‹ Traité du cerveau, de ses fonctions, des causes, des symptômes, du diagnostic, du prognostic, et du traitement de ses maladies, etcChapitre 18 sur 28 · DENSITÉ DU CERVEAU · texte numérisé non relu

DENSITÉ DU CERVEAU

Dans cette sous-division, il est essentiel de ne pas confondre avec l’endurcissement du cerveau ces produits anormaux développés de toutes pièces au milieu de leur tissu , car ces produits ont une existence parasitique , c’est en un mot une production nouvelle; tandis que la sclériasic, comme l’appelle M. Barbier, est une dégénérescence de la substance du cerveau.

Le cerveau ou la portion du cerveau qui a eprouvé ce genre de lésion , a sa texture changée ainsi que sa couleur et toutes ses autres qualités d’aspect. Ce genre de lésion n’est pas connu d une manière assez indépendante; bien cependant qu on rencontre les centres nerveux surtout endurcis, indurés , on veut toujours l’attacher à l’idée d inflammation, on le regarde comme une terminaison de cet état morbide.

Comme l’inflammaticn du cerveau ne donne pas constamment naissance à l’endurcissement de la pulpe cérébrale, c’est donc une erreur de croire qu’elle ne peut se développer que sur un tissu qui a été précédemment enflammé, à moins que nos adversaires ne veulent admettre une inflammation d’une nature spécifique pour donner lieu à cet état. Si donc le traitement que cette modification de nutrition cérébrale réclame, n’est pas celui de la

phlogose , pcut-on se refuser d’admettre qu’elle a une existence isolée propre , puisque chaque lois que la nutrition est augmentée, diminuée, changée, pervertie sur un des points du corps, ce serait une erreur d’attribuer à l’inflammation cette modification nutritive» Pourquoi voudrait-on que le cerveau fit exception à cette règle? Autant vaudrait dire que l’exercice qui développe le corps est d’une nature inflammatoire. Ce n’est pas cependant que nous prétendions que l’endurcissement du cerveau puisse exister seul, bien au contraire , nous savons qu’il est souvent associé à l’inflammation.

Le cerveau ou la portion de cet organe qui sera le siège de cette perversion nutritive, ne donnera naissance qu’à des symptômes qui ne seront point semblables à ceux produits par une partie enflammée. Ces signes pourront presque seuls faire connaître le genre de lésion , parce qu’on n’observera ni douleurs vives, ni chaleurs morbides, ni congestion sanguine , ni enfin les autres signes d’une phlogose.

Le cerveau qui subit l’altération matérielle dont nous parlons ici , acquiert quelquefois un plus fort volume ; quelquefois , ce qui est plus commun , il diminue considérablement; on n’en a guère observé qui aient conservé celui qu’ils possédaient : d’après une semblable modification nutritive dans un organe de cette importance dont le tissu est devenu inextensible , dur, d’une couleur blanchâtre , il

n’est pas étonnant que les divers symptômes fournis par le cerveau ne portent sur les sensations , les perceptions, les facultés intellectuelles , la difficulté de co-ordonner ses idées, la mémoire, le jugement et les diverses fonctions locomotrices.

Symptômes locaux.

i° Symptômes fournis par les sensations et les perceptions chez, un individu dont le cerveau est endurci. Quand on sait que le moindre dérangement dans la structure de cet important organe donne naissance à un trouble fonctionnel général des plus marqués, on ne sera pas étonné qu’un cerveau endurci , sans vigueur puisse pervertir et annuler les sensations que pourraient provoquer les corps extérieurs.

Lorsque le cerveau a subi la modification nutritive dont nous nous occupons ici, ses fonctions doivent être troublées , gênées , la sécrétion du fluide vital surtout doit être interrompue ; de ce désordre fonctionnel doit résulter un état de stupeur sur toutes les parties du corps où des sensations doivent s’effectuer. Comment en serait-il autrement quand on sait que toutes les molécules qui composent le cerveau sont rapprochées, serrées les unes contre les autres de manière à interrompre le jeu de chacune; voilà pour les sensations. Quant au trouble des perceptions , on devra encore leur assigner pour causes : l’état de nullité dans lequel

Je tissu nerveux central est mis par le fait de son endurcissement, les impressions que ces corps extérieurs font sur les sens, quoiqu’encore conduites au cerveau , ne laissent que de faibles traces de leur existence, parce que l’organe de l’intellect est mis hors de toute possibilité de réagir sur elles : les perceptions qui découlent de ces impressions doivent nécessairement porter un cachet des plus faux. Les parties endurcies de la masse cérébrale , en supposant qu’elles soient très restreintes, empêchent les perceptions d’être élaborées , elles font fonctions de barrières insurmontables , car nous pensons que différentes parties du cerveau sont affectées à la même fonction et si les dernières qui doivent élaborer le produit des impressions venues du dehors sont endurcies , ou autrement désorganisées, les perceptions devront être fausses.

2° Symptômes qui se font remarquer du côté des facultés intellectuelles. Plusieurs fois déjà nous avons entretenu le lecteur des symptômes que les lésions du cerveau fesaient naître du côté de ses facultés les plus nobles , de l’intelligence enfin ; nous avons vu chaque fois que cet important organe , quelque soit le genre de lésion dont il était atteint, ne pouvait réagir sur les matériaux des impressions venues du monde extérieur. Ici encore l’état de gêne dans lequel sont mises toutes les parties constituantes du cerveau qui ne peuvent accomplir leurs fonctions , rend suffisamment

compte de cette nullité cérébrale ; il est de toute impossibilité qu’il en soit autrement, puisque les points du cerveau où doivent se former les hautes combinaisons de l’intelligence sonj endurcis , et par cela même mis hors d’état de pouvoir être impressionnés convenablement pour la production des fonctions de l’intellect. Donc en résumé , toutes les fois que le trouble ou la nullité de l’intelligence se sera fait remarquer chez un individu après la mort duquel on aura trouvé le cerveau endurci dans des points de sa masse , on devra rapporter à cette lésion de nutrition le symptôme dont nous parlons dans ce paragraphe. Comment n’en dépendrait-il pas, quand on voit une congestion très peu étendue lui donner naissance ? Là ce que produit l’appel plus considérable du fluide sanguin , l'endurcissement, le tassement et le plus grand rapprochement des fibres du cerveau le produisent aussi.

3° La difficulté de co-ordonner ses idées, comme symptôme d’un endurcissement du cerveau, s’explique encore par le rapprochement forcé de son tissu organisé qui lui ôte toute l’énergie normale dont il a besoin pour produire un raisonnement sensé et suivi; les impressions descorps extérieurs sont sans pouvoir sur cet organe , il est d’une difficulté extrême à être ébranlé : les sensations qui peuvent produire ces impressions sont confuses, sans vérité et sans force ; les mois qui doivent en

découler sont sans suite et prononces pêle-mêle , à tout hasard.

Les individus dont le cerveau est vicié anatomiquement de cette sorte , paraissent constamment préoccupés de définir ce qui se passe au dedans d’eux-mêmes : toute leur attention est fixée sur la gêne , l’embarras qui doivent nécessairement résulter de ce pénible état.

4° En ce qui a rapport à la mémoire confuse , troublée , dans le cas qui nous occupe nous devons encore lui attribuer pour cause l’augmentation de densité du cerveau. Comment la mémoire , ce produit admirable de l’application attentive , de l’activité des sens et de l’étude du cerveau parfaitement organisé, pourrait-elle avoir lieu quand les conditions essentielles à sa production n’existent pas î Comment un cerveau dont l’activité est diminuée ou abolie peut-il se ressouvenir fidèlement de ce qui l’a impressionné , quand le lieu où les impressions vont retentir à l’état normal est mis hors d état de pouvoir les réfléchir vers ceux qui définitivement devaient les élaborer pour en faire autant de chaînons qui doivent composer la mémoire ? Les impressions que reçoit le cerveau dans le cas qui nous occupe, peuvent tout au plus 1 ebranler de façon qu’il ne tombe pas dans un état d’asthénie ou de nullité. Voilà en peu de mots le rôle que peuvent jouer les impressions chez les individus dont le cerveau est endurci par le fait d’une modification dans sa nutrition.

Quant à ce qui a rapport à la perversion de la formation de l’intlux nerveux à la suspension de sa sécrétion enfin , comme par les symptômes dont nous avons parlé plus haut, le rapprochement trop intime de l’organe qui en est la source, rend d’abord suffisamment compte du trouble ainsi que de sa privation si nuisible aux fonctions de l’intelligence.

5° Le jugement peut être perverti ou aboli. Dans le premier cas, l’individu dont le centre nerveux a subi la modification de nutrition dont il est ici question , n’est apte à donner aucun avis sensé et raisonnable, il déraisonne sur tout, il confond tout ; rien ne l’affecte autrement qu’un autre et pourtant son jugement est constamment faux, c’est en un mot un des degrés de la folie ; la cause d’un semblable état ne peut être trouvé autre part que dans l’organe où doit s’élaborer le jugement, dans le cerveau- enfin Serait-il possible de se rendre compte d’une pareille dégradation morale si le tissu du cerveau qui donne naissance au jugement n’était pas modifié dans sa structure anatomique.

Dans le second cas , les impressions ne produisent plus sur le cerveau aucun effet , ou si elles en produisent , c’est en pure perte , car l’état de dureté où ce centre est mis par le fait d’une lésion de nutrition , doit empêcher que le jugement découle d’un organe qui a subi une pareille modification de structure. Cet état de nullité intellectuelle

place l’individu au rang de ces êtres parvenus au dernier degré de la décadence morale , chez lesquels par conséquent le jugement ne s’est jamais effectué.

Symptômes généraux.

i° Le trouble du côté des diverses fonctions locomotrices dépend dans le cas actuel de l’impossibilité où est placé le système nerveux cérébral de pouvoir gouverner les muscles et leurs dépendances qu’il tient sous ses lois. La dureté acquise par le cerveau d’une lésion de nutrition empêche le fluide vivifiant des fonctions de la locomotion de leur être distribué en assez grande abondance pour les maintenir dans une harmonie parfaite d’actions. Les conducteurs de la puissance nerveuse sont-ils endurcis , ont-ils subi la même altération que le centre nerveux : les mêmes symptômes se déclarent , cela se conçoit facilement , car le fluide vivifiant ne peut plus être transmis par un nerf dont la densité est augmentée.

Pour faire la part ici du nerf et du cerveau , il faut dans le premier cas avoir égard aux fonctions diverses du cerveau et aux symptômes qui découlent de la viciation de ses fonctions lorsqu’il est endurci: tandis que dans le second cas, aucun symptôme ne se fait remarquer du côté de ce centre important , il en existe seulement sur la partie qui reçoit le nerf lésé Ce qui distingue encore ces deux cas l’un

de l’autre, c’est qu’ici le symptôme existe presque constamment le même et cela se conçoit , tandis que là ils doivent varier suivant l'énergie circulatoire cérébrale , car, bien que le cerveau soit, endurci, il peut encore recevoir plus de sang qui l’excitera et l’agacera ; de cette perversion circulatoire naîtront des mouvements désordonnés, etc.

Ici se termine 1’c'tude des symptômes d’une augmentation de la dureté du cerveau, dus à une lésion de sa nutrition. Plusieurs auteurs se sont occupés de ce genre de lésion de l’encéphale , notamment M. Billard qui a pu soulever un objet d’une livre avec la moelle épinière d’un enfant nouveau-né, encore était-elle privée de ses enveloppes ; Gaudct qui a observé une induration générale du cerveau , MM. Bouillaud , Lallemand , Sc. Pinel, Paycn. Andral et Jœger, tous ces auteurs ont observé l’altération dont nous nous occupons ici à différents degrés d’étendue ; il est à regretter qu’ils n’aient pas donné une description des symptômes qui les accompagnaient ; car, encore une fois, ce n’est qu’en fesant ainsi qu’on fera faire des progrès à cette belle branche de l’art de guérir.

E. SYMPTOMES d’uNE LÉSION DE NUTRITION CÉRÉBRALE QUI A DIMINUÉ LA CONSISTANCE DU CERVEAU.

C’est dans cette division des symptômes d’une altération nutritive cérébrale, que nous invoquerons

l’appui et l’autorité des plus grands maîtres de l’époque , car cette modification anatomique les a considérablement occupés depuis quelque temps, surtout depuis les travaux de Morgagni ; ceux qui depuis l’époque où vivait ce médecin célèbre se sont plus particulièrement occupés de cette dégénérescence molle du tissu cérébral, sont MM. Lallemand , Rostan , Bouillaud et Andral. Dans le genre de lésion qui nous occupe , le cerveau n’a plus sa résistance naturelle , sa solidité normale ; les parties qui composent ce centre vital sont sans force , sans cohésion ; elles ont subi une modification profonde ; les molécules sont autrement combinées, leur mode d’union est tout différent de 1 état sain- Lorsque le cerveau est le siège de cette perversion de nutrition, sa sensibilité ne doit plus être la même , tous les caractères physiques doivent être changés : comment pense-t-on qu’il en peut être autrement quand tous les traits qui caractérisent un tissu normal n’existent plus ? On demeure convaincu de ce que nous avançons en observant la plus grande mollesse du cerveau , les différents aspects de colorations , son extrême frangibilité, sa température. Cependant nous convenons bien que tous ses signes ne sont le plus souvent que de peu d’importance ; il existe quelque chose de plus moléculaire , de plus prolondement cache. Peut-être le secours de la physique et de la chimie serait-il un puissant auxiliaire pour nous aider dans ces

recherches. Nous sommes loin de rejeter les expériences qu’on pourra faire à ce sujet , afin de prouver que dans un tissu ramolli , la composition naturelle n’existe pas, et qu’il existe des principes nouveaux, arrangés dans un autre ordre anatomique.

Comme le cerveau qui a subi le degré d’altération dont nous nous occupons ici , est caché dans une boîte qui voile à nos moyens d’investigations les signes qui la décèlent sur une partie extérieure, il nous est impossible d’y noter son degré de mol- • lesse , sa flacidité , sa sensibilité , sa résistance , son changement de température , et d’y voir sa pâleur extraordinaire ou une coloration étrangère à son état normal. Nous sommes obligés de déduire notre diagnostic d’après les symptômes que fournit ce centre nerveux ainsi modifié , et qu’on a cru pouvoir assigner à une telle modification de nutrition. Les symptômes qu’on lui assigne sont propres à plusieurs autres lésions cérébrales ; lorsque nous en ferons la description nous passerons vivement sur ceux que nous aurons été obligé de décrire dans d’autres parties de cet ouvrage. Ces symptômes sont les suivants : les sensations affaiblies , les facultés intellectuelles affaiblies , le caractère moral changé , la volonté faible , la respiration gênée , la circulation languissante , la digestion pénible , le pouls lent , la peau froide , la perte d’appétit , la fatigue qui se fait plus tôt sentir ; plus tard les symptômes deviennent effrayants , c’est lorsqu une in-

llanmiation envahit la pulpe cérébrale , ces symptômes les voici : la perte de la mémoire et de la connaissance , la raideur des membres , les secousses convulsives de ces mêmes parties, un état apoplectique, la paralysie D’après cette énumération de symptômes cérébraux, il devient donc indispensable que nous les divisions en ceux fournis par un ramollissement simple du cerveau et en ceux dus au ramollissement compliqué d une autre lésion.

Symptômes locaux produits par un ramollissement simple du

cerveau.

i° L’ affaiblissement îles sensations , dans le cas actuel , dépend de la mollesse du cerveau : peut-il être dû à autre chose qu’à l’impossibilité où est mis cet organe de pouvoir être ébranlé convenablement par les impressions extérieures , matériaux essentiels des sensations? Les parties qui sont les plus excitées par les actes de. la vie active se fatiguent bientôt, la lumière ne peut long-temps impressionner les yeux qui , a leur tour , conduisent au centre cérébral le produit des excitations des corps extérieurs , sans troubler l’importante fonction visuelle. La partie qui est le point de rassemblement des impressions nécessaires à l’accomplissement parfait de la vision , étant ramollie, elle 'doit jouir d’une moins grande énergie, la dose du fluide vital qui lui est donnée est on trop faible quantité, d’où

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il doit nécessairement résulter une diminution ou une suspension plus ou moins complète de la vue.

Les sons à leur tour produisent le meme effet que la lumière, c’est-à-dire que le point ou s’accomplit l’importante fonction auditive ayant subi la dégénérescence molle dont il est question ici , il doit évidemment résulter un affaiblissement notable dans l’aptitude de perception des ondes sonores : comme pour les yeux , cette partie du cerveau a perdu la cohésion normale de ses molécules ; cet instrument local , propre du centre cérébral , si on peut s’exprimer ainsi, est moins disposé, moins apte à accomplir sa fonction , attendu que la dégénérescence et la modification de son tissu sont trop profondes. Les sons , il est vrai, arrivent bien encore sur cette partie , mais sa vitalité étant affaiblie , les sensations ne sont pas assez f ortes pour qu’il en découle une perception parfaite des ondes sonores.

Le goût , l’odorat , le toucher , sens quoique moins indispensables à l’entretien de la vie , il est vrai, ne sont cependant pas exempts de dégradations fonctionnelles; le goût est des plus faibles, les mets les plus fins sont à peine distingués des plus grossiers et vice ccrsâ. L’odorat à son tour est très obtus, il est difficilement affecté par les odeurs les plus fortes , il paraît émoussé et l’est en effet ; le toucher aussi a subi une bien grande modification, les corps que I on touche paraissent différents de

l'état naturel et parfait , on les croit cotonneux et drapes , la sensation qu’ils font est donc moins nettement perçue et analyse'e ; i! ne faut pas croire que la cause d’une telle perversion du toucher ait sa source dans les conducteurs nerveux , car toujours on les a trouvés sains après la mort. C’est donc la mollesse des points centraux où doivent aboutir les matériaux propres à chacun de ces trois derniers sens, qui produit ce grand désordre; nous venons, pour la vue et l’ouïe, d’expliquer suffisamment comment ces centres partiels ramollis étaient causes de l’affaiblissement des sensations.

2° Les facultés intellectuelles affaiblies, comme symptômes d’une lésion de nutrition qui a modifié la consistance du point cérébral où s’accomplissent les facultés morales nous ont déjà occupées : lorsque nous avons décrit les symptômes de la lésion de ;irculation, nous avons dit que la perversion des facultés intellectuelles pouvait, dépendre d’une lésion de la nutrition du cerveau. Le temps est venu de nous en occuper dans ce paragraphe. Nous devons faire connaître à l’avance que dans la lésion qui nous occupe on n’a pas noté avec assez de soin l’état des facultés intellectuelles, on a toujours cru , parce que le malade répondait juste aux questions, qu’il avait de la mémoire, du jugement, et qu’il y avait intégrité de ces facultés. Ce n’est pas ainsi qu’il s agit de procéder à l’examen des symptômes morbides, il faut connaître l’étendue de la mé-

moire, du jugement ; comparer l’état moral actuel de l’individu avec ce qu’il était avant la maladie ; c’est en se conduisant ainsi que le médecin finira par découvrir le décroissement qu’a subi chacune des facultés intellectuelles.

Il ne suffit pas de dire que l’individu répond juste aux questions qu’on lui adresse pour affirmer que le cerveau est sain , car il y a loin de l’état passif avec l’état actif , c’est-à-dire que dans le cas actuel , le cerveau n’entre pas en action pour répondre aux questions qui très souvent ne sont que des particules affirmatives on négatives ; tandis qu’au contraire pour interroger il faut que le cerveau entre en érection , qu’il devienne actif enfin.

Du côté de la mémoire n’est-il pas essentiel de s’informer si elle est aussi fidèle , si on se rappelle aussi promptement qu’avant la maladie des choses dont on s’est occupé. Quant à ce qui a rapport au jugement, savoir si l’aptitude à juger une chose conserve toujours la même activité , le même degré d’énergie ; il est aussi nécessaire de jeter un coup d’œil du côté de l’imagination afin de savoir si elle est toujours féconde , riche. Donc en résumé, toutes les fois qu’on aura lieu de soupçonner un ramollissement du côté du cerveau, il ne suffira pas , comme nous venons déjà de le dire, d’assurer qu’il n’existe aucun changement du côté des facultés intellectuelles , parce que l’aptitude à répondre , la mémoire et le jugement, existent , il faut interroger

chacune de ces facultés avant de se prononcer hardiment.

Le cerveau ou les portions du cerveau qui ont subi la désorganisation nutritive dont il est ici question , sont mis hors de la possibilité de remplir leurs fonctions importantes ; l’état de mollesse de ces parties , les empêche de l'éagir sur les impressions venues du monde extérieur, dont, dans l’c'tat sain , découlent les hautes fonctions intellectuelles. Ce que ces impressions produisent se borne à une dégradation morale extraordinaire : les sens ou les nerfs qui charient. au cerveau ces aliments intellectuels , jouissent d’une bien moins grande activité , parce que la vitalité qu’ils reçoivent du cerveau est affaiblie , moins forte , et n est pas en assez grande quantité pour que les fonctions qui leur sont dévolues soient convenablement accomplies. C’est la mollesse du cerveau qui ôte aux facultés intellectuelles le droit d’être formées comme à l’état normal. De cette mollesse cérébrale encore , dépend le symptôme dont nous nous occupons ici: l’affaiblissement de toutes facultés intellectuelles.

3° Le caractère moral change est un symptôme qui doit nécessairement découler du degré d’altération cérébrale dont nous nous occupons ici. Comment voudrait-on que les penchants ne fussent pas viciés , les passions moins vives , les goûts totalement changés , les habitudes perverties et peu de fermeté dans les résolutions, lorsque les points du

cerveau où chacune de ces fonctions doit s’effectuer est ramollie plus ou moins complètement ? Quant à ce qui a rapport aux penchants , on remarque sans peine qu'ils sont totalement changés ; ce qui plaisait d’abord est repoussé , on aime le plus souvent ce que la raison pleine et entière avait lait mépriser. Du côté des passions on remarque facilement une bien grande différence ; le caractère fougueux , ardent, entreprenant fait place au calme le plus parfait ; on a une grande indifférence pour tout ce qui plaisait auparavant ; on éprouve même un dégoût bien prononcé pour tout ce qui fesait le bonheur de l'existence ; l’homme n’est plus que l’égal de ceux dont le cœur est insensible «à tous les charmes qui embellisent la vie.

En ce qui a rapport aux goûts , comment se rendre compte de leur perversion , en un mot de la grande modification qu’ils ont subi, si comme pour le changement des passions on ne connaît bien les différents degrés d’énergie dont chacun d’eux est susceptible Ici encore , comme plus haut, il faut interroger ceux de l’état normal afin de connaître ceux de l’état morbide et d’arriver à pronostic juste et exempt d’erreur, ce qui n’arrivera certainement pas si on suit une marche opposée à celle que nous traçons.

Lorsqu’on devra consulter les habitudes, comme pour les goûts , il deviendra très nécessaire de connaître ceux que le malade avait avant que son

cerveau n’eût acquis cette dégénérescence molle. Enfin , quand on sera appelé à étudier les volontés du malade , il faudra bien faire attention ( car l’individu paraît quelquefois conserver sa raison ) s’il peut encore vouloir fermement, s’il est encore pas • sible de résister aux ordres qui seraient contre son gré , si enfin il s’abandonne a toutes les impulsions et se laisse maîtriser dans toutes ses volontés. Quand une fois on sera parvenu à faire la part de ce qui est produit par un cerveau sain ou par un cerveau qui a subi un degré de ramollissement très avancé , on ne pourra se refuser d’admettre que les causes de ce grand changement moral n’aient leur source dans chacun des points ou s’accomplissent les fonctions que nous venons de passer en revue dans ce paragraphe , points qui ont subi une altération nutritive plus ou moins marquée. Dans cet état de dégénérescence , ces centres secondaires , ces centres partiels enfin , ne peuvent réagir sur les impressions venues du dehors par les nerfs attachés à leurs fonctions ; en supposant que ces impressions développassent des sensations , elles doivent être bien bornées , car la faiblesse extrême de ces différents points les empêche de les conduire au centre principal où elles devraient être converties en facultés. De là , vu l’état de dégradation morale , vu encore les symptômes qui l’accompagnent et' ^l’annoncent , il devient bien facile de se rendre compte du mode d’agir des causes que nous assi-

gnons à l’apparition de la grande modification morale , surtout si on réfléchit un instant qu’un cerveau liquéfié ne peut plus être impressionné convenablement et sécréter une assez grande quantité de fluide vital pour pouvoir fonctionner normalement et fournir cette belle capacité de facultés morales qui place l’homme si haut dans l’échelle naturelle.

4" La volonté faible, comme symptôme d’une lésion de nutrition cérébrale , a été observée par M. Barbier sur un homme que l’on croyait posséder toute sa raison , mais qui était devenu incapable de prendre un parti , il n’avait plus de volonté , cédait à toutes les impulsions étrangères et se laissait conduire comme un enfant : chez cet individu le cerveau était diminué de volume et était d une mollesse remarquable. On conçoit facilement comment ces deux lésions de nutrition ont pu donner naissance à ces symptômes ; ce que nous avons dit dans nos généralités sur la diminution du volume du cerveau par une modification de la nutrition , et ce que nous avons dit dans le paragraphe précédent lorsque nous avons parlé du caractère moral changé , nous dispense ici d’entrer dans de plus longs détails sur le mode d’agir de ces deux états du cerveau , pour la production de ce symptôme : la volonté faible.

■Symptômes généraux produits par un ramollissement simple du

cerveau.

i° La respiration gene'e dont nous nous sommes déjà occupés dans une autre section de cet ouvrage, comme symptôme d’une lésion de circulation , est due ici à une perversion de l’influx nerveux qui n est plus fourni à une suffisante quantité aux agents mécaniques et physiologiques de cette importante fonction ; la portion du cerveau qu’on sait présider ou qui préside à cet acte ne peut plus rien commander à cet organe , il ne peut plus conserver d’empire sur lui ou s’il en conserve encore , il doit être très borné , bien circonscrit. D’après ce désordre respiratoire , il devient très-facile de se rendre compte de l’oppression , de la toux , pendant lesquelles on entend facilement à l’aide de l’auscultation , l’air pénétrer dans ces organes spongieux. Comme le sang arrive constamment dans leur intérieur, il doit en sortir sans avoir subi un bien notable changement ; en effet , lorsque le principe vivifiant (le fluide électro-animal ) est refusé à un organe , il doit se troubler dans scs fonctions. Ici la fonction du poumon étant de donner au sang noir des qualités autres que celles qu’il possédait lors de son entrée dans les poumons ; lorsqu’il sort de son intérieur il ne doit pas réunir les deux qualités essentielles : la rougeur et l’état c'cumeux; comme ces deux caractères physiologiques n’exis-

tcnt pas, le sang doit être moins excitant, moins nutritif par conséquent. A son tour la mollesse du cerveau doit, étant la cause de ces différents signes dont nous venons de parler , être celle infailliblement aussi de la gêne de la respiration dont nous venons de nous occuper dans ce paragraphe.

2“ La circulation languissante , comme symptôme d’un ramollissement du cerveau, doit être étudiée du côté du cœur et du côté des vaisseaux sanguins ; dans le premier cas , c’est le défaut d’influence vitale sécrétée directement par le cerveau qui en est cause , tandis que dans le second cas , le ralentissement de la circulation dans les vaisseaux sanguins dépend presque complètement du défaut de vitalité des centres nerveux de la vie organique du grand sympathique , car il est aujourd’hui bien démontré que ce centre nerveux secondaire tient tous ces conduits sous son influence immédiate, et qu 'aussitôt que le fluide électro-animal cesse de leur être envoyé en assez grande quantité pour que la circulation se fasse convenablement» il doit en résulter un embarras , une gêne extraordinaire.

Du côté du cœur, l’absence du principe vivifiant ordinaire ou sa diminution , donne naissance aux symptômes suivants qui devront varier cependant suivant l’age , le sexe et le tempérament de l’individu : les battements du cœur sont sourds, obscurs ; la secousse que ces divers mouvements im-

priment à la poitrine contre laquelle ils viennent frapper est à peine sensible , on dirait qu ils viennent s’aplatir à chaque percussion ; 1 intervalle qui existe entre la contraction et la dilation des oreil— . lettes n’est pas toujours régulier. Comment concevoir que ces divers symptômes qui se montrent du côté du cœur ne soient dus à une modification de l’innervation qui doit être envoyée à ce centre circulatoire ; pour que cette perversion , cette suspension enfin de ce principe vital ait lieu , il faut de toute nécessité que le cerveau ait un de ces points , le siège de la lésion de nutrition dont il est ici parlé , celui surtout qui tient sous ses lois le centre principal de la circulation.

Les conduits sanguins quoiqu’ayant moins d’énergie qu’à l’état normal , et qu il faut attubuer au manque du principe vital dans les nerfs de la vie organique qui accompagnent partout ces conduits , il faut aussi faire la part du cœur qui joue un grand rôle dans les différents états que présentent le pouls qui est faible , mou ; témoin la peau est flasque, molle, pâle. Des conséquences très communes de cette lenteur de la circulation qui doivent être connues de tous les médecins , sont des œdèmes , des points gangréneux qu’on remarque très souvent sur les extrémités inférieures; la cause des différents symptômes qu’on remarque ici du côté de la circulation dans les vaisseaux est d’abord la pénurie du fluide vital que le cerveau secrète

on moins grande quantité , et plus tard comme un complément nécessaire de cette disette vitale , la

lenteur de la circulation.

3° Les digestions pénibles , comme symptôme d’un ramollissement du cerveau, peuvent être dues soit à une altération des tissus, soit à un ramollissement d’un des points de la moelle épinière qu’on sait présider à l'importante lonclion digestive , soit enfin à une lésion de 1 innervation ; mais cependant avec un peu d’attention on découvrira facilement le genre de lésion auquel on aura affaire, car des symptômes se feront remarquer du côté des fonctions du cerveau, symptômes qui toujours portent un cachet propre et méconnaissable. Les aliments que le malade introduit dans son estomac lui causent de la pesanteur et un malaise qui ajoute encore à la difficulté de respirer qu’on rencontre souvent avec les digestions pénibles ", le manger semble ne passer qu’en fesant usage de boissons fortes, ou quand on prend de l’exercice après les repas , il y a toujours des flatuosités intestinales qui l’incommodent et de la constipation. Les aliments les plus légers, tels que les bouillons et la fecule , causent encore des anxiétés et des pesanteurs. Si nous cherchons la cause de tous ces symptômes t nous ne tarderons pas à la trouver dans la dégénérescence molle du cerveau qui ne gouverne plus convenablement les importants viscères de la digestion*. la vitalité indispensable dont ils ont besoin

leur étant refusée , il n’est pas étonnant que la digestion stomacale ne s’effectue plus, parce que l’estomac est dans une inertie complète ou à peu près; les gros intestins à leur tour, ont perdu leur laculté contractile ; ils se laissent distendre outremesure par les vents et les matières stercorales , attendu que leur présence ne développe plus sur le centre cérébral l’impression qui en commande l’expulsion. Si contre toute attente l’impression est perçue par le cerveau , comme la portion qui commande l’expulsion de ces matières est, dégénérée , ramollie , il n’en résultera rien ; son empire est nul ; elle est sans autorité sur cette fonction d’excrétion.

Plus tard, si un travail inflammatoire se déclare sur l’estomac , les symptômes changeront de face , des douleurs très vives se feront sentir à l’épigastre, des ardeurs insupportables s’y déclareront aussi, il y aura encore des vomituritions, mais tous les signes de l’existence de cette complication sont bien moins prononcés que lorsqu'il n’existe pas de ramollissement du côté du cerveau , qui entrave les symptômes que cette inflammation pourrait produire.

4° Le pouls lent ei la peau froide , comme symptôme d’une modification nutritive cérébrale , doivent être étudiés séparément ; d’abord , lorsque plus haut nous nous sommes occupés de la lenteur de la circulation, nous avons effleuré ce qui avait

rapport au pouls. Ici nous allons compléter l’étude de son état morbide : si le pouls est lent lorsqu’il y a ramollissement du tissu cérébral , cela lient d’une part à ce que le cœur, privé de son excitant indispensable , ne se contracte pas avec assez de force pour chasser le sang dans tous les points du corps ; de l’autre , tous les vaisseaux chargés de l’accomplissement de la fonction circulatoire et accompagnés du nerf grand sympathique sont dépourvus de leur principe vivifiant, parce que ces memes nerfs qui , chargés de charier et de distribuer le fluide électro-animal sur les parois de ses conduits sanguins en sont eux-mêmes privés. De l’absence du fluide électro-animal sur le cœur et sur les conduits qui en émanent ou qui y aboutissent, doit résulter la lenteur du pouls dont il est ici question

La peau froide. Ce symptôme dû à un ramollissement cérébral et dont il nous reste à parler, est par nous regardé comme une conséquence inévitable de toute lenteur de la circulation. Comment peut-il en être autrement , quand on sait que le sang, pour acquérir un degré plus élevé de température , a besoin d’être mis très souvent au contact de l’air par l’intermédiaire des poumons, et que plus la circulation est accélérée , plus la température de la peau est augmentée ; témoin la suite d’une marche à pied très précipitée ; témoin encore la température des extrémités chez les individus

dont la marche des liquides sanguins est entravée par un obstacle quelconque , comme chez les vieillards par exemple. Donc ici encore , la cause de l’apparition de ce symptôme est expliquée par la lenteur de la circulation.

5° La perle d’appétit peut etre duc à diverses autres causes, qu’au genre de lésion dont nous nous occupons ici ; mais comme plus haut nous avons parlé des troubles qu’on observait du côté des fonctions digestives , ce que nous pourrions dire dans ce paragraphe ne serait en partie qu’une répétition de ce que nous avons avancé dans l’étude de ce précédent symptôme , et puis la perte d appétit est inévitablement la conséquence du dérangement qu’on observe du côte de cette grande fonction , et secondairement elle décèle une innervation incomplète , imparfaite , affaiblie , sur toute l’étendue ou une portion du conduit digestif.

6° La fatigue se déclarant promptement. Ce symptôme dont la cause de l’apparition se présente de suite à la pensée , mérite pourtant que nous entrions dans quelques développements pour expliquer son enchaînement avec le trouble du côté des fonctions digestives qui , a elles seules , comme nous le dirons plus bas, peuvent le faire naître. TSous ne devions décrire ici que ce qui a rapport aux lésions du cerveau , mais nous prierons le lecteur de bien vouloir encore nous pardonnei cette nouvelle anticipation.

Dans le premier cas , c’est-à-dire lorsque la fatigue résulte d’une pénurie d’influence nerveuse due à une lésion de nutrition cérébrale , on se rend aisément compte de cette faiblesse générale, de cette nonchalcnce qu’on remarque aussi à la suite de grandes dépenses de fluide vital. Le cerveau ici est comme frappé d’impuissance ; il ne conserve que la force suffisante pour maintenir la respiration et la circulation dans des bornes justes , afin que la vie ne cesse pas. Les mouvements qui effectuent la progression sont lents et bornés ; les muscles et leurs dépendances qui en sont les agents ne reçoivent plus assez de fluide nerveux pour exécuter leurs fonctions aussi long-temps qu’à l’état normal. Ce sont ces parties qui se ressentent le plus souvent de cette inertie cérébrale. Donc , tous les organes qui sont sous l’empire d’un cerveau ramolli , doivent éprouver de notables changements dans leur vitalité et leurs actions, et ce n’est, qu’en envisageant sous ce point de vue la lésion de nutrition dont il est question dans ce paragraphe , que nous arriverons facilement à nous rendre compte de son mode d agir, pour qu’il en résulte une fatigue prompte , au moindre exercice que pi end 1 individu dont la mollesse du cerveau a une si grande prépondérance sur la fermeté normale et anatomique.

Dans le second cas , ou mieux , lorsque la fatigue prompte est due à un trouble dans l’acte de

digestion , qui ne permet pas au corps de se repartir suffisamment , les mêmes symptômes que plus haut peuvent se montrer, comme lorsqu ilsdependent directement d’une lésion du cerveau qui empcche le fluide vivifiant d’être sécrété en assez grande quantité , avec cette différence, qu’ici , la faiblesse est due à l’absence du fluide électro-animal pour l’exécution des fonctions de progression , tandis que lorsqu’ils dépendent de la réparation non suffisante des forces du corps par défaut d alimentation, c est le conduit digestif qui est le point de départ de la fatigue qui se déclare promptement.

Symptômes locaux dus à un ramollissement compliqué du

cerveau.

Nous devons entrer dans quelques détails pour faire connaître ce que nous entendons par ramollissement compliqué du cerveau. Plus haut nousa\onS traité assez longuement des symptômes produits par un ramollissement simple ; ils étaient tous provoqués par lui, parce qu’aucune autre lésion comme ici , n’est venue les compliquer ; la lésion qui , le plus souvent ou presque toujours , vient se joindre au ramollissement du cerveau , est celle de la circulation; plus de sang pénètre le cerveau , sa présence l’excite , l’agace , le comprime et le force a sécréter dans certains cas et chez certains individus^ une plus forte somme de fluide électro-animal , d’où résulte la raideur des membres qu’on re-

marque comme le symptôme le plus caractéristique

de la mollesse du cerveau.

i° La perle de la mémoire, dont nous nous sommes déjà occupés ailleurs , comme symptôme de la lésion du cerveau , est appelée anémesie. On la divise, en complète ou incomplète, suivant que l’individu a perdu le souvenir de tout , ou qu’il se ressouvient de ce qu’il savait le mieux. On reproche à Pinel d’avoir omis de parler de cette maladie dans son cadre nosologique ; aussi Louyer-Villermay et Sauvages avant lui , en ont-ils tracé une bonne description. La perte de cette faculté de conserver les images des corps dont nos sens ont été frappés, de se le rendre et représenter à volonté , peut résulter de plusieurs autres causes que d’une mollesse du cerveau , telles que des lésions de circulation , des exostoses crâniennes intérieures , des abcès vénériens et des lésions de 1 innervation dont nous devons nous occuper plus loin. Pour nous , la perversion de cette faculté n est pas une maladie comme le veulent Louyer-\illermay, Pinel et plusieurs autres auteurs , ce n’est purement qu’un symptôme qui dépend d’une lésion du cerveau Comme nous l’avons dit plus haut, a un ramollissement d’un des points du cerveau , vient se joindre une lésion de la circulation qui achevé totalement de pervertir et détruire la mémoire qui dans certains cas peut n’être qu’affaiblie par le fait seul du ramollissement. Déjà plus haut nous I avons

émis , alors sa diminution ne pourra être que graduée , on oubliera quelquefois certains objets de préférence , quelquefois elle sera partielle , c’est-àdire qu’on aura oublié ou le nom des personnes ou des choses. Louyer-Villermay explique d’une manière bien claire la cause de cet oubli; d’après lui, comme on sc sert plus des noms adjectifs que des noms substantifs, lorsque la mémoire vient à diminuer, on doit nécessairement ne sc ressouvenir que de ce que l’on savait le mieux. Nous ferons cette réflexion que d’autres ont déjà faite avant nous : que c’est, moins l’existence nominative des choses qui nous intéressent, que le rapport qu’elles ont avec nous.

Revenons à l’abolition complète de la mémoire , car c’est de ce symptôme seul que nous devons nous occuper ici. La lésion de circulation qui vient s’adjoindre au ramollissement du cerveau est toujours une complication redoutable et très à craindre , parce qu elle entraîne la perte du malade , et cela infailliblement ; il est bien rare qu’après la mort , due à cette complication de lésions , on ne rencontre pas plusieurs épanchements de sang dans la pulpe cérébrale qui sc laisse plus facilement pénétrer et déchirer; on y découvre aussi nombreuses échymoscs internes. On conçoit qu'à leur tour ces lésions secondaires doivent hâter l’abolition de la mémoire puisque son instrument créateur, le cerveau enfin, se trouve ramolli , congestionné , pressé

par les divers épanchements , d’où il résulte qu’il est impossible que la portion du cerveau qui préside à cette importante faculté , soit encore apte à remplir cette fonction qui ennoblit tant l’homme , surtout quand on sait qu’elle est comprise dans ce désordre organique.

2° La perte de connaissance. Ce symptôme d’une lésion de nutrition qui a ramolli le cerveau ou le point d’où dérive cette importante faculté , est dû ici à la mollesse extrême du cerveau compliqué d’une lésion de circulation cérébrale , qui , dans un temps donné , chasse dans ce centre nerveux une plus grande quantité de sang qui le comprime , le presse et l’empéche d’être ébranlé par aucune des impressions que pourraient encore lui charier les organes des sens, ces sentinelles vigilantes. Cet état se rapproche d’une syncope dont nous avons déjà parlé ailleurs. jCette augmentation de la dose du sang dans le cerveau, en achevant de suspendre la sécrétion du fluide nerveux, prive le cœur et les poumons de remplir leurs indispensables fonctions, d’où il résulte la suspension i° des battements du cœur et par suite de la circulation générale ; 2° puis des mouvements des parois thoraciques et de l’expansibilité pulmonaire. La congestion sanguine cérébrale se déclare d’autant plus promptement que la mollesse excessive du cerveau tend par cllcracmc à la favoriser , et cela se conçoit très bien par la raison que les vaisseaux qui se trouvent dans

la partie ramollie ne sont entourés d’aucun tissu résistant qui puisse les empêcher de se dilater énergiquement à l’abord du sang ; bien au contraire» sa présence dans les vaisseaux cérébraux est secondée par l’état dans lequel se trouve le centre nerveux.

Symptômes généraux dus à un ramollissement compliqué du

cerveau.

ic La contracture des membres , comme symptôme d’un ramollissement du cerveau , a été regardé par quelques auteurs comme le seul caractéristique de cette lésion , tandis que plusieurs autres lui ont toujours refusé le droit de pouvoir annoncer avec précision que son existence fut constamment liée avec un ramollissement dans la pulpe cérébrale. Ce symptôme se trouve noté par MM. Bouchet et Cazauviehl dans leurs observations sur l’atrophie congéniale du cerveau. ( Archives générales de Médecine, tom. IX.) Donc puisque ce signe a été indiqué dans d’autres cas où il n’y avait pas de ramollissement du cerveau , on ne doit pas le regarder comme étant infailliblement le signe certain de l’existence de cette lésion. On a été plus loin, on a prétendu qu’il manquait aussi souvent qu’il existait , bien qu’après la mort on ait observé du ramollissement. Pour nous et pour plusieurs autres , l’existence de ce signe est le caractère le plus certain et le plus pathognomonique , pour ne

pas confondre cette modification nutritive avec d’autres affections. Nous pensons que si on a trouvé le cerveau ramolli sans qu’il y ait eu contraction des membres , c’est que la complication nécessaire pour qu’elle ait lieu ne s’est pas montrée. Plus haut , nous avons fait connaître nos intentions à ce sujet, et afin d’être bien compris, nous y reviendrons dans un instant.

Nous pensons encore, et le raisonnement seul l’indique , que si une autre lésion ne vient pas s’unir au ramollissement du cerveau , il est impossible que les membres soient vus contractés. S’il en était autrement , par quel agent , autre que le fluide nerveux , seraient-ils contractés ? Si aucun autre fluide du corps ne peut produire ce phénomène , comment peut-on concevoir que la contracture des membres ait lieu, puisque l’organe formateur de ce fluide ne jouit que d’une faible activité parle fait de son ramollissement? à moins cependant qu’on ne veuille assimiler cet état à celui dans lequel il se trouve chez certains individus après une saignée qui a développé des convulsions , etc. Ici nous ne ferons qu’une courte observation et qui prouvera que si les convulsions se déclarent chez un individu dont le sang coule, ou autrement, si plus de fluide nerveux est distribué sur tous les points du corps , cela dépend comme nous l’avons déjà dit dans une autre section , du trouble qui survient dans toutes les fonctions et dans tous les

organes qui les excitent. Le cerveau dans ce cas semble vouloir réagir sur la déplétion subite du fluide sanguin contenu dans ses vaisseaux , et pour y parvenir , il use et dépense complètement la somme du fluide électro-animal qui devait servir à maintenir tous les actes vitaux dans une harmonie parfaite.

Comme à la suite de ces secousses convulsives et produites par une saignée , on observe un grand relâchement , une faiblesse extrême , il devient juste d’attribuer cette faiblesse à la pénurie du fluide vital et à la fatigue qu’il a dû éprouver pendant toute la durée de ces accidents nerveux.

Si au contraire la déplétion des vaisseaux se fait lentement , aucun des symptômes dont nous venons de parler ne se manifestera , parce que le cerveau se sera habitué pour ainsi dire à cette soustraction graduée. Nous espérons bien qu’on n’ira pas nous dire que le ramollissement seul peut produire les accidents développés par la sortie prompte du sang , quand on saura que cette lésion ne peut se déclarer avec tous ses caractères en quelques instants , comme le fait la saignée. Donc, puisqu’il devient prouvé que le cerveau ne se ramollit pas en un instant , qu’il lui faut un certain temps , et. qu’il ne faut pas assimiler cet état à celui qui suit une saignée , etc., il ne serait plus rationnel de dire que le ramollissement simple du cerveau puisse produire la contracture des membres.

Celui qui aura observé avec attention la marche de la contracture , demeurera facilement convaincu qu’elle se montre soit lentement ou d’une façon très graduée , soit d’une manière très brusque ; qu’elle peut acquérir en un instant toute son énergie. Lorsque la contracture se montre tout à coup , elle décèle mieux l’existence d’un ramollissement cérébral que lorsqu’elle se montre lentement : c’est que dans ce cas, la circulation cérébrale aura acquis un degré d’énergie assez vif ; le sang, ce liquide excitant , irritant meme , pour toute partie dont la composition anatomique est modifiée , aura forcé le cerveau à sécréter une plus grande quantité de fluide nerveux qui aura été distribué d’une façon toute irrégulière sur tous les points du corps ou sur des portions très restreintes , car on a vu des individus chez lesquels la contraction est demeurée fixée assez long-temps à un doigt, de là , à la main , au bras , etc. ; il en est de même pour le membre abdominal. Ce qui prouve que la présence seule du sang dans le cerveau est cause de la contracture , c’est qu’une fois établie sur une partie elle n’y demeure pas constamment ; il est des instants dans la journée où elle disparaît pour ensuite se reproduire , alors il faut admettre qu’en son absence le cerveau est moins congestionné , et l’est moins en effet. Si avant que la lésion de circulation cérébrale soit venue se joindre au ramollissement, les parties avaient toutes la liberté de leurs mou-

vcmcnts ou étaient véritablement paralysées , ou enfin si ce mouvement était moins sûr, lorsque la congestion sanguine se dissipera , les parties devront reprendre chacune la liberté de leurs mouvements et aux mêmes degrés d’énergie qu’avant la complication.

D’après M. Andral : « La contracture une fois produite peut persister, soit qu’elle devienne de plus en plus forte , soit qu’elle aille en diminuant , soit qu’elle reste au même degré. » Dans le premier cas, le sang qui engorge le cerveau y arrive constamment en abondance , de là l’augmentation de la contracture ; dans le second , moins dé sang peut engorger le cerveau ; dans le troisième , la même quantité y arrive toujours.

Dans ce que nous avons dit plus haut , nous nous sommes gardes d’attribuer la contracture des membres à la présence seule du sang dans les hémisphères cérébraux , car ce fluide n’est que l’agent qui provoque le cerveau à fournir une plus grande dose d’innervation à toutes les parties; c est la distribution irrégulière de ce principe de vie que nous avons cru capable de produire seul ce symptôme important. Cependant , avant de terminer l’étude de la contracture, nous devons faire connaître le regret que nous éprouvons de ne pouvoir entrer dans d’assez grands détails relativement a la cause qui peut produire le symptôme dont il est ici question , parce que nous pensons que chez les

individus à tempérament nerveux, très susceptibles, toutes les causes morales en agissant sur le cerveau peuvent aussi provoquer la contracture ; témoin les mouvements précipités du cœur et le trouble dans diverses fonctions qui surviennent tout à coup , même avant que le cerveau ait eu le temps de se congestionner, chez un individu qui aura été exposé à une cause morale par surprise et à son insu.

Abordons maintenant l’explication de la contracture des membres par le ramollissement compliqué du cerveau. Lorsqu’une cause quelconque détermine vers le cerveau un engorgement sanguin, comme cet organe, en vertu de la profonde modification qu’il a subi favorise cet engorgement , la présence de ce fluide au milieu d’une partie ramollie, doit faire fonction de corps irritant, de corps étranger ; il doit causer de l’embarras , de la gène ; le cerveau doit alors se trouver surexcité , et par là , forcé de sécréter, mais d’une manière perturbatrice, une plus grande quantité de fluide électro-animal. La distribution de ce principe de vie sera faite aussi d’une façon désordonnée sur tous les points du corps , il y arrivera plus promptement qu’il ne pourra être dépensé ; alors on conçoit que son accumulation dans les membres peut facilement les contracturer.

Mais lorsqu’une cause quelconque , telle que la crainte , la joie , agissent tout à coup chez un individu dont le système nerveux est facile à s’émou-

voir, on conçoit que le fluide vital peut être sécrété en plus grande abondance et donner naissance aux crampes , à la contracture des membres. Dans le choléra de i832 , les accidents nerveux qu on observait , n’étaient pas la plupart du temps provoqués par une congestion sanguine cérébrale. Nous citerons ici ce que nous avons ressenti nousmêmes pendant cette cruelle maladie dont nous lûmes atteints on ne peut plus gravement , de telle façon qu’à la Mairie de la Ville on fit la déclaration de notre mort. Après avoir prodigué pendant trois mois, nuit et jour, des soins aux cholériques , tant à Paris qu’à Amiens, etc., nous nous transportâmes à Abbeville où il sévissait avec intensité dans cette ville , nous apprîmes la mort de notre père qui avait succombé à ce fléau dévastateur ; lorsque nous fûmes informés de cette nouvelle , il était mort il y avait un mois. On nous avait caché cet accident peur de nous voir partir d’Amiens pour aller lui donner des soins, comme nos parents le desiraient vivement. Cette nouvelle nous causa un grand chagrin. Nous fûmes presqu’aussitôt pris de crampes, de vomissements , de dévoiement et de difficulté de respirer ; toutes nos facultés intellectuelles étaient saines, car nous distinguions tout ce qui se disait autour de nous , mais il nous était impossible de le faire connaître. Pendant deux jours nous pûmes suivre nous-mêmes les progrès effrayants de notre maladie ; nous nous rappellerons toujours ces pa-

rôles prononcées près de notre lit par un médecin d’Abbeville : « C’est un jeune homme perdu ; tout soin est inutile. >» Et ces autres , d un de nos amis, alors comme nous , étudiant en médecine : a Puisqu’il est mort il ne doit pas être enterré à Abbeville , car il a trop rendu de services à Amiens. »

A quel agent attribuez-vous cette difficulté de respirer , cet enchaînement des mouvements du cœur , les vomissements, le dévoiement, les crampes , et surtout l’enfoncement des yeux dans leurs orbites , si ce n’est au fluide électro-animal qui tient sous sa dépendance immédiate toutes nos fonctions? Dans le premier cas , on se rend compte de la difficulté de respirer par le trouble qui existe du côté du fluide vital ; les poumons ne peuvent fonctionner, ils sont pris de crampes , si on peut s’exprimer ainsi , ou bien ils sont privés de cet agent indispensable. Dans le second cas , le trouble qui se remarque du côté du mouvement du cœur s’explique par la pénurie du fluide vital ou par son excès sur l’organe central de la circulation. Dans le troisième et le quatrième cas , les vomissements et le dévoiement ne peuvent-ils pas s’expliquer de la meme manière ? En ce qui a rapport au vomissement, est-il possible de trouver une explication valable pour s’en rendre compte dans la prétendue inflammation dont il aurait été le siège ? non. Nous pensons que dans le début du choléra.

alors que l’estomac est sain et le cerveau exempt de congestion , il est plus rationnel d’attribuer ce symptôme à une lésion de l’innervation. Comme cet organe , en vertu de la plus grande vitalité qui lui est donnée par le cerveau , est exposé à se contracter chaque fois qu’un corps liquide ou solide est introduit dans son intérieur, il devra entrer en contractions insolites aussitôt qu’il sera en contact avec un corps étranger, et ce qui est en effet , car dès qu’un malheureux cholérique essayait d’avaler une goutte de liquide , des vomissements atroces avaient lièu. Mais plus tard , si les vomissements persistaient , l’inflammation s’emparait de l’estomac , car il est impossible qu’un organe aussi délicat pût tant de fois se contracter si fortement sans qu’elle ne l’envahisse. Donc l’inflammation de cet organe n’est chez les cholériques que secondaire ; si elle a été primitive , ce ne fut que bien rarement, et ces cas doivent être considérés comme exceptionnels.

Pour les crampes , nous espérons bien qu’on n’ira pas trouver d’autres causes de leur production que la perversion du fluide nerveux. Toutes les parties qui sont le siège des crampes , mais de ces crampes que nous appellerons cholériques , reçoivent une plus grande quantité de ce fluide vivifiant; tous les muscles qui reçoivent des conducteurs de ce principe , entrent en contractions et elles durent tant que la décharge nerveuse ri est pas terminée.

Comme l’estomac , les muscles extérieurs qui sont le siège de ces crampes, jouissent pendant leurs intervalles d’une sensibilité exagérée , le moindre mouvement et tous les excitants extérieurs les provoquent. Pour nous , qui avons éprouvé tous ces accidents formidables , nous ne reconnaissons pas d’autres agents que le fluide nerveux irrégulièrement distribué, capable de produire des contractions musculaires désordonnées, et nous pensons que pendant les premières heures, il est seul cause de tous ces phénomènes chez quelques individus , surtout ceux à tempérament sanguin ; il peut s’y joindre une lésion de la circulation , mais aussi dans le plus grand nombre de cas , chez les nerveux , comme chez nous par exemple, cette lésion de l’innervation existait seule. L’enfoncement des yeux dans leurs orbites n’est-il pas encore dû à une contraction des muscles qui entourent ces organes? Nous sommes les premiers qui assignons cette cause à ce symptôme cholérique.

Nous venons de nous écarter un peu de notre sujet afin de faire voir que le fluide nerveux produisait seul la contracture des membres chez les individus à cerveau ramolli , comme chez les malheureux atteints de choléra. C’est notre opinion à nous, qui avons soigné de nombreux cholériques et avons pu malheureusement observer sur nousmème. Ici qu’on nous pardonne de remercier M. le

docteur Boucher d’Amiens , et le zélé et courageux M. Fumeron d’Ardeuil , alors préfet de la Somme, des soins qu’ils nous ont prodigué pendant notre longue et cruelle maladie ; d’autres personnes ont aussi droit à notre reconnaissance , qu elles reçoivent nos remercîments.

2® Les secousses convulsives. Dans ce symptôme dont plus haut nous nous sommes déjà occupés , il y a, comme nous l’avons dit, perversion de l’acte nerveux qui préside au mouvement : les convulsions peuvent être ou locales ou générales , c’est-àdire qu’elles peuvent ne se montrer que sur un membre ou un côté du corps , ou sur les quatre membres , ce dernier cas est très rare. M. le docteur Martinet rapporte dans la Nouvelle bibliothèque médicale, i833, tom. I , pag. /j.3y , qu un homme avait des convulsions sur les quatre membres à la fois , ils n’étaient pas contracturés ni paralysés , les paupières étaient contractées , les globes oculaires portés en haut ; la bouche était légèrement tirée à droite et la tête portée du même côté ; à l’autopsie, les parois du ventricule droit lurent trouvées ramollies , et cela dans l’étendue de plusieurs pouces , dit-il : une circonvolution de la base de l’hémisphère gauche était aussi très ramollie.

Dans le paragraphe précédent , lorsque nous avons parlé de la raideur ou de la contracture des membres , nous avons dit que le fluide sanguin soit qu’il se trouve en plus ou en moins dans le

centre cérébral, des secousses convulsives pouvaient se montrer; nous avons suffisamment lait connaître la cause de cette perversion des mouvements. Ici nous dirons seulement que nous pensons , que si les convulsions se sont déclarées chez un individu dont le cerveau présente après la mort à nos investigations actuelles les signes absolument les memes , que chez un autre qui aura offert des contractures des membres ; c’est que d’un côté , on n’aura eu égard qu’au ramollissement, et de l’autre on n’aura pas cherché à connaître le tempérament propre de l’individu , cet état qui fait tant varier les symptômes qui se montrent dans une maladie. Si au contraire on observe attentivement la lésion qui vient compliquer le ramollissement , le sexe , l'âge et le tempérament de l’individu, on ne tardera pas à se rendre compte de cette variation de symptômes dont la cause au premier abord paraît être semblable. C’est ici encore qu’il convient de dire qu’il ne peut y avoir d’effets sans une cause quelconque , et cependant tous ceux qui voient seul le ramollissement pour produire ces différents symptômes , voudraient qu’il en fut autrement , c’est-à-dire qu’il se montrât des symptômes sans lésions , soit organique , soit vitale. Avant de terminer, il est essentiel de faire connaître aussi qu’on n’a pas assez insisté sur le degré plus ou moins intense que peut présenter le cerveau ramolli ; car deux degrés différents de ramollissement ne peu-

vent pas produire les memes symptômes chez des individus qui offriront la même constitution, le même sexe et le même âge. Toujours ce qui provoque les secousses convulsives , est le fluide nerveux dont l’organe formateur a subi le genre d’altération dont nous nous occupons dans cette sous-division de section , il n’est plus envoyé aux muscles qu’avec irrégularité 9 par saccades ; de là ces alternatives subites de secousses et de relâchement.

3° Un état apoplectique . De tous les symptômes dus à une lésion de nutrition , l’apoplexie est sans contredit le plus effrayant et le plus terrible , celui qui se montre le plus souvent ; elle immole presque constamment ses victimes , elle frappe soudainement à l’instant où l’homme est plein de joie et pense le moins à la mort. Ce symptôme est si funeste qu’on me pardonnera d’entrer ici dans quelques détails pour en faire son étude : plus haut nous aurions dû déjà le faire , mais des motifs que nous ferons connaître plus bas, nous ont engage s a la décrire ici. L’apoplexie a reçu une quantité considérable de définitions, et aucune ne peut être regardée comme exacte. Cullen la caractérisé r motus volinitarii fcrc omnes immuniti cum sopore, plus miniisve profundo. Sauvages, lui, dit: sopor profit ndissimus cum stcrlore vel profunda respiratione. Celle de Fernel, épist. 2. art. 1, ne vaut pas grand’ chose : apoplexia est repentina motus et

sensus omniscjite ammahs J unclioms prtvatio. Linnæus , Sagar, Vogel n’en disent pas plus que Sauvages. Celle de Boerhaave qui a été adoptée par la plupart des médecins , ne vaut rien pourtant : perle complète des sens internes et externes et de tous les mouvements volontaires ; tandis que la respiration et la circulation subsistent et sont souvent augmentées .

D’après Pinel , l’apoplexie est une névrose cé- ' rébrale caractérisée par la suspension plus ou moins complète et subite de l’action des sens , de l’entendement et de la locomotion, avec respiration plus ou moins stertoreuse et continuation de l’action du cœur. Cet auteur qui l’avait d’abord placée parmi les hémorrhagies , l’a plus tard rangée parmi les névroses.

Ptochoux regarde ce symptôme comme une hémorrhagie du cerveau par rupture des vaisseaux , avec altération plus ou moins profonde de la substance de l’organe. C’est l’auteur qui pense absolument comme nous , lorsqu’il dit qu’elle est une hémorrhagie cérébrale. Une bonne définition de ce symptôme que nous adoptons , est celle donnée dans le Dictionnaire abrégé des sciences médicales, art. Apoplexie, il est dit que c’est un état morbide de l’encéphale , caractérisée par l’assoupissement , la diminution de la sensibilité et des mouvements volontaires , et , le plus ordinairement , par la rareté , la lenteur des inspirations et

la vitesse des expirations , ainsi que par la largeur et la rareté' du pouls.

Que penser de celle de Cullen, qui la place dans les névroses comateuses ; de Yogel, dans celle des adynamies ; de Linnæus , au nombre des maladies quiet ale s , ordre des affections soporeuses ; de Sau~ vages et Sagar qui l’ont placée dans la section des débilités, ordre des affections comateuses. Heureusement que le temps a fait justice de ces ridicules classifications.

Ce symptôme a été connu de l’antiquité la plus reculée. Iiyppocrate s’en est beaucoup occupé dans plusieurs aphorismes. Gallien et Cœlius Aurélianus, qui vivaient vers l’an i3i de 1 ere chrétienne , s’étaient très attachés à l’observer. Un grand nombre de médecins s’en sont occupés , et on nous pardonnera si nous citons les noms de la plupart : en le fesant, c’est afin de 11’y pas revenir plus loin- Arétée, Tulpius , Forestus, Félix Plater, Yalsalva, Zacutus Lusitanus , Prosper Alpin , Riolan , Albinus , Sauvages , Lancisi , Dehaen , Boerhaave , Vogel , Fernel , Baglivi , Morgagni , Hoffmann , Stoll , Cullen , Sydenham, Yitet , Portai, Montain, Pinel , Riobé , Rochoux , M. Andral , etc., etc.

L’apoplexie a reçu différents noms : les Latins l’ont appelée attonitus siupor, morbus attonilus , sideratio, ajfulguratio , obstupescentia , etc.

Sauvages , Vogel, Boerhaave, etc. ont continué à l’appeler apoplcxia, les médecins français , apo-

plexic. Pour terminer, disons que les Montain la distinguent en sanguine et nerveuse et qu’ils ad mettent encore deux variétés poui chacune d clic Il n’est pas de notre devoir de faire ici justice d’une semblable distinction , tous les inedt cins observateurs sauront l’apprécier comme elle peut le mériter. Que penser encore de cette division apoplectique en sanguine , séreuse et nerveuse, s1 ce n’est sans doute que c’est rassembler sous le meme nom trois maladies bien differentes , et qui sont une hémorrhagie (lésion de circulation) , une hydropisie (lésion de sécrétion), une névrose (lésion de l’innervation). Nous dirons donc avec R o choux et autres , que l’hémorrhagie cérébrale doit seule conserver le nom d’apoplexie cérébrale.

Revenons actuellement à l’étude de l’état apoplectique , et fesons remarquer que de tous les symptômes compliqués du cerveau , celui dont nous allons nous occuper, est peut-être celui qui se montre le plus souvent ; cependant nous ne sachions pas qu’on ait jamais dit que 1 apoplexie était plus fréquente chez les sujets dont le cerveau était ramolli , en d’autres termes , qu’une lésion de nutrition favorisait très facilement la lésion de la circulation , et pourtant on conçoit très bien que cette nouvelle lésion peut s’adjoindre à celle dont nous nous occupons, d autant plus facilement qui le cerveau présente moins de résistante au sang qui traverse la partie ramollie; à la longue, les

ondces continuelles de ce liquide doivent fatiguer les vaisseaux qui les renferment , alors doit s’épancher le sang dont la présence diffuse dans le centre cérébral , donne naissance aux nombreux symptômes propres à l’apoplexie qui est à son tour un symptôme d’une autre lésion , de celle de circulation. On devine facilement, sans qu’il soit besoin d explication , la cause de l’apoplexie dans le cas présent , car la mollesse du cerveau suffit seule pour nous la faire apercevoir.

4° La paralysie. Quoique nous nous soyons déjà occupés de ce symptôme dans d’autres lieux de cet ouvrage, nous devons encore y revenir : ici il est dû à la complication circulatoire avec la complication nutritive. La paralysie , dans le cas actuel, peut comme ailleurs ne survenir que graduellement ; un seul côté du corps peut être totalement ou en partie paralysie , même à différents degrés d’intensité. Cette paralysie locale peut rester stationnaire pendant long-temps.

Lorsque , comme nous venons de le dire , la paralysie ne survient que par degré et d’une manière lente , c’est un signe certain pour indiquer un ramollissement du cerveau et du côté opposé à celui sur lequel on remarque ce symptôme : surtout si à l’avance on n’a remarqué aucun des symptômes que nous avons assignés au ramollissement du cerveau , soit simple soit compliqué. Lorsqu’au contraire la paralysie survient tout à coup, bien

qu’elle soit souvent provoquée par le genre de lésion dont il est ici question, ce symptôme n’a pas pour nous la même valeur cependant , à moins que des symptômes propres au ramollissement ne se soient montrés.

Il n’est pas de notre sujet de parler des différents degrés que peut présenter la paralysie chez les individus où elle se fait remarquer , pourtant elle devra encore varier d’intensité suivant l age, - le sexe et le tempérament de l’individu; mais nous dirons pourquoi on voit quelquefois des sujets paralysés des deux côtés du corps à la fois , bien que le ramollissement n’existe que d’un côté. Nous ne pensons pas comme M. Andral que ce cas s’observe seulement lorsque du coté où il s’est accompli , le ramollissement est très considérable ; nous pensons ainsi : toutes les fois qu’un des côtés du cerveau est ramolli, la circulation cérébrale doit se faire plus facilement , plus énergiquement, à cause de la mollesse du cerveau qui présente moins de résistance aux colonnes sanguines ; d’où d suit que Vhémisphère sain comme celui ramolli doit partager cette énergie circulatoire ; il est à observer, et cette remarque vient à l’appui de notre opinion , que si la congestion diminue, les mouvements d’un côté redeviennent libres , en ce sens que l’hémisphère sain, mais seulement congestionné , reprend son empire sur ses hautes fonctions. La paralysie, comme nous l’avons déjà dit plus haut, est expliquée

par la gêne qu’éprouve le iluide électro-animal d’être distribué aux membres , ou par la suspension complète de sa sécrétion lorsque le cerveau est gêné , comprimé par le fait d une grande quantité de sang dans son intérieur. Ici se termine 1 étude des symptômes qui sont dûs à une lésion de nutrition qui a ramolli le cerveau. Nous nous sommes étendus longuement sur leur description , parce que ce genre de lésion offre des difficultés a etre étudié. Nous allons aborder maintenant letude de ceux dûs à des lésions de continuité.

F. SYMPTOMES D’UNE LÉSION DE NUTRITION CÉRÉBRALE QUI A PRODUIT DES LÉSIONS DE CONTINUITÉ OU ULCÉRATIONS.

Dans cette sous-division de symptômes dus à une lésion de nutrition cérébrale , nous en aurons tiès peu â étudier, parce que ce genre de lésion n est pas bien connu. A peine cite-t-on çà et la dans différents auteurs, quelques cas qui ont rapport au mode d’altération dont il est ici question. Il est à observer que très-souvent on contond ces ulcéiations avec des solutions de continuité produites par tiraillement du tissu cérébral ; leur siège est dans la substance corticale des circonvolutions. Ces déchirures de la pulpe du cerveau peuvent d’autant plus facilement avoir lieu , que très souvent , lorsqu’on a observé des ulcérations dans le centre nerveux , il existait des points ramollis. Quant aux Symptômes de ce genre de lésion, on conçoit main-

tenant pourquoi ils ne sont pas bien connus, puisqu’on n’est pas certain encore si les ulcérations cérébrales qu’on a remarquées , n’ont pas été faites par un trop fort tiraillement du tissu cérébral.

Comme nous ne connaissons aucun symptôme propre de cette altération cérébrale, nous puiserons dans les Archives de médecine, tom. 7, pag. 33, quelques cas très curieux, et publiés par Scoutetten.

« Un soldat, âgé de vingt-quatre ans, succomba avec tous les signes d’une double irritation du tube digestif et de l’encéphale. Le début de sa maladie avait été marqué par une douleur sus-orbitaire extrêmement vive , qui persista jusqu’à la mort ; elle lui arracha continuellement des cris aigus. A l’ouverture du cadavre , on trouva sur la partie inférieure du lobe antérieur d’un des hémisphères cérébraux , un ulcère de treize lignes de longueur , sur sept en largeur, d’un aspect jaunâtre ; la surface de cet ulcère était dure et sèche, ses bords inégaux et dentelés. La substance cérébrale sous-jacente était saine, ainsique le reste de la masse encéphalique ; mais partout l’arachnoïde était vivement injectée , et elle était détruite dans le point qui correspondait à l’ulcère. Dans un autre cas cité par M. Scoutetten, aucune douleur de tête n’avait existé; la mort fut le résultat d’une irritation gastro-intestinale, qui dans les derniers temps donna lieu à du délire. A la partie la plus reculée du lobe postérieur du cerveau existaient deux petites ulcérations qui

n’intéressaient que la substance grise : l’une de ces ulcérations était longue de six lignes, et de forme ovale ; l’autre , de forme linéaire , n’avait qu’une ligne de largeur. Autour d’elles la substance cérébrale était injectée ; cette injection devenait d’autant plus prononcée qu’on examinait le cerveau plus près de l’ulcération ; la substance grise avait une couleur lie de vin. »

Nous pensons que les ulcérations qui ont été trouvées dans le tissu cérébral ont été précédées soit d’un ramollissement de la pulpe nerveuse, soit d’un squirrhe. On conçoit facilement que dans le premier cas , la partie qui aura été le siège de ce ramollissement, pourra laisser voir des ulcérations. Dans le second cas , le squirrhe s’étant ramolli , le produit de ce ramollissement aura dû laisser à sa place , lorsqu’il aura été absorbé , une cavité qui fera croire à une ulcération. Comme les portions du cerveau qui environnent cette lésion de nutrition locale , participent toujours un peu de la dégénérescence molle , il devient facile de se rendre compte comment, dans certains cas, on a pu voir une portion du cerveau ulcérée dans une grande étendue et présentant une sorte de trajet fistuleux , par la raison que les portions voisines du squirrhe se seront laissées d’autant plus facilement ramollir qu’elles sont déjà très molles.

Ainsi donc , puisqu’il semble prouvé que les ulcérations sont consécutives, ou à une fonte du tissu

cérébral , ou à un tubercule qui se sera développé au milieu de cette pulpe nerveuse , les symptômes qui doivent résulter de cette lésion ulcérativc , seront ceux du ramollissement et d une hypertrophie locale du cerveau dont plus haut nous nous sommes occupés avec beaucoup de détails.

Ici se termine l’étude des symptômes dus à une lésion de nutrition. Quoique nombreux , nous en avons omis plusieurs à dessein , parce que nous avons eu ou nous aurons occasion d’en parler par la suite. Nous avons, pour beaucoup d’entre eux, entré dans de bien longs détails il est vrai , mais comme nous avons tenu à nous faire comprendre , il a fallu que nous agissions ainsi; comme aussi pour plusieurs, nous avons , encore à dessein , été très courts , attendu que dans les sections qui vont suivre nous aurons occasion de les rappeler, et alors nous serons obligés de les décrire plus longuement.

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