‹ Traité du cerveau, de ses fonctions, des causes, des symptômes, du diagnostic, du prognostic, et du traitement de ses maladies, etcChapitre 19 sur 28 · TROISIÈME SECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME SECTION

Symptômes dus aux lésions de sécrétion et dy exhalation.

Dans cette section , nous devons nous occuper des symptômes produits par une modification de la sécrétion perspiratoirc. De tous les symptômes

qui annoncent une lésion de sécrétion , l’hydrocéphale est la seule qui traduit fidèlement ce gepre de modification, tandis que tous les autres, comme la présence 1 0 du pus au milieu ou autour du cerveau ; 20 des tubercules si bien décrits par MM. Gendrin et Ollivier ; 3° les productions squirrheuses et encéphaloïdes ; 4° les productions graisseuses , cartilagineuses et osseuses ; 5* les entozoaires donnent. bien naissance à des symptômes , il est vrai , mais ils peuvent être confondus avec ceux fournis par les différentes lésions du centre nerveux dont nous nous sommes occupés jusqu’à présent. Cependant nous ferons tous nos efforts pour décrire ceux que nous croirons d’une grande importance à connaître ; mais lorsque nous nous occuperons dans le chapitre qui a trait à l’anatomie pathologique des productions moi'bides qui ont lieu dans le cerveau comme dans toutes les autres parties du corps à la suite d’une lésion de sécrétion ; nous aurons soin d’insister sur les différents états que présentent ces produits dans la masse cérébrale, c’est-à-dire que nous tâcherons de remonter à la cause qui produit ici cette infiltration des productions morbides ; là , les réunit dans une cavité non enkystée ; plus loin , les rassemble dans une poche appelée kyste ( enkystus ).

Si maintenant nous cherchons à remonter à la cause qui produit la lésion de sécrétion, nous serons assez embarrassés : les opinions à ce sujet

sont si diverses et si opposées que nous n’osons en adopter une exclusivement. Notre opinion est, que la même cause peut produire différentes lésions , suivant l âge , le sexe et le tempérament de l’individu.

Nous nous expliquons: c’est-à-dire qu’une irritation fixée sur le cerveau , suivant sa durée , son mode particulier, son siège dans telle portion du cerveau ou tel ordre de vaisseaux, devra produire chez l’un, une vive inflammation cérébrale, chez un autre, soit une apoplexie ou une hydrocéphale, soit enfin une hypertrophie.

Lorsque plus haut nous avons dit que les symp tomes dus à une lésion de la sécrétion pouvaient être confondus avec ceux des autres lésions , nous avons omis de faire connaître ce canevas commun. D’abord, ceux de la lésion de circulation (apoplexie) sont presque ceux de la lésion de sécrétion (hydrocéphale), ils démontrent le cachet de l’excitation et de la compression du cervean ; cependant plus loin nous essayerons de faire une distinction entre eux', comme entre leurs causes.

On conçoit qu’une irritation quelconque qui se développe sur le cerveau , a constamment pour résultat un appel plus grand de fluide sanguin dans ses vaisseaux, ainsi que son excitation, le trouble de scs fonctions et l’exaltation de ses propriétés vitales. Donc , lorsque plus de sang engorge les vaisseaux cérébraux et qu’il y est appelé par une cause quel-

conque , il doit se faire une séparation anormale de ses matériaux ; car on sait encore que chaque molécule organique est le siège d’une absorption et d’une sécrétion. Comme la présence du sang détermine dans la pie-mère et non dans l’arachnoïde qu’on confond avec elle , une irritation plus ou moins près de l’état inflammatoire , il doit encore se faire dans le cerveau une exhalation d’un liquide dont la nature variera suivant diverses causes dont nous avons parlé plus haut.

Dans cette section nous formerons six divisions: dans la première , nous parlerons des symptômes produits par la présence de la sérosité dans le cerveau ou autour de lui ; dans la seconde , nous parlerons de ceux développés par la présence du pus ; dans la troisième de ceux dus à la présence des tubercules ; dans la quatrième , nous traiterons de ceux dus à la présence des productions squirrheuses et encéphaloïdes ; dans la cinquième , nous passerons en revue ceux produits par les productions graisseuses, cartilagineuses et osseuses : dans la sixième enfin , nous parlerous des symptômes provoqués par les entozoaires.

A. SYMPTOMES d’une LÉSION DE SÉCRÉTION DUS A LA PRÉSENCE DE LA SÉ- ROSITÉ DANS LE CERVEAU OU AUTOUR DE LUI.

Dans cette division , nous aurons à indiquer les symptômes produits par la sérosité qui est autour ou dans l’intérieur du cerveau : mais pour mettre

do la clarté dans cette étude , nous serons obligés d’établir deux sous-divisions pour leur description. Dans la première , nous placerons tous les symptômes dus à la présence de la sérosité dans le cerveau et qui ont pour causes une irritation de la pie-; mère , du cerveau , plus ou moins voisine par son degré , de l’état inflammatoire ; c’est en un mot , l’hydrocéphale aigue ou active des auteurs. Dans la seconde sous-division , nous décrirons les symptômes dus à la sérosité épanchée autour ou dans l’inrieur du cerveau , dont les causes sont : la vieillesse, la constitution lymphatique , aqueuse , comme le . disent les anciens , les travaux du cabinet , les méditations sérieuses , etc ; c’est l’hydrocéphale passive ou chronique décrite pour la première fois en 1819 parle docteur Et. Moulin. Comme les symptômes produits par la sérosité dans ce cas , varient suivant que leur présence dans le cerveau est due à des causes actives ou passives , nous pensons qu on nous saura gré d’avoir fait une. distinction bien tranchée entre eux.

Symptômes d'une lésion de sécrétion cérébrale dont les causes déterminantes sont actives.

Dans cette sous-division où nous devons décrire les nombreux symptômes produits par la sérosité épanchée dans la pulpe ou autour de la pulpe nerveuse , nous devons dire un mot de la cause prochaine de l’épanchement screux. On sait

qu’une irritation fixée soit sur la pie-mère ou à I extérieur du cerveau, appelle une plus grande quantité de sang dans ces parties , d’où il doit nécessairement résulter une exhalation abondante de sérosité , soit dans la cavité arachnoïdalc, soit dans les ventricules , suivant la partie irritée. Cette pluie aqueuse s’effectue de la même manière que dans la membrane capsulaire d’une grande articulation, lorsque cette articulation a reçu une contusion , ou lorsque le stimulus rhumatisque produit une irritation capsulaire qui donne naissance à une hydarlhrosc. Quoiqu’ici ces deux causessoient différentes, le même effet est cependant produit, l’épanchement séreux : nouvelle preuve entre mille que des causes opposées produisent des effets semblables; mais fesons encore observer que, pour qu’il en soit ainsi , il faut le concours de l agc , du sexe , du tempérament , du climat , etc. , qui ont aussi leur bonne part dans la différence des résultats.

Il paraît que cette lésion de sécrétion cérébrale a régné épidémiqucmcnl dans certains pays , notamment à Genève ; dans cette ville et. à Paris elle est plus commune que partout ailleurs. Deux médecins célèbres, Camper et Tissot , ne l’ont jamais rencontrée ni en Hollande, ni en Suisse. Pour nous , nous pensons que , lorsqu une irritation quelconque se porte sur les vaisseaux absorbans , elle doit y déterminer un état de spasme , de con-

traction qui les empoche de remplir et d’effectuer leurs fonctions.

Les symptômes produits par la le'sion de sécrétion cérébrale dont nous nous occupons ici , sont les suivants et que nous diviserons en deux degrés : premier degré ou symptômes précurseurs , céphalalgie, assoupissements, étourdissements, vues fantastiques, veilles fatigantes, etc.; deuxième degré ou symptômes qui annoncent la compression : assoupissement plus ou moins profond , perte subite plus ou moins complète de la connaissance ; trouble des facultés intellectuelles , affaiblissement de la vue , de l’ouïe , de l’odorat , du goût , du toucher; dilatation et immobilité des pupilles, hémiphlégie, embarras dans la parole , gonflement de la langue, mutisme , air de stupeur, teint pâle , pieds froids , pulsations du cœur étouffées, pouls dur et plein, respiration gênée , entrecoupée , bouche déviée , sortie de la salive , constipation , vomissements bilieux quelquefois , enfin paralysie complète.

Symptômes précurseurs.

Ces symptômes sont dus la plupart du temps à la réunion de plusieurs lésions , car dans le début du genre de lésion dont nous nous occupons ici , la sérosité en faible quantité autour ou dans les cavités du cerveau , ne peut à elle seule produire les symptômes qui dépendent de la grande abon-

dance dans les lieux que nous venons de citer. Nous pensons donc qu’ils doivent en partie dépendre de la cause déterminante de l’épanchement de sérosité. Ce que nous dirons sur la cause de leur apparition se réduira à peu de chose , car on conçoit facilement que si nous devions les décrire avec détails , nous serions obligés de passer en revue tous les tempéraments, les âges, les genres de vie des individus : bien plus , nous serions encore forcés de rappeler le mode d’agir de différentes causes dont nous nous sommes occupés précédemment.

i° La céphalalgie , dont nous nous sommes déjà occupés dans une autre section , comme symptôme d’une lésion fonctionnelle du cerveau , doit dépendre ici d’une légère compression de cet organe par la présence de la sérosité , ou encore de ce que ce liquide peut l’agacer, l’irriter de mille manières comme étant un corps étranger pour le cerveau , attendu que toutes les fois qu’une des fonctions sécrétoires est activée outre mesure , son produit doit varier dans sa composition.

2° L’ assoupissement , dans le cas actuel, peut •être dû , et c’est plus que probable , à la compression que détermine la sérosité. L’individu qui est sous l’influence de cette perversion sécrétoire, est difficilement tiré de cet état continuel de somno-

lence : il paraît ctre dans le même cas que celui dans le cerveau duquel se trouve une plus grande

quantité de sang que de coutume, soit qu’il existe encore dans les vaisseaux ou qu’il en soit sorti. Cependant ce dernier cas ne peut être confondu avec l’assoupissement qui n’est que le plus léger degré de la congestion cérébrale , soit séreuse soit sanguine.

3° Les étourdissements trouveront ici leur explication dans la gêne où est placée le cerveau de ne pouvoir plus gouverner tous les organes qu’il a 'sous son empire : ici la sérosité produit absolument le même effet que le sang. Lorsque nous nous sommes occupés des symptômes produits par la lésion de circulation, nous avons démontré que la trop grande plénitude des vaisseaux sanguins empêchait le fluide vital d’être sécrété convenablement par le cerveau, pour de là être distribué sur tous les points de l’économie ; tandis qu’ici encore , le liquide aqueux, en remplaçant celui sanguin, doit ôter à cet organe la faculté de pouvoir former la dose nécessaire de fluide vital, pour qu'une harmonie parfaite règne dans toutes les fonctions ; car nous aimons à le dire, l’excitant indispensable du cerveau est le sang , et tout liquide contraire qui pourrait lui être substitué, ne fera que déranger ses fonctions.

4° Les vues fantastiques , comme symptôme d’une lésion de sécrétion cérébrale, prouvent infailliblement que le cerveau est dans un état de gêne pour pouvoir remplir normalement ses fonctions ,

les impressions qui lui sont envoyées de toutes parts développent des sensations qui sont fausses , sans vérité. Cet état peut être déterminé par les causes seules qui provoquent l’augmentation de sécrétion , comme par cette sécrétion elle-même ; lorsque ce symptôme se déclare , toute l’activité est concentrée dans le cerveau , les autres points du corps sont presque totalement privés de leur excitant ordinaire , le fluide électro-animal. Le centre nerveux , ainsi tourmenté par l’augmentation d’énergie vitale , réagit avec force contre les agaceries qu’il reçoit de toutes parts ; de ce désordre dans la distribution du principe de vie , doit nécessairement résulter une perversion dans l'accomplissement de chacune des fonctions cérébrales qui ont besoin pour être bien accompli , d’être commandé avec ménagement et sans brusquerie , si on peut ainsi s’exprimer.

5° Les veilles fatigantes , c’est-à-dire que l’individu dont le cerveau est le siège d’une lésion de secrétion, ne peut supporter long-temps la moindre fatigue intellectuelle. L’explication de ce symptôme se conçoit très facilement, parce que le changement qui existe dans le cerveau et auquel est dû cette modification sécrétoire , provoque déjà du malaise , de l’inquiétude dans cet organe. On devine donc de suite que si , à cette perversion de sécrétion , vient se joindre une irritation que fait constamment naître l’attention portée à une chose , il devra résulter un

état de gène et de fatigue qui forceront l’individu à cesser tout ce qui peut mettre son cerveau dans un état d’érection.

Symptômes rationnels.

Ici nous allons décrire les nombreux symptômes d’une lésion de sécrétion dus à des causes déterminantes actives , les causes qui les ont produits ; celles auxquelles sont dus les symptômes dont nous nous occupons actuellement, n’ont plus d’empire sur leur apparition et leur intensité , la sécrétion a seule le privilège de leur donner naissance.

i° L’ assoupissement à lui seul suffirait pour indiquer la compression du cerveau par le liquide séreux ; comme le fluide sanguin en engorgeant les vaisseaux sanguins cérébraux et en s’épanchant dans sa pulpe, détermine les mêmes symptômes , nous allons essayer ici d’indiquer les moyens de distinguer ces deux lésions l’une de l’autre et qu1 produisent presque absolument le même effet , l’assoupissement. On parviendra d’autant plus facilement à distinguer l’apoplexie de l’afflux séreux , qu’on connaît mieux les causes qui lui donnent naissance ; on sait qu elles ont toutes une même manière d’agir, qu’elles déterminent un trop grand afflux de sang vers la tête , forcent ce liquide de s’accumuler dans le système vasculaire cérébral , en s’opposant à son libre retour au cœur; elles agissent toutes soit d’une manière médiate ou

indirecte , soit d’unq façon immédiate ou directe. L’hydrocéphale , comme nous l’avons déjà dit plus haut, revêt une physionomie propre et ne se montre que chez un certain ordre d’individus , notamment chez les lymphatiques , qu’à certain âge , comme chez les vieillards et les enfans : à ces deux âges , les symptômes , leurs conséquences , leur marche , sont modifiés par les différences d’organisation et de fonctions. Béclard , lui , pense que l’apoplexie et l’hydrocéphale aiguë reconnaissent la même cause, l’excitation du cerveau , et que la congestion sanguine , suite de cette excitation , peut également se terminer par une hémorrhagie ou une exhalation séreuse. Il eut été plus vrai de dire qu’elle pouvait se terminer ainsi suivant l’âge et la constitution de l’individu. Revenons donc à l’étude de notre symptôme, 1 assoupissement, que nous regardons comme un des degrés du symptôme suivant , la perte de connaissance dont nous allons nous occuper dans un instant.

Lorsque le liquide séreux est en abondance dans le tissu cérébral par la compression qu’il détermine sur lui , il est appliqué contre les parois du crâne , il semble que le liquide séreux veut prendre seul possession de la cavité cérébrale. Comme le sang est repoussé du cerveau , chassé de ses conduits par le liquide aqueux , la vie de ce centre principal est on ne peut plus faible ; le centre nerveux organique a la supériorité sur celui animal ; l’individu qui est

sous l’influence de ce symptôme n’a plus d’empire sur ses membres , sa volonté est nulle , et cela sc conçoit aisément, puisque le fluide vital est tari à sa source. Cependant fesons observer que l’assoupissement est plus ou moins prononcé suivant la quantité de sérosité qui se trouve autour du cerveau ou dans son intérieur.

2* La perle de la connaissance , comme nous l’avons énoncé plus haut, n’est qu’un degré du symptôme dont nous venons de nous occuper. La compression qui existe dans le cerveau, rend compte suffisamment de son apparition ; en effet , les sens extérieurs ont beau charier les impressions venues du dehors , elles ne font naître aucune sensation ; le cerveau est plongé dans la stupeur, il lui est impossible de réagir sur les matériaux sensuels ; les fibres qui en composent la trame sont pressées les unes contre les autres, elles sont comme emprisonnées ; il leur est impossible d’entrer en érection , quand meme les sens jouiraient de toute leur énergie, et ce qui n’est pas. Si la perte de la connaissance est produite par la compression du cerveau contre les parois du crâne par la sérosité que cette boîte contient en plus grande quantité , cela dépend , comme nous venons de le faire pressentir, de la gêne où sc trouve le tissu cérébral pressé , comprimé, aplati contre la voûte osseuse du crâne.

3° Le trouble des facultés intellectuelles se conçoit d’autant plus facilement ici, que le fluide vital

nécessaire aux parties du cerveau , chargées d’accomplir les hautes fonctions de l’intelligence lui est refusé. C’est toujours la gêne dans laquelle est placé cet organe qui est cause de l’apparition de ce symptôme ; l’individu placé dans le cas dont il est ici question , paraît comme stupide , il répond hors de propos , il paraît avoir ses facultés intellectuelles tellement troublées , que s’il vient à bâiller il oublie de fermer la bouche , tandis que si ce symptôme dépend de la présence dans le cerveau d’une grande quantité de sang , lorsqu’on vient à bout de fixer l’attention de l’individu , il répond très juste aux questions qui lui sont faites, et conserve un empire sur toutes ses fonctions. Comme nous ne voulons rien avancer sans qu’il soit expliqué , nous dirons que dans le premier cas T le sang en engorgeant les vaisseaux cérébraux, ne prive pas totalement le tissu cérébral d’être impressionné , puisque ce liquide est lui-même l’excitant direct du cerveau et celui qui le rend apte à pouvoir être impressionné.

Dans le second cas , le liquide séreux en pressant le cerveau contre le crâne , force le sang à quitter la pulpe nerveuse , et on conçoit facilement pourquoi l’individu est hors le cas de conserver l’autorité sur ses facultés intellectuelles ; car on sait qu’en aucune manière la sérosité ne peut maintenir le cerveau dans un état qui le rende impressionnable aux nombreux excitants sensuels.

Symptômes généraux.

4° L’ affaiblissement de la vue, de L'ouïe, de l' odorat, du goût, du toucher. De même que pour les symptômes qui precedent , nous trouverons dans l’augmentation de sérosité qui enveloppe le cerveau ou qui se trouvent dans son intérieur, la cause de cette dégradation de l’activité sensuelle. Les points du cerveau sur lesquels doit s accomplir - chacune des importantes fonctions propres à 1 œil, à l’oreille, au nez , à la langue et aux mains, sont mis hors de toute impossibilité, de fonctionner normalement , plusieurs causes concourent à troubler et pervertir leur activité : ce sont la sérosité , la pénurie du sang , la diminution par conséquent de la formation du fluide électro-animal. La sérosité agit dans l’apparition de ce symptôme en pressant, poussant soit contre le crâne , soit contre les parties nerveuses elles-mêmes, les portions du cerveau qui sont chargées de présider à ces importantes fonctions. La pénurie du sang dans les vaisseaux cérébraux agit-elle en ôtant au cerveau la faculté de pouvoir être ébranlé convenablement ; la diminution de la formation du fluide électro-animal dépendra nécessairement de la compression et de la moindre grande quantité du liquide sanguin dans le centre nerveux, organe essentiel de la sécrétion du fluide vital.

Cependant l’affaiblissement de chacune de ces

facultés doit varier d’intensité ; cela se conçoit bien facilement , et nous pensons ne pas avoir besoin d’entrer dans aucun détail pour prouver ce que nous avançons.

5° La dilatation de la pupille. Ce symptôme que nous fesons ici dépendre d’une lésion de sécrétion cérébrale , a déjà été décrit par nous dans une autre section, lorsque nous nous sommes occupés de la circulation ; là , ce que le fluide sanguin provoquait, la sérosité le produit ici ; l’effet est le môme , la cause seule diffère. Le liquide aqueux qui engorge le cerveau ou le point de cet organe qui tient les mouvements de la pupille sous son empire , cette hydropisie locale enfin , empêche les branches nerveuses qui animaient la pupille , de lui distribuer la somme de vie nécessaire à l’accomplissement de ces mouvements normaux; c’est, en un mot, une paralysie de cette cloison visuelle : paralysie qui est due à la gêne des portions du cerveau qui lui distribuaient le fluide électro-animal.

6° \ J immobilité des pupilles s’expliquera de la même manière que leur dilatation; c’est toujours l’absence du fluide vital qui est cause de l’apparition de ce symptôme ; il est à observer qu’à cette immobilité se joint presque toujours une diminution ou une paralysie de quelques parties de la face dont ce n’est ni le lieu ni le moment de s’occuper.

y0 L ' hemip/dégie. Il n’est rien de plus naturel que ce symptôme se montre dans une lésion de

secrétion comme dans une lésion de circulation , avec cette différence cependant que dans l’hémiphlégie qui dépend d’une modification sécrétoire cérébrale d’autres symptômes existaient depuis long temps et fesaient connaître le genre de lésion auquel ou avait affaire ; si au contraire ce symptôme est dû à une lésion circulatoire , il se montre tout à coup , il n’est annoncé par aucun prodrome. Cela s’explique facilement par la raison que le liquide séreux ne fait pas éruption brusquement dans les cavités ou autour du cerveau , comme peut le faire le sang. La sérosité a besoin d’étre séparée , distillée de ce liquide sanguin , et on conçoit aisément qu’il doit s’écouler un certain temps avant que les symptômes qui annoncent le genre de lésion dont il est ici question , soient bien dessinés. Lorsque le sang s’épanche , au contraire , les symptômes qui décèlent la nature de cette lésion , ne peuvent laisser aucun doute dans l’esprit du médecin observateur, en ce sens qu’ils peuvent se montrer tout à coup par la raison que le sang, en abandonnant les vaisseaux qui le contiennent , est de suite une cause de gene pour les fonctions du cerveau.

Pour en revenir au mode d’explication de l’apparition de ce symptôme , l’hcmiphlégie , il serait nécessaire de rappeler ici le système de localisation des fonctions cérébrales , c’est-à-dire les parties du cerveau qu’on sait présider aux mouvements

des membres ; mais nous pensons que les symptômes autres que l’hémiphlégie, qui se montrent en même temps qu’elles , dépendent tous de la même cause, de la pression que le centre cérébral éprouve par la présence de la sérosité accumulée dans son tissu ou autour de lui. Nous devons faire connaître ici nos opinions sur la cause de l’hémiphlégie qui, dans certains cas , existe chez des individus où on ne trouve pas moins de sérosité que chez un autre où rien de semblable n’est remarqué. C’est que dans le cas où l’hémiphlégie existe avec d’autres symptômes , il est possible que cela dépend du lieu qu’occupe la sérosité. Lorsque la sérosité est épan chée dans la cavité ai'achnoïdale, toutes les molécules nerveuses sont tassées , rapprochées les unes des autres : les symptômes doivent se montrer moins inténses par la raison que la pression n’est pas exercée contre des parties résistantes. Ici , nous pensons que l’hémiphlégie doive exister rarement , car les points du cerveau qu’on sait alimenter les membres , sont dans des cavités qui les protègent pendant un certain laps de temps. Mais quand la sérosité s’épanche dans les ventricules , tous les symptômes doivent changer de face , bien qu’il n’y a ni plus ni moins de sérosité dans leur intérieur que lorsqu’elle est épanchée autour du cerveau; ce liquide séreux dilate les ventricules , les molécules cérébrales se rapprochent d abord ; plus tard , 1 epanchcmcnt continuant, elles se trouvent -ompri-

mecs contre la boîte osseuse crânienne ; elles sont considérablement génées dans leurs actions. Dans ce cas, nous en sommes certains, l’hémiphlégie devra se montrer plus souvent que dans celui cité plus haut , attendu que les parties qui animent les membres sont étouffées par la pression portée au plus haut point d’intensité. Si les différentes pièces qui composent la voûte du crâne ne sont pas tellement unies qu’elles ne puissent se séparer, les membres conservent leurs mouvements , et les autres fonctions s’accomplissent, quoique affaiblies cependant.

8° L 'embarras de la parole, comme symptôme de la lésion dont il est question dans cette section , est le résultat soit de la difficulté qu’éprouve le nerf qui préside à cette fonction, de distribuer aux parties qui composent l’appareil de la parole , le principe de vie nécessaire à son parfait accomplissement, difficulté dont la cause, est la sérosité en trop grande abondance qui lui ôte les qualités de fonctionner normalement. Ce symptôme est dû , soit à l’impossibilité dans laquelle sont placées les portions du cerveau qui sécrètent le fluide électroanimal qui doit servir à animer l’organe de la parole de pouvoir fonctionner , soit à une modificacation des nerfs qui conduisent à la langue le principe de vie nécesaaires et dont elle a besoin pour que la parole s’effectue sans difficulté ; en un mot, c’est toujours comme plus haut , la présence de la

sérosité dans le cerveau ou autour de lui qui sont cause de l’apparition de ce symptôme. Il serait bien curieux de connaître si ce symptôme se montre plus souvent chez les individus dans la base du crâne desquels on aura trouve beaucoup plus de sérosité que eliez d’autres , où ni symptôme ni sérosité n’auront point été observés.

90 Le gonflement de la langue est un symptôme qui doit se rencontrer toutes les fois que la paralysie s’emparera de son tissu. Comme tous les points du corps reçoivent des filets nerveux par lesquels leur arrive le principe de vie , le fluide vital enfin , qui anime toutes les parties qui composent un organe , on se rend aisément compte du gonflement de la langue parce qu’il est dû à l’atonie des vaisseaux sanguins qui lui fournissent le sang ; atonie dont la cause unique est la diminution ou la privation du fluide électro-animal ; à ce gonflement de la langue s’en joint quelquefois d’autres , et occupent tantôt la figure , tantôt les membres. Nous n’en dirons pas davantage maintenant de ces gonflements , parce que nous devons y revenir lorsque nous nous occuperons de l’épanchement séreux dans le crâne chez les individus , dû à des causes passives , etc .

io° Le mutisme, ou impuissance d’articuler les sons , de parler, est un symptôme d’un degré plus élevé que celui étudié au huitième paragraphe où i| est question de l’embarras de la parole, un auteur

a dit que ce symptôme dépendait des causes accidentelles dans certains cas , principalement de quelques lésions peu connues du cerveau , telles que celles qui résultent des narcotiques : elle peut être produite aussi par des affections de la langue, entre autres sa paralysie. Sans doute qu’il entend par paralysie de la langue l’impossibilité de parler, due à une lésion du cerveau, soit circulatoire, soit sécrétoire , et dont le produit entraîne infailliblement la perte des mouvements de quelque organe important de l’économie. Que le sang ou la sérosité en plus grande abondance dans le cerveau ou autour de lui soit la cause du mutisme , son mode d’agir est presque toujours le meme. Plus haut , nous avons fait connaître la différence des symptômes provoqués par l’un ou l’autre de ce liquide , et c’est pourquoi il nous est impossible d’y revenir ici. Le mutisme , dont la lésion de sécrétion est la cause , est du a ce que les nerfs moteurs des parties qui président à cette importante fonction d’articuler les sons , ne peuvent lui distribuer le fluide vital en assez grande quantité pour que la parole s’accomplisse normalement; nous l’avons déjà dit bien des fois , il faut que la sérosité , en refoulant le cerveau ou sur lui-même ou contre les parois du crâne , soit cause de l’apparition du mutisme.

ii° L 'air de stupeur. Ce signe certain de l’engorgement ou de la compression du cerveau par la sérosité , s’explique aussi chez un individu qui a

joui de toutes ses facultés intellectuelles et sensoriales; on voit survenir progressivement une gêne dans la manifestation des idées, c’est pour nous un premier degré à’ anesthésie ; mais plus tard , lorsque la sérosité continue à abonder dans le cerveau, la pensée ne peut plus se manifester, les idées sont nulles , ou il ne peut les exprimer, il paraît être dans un état complet d’anéantissement moral ; les sens ne sont plus gouvernés , leur vivificateur, le fluide vital est presque nul ; Iç liquide aqueux qui est accumulé dans la boîte crânienne , ôte au cerveau la susceptibilité dont il a besoin pour être impressionné par les corps extérieurs à l’aide des sens. Cette impressionnabilité se dissipe à mesure que le sang est remplacé par la sérosité qui le chasse.

1 2° Le teint pâle , comme symptôme d’une lésion de sécrétion , ne s’observe presque jamais dans le début de l’épanchement séreux: lorsqu’il se montre , il s’est écoulé un certain laps de temps depuis le moment où la sérosité a dû commencer à s’infiltrer. Le teint pale de la face participe de celui de :

tout le corps ; les mêmes causes lui donnent naissance , l’altération du fluide sanguin qui est plus aqueux, plus séreux , par conséquent moins coloré. La modification du fluide sanguin n’est que secondaire à la présence de la sérosité dans le crâne , car on conçoit parfaitement que les fonctions qui ont pour but la formation de ce principe nutritif par excellence , doivent être entravées à l’avance ; la

fonction qui concourt directement à produire ce résultat est celle de la digestion ; celles de l’absorption, de la respiration , de la circulation et de l’assimilation viennent ensuite ; la cause d’un pareil trouble est la pénurie du fluide nerveux qui doit animer les organes chargés d’accomplir d’aussi importantes fonctions. On trouve donc ici , comme plus haut , que la sérosité qui gène le cerveau par la compression qu’elle lui fait éprouver, est la cause essentielle de toutes ces perversions fonctionnelles qui entraînent à leur suite une teinte pâle de la peau.

ï3c Les pieds froids. C’est ici que la lenteur de la circulation par l’absence du fluide électro-animal, fait voir son influence sur la production du symptôme dont il est ici question. Comme nous allons nous occuper immédiatement des symptômes qui se montrent du côté de l’appareil circulatoire, nous n’en dirons pas d’avantage ici en ce qui concerne le refroidissement des pieds , par la raison qu’il est dû à une modification du courant circulatoire sanguin.

i4° Les pulsations du cœur étouffées, le pouls dur et plein que nous plaçons ici comme symptômes d’une lésion de sécrétion cérébrale, méritent que nous nous arrêtions quelques instants pour expliquer très clairement la cause de leur apparition. On s’accorde généralement à dire que les organes de la vie organique sont soustraits à l’in-

flucncc du cerveau , et que bien rarement leurs fonctions sont modifiées lorsque le centre nerveux animal est le siège d’une maladie. Cependant, tout en reconnaissant la justesse de ce raisonnement , on ne peut nous refuser le droit d’entrer dans quelques de'tails pour montrer la cause qui semble placer la circulation hors le cercle des attributs cérébraux. Dans le début d’une altération cérébrale, le centre nerveux n’est pas tellement modifié qu’il ne puisse fournir au système de la vie organique, la quantité de vitalité pour l’entretien des fonctions végétatives : ce centre est regardé avec raison comme un centre de vie de réserve. Pendant quelque temps , il pourra fournir aux organes qu’il gouverne , la dose de vie suffisante pour l’accomplissement de leurs fonctions , bien que le cerveau cesse de lui rien fournir. Si au contraire, dans un temps donné, ce système reçoit du cerveau plus de fluide vital , comme dans certaines émotions, les mouvements du centre circulatoire sont plus vifs , plus précipités; mais lorsque le sang, en engorgeant le cerveau , l’empêche de distribuer assez de fluide électro-animal , les battements du cœur et du pouls sont comme gênés , étouffés , et ils ne recouvrent leurs mouvements normaux , qu’après la disparition de la congestion , soit par une saignée , soit autrement. Ainsi donc , nous pouvons avancer que dans le cas actuel, c’est-à-dire lorsque les pulsations du cœur sont étouffées , qu’on doit en

chercher la cause dans la perversion du fluide vital qui n’est envoyé qu’avec parcimonie aux nombreux conduits sanguins et à leur moteur principal ; il semble que le cœur se contracte avec peine sur le liquide qui lui arrive par l’aorte et les veines-caves. Lorsqu enfin le pouls est dur et plein, on peut être certain que le fluide électro-animal n’est plus distribué normalement à l’appareil circulatoire sanguin , tous les vaisseaux paraissent plus pleins ,

' plus tendus ; on expliquera cette plénitude et cette tension par la difficulté que le sang éprouve de parcourir ses nombreux conduits , difficulté qui à son tour est due à la pénurie d’innervation, dont le courant est tari à la source par la présence de la sérosité dans le cerveau ou autour de lui.

i5° La respiration gênée et entrecoupée dépend bien certainement d’une lésion de l’appareil de l’innervation, lésion qu’on sait être dans cette section celle de sécrétion. Comment ce symptôme pourrait-il ne pas se montrer, quand le centre nerveux qui lient les organes sous sa dépendance est gênée dans ses fonctions les plus importantes? Plusieurs causes concourent à rendre la respiration difficile , mais ici nous n’avons en vue que la perversion du fluide électro-animal sur les poumons , perversion qui nous explique la gêne de la respiration. Ce fluide vital est-il envoyé aux poumons en abondance, la gêne se manifeste; témoin l’ asthénie que nous croyons être duc à l’arrivée

trop précipitée dans les poumons de ce principe de vie. En reçoivent-ils moins que de coutume ; comme le sang arrive toujours dans leur intérieur, ils éprouveront une difficulté extrême pour l’en chasser, parce que la résistance vitale sera vaincue par l’arrivée continuelle de ce liquide. Les parois thoraciques , privées de ce fluide électro-animal , concourent aussi pour leur part à la production de ce symptôme : la respiration gênée et entrecoupée.

i6° La bouche dévice. De même que dans une forte congestion cérébrale ou un épanchement sanguin , ce symptôme peut se montrer lorsque la congestion comprime le cerveau de manière qu’il soit mis hors d’état de fonctionner et de distribuer aux nombreux muscles de la face , par la voie des nerfs qui s’y distribuent , le principe de vie nécessaire à l’harmonie de leurs fonctions.

1 7° La sortie de la salive doit être regardée comme une conséquence et de la paralysie de la langue et de la déviation de la bouche , par suite de la paralysie de ses muscles. La cause de l’apparition de ce symptôme trouve son explication dans l’impossibilité où sont mis les muscles de pouvoir se contracter afin d’empêcher l’écoulement de la salive au dehors , ou encore afin qu’elle soit avalée au fur et à mesure qu’elle est formée.

i8°La constipation. Déjà nous nous sommes occupés dans une autre partie de cet ouvrage , de décrire ce symptôme : nous avons vu que la privation

de l’influx nerveux était , pour le sujet que nous traitons , la caüse de l’apparition de ce symptôme ; nous n’en dirons pas davantage ici , seulement nous ferons observer que la sérosité' e'panche'e dans le cerveau ou autour de lui , produit absolument le même effet que le sang , avec cette différence cependant que ce symptôme se montrera plus promptement dans le dernier cas que dans le premier.

190 La paralysie complète enfin , est le couronnement inévitable de tout le cortège de symptômes que nous venons de décrire dans cette sous-division; elle ne peut manquer detre observée lorsque le centre moteur de tous les points du corps rie peut plus leur fournir le principe de vie nécessaire à l’accomplissement de leurs fonctions. Ici nous ne dirons rien touchant la cause capitale de l’apparition de ce terrible symptôme, nos lecteurs la connaissent assez, c’est toujours la sérosité ; quant à son mode d’agir , il est aussi bien connu , parce que c’est en privant le cerveau ou certaines portions du cerveau de toute son énergie fonctionnelle.

Au chapitre où nous devons nous occuper de l’anatomie pathologique , nous ferons connaître ces points du cerveau qui produisent la paralysie la plus complète.

Enfin se termine ici l’étude des symptômes d’une lésion de sécrétion cérébrale dont les causes déterminantes sont actives ; bien que nous ayons été

courts : dans la sous-division suivante nous le serons encore davantage , et nous aurons soin à l’avenir d’en faire connaître le motif.

Symptômes d’une lésion de sécrétion cérébrale dont les causes dé- • terminantes sont passives.

Dans cette sous-division , qu’on ne s’imagine pas que les vieillards décre'pits soient seuls affectésde cette maladie : on l’a remarquée chez bicn]des individus encore à la fleur de l’âge ; cependant on n’a pas souvent occasion de l’observer avant cinquante ans ; elle affecte notamment les individus à constitution lymphatique. D’après M. Moulin , la prédominance de la partie blanche du sang sur la partie rouge , peut encore être la cause première de l’hydrocéphale passive ou chronique. Lés expériences de Schulze et de Haller, qui rendaient des animaux hydropiques en les gorgeant d’eau ou en injectant ce liquide dans leurs veines, prouvent l’influence de cette cause , etc., etc. ; certains écoulements chroniques y prédisposent. Nous allons rapporter à ce sujet une observation très curieuse que nous extrayons de l’ouvrage de M. Et. Moulin.

« M. P***, âgé de soixante-quatre ans, ancien militaire , menait depuis qu’il était sorti du service la vie la plus retirée et la plus inactive. Il était devenu extrêmement dévot ; on le voyait, toujours un livre saint à la main , et pleurant amèrement sur les souffrances des martyrs. En i8o3 , il fut atteint

d’un coryza très intense. Cette inflammation se prolongea tout l’hiver, et laissa à sa suite un nasillement et un flux continuel. Cet écoulement s’accrut chaque jour, et devint si abondant, qu’on aurait pu recueillir en vingt-quatre heures près d’une pinte de sérosités : le liquide coulait , pour ainsi dire,/?«r jlots des narines. Cet écoulement finit par devenir habituel : il y avait quinze ans qu’il durait sans avoir altéré la santé, lorsqu’en 1818 il se sup* prima brusquement et sans cause connue. Presque aussitôt M. P*** perdit l’appétit , se plaignit de céphalalgie , d’étourdissements fréquents , d’une sorte de bouillonnements douloureux derrière le front; il devint triste, morose; la vue et l’ouïe s’affaiblirent , les membres s’engourdirent , les extrémités s’infiltrèrent, il tomba dans un assoupissement profond , maigrit rapidement ; la mémoire s’éteignit peu à peu ; toutes ses facultés mentales se détériorèrent au point qu’au mois de juin, où il fut appelé pour lui donner des soins, il était dans un véritable idiotisme. »

De tout cet historique , le point qui fixa le plus son attention , fut le brusque dessèchement du flux nasal et la succession presque immédiate des symptômes de l’hydrocéphale. Il pensa avec raison que cette hydropisie pouvait être due à la suppression de l’évacuation habituelle , et se détermina en conséquence à employer tous les moyens de la rétablir. Il mit le malade à l’usage du calomélas ,

à doses purgatives , et fit pratiquer tous les deux jours une friction mercurielle sur les glandes parotides; il appliqua un vésicatoire derrière chaque oreille ; il prescrivit des fumigations acétiques dirigées vers les narines ; il substitua au tabac des poudres plus stérnutatoires , tel qu’un mélange d’ellébore et d’arnica ; il joignit a ces moyens des boissons diurétiques , et soutint son malade à l’aide d’un bon régime, d’un vin généreux et de potions toniques excitantes. Au bout de quinze jours de ce traitement , il eut la satisfaction de voir l’écoulement nasal reparaître , tous les symptômes s’améliorer à mesure que sa quantité augmentait, et le malade recouvrer une santé parfaite dès que l’évacuation fut revenue à ses anciennes proportions.

Disons quelques mots sur la cause secondaire de l’apparition dans le cerveau ou autour de lui de la sérosité : comme nous l’avons dit plus haut , on sait qu’il existe deux modes bien tranchés d’exhalation dont l’un est le résultat des forces vitales et de la contractilité organique des exhalants , que nous appellerons tonique avec d’autres auteurs. Les symptômes qui ont été le résultat de ce premier mode d’exhalation ont été décrits précédemment ; l’autre mode d’exhalation est une conséquence inévitable de Y atonie des vaisseaux exhalants ; c’est en un mot , une véritable transsudation. Les vaisseaux absorbants, avons-nous déjà

dit , peuvent être prives de la vitalité ordinaire par une cause quelconque. On conçoit parfaitement l’accumulation de la sérosité dans le cerveau, etc., quand on réfléchit qu’ici les vaisseaux exhalants fournissent plus de liquide , et les vaisseaux absorbants en reprennent moins. Chez les vieillards , si cette lésion est si fréquente , il faut en chercher la cause dans la privation de la tonicité de ces deux ordres de vaisseaux : privation dont la cause est l’âge avancé.

Les symptômes produits par cette lésion de sécrétion sont bien nombreux et ne se montrent que d’une manière progressive. Nous devons prévenir à l’avance que nous n’expliquerons pas la cause de l’apparition de chacun d’eux. Ceux qui indiquent le début de la lésion de sécrétion sont les suivants : un état d’apathie , d’abattement , de tristesse , une lenteur dans les mouvements , les opérations de l’esprit difficiles , la perte de la mémoire , un assoupissement invincible , l’engourdissement des membres , l’embarras de la langue , son infiltration , l’anorexie. Les symptômes qui décèlent l’augmentation de l’épanchement sont ; la dilatation des pupilles, leur fixité, leur agitation ’ convulsive , l’oscillation latérale du globe de l’œil , l’affaiblissement delà vue, l’ouïe confuse , les lèvres bleuâtres, la bouche écumeusc , la face bouffie , le pouls rare et faible , des pesanteurs de tête , l’assoupissement, une insensibilité totale, l’oubli de se nourrir, l’i-

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diotisme, une sensation qui fait croire au malade qu’un liquide bout dans sa tête.

Les symptômes que nous allons maintenant passer en revue et qui dépendent de l'accumulation de la sérosité , soit dans la pulpe nerveuse ou autour d’elle, seront décrits avec moins de détails , par la raison que plus haut, lorsque nous nous sommes occupés de ceux dus à une lésion de sécrétion dont les causes déterminantes sont actives, nous avons eu occasion de traiter de tous ceux attribués à la lésion de sécrétion cérébrale dont les causes déterminantes sont passives. Cependant , afin de ne pas contrevenir au plan que nous nous sommes tracé , nous les énumérons encore tous , mais avec cette différence que pour la description de la cause de leur apparition, nous serons très courts.

Symptômes précurseurs.

i° U apathie, comme symptôme d’une lésion de sécrétion cérébrale, annonce toujours une atteinte profonde portée aux fonctions du système nerveux. Le cerveau des individus dont nous nous occupons ici n’est pas mis hors de la possibilité de pouvoir être ébranlé par les impressions externes et internes, comme dans l’insensibilité dont nous devons nous occuper plus bas; les impressions sont encore senties , mais l’état du cerveau empêche qu’elles excitent en lui de la réaction. On compare

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l’individu chez lequel ce symptôme s’observe à cet état d’une personne qu’ont, peine à émouvoir les plus lortes impressions qui ébranlent avec force le cœur des autres hommes.

2° U abattement est un symptôme qui se montre dans plusieurs lésions différentes les unes des autres, il est toujours une conséquence inévitable de la perversion de la vitalité sur différents points du corps , c’est presque en un mot une véritable prostration des forces.

• 3° La tristesse est aussi un symptôme propre à maintes lésions du cerveau ; elle indique qu’il existe un dérangement dans le tissu du cerveau et dans ses fonctions ; il est inutile ici d’en dire davantage, l’intelligence du lecteur suppléera à ce que nous omettons.

4° La lenteur des mouvements a déjà été étudiée précédemment , nous y renvoyons ; mais nous devons dire ici que la sérosité en trop grande abondance dans le cerveau ou autour de lui , empêchent les parties qui président aux mouvements , de recevoir leur dose suffisante de fluide vital pour l’accomplissement parfait de leurs fonctions ; cette pénurie de fluide électro- animal rend compte de cette difficulté , de cette lenteur des mouvements.

5° Les opérations de V esprit difficiles suffiraient seules pour indiquer le siège et la nature de la lésion auxquels on aura affaire, puisque le centre nerveux, où les hautes fonctions intellectuelles doivent

s’accomplir, est privé de cette susceptibilité indispensable qui le rend apte à réagir sui les impressions venues soit du dehors , soit de l’organisme , il est alors très aisé de se rendre compte de la pauvreté des opérations de l’intellect ; pauvreté dont la source principale doit être trouvée dans l’excès de sérosité qui se trouve dans le crâne.

6° La peile de la mémoire. En supposant que cette faculté de retenir les mots soit anéantie chez un individu qui se trouve sous l’influence du genre de lésion dont nous nous occupons ici, il ne faudra pas conclure de la qu elle sera observée seulement dans cette lésion, car on 1 observe dans bien d’autres cas. L apparition de ce symptôme s’explique par la pression et la gene que la sérosité fait éprouver au cerveau. Comme dans une autre section de cet ouvrage nous avons traité avec détails de ce symptôme , nous n’en dirons pas davantage ici.

7° L 'assoupissement. Dans l’étude de ce symptôme , nous dirons seulement que le cerveau , ou quil soit, tassé ou dilaté, produit toujours l’assoupissement. Dans le premier cas , la sérosité qui est épanchée dans la grande cavité arachnoïdale , tend à rapprocher les molécules du cerveau ; par là , il est mis dans 1 impossibilité de pouvoir soutenir l’état dé veille un certain laps de temps. Dans le second cas , la sérosité en s’épanchant dans les ventricules cérébraux , les distend et produit absolument le même effet que dans le premier cas.

8° Lé engourdissement des membres est cet état où on éprouve une sorte de pesanteur avec diminution de la sensibilité. On regarde ce symptôme comme le signe précurseur de la paralysie ; quoiqu’il en soit , la présence de la sérosité dans le cerveau prive les membres de la quantité suffisante de fluide vital, nécessaire à la régularité de leurs fonctions.

90 L embarras de la langue , son infiltration , sont deux symptômes d’une lésion de sécrétion cérébrale que nous assimilerons : l’embarras de la langue, à l’embarras de la parole ; son infiltration, au gonflement de la langue dont nous nous sommes occupés lorsque nous avons décrit les symptômes d’une lésion de sécrétion dont les causes déterminantes sont actives. Ce que nous avons dit concernant ces deux symptômes , peut s’appliquer à l’embarras de la parole et à l’infiltration de la langue.

io° L’ anorexie doit s’observer toutes les fois que le cerveau ne distribuera plus la même quantité de vie sur les différents organes du corps par la voie des conducteurs nerveux. Comme ici elle est envoyée en plus faible quantité en raison de la gêne que la sérosité fait éprouver au cerveau , on doit se rendre compte assez facilement de ce symptôme; au reste , pour plus de détails , nous renvoyons à la section où. nous nous sommes occupés des troubles de la digestion comme symptômes d une lésion cérébrale.

Symptômes rationnels.

i° La dilatation des pupilles, leur fixité, sont dco symptômes dont les causes sont la pre'sence de la sérosité dans le cerveau ou autour de lui. Plus haut , comme nous avons déjà parle' de la dilatation des pupilles , npus serons très courts ici par la raison que c est toujours une paralysie de ces cloisons oculan es qui est la cause de la dilatation extrême de leur ouverture centrale. Pour que celte dilatation s observe, il faut non-seulement que la paralysie se soit empare des pupilles , mais le concours de l’insensibilité de la rétine est encore indispensable , cela se conçoit trop facilement pour qu il soit besoin de chercher à expliquer ce que nous venons d’avancer. Yoilà ce que nous dirons pour la dilatation des pupilles.

Pour ce qui est de la fixité , qui n’est qu’un degré de leur paralysie , elle trouve encore son explication dans la pénurie ou l’absence totale du fluide vital qui doit être distribué aux pupilles , afin qu’elles jouissent de toute la sensibilité nécessaire pour accomplir parfaitement leurs fonctions.

La présence de la sérosité dans le cerveau , qui produit les symptômes dont nous nous occupons ici , agit probablement en mettant dans un état de gêne les points du cerveau qui doivent leur fournir par la voie des nerfs , les principes du mouvement et de la vie , ou encore en comprimant les con-

dacteurs nerveux de telle façon que tout pouvoir de transmission leur est retire.

2° L’ oscillation des globes oculaires est un symptôme dont la cause de l’apparition nous paraît assez difficile à expliquer, à moins qu'on ne veuille admettre l’explication suivante : il peut arriver que le défaut d’harmonie qui existe quelquefois dans la distribution du fluide vital par les nombreux et différents nerfs oculaires , soit la cause de leur oscillation. On sait que tous les muscles droits et obliques qui entourent et meuvent l’œil, reçoivent presque chacune un nerf propre. Supposons un instant que le fluide qui effectue la contraction musculaire indispensable au mouvement , soit seulement envoyé aux muscles droits internes, externes ou obliques , et que sa distribution n’ait lieu que par saccades , on concevra facilement l’apparition de leur oscillation. La cause primitive est toujours la lésion de sécrétion.

3° L 'affaiblissement de la vue est un symptôme qui n’est qu’une conséquence ou de la paralysie de la rétine et de la cloison verticale oculaire , ou mieux , des points du centre cérébral qu’on sait présider à la vision, ou enfin d’une lésion de sécrétion des nerfs conducteurs des impressions visuelles Comme plus haut nous avons cherché à expliquer le mode d’agir de la sérosité pour la production de la dilatation des pupilles , nous nous abstiendrons d’en parler ici : son mode d’agir est le même.

4° L 'ouïe confuse. Ce symptôme qu’on remarque très souvent dans la lésion de sécrétion cérébrale dont nous nous occupons ici , trouvera l’explication de sa présence, dans l'affaiblissement des nerfs auditifs , c’est-à-dire dans la pénurie du fluide électroanimal , pénurie dont la cause capitale est le liquide aqueux qui existe dans le cerveau. Nous pensons que ce symptôme se recontrera aussi, non-seulement toutes les fois qu’une modification matérielle du nerf existera , mais encore lorsqu’un obstacle empêchera l’arrivée directe des agents extérieurs sur les parties sensibles auditives. Entrer dans de plus longs détails sur l’affaiblissement de l’ouïe , qui n’est pas due à la lésion de sécrétion cérébrale , ce serait nous écarter de notre sujet principal. Déjà, il est assez difficile d’être initié au mystère du mode d’agir de la sécrétion sur le cen're cérébral pour la production des nombreux symptômes désignés plus haut , sans qu’il soit besoin de se créer d’autres difficultés.

5° Les lèvres bleuâtres , résultat d’une gène de la circulation générale , ont été observées par plusieurs auteurs chez des individus dans le crâne desquels on a trouvé après la mort beaucoup de sérosité. Ce symptôme se rencontrant toutes les fois que quelque obstacle existe du côté du centre circulatoire , il semblerait qu’on ne devrait pas l’observer dans le cas actuel; mais lorsqu’on réfléchit que l’innervation est distribuée difficilement à

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tous les points du corps, la stase du sang doit se montrer comme premier symptôme de cette perversion dans la sécrétion du iluide électro-animal, perversion , dont la cause est sans aucun doute l’augmentation dans le crâne de la quantité du liquide séreux. Lorsque la sérosité est en abondance dans le cerveau ou autour de lui , il peut arriver que les nombreux muscles qui sont à la face, soient en partie semi-paralysés , alors il devra se montrer, - comme conséquence de cette privation de vitalité , une stagnation du liquide sanguin dans les parties où la paralysie existera. De la présence de cette sérosité dans le centre nerveux , doit se montrer en première ligne et le plus directement , la paralysie des parties qui reçoivent des nerfs du cerveau, notamment de la face.

6° La bouche ccurneuse. Dans plusieurs lésions cérébrales , ce symptôme est noté comme annonçant surtout une lésion de l’innervation : ici il paraît dépendre, comme nous l’avons vu quelquefois sur plusieurs militaires au ye régiment de ligne , d’un mâchonnement long-temps continué, pendant lequel l’air se mêle à la salive de la même manière qu’à un liquide que l’on agite avec un corps quelconque, souvent aussi, lorsque les mâchoires sont fortement rapprochées , l’air qui ne sort que difficilement par la bouche , se mêle aisément à la salive qui se trouve dans son intérieur. Ceux qui douteraient de la justesse de nos explications, peu-

vent sur eux-mêmes vérifier ce que nous avançons; mais pour y parvenir, on doit ne pas avaler de salive , car l’individu chez lequel s’observe ce symptôme , n’a pas conscience de son état.

La lésion de sécrétion étant ici la cause première de l’apparition de ce symptôme, nous devrions nous dispenser d’expliquer le mode d’agir de la sérosité pour sa production, mais comme le mouvement continuel des mâchoires et leur resserrement, pourraient porter à penser que la vie serait distribuée en plus , nous avons dû entrer dans quelques détails. Dans le premier cas, lorsque les mâchoires sont agitées , c’est que l’individu n’a plus d’empire sur ses fonctions , il ne peut plus les gouverner, la présence de la sérosité empêche les nombreuses parties cérébrales de s influencer réciproquement et de concourir à l’accomplissement de leurs fonctions communes ; elle les anéantit ou les isole totalement les unesdes autres; de ce désordre naît, le défaut d harmonie dont la conséquence est ici la bouche écumeusc. Dans le second cas, c’est-à-dire, lorsque les mâchoires sont serrées, rapprochées, on trouvera la cause de leur resserrement dans le désordre qui naît de la perversion de la sécrétion cérébrale : l’état d’anéantissement dans lequel se trouve 1 individu , pourrait bien aussi y concourir pour sa part , par la raison qu il ne dépense pas de fluide vital par ses mouvements, etc -« Pa face bouffie doit être infailliblement un

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degré de ralentissement de la circulation. Comme toutes les lois que la stagnation sanguine se fait observer dans une partie quelconque où il en résulte constamment et toujours une hydropisie , il n’est pas du tout étonnant de rencontrer ici ce symptôme. Cette hydropisie faciale, ou plutôt cette bouffissure, semble être due à la filtration du liquide aqueux qui se trouve dans le sang. Au cinquième paragraphe], nous étant occupé de la cause première de la lenteur de la circulation faciale , nous y renvoyons.

8° Le pouls rare et faible ne nous occupera pas dans ce paragraphe, bien qu’on l’observe dans le genre de lésion dont il est ici question , attendu que dans la section des symptômes dus à la lésion de sécrétion dont les causes déterminantes sont actives, nous nous en sommes occupés très longuement; mais comme on pourrait s’étonner que nous placions avec M. Brodie, etc., le cœur sous l’influence immédiate du cerveau , nous allons faire connaître nos opinions à ce sujet. On sait que Legallois a le premier soutenu avec le talent qu'on lui connaissait, que le centre circulatoire était sous l’influence de la moelle épinière et qu’il en a mesuré toute l’étendue ; on sait aussi qu’il croyait avec M. Weber que le grand sympathique avait ses racines dans cet organe ; ce dernier pense surtout que le nerl des fonctions végétatives suit , dans son développement , les mêmes proportions que la

moelle vertébrale. M. Rachetti a établi , lui , d’après des considérations judicieuses d’anatomie compare'e , que l’énergie de la nutrition est dans les animaux, en raison directe du volume de la moelle épinière et en raison inverse du développement cérébral. On sait enfin que M. Chossat a conclu d’expériences laites sur les animaux vivants, que la chaleur animale diminue avec d’autant plus de rapidité , et que la vie est d’autant plus prompte à s’éteindre , que la section de la moelle est faite plus haut , la respiration étant d’ailleurs entretenue au moyen du l’insufflation pulmonaire ; de telle sorte que la caloricité aurait sa source dans le prolongement rachidien.

Tout en reconnaissant avec les auteurs que nous venons de citer, la part que peut prendre la moelle à l’exercice circulatoire , nous ne pensons pas comme eux , qu’on peut mesurer par des ablations plus ou moins étendues , le degré exact dont jouissent chacune des parties médullaires en particulier. Nous ne pensons pas non plus , avec plusieurs physiologistes, que chez l’homme surtout, les phénomènes de la nutrition , que 1 harmonie des fonctions viscérales , même la persistance de la chaleur ordinaire du corps, peuvent continuer malgré l’ablation du cerveau et du cervelet , parce qu’au fur et à mesure qu’on s élève dans 1 échelle animale , le cerveau présente un développement de plus en plus considérable , et devient siège de

fonctions de plus en plus importantes ; que c’est lui qui est la base de tout le système nerveux et tient la moelle rachidienne sous sa dépendance ; nous regardons la moelle épinière comme une sorte de réceptacle de la force vitale qui doit être distribuée aux organes de la vie végétative , par la voie des ramifications du nerf grand symphatique qu’on sait appartenir au sentiment plutôt qu’au mouvement, attendu que ses cordons rachidiens sont en rapport avec les ganglions intervertébraux formés seulement par la racine postérieure des nerfs, par celle enfin, qui transmet les sensations. Malgré l’histoire si complète du développement du cerveau chez le fœtus humain , par le professeur Tiedmann, nous pensons toujours que la masse nerveuse crânienne préside aux mouvements du cœur ; en cela, nous sommes de l’avis de M. Serres, lorsqu’il dit que les corps olivaires influent sur les mouvements du cœur, spécialement que l’irritation de ces éminences suffit pour accélérer ou ressusciter les contractions du centre circulatoire , après qu’elles ont été affaiblies ou interrompues par la section transversale de la moelle allongée.

Puisqu’il est reconnu que le pouls devient rare et faible chez ceux où on observe une lésion de sécrétion , il faut bien que le cerveau y soit pour quelque chose , car comment expliquer toutes ces morts générales, si promptes, dues à un épanchechement dans le cerveau , soit sanguin soit séreux?

Ici , la sérosité dans le crâne produit le symptôme dont nous nous occupons, sa présence empêche la partie qui préside au mouvement circulatoire de gouverner les organes qui effectuent cette importante fonction.

q° Des pesanteurs de tête. Ce symptôme est une conséquence inévitable d’une lésion de sécrétion comme de toutes autres lésions , mais puisqu’il a été observé sur des individus dans le crâne desquels on a trouvé après la mort beaucoup de sérosité , il faut bien que l’abondance du liquide aqueux en soit la cause , car il n’est pas d’effets sans cause. Ceux qui ne croiront pas suffisante l’explication que nous donnons ici, sont instamment priés de vouloir bien en offrir une plus concluante , ils nous rendront service.

Comme le cerveau a quelques unes de ses parties qui sont le siège de l’augmentation de la sécrétion, la pression ou la distention que la sérosité détermine sur ces points cérébraux , doit donner naissance à des pesanteurs de tête de la même manière qu’une congestion sanguine cérébrale.

io° L 'assoupissement est un symptôme observé dans les lésions de sécrétion dues à des causes actives ou passives ; mais comme nous l’avons décrit dans la sous-division qui précède, nous n’y reviendrons pas ici , attendu que c’est toujours la sérosité qui est la cause de l’apparition.

1 1° IJ insensibilité totale est évidemment le der-

nier degré de la compression du cerveau soit partielle , soit générale , par la sérosité qui met cet organe indispensable à l’entretien de la vie , dans l’impossibilité de continuer ses importantes fonctions, c’est-à-dire de distribuer à tous les points du corps par la voie des nombreux nerfs, l’agent nécessaire à leur parfait accomplissement.

12° L’ oubli de se nourrir, devra se montrer toutes les fois que le centre nerveux cérébral se trouvera privé de pouvoir gouverner toutes les fonctions en général , et aussi , lorsque ce centre lui-méme est dans un état tel, que son organisation est ébranlée par la présence de la sérosité. Ce liquide , en pressant le cerveau ou en le distendant , doit nécessairement lui ôter cette faculté de commander la recherche des aliments nécessaires pour le maintien des organes vitaux , dans une harmonie parfaite d’action. Et de ce trouble cérébral, naît donc le symptôme dont nous nous occupons ici.

i3° L 'idiotisme , que nous définirons ici une nullité ou une modification des fonctions cérébrales , naît toujours de la diminution de l’énergie vitale du cerveau dont la cause réside dans la perversion de la sécrétion du fluide aqueux de cet organe. Comme plus loin nous devons nous occuper avec détails de ce symptôme d’une lésion cérébrale, nous arrêterons ici notre description symptomatique.

i/f° Une sensation qui fait croire au malade

qu'un liquide bout dans sa tète, est le dernier symptôme que nous ayons à décrire dans cette sous-division : il paraît que c’est le signe le plus infaillible de la présence de la sérosité dans le crâne. Comme nous n’avons pas encore eu occasion de l’observer plusieurs lois , nous nous en rapporterons à M. Moulin , qui dit avoir trouvé un épanchement séreux très considérable dans le crâne et le canal vertébral , chaque fois qu’il a remarqué ce symptôme ; il dit qu’au mois de décembre 1827 il eut occasion de traiter une hydrocéphale datant de six mois, chez une dame âgée de soixante-neuf ans , qui lui assurait chaque jour sentir très distinctement un liquide lui tomber de la tète dans le dos, et pouvoir même lui tracer avec la main la route qu’il suivait. L’usage long-temps continué d’eaux minérales purgatives , et un séton à la nuque , firent disparaître cette sensation extraordinaire avec les autres symptômes de l’épanchement cérébral.

Tous les médecins ont eu occasion d’entendre parler des belles recherches de M. Magendie sur le liquide cérébro-spinal; la connaissance de ce liquide , de son siège , de sa nature , de ses variétés de quantité, de qualité et de situation peut , comme le dit M. Àndral , conduire à la découverte de bien de faits importants. Ici nous allons rapporter quelques détails de son histoire que nous empruntons à M. Andral et que nous croyons indispensable de connaître :

v Avant que M. Magendie n’eût fixé l’attention des physiologistes sur l’existence de ce liquide , avant qu’il n’en eût détermine les lonctions , qui aurait pensé qne les accidents les plus graves peuvent tout simplement résulter de quelque différence en plus ou en moins dans la quantité de ce liquide? C’est cependant ce qui a été observé : M. Magendie soustrait ce liquide , et il voit l’animal tomber tout à coup dans un état singulier d’hébêtement et de stupeur; ces phénomènes ne cessent que lorsque le liquide s’est reproduit , ce qui arrive au bout de quelques jours ; ils sont d autant plus marqués que l’animal est plus âgé. Un autre animal, après la soustraction de ce liquide cérébrospinal , tomba dans un état de fureur maniaque, qui ressemblait à la rage ; cependant il n’était pas hydrophobe. En menaçant de mordre il commençait le mouvement de s’élancer en avant, mais aussitôt il se redressait , et se renversait en arrière (Desmoulins, tom. 2, pag. 538.). En accumulant artificiellement ce liquide dans la cavité rachidienne , M. Magendie a produit la paralysie. En l’injectant refroidi dans le canal vertébral (après l’en avoir retiré) , à la température de dix degrés, il a fait naître chez les animaux un tremblement et une paralysie passagère. Au contraire , il ne survient rien de semblable si , après l’avoir retiré , on l’injecte dans le rachis à une température égale à celle qu’il a ordinairement. (Trente-un degrés)

La quantité ordinaire du liquide cérébro-spinal est de deux onces. De sa diminution résultent peut-être un grand nombre d’affections nerveuses pour l’explication desquelles on n’a trouvé jusqu’à présent dans les centres nerveux aucune lésion appréciable ; ou que l’on a rapportées à des altérations qui n’en sont peut-être pas la véritable cause. Voilà donc dans les centres nerveux une inconnue dont l’élimination peut changer la face de bien des questions ; mais dans les centres nerveux , combien n’y a-t-il pas encore d’inconnues à éliminer! Tous nos travaux actuels ne sont donc que des travaux provisoires. L’augmentation du liquide cérébrospinal est la cause d’un certain nombre d’épanchements séreux, soit à l’intérieur des centres nerveux , soit dans leurs ventricules ; car M. Magendie s’est assuré qu’une communication normale existe entre la cavité spinale sous-arachnoïdienne , où a son siège principal le liquide dont il s’agit, et le quatrième ventricule , et que par celui-ci il se répand dans les autres ventricules du cerveau. Cette communication existe vis-à-vis la fin du quatrième ventricule , à l’endroit désigné communément sous le nom de bec de plume. L’ouverture , qui établit cette communication , est arrondie de deux à trois lignes de diamètre ; on la trouve entre les artères cérébelleuses postérieures. Dans plusieurs cas d’épanchements séreux à l’intérieur des ventricules , M. Magendie a constaté que cette ouverture était

notablement agrandie, ainsi que l’orifice de Sylvius. Il pense que la quantité du liquide ne peut dépasser deux onces, sans qu’il en résulte des accidents. La maladie des chevaux connue des vétérinaires sous le nom d 'immobilité , et dont le principal phénomène est dans l’impossibilité de reculer, a coïncidé , dans un état observé par M. Magendie, avec une accumulation insolite du liquide cérébrospinal dans les ventricules ; c’est le même phénomène que M. Magendie a produit en coupant les corps striés. »

Quant à la cause qui produit la sensation dont nous nous occupons dans ce paragraphe , il est nécessaire que nous rappelions le rôle que jouent les vaisseaux sanguins de la base du crâne dans les mouvements d’élévation et d’abaissement de la masse cérébrale. Lorsque le liquide séreux occupe en même temps le cerveau distendu et la moelle épinière, comme plusieurs observateurs l’ont remarqué , le liquide doit éprouver une légère pression au moment de la secousse comprimée au cerveau par les vaisseaux artériels ; à la suite de cette pression , il doit tendre à pénétrer dans la colonne vertébrale : alors il devra résulter de ce mouvement une sensation qui en imposera au malade pour la présence d’un liquide bouillant dans la tète et dans le dos.

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