôme d’une lésion de circulation cérébrale , ne se montre , lui, au contraire que dans le premier temps de la congestion du cerveau ; dans cette période , le sang qui se trouve en plus grande abondance dans le tissu cérébral , l’excite , l’agace , l’irrite , et le force à sécréter avec plus d’abondance une plus grande quantité de fluide cérébral qui est envoyé à l’estomac , alors çet organe entre dans des contractions insolites , désordonnées. Au fur et à mesure que la congestion cérébrale augmente, les vomissements diminuent. Nous ne chercherons pas a savoir si c est par le nerf pneumo-gastrique ou par d’autres voies que le fluide vital est distribué à l’estomac , ceux qui
voudront s’instruire sur ce sujet , sont priés de consulter les ouvrages de physiologie , notamment celui de M. le professeur Adelon.
La constipation , soit qu’elle dépende ou de la surexcitation des intestins, ou de leur paralysie, est toujours un symptôme d’une lésion de circulation cérébrale. Dans le premier cas , la présence dans le cerveau d’une grande quantité de sang, le force à sécréter une plus forte somme de fluide vital ; tous les conducteurs nerveux jouissent d’un surcroît d’énergie , ils augmentent l’irritation de tous les tissus dans lesquels ils se distribuent à l’infini. Comme il existe dans la cavité digestive , c'est-àdire dans l’abdomen , un système nerveux particulier qui se perd sur la masse intestinale , il doit être influencé fortement, attendu qu’on peut le regarder presque comme un réservoir du fluide électroanimal qui lui serait envoyé du cerveau par les nombreux cordons nerveux qui s’anastomosent avec lui. Ce que nous voyons produit ici par une lésion de circulation cérébrale , l’irritation locale des intestins le produit très souvent.
Dans le second cas , c’est-à-dire lorsque la constipation dépend de la paralysie des intestins, c’est que le sang qui arrive au cerveau est en plus grande abondance ou modifie tout spécialement la pulpe cérébrale; alors le principe vital n’est plus envoyé sur aucun point du corps avec la même régularité ; les tissus, bien que recevant des filets nerveux et de
la vie animale et de la vie organique , sont privés de leur vivifiant ordinaire et indispensable : le fluide électro-animal. Cependant il est à remarquer que ce fluide y est encore envoyé , mais à une si faible quantité que les organes se trouvent dans 1 impossibilité de pouvoir continuer leurs importantes fonctions, ils se paralysent ; les intestins, eux, le font d’autant plus facilement qu’ils ne reçoivent presque pas directement leur principe de vie du point central , du cerveau enfin ; ce qui fait que très souvent , bien que la constipation dépende de la paralysie des intestins, les autres points du corps, qui reçoivent leurs nerfs immédiatement du cerveau , ne partagent pas cet état de flaccidité dont la cause est la présence du sang en trop grande quantité dans la pulpe nerveuse centrale.
y0 La rétention des urines , que nous plaçons au nombre des symptômes produits par une lésion de la circulation , peut dépendre de diverses causes , telles que de la cystite , de la présence des graviers, d’un rétrécissement du canal de l’urètre, d’une maladie des reins , etc. Cependant les cas dans lesquels elle est due à une lésion de circulation cérébrale sont assez rares , car les organes de la sécrétion urinaire influencent plus facilement le cerveau qu’ils ne sont influencés par lui. En cela , nous sommes de l’avis de plusieurs auteurs ; ce n’est pas à dire pourtant qu’elle ne se rencontre jamais , car en raisonnant d’après l’analogie , c’est-
a— dire d’après la rétention d’urines due à une paralysie des nerfs de cet organe, provoquée par une maladie de la moelle épinière, il nous sera facile de voir qu elle peut exister lorsque le sang engorgera le cerveau, de telle façon que la secrétion du fluide nerveux soit empêchée. Ici se termine l’étude des symptômes d’une maladie cérébrale due à une lésion de circulation hypérc'mique.
Dans cette section nous n’avons pas parlé des symptômes dûs à une lésion de circulation asthénique cérébrale, parce que plus loin nous devons nous en occuper avec beaucoup de détails lorsque nous traiterons des lésions de l’innervation. Ici, bien que le cerveau reçoive moins de sang , c’est, disonsle à l’avance , une perversion des actes nerveux de l’état normal. Il est étonnant , nous devons le dire en passant, que le cerveau, soit qu’il contienne plus de sang, soit qu’il en contienne beaucoup moins que dans son état normal, donne naissance aux mêmes symptômes à peu près ; nous allons les énumérer d’après leur ordre de fréquence : les convulsions , pendant une hémorragie ou tout autre écoulement de sang : les palpitations , les vertiges si communs après une abondante perte utérine , ainsi que le trouble de l’intelligence , les étouffements, etc., etc., ne sont-cc cependant pas là des symptômes semblables à ceux qui se montrent lorsque le cerveau est fortement hypérémié ? Comment en expliquer autrement la présence que par