‹ Traité du cerveau, de ses fonctions, des causes, des symptômes, du diagnostic, du prognostic, et du traitement de ses maladies, etcChapitre 17 sur 28 · VOLUME DU CERVEAU · texte numérisé non relu

VOLUME DU CERVEAU

Dans cette -sous-division de symptômes dus à une lésion de nutrition dans la pulpe cérébrale , nous devons, avant de les décrire, faire connaître que le cerveau varie en volume suivant plusieurs individus , suivant le sexe. Considéré suivant l’âge , cet. organe offre une augmentation dans sa masse depuis le moment de la naissance jusqu’à l’époque de la puberté ; lorsque les individus sont arrivés à cet âge , le cerveau ne subit aucun changement dans son volume jusqu’à la vieillesse pendant laquelle il perd de son volume ; ce dernier cas , comme le dit M. Andral , est le plus général et n’est pas le plus constant. Cependant les hémisphères cérébraux ne sont pas toujours exactement symétriques, cl bien que très souvent on les rencontre différents par leur volume ou par leur forme ainsi que les circonvolutions correspondantes de chaque hémisphère cérébral, il ne résulte aucun trouble de celte viciation dans le volume de cet organe ; l’hypertrophie porte le plus ordinairement sur un point circonscrit du cerveau et suivant la partie de ce centre dont le volume sera augmenté par la nutrition plus active , les symptômes devront varier. Dans

l'état actuel de la science, il est bien difficile d’assigner les symptômes produits par chacune de ces parties hypertrophiées.

Les hémisphères cérébraux exactement renfermés dans la cavité crânienne lorsqu elle est hermétiquement fermée , ne peuvent acquérir un volume un peu plus fort sans gêner les fonctions du cerveau par la pression à laquelle ils sont infailliblement exposés ; donc tous les symptômes que nous avons à décrire ici sont dus à la compression du centre nerveux contre les parois du crâne; si au contraire les os du crâne ne sont pas exactement rapprochés comme chez l’enfant dans l’intervalle des sutures et des fontanelles , aussi à la suite d’une fracture, le cerveau tend, par l’écartement des os qui en sera résulte , a s échapper de la cavité cérébrale. L’hypertrophie du cerveau a été vue par Morgagni, Jadelot, Scouttetten, Laennec , Dance , Corvisart, notre digne compatriote, MM. Cazauvichl et And rai , aucun d’eux n’a assigné de symptômes pour la reconnaître pendant la vie. On doit recommander ici de distinguer 1 hyperthrophie véritable du cerveau, de l’augmentation de volume que produit en eux la lésion de circulation cérébrale , parce que dans la lésion de nutrition qui nous occupe, ce sont les molécules du ceiveau qui sont en plus grand nombre , tandis que dans la le sion de circulation c’est le sang qui est en plus grande quantité, la cause seule diffère , le résultat

est le même , ou mieux, les symptômes que cette lésion doit produire sont partout semblables à ceux de cette dernière lésion , avec cette différence que les premiers sont plus durables et s’effacent plus difficilement ; nous y renvoyons donc. Nous n’aurons à nous occuper ici pour symptômes de l’hypertrophie du cerveau , que de l’encéphalocèle ou hernie du cerveau, l’épilepsie, les convulsions , l’intelligence obtuse , la céphalalgie , les lésions du mouvement , certaines affections spasmodiques remarquées par plusieurs savants observateurs chez des individus dont le cerveau après la mort a été trouvé hypertrophié ; état qui était annoncé par l’aplatissement considérable des circonvolutions cérébrales et la pression des unes à côté des autres. L’yperthrophie du cerveau n’a pas toujours été accompagnée de symptômes cérébraux; c’est lorsque le crâne se développait dans les mêmes proportions que le cerveau. Au chapitre où nous devons nous occuper de l’anatomie pathologique que présente le cerveau , nous ferons connaître les différents caractères et états qu i! peut présenter.

Dans certains cas, l’hypertrophie du cerveau au lieu d’être un état morbide est au contraire un état privilégié , parce que l’innervation en découle avec abondance ; c’est l’attribut d’une grande capacité morale , cette organisation heureuse qui se rencontre chez tous les hommes qui , par leur génie , la justesse des pensées, s’élèvent au dessus de tous

les autres hommes ; c’est enfin une source intarissable qui , par les nombreux et forts courants qui en partent de toutes parts, donnent à tous les organes plus de vie, plus d’énergie et plus d’activité au corps entier. Mais comme nous l’avons déjà dit plus haut , cette hypertrophie qui est un trésor tant qu’elle est légère , devient au contraire une lésion qui trouble les fonctions du cerveau lorsqu’elle a acquis un grand développement. Nous allons essayer de prouver la justesse de ce que nous avançons.

Symptômes locaux d’une hypertrophie cérébrale.

i° La hernie du cerveau ou cncephalocèle est une tumeur arrondie , indolente , sans changement de couleur à la peau , agitée par des mouvements semblables à ceux du pouls , molle, fluctueuse, compressible , élastique , qu’on rencontre sur différents points du cerveau surtout à l’endroit des fontanelles ou dans l’intervalle des sutures quand elle est congéniale ; lorsqu’elle dépend d’une fracture des os du crâne, bien qu’elle n’est due , dans le début, qu’au gonflement du cerveau par la présence du sang , nous devons nous en occuper plus loin. Nous ferons ressortir les caractères qui les distinguent l’une de l’autre, cette dernière est toujours la plus dangereuse , parce que le cerveau est constamment modifié par la cause qui a déterminé la fracture ; mais quand la hernie , résultat d’une modification

tic la nutrition cérébrale , se forme ou à l’endroit des fontanelles ou dans l'intervalle des sutures, les suites sont bien moins à craindre, en ce sens que le cerveau n’a pas été contus et que la hernie s’est déclarée à une époque où les os du crâne jouissaient encore d’une mollesse extraordinaire ; d’après cela il est facile de concevoir pourquoi le danger est moins grand. La hernie cérébrale, par les sutures ou les fontanelles est due à ce que les molécules cérébrales sont en plus grand nombre , le crâne ne peut plus contenir tout le cerveau ; alors comme les os de cette boite ne sont pas très bien joints encore , il sort et fait saillie au dehors. Si on exerce une pression sur cette tumeur, différents symptômes tels que la paralysie, des vertiges, des éblouissements et autres dont ce n’est pas ici le lieu de parler, se montrent ; ils dépendent tous de la gêne qu’éprouve le cerveau de co-ordonner ses importantes fonctions ; tandis que si la hernie dépend d’une perforation traumatique ou accidentelle du crâne, sa présence est expliquée par le gonflement cérébral qui accompagne toujours une contusion, un ébranlement , etc. Ici les molécules sont éloignées les unes contre les autres par le sang qui s’y trouve en plus grand nombre ; plus haut , au contraire, elles sont réellement plus nombreuses, le sang n’y est plus abondant , l’hypertrophie existe avec tout son cortège de symptômes.

2° L 'intelligence obtuse , comme symptôme d’une

hypertrophie , est expliquée par la gêne qu’éprouve le cerveau d’être impressionné par les corps extérieurs et par la difficulté de réagir sur elles ; les traces que ces impressions laissent sur l’organe central de la mémoire sont légères, fugaces, elles se perdent bien dans cet organe , mais il est mis hors d’état de pouvoir se les approprier pour en faire des sensations ; les molécules du tissu cérébral étant pressées les unes contre les autres ne peuvent fonctionner comme il est de leur nature de le faire : l’état de gêne dans lequel elles sont mises par le surcroît d’énergie nutritive cérébrale, est cause de l’apparition de ce symptôme dont nous nous occupons ici.

3° La céphalalgie s’explique facilement dans le cas actuel, bien qu’on ne l’observe pas constamment, par la pression, le tassement du tissu cérébral contre les parois du- crâne. On conçoit sans peine que si, dans un organe de cette nature , une cause quelconque, l’activité nutritive augmente le volume du cerveau et que cette hypertrophie soit le point de départ de la céphalalgie , elle devra encore être augmentée ou entretenue par l’arrivée dans sa pulpe d’une plus grande quantité de sang, car on sait que sous l’inlluence d’une irritation , le cours de ce liquide est augmenté dans la partie malade, que sa présence y détermine constamment de la douleur qui est un des signes caractéristiques de l’inflammation.

Symptômes généraux d'une hypertrophie cérébrale.

i° L’ épilepsie , comme symptôme d’une hypertrophie du cerveau , dépend constamment de deux lésions qu’il est bien necessaire de connaître ; la première existe toujours, c’est l’augmentation du volume du cerveau ; la seconde, la provocatrice de l’accès enfin, et qui n’a qu’une duree passagère, dépend à son tour, soit d’une dilatation du ventricule gauche qui chasse le sang avec plus de force dans le tissu cérébral d’où naîtra une sécrétion surabondante, désordonnée , du fluide nerveux ; soit d’un travail de phlogose sur l’estomac, etc., qui surexcite le cerveau et en trouble les fonctions par la plus grande somme de fluide vital qu’il fournit à tous les autres organes.

Chaque accès d’épilepsie se montre par plusieurs symptômes , tels que des mouvements convulsifs , des sensations de froid et de chaud , et différentes autres plus ou moins bizarres , telle qu’une sorte de vapeur qui s’élèverait d’un des points du corps; la partie qui est le point de départ de cette sensation n’est- elle pas lésée pour qu’il en soit ainsi? Les accès d’épilepsie que nous voyons produits ici par une hypertrophie du cerveau , peuvent être déterminés par différentes lésions encéphaliques , telles qu’un ramollissement, un abcès, une tumeur , une excroissance osseuse à l’intérieur du crâne qui comprime la masse cérébrale.

Tous les symptômes qui se montrent pendant que l’accès épileptique dure, dérivent du cerveau et sont produits par une lésion de la fonction principale de cet organe, le trouble de la sécrétion du fluide électro-animal, et pour s’en convaincre il ne suffit que de jeter les yeux sur les symptômes suivants qui sont ceux de l’épilepsie; les muscles du corps sont agités , les membres sc raidissent et s’agitent avec force , les yeux roulent dans leurs orbites , les mâchoires sont serrées , les inspirations difficiles, la tête portée en arrière par la contraction des muscles; le malade a perdu toute sensibilité , etc., etc. Qui ne voit dans cette énumération, les symptômes dont la source réside dans le cerveau ; comment en expliquer autrement l’apparition que par la perturbation de la sécrétion du fluide nerveux, par l’engorgement de l’encéphale?

Il est à remarquer que le sexe, l’âge, la constitution , le genre de lésions permanentes et passagères de l’épilepsie font varier les phénomènes de cette affreuse maladie. Lorsque les lésions déterminantes de l’épilepsie cessent , l’individu est engourdi , le cerveau est encore engorgé , il tombe dans un profond sommeil , et à son réveil il est très fatigué, il tremble, il est étonné. Chaque fois qu’un accès est terminé, pendant un certain temps le cerveau conserve une très grande susceptibilité , il laisse presque constamment un noyau d’irritation qui augmente avec le nombre des accès

si bien que la démence est souvent une conséquence des attaques réitérées de cette cruelle maladie.

Donc, d’après ce qui précède , on a facilement deviné comment un cerveau hyperthrophié pouvait donner naissance à l’épilepsie , toutefois avec le concours d’autres causes qui ont leur point de départ dans l’économie ; afin d’être compris , citons un exemple court et précis : lorsque le cerveau est augmenté de volume, il est déjà par le fait de cet état, disposé à troubler ses fonctions; mais si plus de sang lui est envoyé dans un temps donne , alors un trouble effrayant se fera remarquer dans tous ses actes , parce que le sang le force d’abord à sécréter une plus grande quantité de fluide nerveux , et plus tard la congestion augmentant , il devra en résulter uné suspension presque complète de ses fonctions.

Comme nous l’avons déjà dit plus haut, 1 hypertrophie est la cause permanente de l’épilepsie , le trouble de l’innervation occasionné par l’afflux plus considérable du sang dans le cerveau , en est la cause occasionnelle , passagère.

2° Les convulsions, dont nous avons déjà parlé dans une section précédente, méritent que nous les étudiions ici avec tous les détails que comporte un ouvrage de cette nature , bien que nous en parlerons encore plus loin. Ce sont des symptômes qui se décèlent par une contraction irrégulière , dé-

sordonnée des muscles de diverses parties du corps et qui alternent avec un relâchement de ces mêmes parties. Ces contractions et relâchements des muscles ont lieu sans la volonté du malade , c’est une impulsion morbide qui les gouverne , ils n’ont plus de pouvoir sur aucun mouvement de son corps. Le désaccord de ces muscles est la cause de toutes ces secousses brusques et douloureuses qui ont lieu sur les extrémités thoraciques et pelviennes.

Dans le cas qui nous occupe , l’augmentation de volume du cerveau est déjà une cause qui pervertit le cours de l’innervation , qui le rend irrégulier ; de ce trouble dans la distribution du fluide vital, naissent ces mouvements brusques, ces contractions violentes et désordonnées , il en résulte aussi l’impossibilité de la part du cerveau d’entretenir dans les muscles le degré d’énergie nécessaire d’où dérive l’aptitude à accomplir les contractions et mouvements normaux.

Lorsque plus tard , par le fait même de l'hypertrophie du cerveau, soit que plus de sang arrive dans son intérieur, soit qu’il s’y déclare une inflammation, le tluide électro-animal prend alors une puissance anormale et perturbatrice , il ne suit plus de règle , la volonté du malade n’a plus d’empire sur ces mouvements désordonnés, les muscles semblent être mis hors de relation directe avec le cerveau , car tout ce qu’ils exécutent est involontaire.

D. SYMPTOMES d’une LÉSION DE NUTRITION CÉRÉBRALE QUI A AUGMENTÉ LA

Page 1